CHAPITRE VI
S'il y a un art pour faire des garçons ou des
filles,
Xja. Nature a fait tant d^impressions sur les liocnrnes par la loi quVlle a imprimée dans le cœur , qu^en dépit d'eux ils ont iine envie secrète de se perpétuer. Cette passion est extrême dans quelques personnes ; et il s'en est vu qui n'ont rien épargné pour avoir des successeurs | principalement du sexe le plus noble. L'artqui enseigne ce secret ne sauroit être trop estimé ^ puisque c'est souvent de là que dépendent le bonheur des Etats et la tranquillité des familles.
Avant que de découvrir les règles de cet art y cl de dire ce que Texpérience m'a fourni sur cette matière ^ il me semble qu'il faut auparavant expliquer de quelle manières'engendrent les garçons et les filles ^ afin de faire les remarques plus exactes pour les règles que l'on en doit établir, et pour fortifier en même temps mon opinion sur la formation de rhomme, que j'ai exposée au chapitre ^^ de la troisième Partie,
J'avoue que la question est grande ^ par
( i55 ) laquelle on demande sHl y a un art pour faire des garçons ou des filles , et qu^elle est peut-être la plus difficile qui soit dans la médecine : je crois néanmoins qu'elle deviendra aisée à. comprendre et à décider, si Ton veut entrer dans ma pensée, qui explique assea probablement , si je ne me trompe , Tongiiieet les progrès de la génération. Ce n'est pas qu'il ' n j ait de grandes difficultés ici, aussi bien qu'ailleurs; mais il me semble qu'il y a plus de vraisemblance dans celte opinion que dans toute autre. •
Tout le monde demeure d'accord qu^à parler en général, le tempérament des hommes est fort différent de celui des femmes ; que les hommes sont plus chauds et plus secs :
qu'ils ont une chair plus resserrée, une peau pins rude , des membres plus forts et plus robustes, an esprit plus pénétrant, qu'ils vivent d'alimens plus durs, plus chauds et pins secs , et que leur exercice est souvent plus violent. Les femmes, au contraire, sont plus humides et plus froides, c'est-à-dire, moins chaudes, mbins sèches; elles ont une chair plus mollette, plus délicate et plus po*lie, un esprit plus aisé; elles usent d'aliments plus froids et humides, enfin elles sont presque toujours dans l'oisiveté.
Si la nature des hommes et des femmes est de la sorte, il est certain que les uns et les autres ontpnisé cette nature et leur inclination , qui est comme un efFet inséparable , qu'ils l'ont puisée, dis-je, dans les flancs de leurs mèies, lorsqii'^elles leur auront fourni
( i5(î ) la première matière donl ils sont composés»
Pour expliquer cette pensée, on doit se ressouvenir de ce que j'ai dit ailleurs ^ et réfléchir un peu sur les principes de notre formation.
Dans une femme féconde , les cornes de la matrice sont remplies de semence qui se change en petites boules grosses à peu près comme des petits pois, lesquelles sont rangées dans leurs petites cellules , conme le sont) en quelque façon, les œufs dans Povaired^une no nie : donc il naît plusieurs enfants quand Ta semence de Phomme en a touché plusieurs.
La boule que la semence de Fhomme a rendue féconde , conserve parmi ses liqueurs le germe d^un enfant qui, d^abord sans doute , est moindre qu^un ciron^ et qui a été formé ^ si c^est un garçon, d^lne matière chaude, sèche et épaisse, pleine de feu et d^esprits, avec des pores resserrés et des parties pressées. Mais si c^est une fille, la matière en est moins chaude, plus humide et plus délicate, les parties en sont plu.<i déliées , et les pores plus ouverts et plus polis. Elle ne contient pas tant de feu , et il n^y a pas une si grande abondance d^esprits : si bien que la différence de Pun et de Pautre sexe ne vient que de la diversité des substances des semences du père et de I4 mère-^ de leurs qualités pr^n:iières , et de celles que Pon appelle de la matière^ Bntre ces deux dispositions de la semence féconde de la femme , il y en à une troisième qui tient le milieu , et qui a son projet extrêmement tempéré dans toutes sortes
de manières : si bien quHl nahroit de- là un hermaphrodite, sHl li'^étoit déterminé pour un garçon ou pour une fille par Tàme dô rhomme et par Pactivité de la semence , comme nous le verrons ci-après dans une dissertation particulière.
Hercule , si nous en croyons ' les poètes , étoit si robuste ) quUl n^engendra presque point d'enfants qui ne fussent mâles ; et entra soixante-douze qu'il fit> il ne s'y trouva qu'une seule fille. Mais sans m'arrêter à ce qui pourroit paroître fabuleux, je trouvetlans PËcriture j que Gédéon , qui fut l'un des prin* ces. du peuple Hébreu , étoit d'un tempéra^ ment si chaud et si actif , qu'il engendra soixante-onze enfants mâles y sans qu'il soit parlé d'aucune fille.
Lorsque la matrice reçoit la semence de l'homme y et que ses cornes , par une vertu particulière 9 attirent cette humeur pour la communiquer à la semence de la femme^ qui a de la disposition à recevoir upe impression subite par l'a<;tivité de la matière spiritueuse de L'homme ) alors Tâmeet les esprits de cette matière agissante servent de principe subalterne à tou( ce bel ouvrage. Si ces principes trouv/ent une boule où il y ait un germe de garçon , ils lui donnent de la fécondité , en faisant fermenter toutes les petites parties de l'humeur qui y est renfermée ; ils pénètrent et excitent ce petit projet 9 que l'intelligence de la mère avoit commencé à former. Mais si l'âme et les esprits qui sont enveloppés dans la semence de IHiomme touchent et
rendent féconde une autre boule qui ah des dispositions à faire une fille y ]a semence de rhommey fera les mêmes impressionsL, puisque souvent elle est indifférente à toute sorte desexe^ ainsi que nous Pavons prouvé ailleurs. Les inclinations secrètes qui nous sont naturelles j découvrent infailliblement les principes de la génération de Pan et de Pautre sexe ; car, si je puis raisonner des causes par leurs effets j il me sefa permis de dire que , comme les hommes sont naturellement robustes ^ et qu^&vec cela ils ont un appétit naturel à vivre d'aliments chauds et secs^ à s'occuper incessamment , et à se donner de la peine à la guerre et dux grandes affaires , on doit con» dure que leurs principes sont plus forts et plus grossiers qile ceux dont les femmes sont faites; il s'en trouve peu qui haïssent le vin y et qui rejettent les choses qui leur piquent la langue. Les femmes^ au contraire ^ sont naturellement délicates , et leur incli'* nation, pour parler en général, ne se porte guère au travail; elles usent, par une cou« tu me naturelle, d'aliments froids et humides^ €}ui sont proportionnés à leur tempérament^ et il ne s'en est guère vu qui n'aimassent «vec passion et le lait et les fruits; la Katare leur-demandant , par un appétit secret ^ de quoi faire subsister toutes leurs parties par des choses qui leur sont proportionnées.
Les principes de l'homme et de la femme sont donc fort différents , puisque l'un et l'autre ont des inclinations si opposées. Le principe de l'un est plus chaud, plus sec et
( i59 ) pins resserré; et le principe de Pautre^plus froid y plus humide et plus mollet.
L^expërience nous fait connoître cette yé* rite ; car une femme grosse â^un garçon sera ordinairement plus vermeille , se portera beaucoup mieux que si elle Pétoit d^une fille : la chaleur d^un garçon échauffe et excite la mère; au lieu qu^uue fille ^ par sa froideur , augmente le ffoid et Thumide dé son tempérament ^ ce qui la rend valétudinaire et malade pendant toute sa grossesse.
S^il se rencontre quelquefois des femmes qui soient d^un tempérament plus chaud que quelques hommes ^ on n'en doit pas imputer la cause à la Nature^ mais aux iiumeui::8 de la mère qui les a portées dans ses flancs j au lait de la nourrice qui les a allaitées, à Vexercice et aux aliments chauds dont elles ont usé pendant leur yie. .
1 . Ainsi ce n'est pas la matrice qui est la principale cause des mâles ni des femelles ; elle n'est que le champ de la l^ature où l'o:i sème , puisqu'elle ne mit pas la génération^ et ne reçoit que ce qu'on lui envoie de côté et d'autre ; elle s'occupe seulement à préparer la semence de l'homme y à l'attirer dans ses cornes; elle favorise ensuite la conception ; elle fomente les nouveaux germes^ et leur distribue l'aliment dont ils ont besoin : enfin^ elle agît comme une bonne mère, qui fait vivre son enfant aux dépens d'autrui.
Bien qu'il semble qu'elle soit plus chaude du côté droit y k cause du foie qui y est placé, que du côté gauche^ l'expérience cepi;udant^
car
nouSLxnontre qu^elIe reçoit également de l'un et de l'autre des matières plus ou moin$ chaudes : et il s^est aussi bien trouvé des garçons du côté gauche de la matrice ^ qiie dçs filles du côté droit. Nous ayons même quelquefois trouré, dans la dissection de quelques femmes , un mâle et une femelle du même côté j de sorte que ce n^est ni la matrice ni ses parties droites ou gauches qui sont la cause de la différence des sexes.
a. Ce n^est pas non plus le sang des règles ;
r lorsque Tembryon se nourrit de sang) il adëja acquis sa nature et son sexe, et il seroit alors impossible de les lui faire changer. Les aliments peuvent , à la vérité , altérer notre tempérament , mais ils ne sauroient jamais les transformer dans un autre ^ bienloia de pouvoir faire changer nos parties de lieu et ae figure.
3. L'imagination de la femme , quelque forte qu'elle soit, ne peut encore produire cet effet. Car combien y a-t-il de femmes qui n^'ont que des filles , et qui ne peuvent avoir des garçons, bien que leur imagination soit incessamment embarrassée et comme farcie de l'idée de ces derniers? L'imagination ne change ni nos humeurs ni leur tempérament; la bile ne sauroit par sa force devenir pituite, et la matrice, qui a des dispositions pour une fille , ne sauroit par son moyen en avoir pour un garçon : le tempérament de l'un et de l'autre étant trop éloigné, leur matière trop opposée^ et leurs parties trop différentes.
4* L^expérience nous apprend qu^on fait des garçons et des filles en quelque temps de la Lune que ce soit : et bien que la lune ait beaucoup d^empire sur nos humeurs y et qu^eUe préside d^autaut plus à la génération ^ qu^elle joint ses influences à celles du soleil et des antres astres; cependant je ne crois pas qu^elle puisse faire changer les sexes :
car quoiqu'elle enfle et multiplie la semence dans son croissant et dans sa vigueur, et qa^elle en diminue la force dans son décours et dans sa défaillance^ on ne peut pourtant la regarder que comme une cause fort éloignée pour la difiTërence du sexe. Enfin les maquignons et les métayers perdent leur peine, qtiand ils lient aux étalons et aux taureaux leur testicule gauche pour avoir des chevaux et des taureaux , ou le testicule droit pour s^acquérir des cavales et des vaches y puisque Pexpërience nous a désabusés làdessus, et nous a fait voir que les hommes Îui avoient perdu à la guerre le testicule roit, ne laissoient pas d'engendrer des enfants de divers sexes.
- Il est donc véritable que ce n'est ni la matrice , ni le sang des réfgles , ni l'imagination de la femme ^ ni la ligature des parties génitales du mâle, ni enfin les astres, qui sont les causes prochaines de la génération des mâles et des femelles , mais que. c'est plutôt la disposition et le tempérament de la matière dont nous sommes formés , ainsi que nous l'avons fait voir ci-dessus.
'Après avoir expliqué le plus exactement
qne nons avons pu y les premières canses de la génération des garçons et des filles y et en avoir découvert les causes immédiates par le moyen de la matière qui sert à les former^ il faut prés.entement donner des régies pour engendrer cette matière, et ces esprits qui contribuent à la différence des' sexes.
Première règle. On ne voit guère de trop jeunes ni de trop vieilles gens engendrer des garçons : ils ne font ordinairement que des filles. La chaleur naturelle est trop foible dans les premiers pour cuire et perfectionner la semence ; les derniers sont trop languissants y et la glace de leur âge s^oppose à Pab'ondanceet à la chaleurdes esprits qiii doivent contribuer à former un garçon* Et parce que la semence n^est qu^un excrément de tout le corps et des testicules , il faut que toutes les parties soient fortes et vigoureuses ^ pour engendrer de la matière à faire un garçon j ce qui ne se rencontre ni dans les uns ni dans les autres.
Deuxième règle. Jj^k façon de vivre est une des principales causes du sang et des humeurs ; si Ton mange et que Ton boive des choses succulentes ^ chaudes et pleines d^esprits, les humeurs participent de ces mêmes qualités ) et la semence a alors des dispositions pour un garçon à venir. Mais silesaliments sont froids I quelle apparence qu'elle puisse servir à engendrer de la naatière pour former un garçonl Elle n'aura tout au plus que des dispositions pour le corps d'une fille. Et Texpérience nous apprend que ceux qui se
tionrrissent d^alimenls chauds et sncculenls ^ et de la chair d^animaux lascifs^ acquièrent par-là non-seulement la force d^engendrer^ mais aussi de faire un garçon ^ pourvu qu^il y ait tant soit peu de vivacité dans leur tempérament.
Troisième règle. Il n^est pas besoin de manger ni de boire beaucoup et à contre- temps ^ quand on a dessein de faire un garçon. La chaleur est plus vive et pins forte quand nous sommes réglés. L'excès cause des crudités | et Von ne voit guère d'hommes ni de femmes dé réglés à table, qui engendrent des garçons. Leur semence n'a presque point de chaleur ni d'esprits ; et parce qu'elle est indigeste et iitiparfaite , elle n^est propre qu'à former une fille.
Quatrième règle. Si le manger et le boirt éteignent notre chaleur naturelle quand nous en lisons avec excès , l'action déréglée de l'amour ifbus épuise et nous rafraîchit de telle sorte , qu'après nos embrassements réité* rés nous n'engendrons que des filles. L'expérience nous fait voir dans les jevmes gens qui^ dans les premiers jours' de leur mariage , se caressent si éperdûment 9 qu'ils n'engendrent point du tout, ou, s'ils engendrent, ce n'est ordinairement que des filles. Que l'on fasse réflexion sur les mariages que l'on fait aujourd'hui parmi les hommes , on y verra sans. doute beaucoup plus de filles atnées que l'on n'y rencontrera de garçons. Les jardiniers impatients ne recueillent jamais de bonnes graines; ils désassaîsonnent toujours
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la terre j et quand ils Veulent la semer ^ otf ils sont frustrés dans leur attente^ ou les plantes qui en viennent sont foibles et lan* puissantes. Nous nous pressons trop pour Tordinaire quand nous nous caressons ;^et si nous savions nous modérer , notre ouvrage seroit plus parfait et dureroit plus long-temps. Si y lorsque nous caressons une femme , nous nous contentions d^une fois, il naitroit apparemment un garçon : au lieu que ^ si par hasard une femme conçoit de la seconde ou de la troisième fois qu^on Pembrasse Pîme après Tautre, il n^en naîtra assurément qu^une £lle^ ou s^il reste encore quelques esprits vifs et pénétrants dans la matière qui doit servir pour un garçon,, il sera fort petit ^ et peut-. être défiguré par le peu de matière etd^esprits que lui fournira son père.
Nous voyons tous les jours des jeunes femmes qui n^ont fait que des filles avec un homme^ et qui ^ étant remariées avec un autre^ ne produisent que des garçons. La chaleur de.notre jeunesse nous précipite dans les délices de Pamour : notre semence n^est pas plutôt faite quelle est éoanchée , et nos em--
f>ortements amoureux durent souvent dans es deux sexes jusqu'à Tâge de vingt-cinq ou trente ans. Mais si un homme ne caressoit sa femme que trois ou quatre fois je mois, la semence de Punetde Pautre seroit pluscuite^ plus épaisse et plus remplie d'esprits. Elle auroit plus de disposition à former un garçon que si on Pépanchoit plus souvent ; et c'est assurément pour cette raison que les vieil-
lards font, quelquefois des mâles 5 car comme ils manquent presque de chaleur naturelle , et que leur semence est crue et foible j sMs n^attendoient deux où trois mois pour donner le temps à la Nature de la cuire et de la perfectionner 9 ils ne sauroient déterminer la semence de la femme à leur donner un suc* cesseur.
Cinquième régie, L^ezpérience m'a fait encore remarquer que y si les femmes qui ont des règles modérées , conçoivent après leur écoulement^ elles.font, pour l'ordinaire ^ des garçons ; mais si elles ont des règles abondantes y et qu'elles engendrent aTant que ces règles paroissent y ou dès qu'elles finissent ^ elles font toujours des filles. Si nous examinons la cause de ces différentes productions^ que nous ayons souvent observées^ nous trouverons qu'elles prouvent clairement l'opinion que j'ai établie ; car lesfemmes qui ontabondamment leurs règles^ étant d'un tempérament plus humide que les autres y elles ne peuvent produire en elles-mêmes de semence propre k faire un garçon y puisque la complexion de leur corps et de leur humeur est opposée à la génération d'un mâle. Dans le temps que les règles coulent encore , la matrice en est humectée et rafraîchie tout en* semble; et bien que cette partie pût réserver alors, une semence pleine de chaleur et gonflée d'esprits ^ son intempérie et celle de tout le corps seroient pourtant une cause qui di-'^ min^eroit cette même chaleur , et qui dissiperoit une partie de ces esprits. Au lieu qu'une
femme qui a ses règles xnoelerées est agitée d^autant de feu et de chaleur qu^il lui en faut pour un garçon : la semence qu'elle engendre est chaude ) sèche et bien cuite ; et après que sa matrice s'est une fois défaite de toutes ses impuretés ^ et quMle a été échauffée par le passage du sang qui a coulé avec médiocrité y elle devient encore mieux disposée qu'auparavant : si bien que la semence de rhomme y arrivant ^ elle la dissout et la ra* réfie'' alors plus promptement ^ pour la faire devenir propre à donner des caractères de fé* condité au projet du mâle qu'elle conserve.
Sia^ieme règle. Enfin 9 j'ai aussi observé que les régions du midi n'étoient pas si peu^ plées d'hommes que celles du septentrion ;
3u'il y avoit dans les premières six fois plu» e femmes que d'hommes, et que dans lesautreSy les hommes égaloient presque en nombre' les femmes 9 ou les surpassoient même. Il est aisé, ce me semble, d'en découvrir la cause, La chaleur des pays méridionaux -diminue insensiblement lachaleur naturelle : elle dissipe continuellement des esprits ^ en tenant toujours ouverts les pores du corps ; si bien que l'on n'est ni si vigoureux^ ni si grand mangeur quedmis les pays tempérés ou froids.
Les humeurs ne sont pas si bien digérées dans ceux-là que dansceux-ci^ et la semence^ dans les premiers^ est plus propre à engendrer des filles qu'à faire des garçons. Je dirai encore que ) parce que les hommes y sont incessamment pénétrés d'une chaleur étrangère ^ et qu'ils sont accoutumés de jouir des femmes
( i«7 ) avec azcis ^ ils ont une semence crue , înJîgeste^ qui est toujours disposée h faire des fille^. J^ajouterai à ces raisons ^ que les femmes étant dans une continuelle oisiveté , et leur beauté consistant à ne point marcher pour être trop grosses, quelle apparence y a-t-il que y dans cet état , elles puissent avoir une semence forte et bien digérée j et que Pintelligence puisse former dans leurs flancs le projet d'un garçon , d^une matière si n^il cuite? Au contraire , dans les pays tempérés et dans ceux qui sont médiocrement froids ^ on a beaucoup plus de chaleur naturelle. Le froid bouchant les pores du corps j en em-* . pêche la dissipation , et la semence étant^ par cette raison , plus chaude et plus remplie d^es- ' priés j on engendre aussi plus de garçons que de filles.
CVst encore pour cela même que Ton fait plutôt des mâles pendant que le vent souffle du côté du nord. En effet, les vents froids qui régnent dans nos climats, le matin et le soir , pendant les saisons les plus chaudes, empècnent Tépuisement de notre chaleur naturelle y en arrêtant nos esprits , qui se dissiperoient autrement. Cest dans ce temps-^là que notre chaleur et nos esprits, se multipliant dans nos corps , vivinent et^animent, pour ainsi dire , la semence qui doit servir de principe à un garçon j et sHl est vrai que les bergers ayant remarqué la vertu de ce vent sur leurs troupeaux, font tous leurs efforts pour les faire accoupler pendant qu'il souffle , dans Tespérance de profiter plus sur
( i68 ) les béliers qu^ils ue le feroient sur les l rehis^ on peut bien dire qu'il n'a pas moins de pou« voir sur la génération des hommes.
Pour moi^ j'ai observé que le vent du septentrion a une telle propriété pour conserver la vie des animaux 9 et pour fortifier leur chaleur y que si 9 par exemple, on tire hors de Peau des carpes ou des anguilles y et puis qu'on les mette dans de la paille , le ventre en haut y on empêchera , par ce moyen, les premières de mourir pendant trois jours, et les autres pendant six : ce que l'on ne sauroit seulement faire pendant un jour entier, .lorsque le ventdumidi soufïle médiocrement.
En effet , il affbiblit les animaux en dissipant leur chaleur naturelle, et en faisant évaporer leurs esprits : si bien que la coction se fait alors fort mal ; le sang et les humeurs se distribuent très-lentement, et. la semence ne peut avoir des esprits que pour animer le corps d'une femelle.
On doit conclure, après toutes ces raisons, qu'il y a un art pour faire des garçons ou des filles , et que si l'homme et la femme se marient lorsqu'ils ne croissent plus ; s'ils ob«» servent également la façon de vivre que je viens de prescrire ; s'ils ne se caressent que rarement , et qu'ils donnent le temps l'un et l'autre à la chaleur naturelle de cuire leur semence^ et à l'âme de la perfectionner , et s'ils attendent qu'un vent souffle du septentiion au plein de la lune , je suis très - persuadé , par l'expérience que j'en ai^ qu'ils feront un garçon plutôt qu'une £lle.