CHAPITRE VIL
SI les enfants sont hâCardsy ou légitimes^ qvand ils ressemblent à leur père ou à leur mère.
-LA1LCE Qt7B la plupart des jariscoiisultes , avec quelques savants médecins^ soutiennent qu^une femme ^ pensani fortement à son mari au milieu de ses plaisirs illicites ^ fait^ par la force de son imagination , un enfant qui ressemble parfaitement à celui qui n^en * est pas le père ^ il sera bon à examiner si la ressemblance d^m enfant dépend de Fimagination ou de quelque autrecause* C^est pour* quoi nous recherckerons.ee que c^est que la ressemblance des enfants à leurs ancêtres ^ nous en établirons les différences , et nous tâcherons d^en découvrir les causes les plus véritables.
La ressemblance^ selon le plus commun sentiment) est une qualité naturelle , qui fait les hommes sembla blés les uns aux autres , si bien qu'en les regardant ou en les voyant agir , ou Se trompe souvent ^ comme fit au« t refois à Ronie le magistrat Antonius^ qui« acheta pour jumeaux deux beaux garçons^ que Turannius lui vendit' bien cher, quoique Fun fât asiatique et l'autre européen*
Les enfants ressemblent en taois façons à ceux dont ils ^ont issus. Ils leurs ressemblent^ dis-je , ou en qualité d'homme , ou en qualité de mâle et de femelle ^ ou en qualité de
particulier : de sorte que Veêfèce, le sexest rindividu établissent les trois .sortes de ressemblances } et ^ pour ne parler ici que de la dernière 9 je dirai que les enfants ressemblent à leur père ou à leur mère dans Pâme et dans le corps.
Quoique Tâme deriiomme soit d'une matière extrêmement subtile, que nous ne pou- Tons découvrir avec les yeux, ellenousdonne |>ourtant des marques de ressemblance par les^ effets qu^elle produit. Les passions et les inclinations des enfants nous font connoître ceux dont ils on tété engendrés. Je ne parlerai point ici de Tâme immortelle , que jVi nommée intelligence^ je suis persuadé qu'elle n'est pas matérielle et qu'elk est d'une autre nature que l'âme, qui est la principale cause de la ressemblance. Cette âme dont nous parlons nous donnera , par exemple , des ^marques d'une exacte économie dans le fils, comme nous l'avons observé dans le père *, et elle inspirera à ce même enfant les inclinations criminelles que l'on remarque dans la mère. L'âme de cet enfant ressemble donc , psLT ses qualités, à son père et à sa mère.
Four le corps , il aura des proportions et des ressemblances à la figure, à la couleur et aux actions de ceux qui l'ont engendré 5 ou bien il ressemblera à son grand -père ou à son oncle , ou enfin il ne ressemblera ni aux uns ni«ux a^utres , mais il retiendra les deux antres sortes de ressemblances dont nous avons parlé ci-dessus.
J'avoue qu'il est fort difficile de découvrir
les causes de toutes ces ressemblances 9 depuis que nous avons perdu la science qu^en a voient les Fsylles : ce qui a fait que les anciens ont été si partagés sur cette matière y et que presque tous les jurisconsultes ont plutôt attribué la cause de la ressemblance à rimagination de la mère qu^à toute autre chose. ,
Mais avant que de dire ce que je pense sur cette ressemblunce , il me semole que je dois auparavant examiner si Pimagination en peut être la véritable cause.
1 • Les jurisconsultes disent^ après quelques médecins y que la femme a Pimaginatiou si prompte et Tesprit si vif , que Pon ne doit pas s^étonner si elle imprime sur ce qu^elle conçoit dans ses entrailles la ressemblance âe ce qu^elle désire avec passion et de ce qu^elIe s^imagine fortement ; de sorte que si^ par exemple , elle a un appétit déréglé pour le vin^ pourles mûres, ou pour quelqueautre chose 9 ou qu'elle s'imagine fortement être caressée par quelque personne , son imagination est tellement attachée à ces sortes d^objets j que l'expérience nous fait voir tous les jours que l'enfant qui se forme alors dans ^ son sein y recevoit les marques des désirs ou des idées de sa mère : jusque-là même qu'il s'est trouvé des femmes blanches engendrer des enfants noirs semblables aux Ethiopiens^ pour avoir contemplé trop attentivement y pendant qu'elles concevoieut, ou aussitôt après avoir conçu y des Maures y soit réelle-' ment , ou en peinture. L'imagmation est si
forte dans quelques femmes^ qu'elles envoient de leur cerveau à Penfant qui se forme dans leurs entrailles y les , corpuscules de [objets externes quMles y ont reçus ; de sorte que ces images corporelles se communiquent tiux parties tendres de Penfant par une suite de nerfs qui viennent du cerveau de la mère.
2. Bien que les bétes femelles aient des âmes incomparablement moins mobiles que les fenimes ^ les naturalistes nous font pourtant remarquer qu^elles ont assez de force pour faire ces impressions sur leurs petits ; car si on enveloppe d'un mouchoir blanc le cou du paon qui couve, ou que Pon peigne de diverses couleurs les œufs d'une poule qui couve aussi 9 les petits du paon deviendront tout blancs el les poulets tout bigarrés.
Mais parce quePimagination de la femme est beaucoup plus vive que celle de ceé ani* maux j elle communique aussi plus fortement à son enfant ce qu'elle s'est une fois vivement imaginé : de sorte que si elle pense vivement à sou amant y à son oncle ou à son grand -père, lorsqu'elle conçoit, Penfant qu'elle engendrera sera fout semblable à Pu ne de ces personnes»
3.. La ressemblance n'est pas une preuve de filiation^ selon le sentiment des mêmes jurisconsultes. L'enfant qui ressemble à sot¥ père n'est pas. pour cela légitime. L'on ne SAuroit , sur cette conjecture , se décUirer héritier de son père. Sa mère, dans ses embrassementsillégitiraes , a pu Pavoir engendré^ ayeç cette ressemblance par la force de sou
imagination ; car^ eu pensant tonjonrs à sont mari lorsqu'elle étoit entre les bras de son amant , elle a imprimé sur le corps de Pen* fant quMle concevoit alors, les traits du corps et tous les caractères de Pâme de celui sur lequel son imagination étoit fixement arrêtée. Sans doute que ce fut la mêmecaus»' our laquelle un cuisinier de Kome ressemloit si bien à Pompée le Grand , que plusieurs le prenoient pour ce grand capitaine.
On peut dire à tout cela qu'il est vrai que notre âme étant liée àjiotre corps aussi étroitement qu'elle l'est ^ peut faire sur nous de violentes impressions. L'expérience de tous les jours nous en donne assez de preuves.
Mais je ne saurois me persuader que l'action de cette même âme soit capable de produire les ressemblances dont il s'agit. Ceux qui le soutiennent ne se fondent que sur de vaines observations^ sur des preuves imaginées et çur des raisonnements mal établis. Car que peut l'imagination d'un paon ou d'une poule sur des œufs qu'ils n'ont pas pondus? L'âme de ces deux espèces d'animaux est si peu active^ qu'il n'y a pas d'apparence qu'elle pût agir hors d'eux-mêmes y et imprimer sur des œufs étrangers des caractères qu'elle seseroitfigu* rés y «i l'on peut parler de la sorte.
S'il naît tous les jours des poulets bigarrés daus les fours d'Egypte 9 et que nos poules en fassent éclore de mêlés, sans que leurs ooufs aient été auparavant peints y peut • on assurer que c'est l'imagination de ces ani-»
(174) maux qui est la cause de la variété du plumage de leurs petits ?
Les taches de quelques couleurs q^fon remarque aux enfants ne viennent pas non plus de Piinaglnation de la nière j ainsi que nous l'avons observé ailleurs. L'imagination n'a point un pouvoir si violent ^ que d'imprimer des caractères sur un corps étranger.
Car lorsqu'un enfant se forme dans les flancs de sa mère , il n'agit qiie par lui-même y et alors il n'a besoin d^elle que comme une semence a besoin de la terre. Comment donc peut -*on comprendre qu'une femme grosse de deux y de trois ou de quatre mois^ ayant un appétit désordonné de manger , par exemple^ des mûres y et se mettant alors fortement ce fruit dans l'imagination y puisse communiquer à sa main la vertu d'imprimer sur l'endroit de son corps où elle sera posée y la ressemblance de ce fruit qui y passant de-là sans s'arrêter et se mêlant parmi son sang^ ses esprits er ses sucs^ qui coulent alors incessamment à ses parties naturelles y puissent être imprimés sur le corps de l'enfant y au même endroitquelâmère aura touché le sien?
En vérité, l'imagination des hommes a ici plus de force que celle des femmes ^ et ce n'est que celle des premiers qui a inventé ces sortes de raisonnements. Ils n'ont pu trouver de cause naturelle de ce qui arrive ; ils en ont allégué d'apparentes^ pour ne pas demeurer court y ayant à rendre raison de cet effet. Car de s'imaginer qu'il y a une
( «75 ) suite de nerfs qui viennent du cerveau de la mère^ et qui s'implantent dans la corps de Tenfant, pour lui porter des corpuscules des objets externes > et pour lui imprimer les marques de ces mêmes objets ^ c^est ce que Tanatomie ne nous a point montré jusquHci.
Mais il est bien plus vraisemblable de dire que ces marques sont des inégalités et des défauts de la matière dont nous sommes forniés| que Pâme qui a mangé le petit corps de l'enfant, n'a pu en aucune façon corriger, ou plutôt que ce ne sont que des contusions que le corps tendre de Penfant a reçues dans^ le commencefhent de sa vie ; et comme le sang qui est une fois sorti des veines par quelques coups^ou de la mère, ou de Tenfant , ne se dissipe pas alors entièrement^ les parties qui le reçoient en demeurent toujours tachées.
Pour goûter bien ce sentiment , Ton n'a qu'à faire réflexion sur toutes les marques que les enfants apportent du ventre- de leur mère y et l'on observera toujours qu'elles ont du rouge. Il n'est pas possible que les femmes grosses n'aient jamais souhaité ardemment que de manger des choses de cette couleur ; nous voyons tous les jours le contraire, et leur appétit déréglé est aussi bien pour des choses vertes^ jaunes , noires ou blanches , que pour des rouges. Cependant on n'observe presque jamais aucune de -ces couleurs - là imprimée sur là peau des enfants.
Mais encore n'est - ce pas une pure fable que Je dire qu'il y a eu des femmes blanches^
et mariées arec des hommes blancs, qm, par la force de leur imagination, aient Tait des enfants noirs. Elles n^avoient pas sans doute le secret de Julie, fille d^ Auguste , qui ne faisoit jamais d^enfantsqui ne ressemblassent à son mari , quoiqu'elle fût caressée par plusieurs autres, parce qu'elle ne souffroit point leurs caresses qu'elle ne fût grosse de lui.
Pour moi, je me persuade aisément que les femmes ont beaucoup contribué à introduire cette opinion sur la cause de la ressemblance desenfaiits , afin de couvrir les fautes qu'elles commettent très- souVent; et qu'ensuite des personnes habiles et politiques ayant considéré que ce sentiment étoit assez favorable pour le bieti et pour la tranquillité de l'Etat ^ ont cherché des raisons pour l'appuyer.
Mais bieù Ipin que l'imagination de la femme soit la cause de la ressemblance , il est même impossible qu'elle puisse produire les effets qu'on se persuade.
1. Tout le monde sait quels transports sent une femme dans ses pairties amoureuses C[uand elle est caressée; il semble alors que la chaleur naturelle l'abandonné pour y courir avec précipitation. Son imagination n'est alors fixée sur aucun objet qui puisse la dé* tourner ; et si elle est arrêtée sur quelqu'un | c'est assurément sur celui qui est présent.
Quoique la peur trouble en quelque façon ses voluptés , et qu'elle fasse quelque impression sur son âme lorsqu'elle s'abandonne à des libertés illicites , elle prend néanmoins •es précautions de telle sorte ^ qu'elle peut;
jouir en assurance de ses plaisirs amoureux* Si elle ne peut avoir cette force d'esprit j et ([ue la crainte la trouble j bien loin de faire un enfant semblable à celui que la peur représente à son imagination ^ elle fait un avorton j qui manque de ce qu'il faut pour être formé ; car son âme étant ailleurs y et son esprit étant dans un mouvement irrëgulier, elle ne peut concourir entièrement à la génération d'un enfant parfait. C'est de-là même qu'il arrive que les grands hommes font quelquefois des enfants qui sontindignes d'être leur fils ^ parce que l'âme des pères étant occupée à de grandes affaires y ils ne communiquent pas assez de chaleur ni d'esprits à leur semence , qui est ainsi la cause d*un enfant difforme ; ce que nous examinerons en particulier au chapitre S,
2. D'ailleurs, s'il est vrai que l'imagination soit la cause de la ressemblance^ pourrat-on dire que les mouches ou que les plantes même ont de l'imagination pour engendi*er ce qui leur est semblable ? Une mouche à ixïîel , par exemple, a la même figure et- les mêmes inclinations que celles qui l'ont engendrée 5 et celle-ci leur est si semblable y qu'il est impossible qu'on ne les prenne l'une pour l'autre r Cependant peu t-on dire que c'est l'imagination de ces animaux qui est la cause de leur ressemblance ?
3. D'autre part, l'imagination de la femme doit avoir été vivement frappée par les objets dont elle doit faiVè l'impression sur le corps de l'enfant qui se forme dans son sein. Mais
si cette femme n^a jamais vu son grand-père^' ou qu^elle n'ait jamais ouï parler des défauts de ses ancêtres pour se' les représenter fortement à rimagination y comment pourrat-elle faire nn enfant louche, borgne, boiteux , ou pied-bot ? Cependant Phistoire nous apprend qu^il j avait autrefois des familles à Rome qu'on ne dibtinguoit que par les défauts de leurs ancêtres, qui étoieut Sarobons, Conclus ou Scaures; et à Jurgères , dans notre voisinage ^ il y a un muet , fils d'un homme qui parle, et petit-fils d'un autre muet.
Je connois une femme boiteuse du pied droit > qui fit sa première fille incommodée du même pied; cependant elle m'a souvent protesté qu'elle n'avoit jamais pensé à son incommodité pendant qu'elle concevoit, ni durant toute sa grossesse. Aussi est-il certain que son défaut est peu sensible, et qu'elle y est tellement accoutumée qu'elle n'y pense presque jamais.
Les petite hommes du septentrion ont tous les cuisses courbées en dedans.; mais ce n'est pas sans doute l'imagination de leur xnère qui les rend semblables à leurs ancêtres : c'est piutdt quelque chose d'interne et d'essentiel, que nous découvrirons ci-après. Car de s'aller imaginer que le caprice d'une femme puisse forcer les principes dont l'âme se sert pour agir naturellement, j'avoue que c'est ce que je ne saurois comprendre.
4* Au reste, si l'imagination est la capse de la ressemblance externe , elle doit aussi ^tie une cause universelle , et agir inces^^aiu-
( 179 ) ment de la même façon dans tous les parti* cuUers : de sorte que les enfants devroient toujours naître semblables à ceux que la mère s^est fortement imaginés. Si elle a pensé, par exemple , à un héros j Tenfant qui en naîtra aura la figure de la personne imaginée j et cependant nous voyons tous les jours le contraire > et nons sommes témoins qu'un enfant ressemblé à son frère ^ à son oncle ou à son bisaïeul y à qui la mère n'aura pas pensé y ni au moinent de sa conception ^ ni même durant sa grossesse*
5. Aprèstout; pour faire une ressemblance, il faut que toutes les petites parties qui doivent concourir à composer un enfant j soient tellement disposées pour une grosse tête, par exempLç , pour un nez aquilin , pour de gros yeux noirs et pour tout le reste du corpsj que nous, remarquions dans un enfant une figure semblable à celle de son aieuL Ce n'est point à Pimagination de la mère , qui est une faculté animale j comme Pappellentles médecins f à former ainsi un corps et à en observer toutes les dimensions ; elle manque d'instrument pour cela y et n'a d'empire que sur ce qui lui appartient. La formtiion d'un enfant ne peut être que Paction de l'intelligence, qui se sert de l'âme pour lui donner la figure convenable. C'est dt>nc à cette âme 4 donner la forme externe,. et à chaque par* tie,.ist.à tout le corps même. Etceseroit une chose ridicule , que la faculté formatrice de l'âme > qui n'est autre chose que l'âme même, composât une partie, et que, d'un autre côté,
rîmàgînatîon qui n'en est qu'une faculté, lui donnât la figure. La boulangère qui mourut en cette TÎUe, il y a quatre ou cinq ans , à sa troisième couche difficile j parce quMle ne se pouvait délivrer d^un enfant qui avoit^ comme son père , les épaules fort larges , ne mourut que par Peffort qu'elle fit en tâchant de le mettre au monde. Il ressembloit si parfaitement à son père , dans la largeur de la poitrine, que je ne puis croire que cette con* formation soit venue de Pimagination de la mère.
Sur ce principe , la mère de Pierre Forestusy Tnn de nos savants médecins , refusa en mariage , pour sa fille , un homme fort riche^ parce qu'il étoit large d'épaules^ dans la crainte que sa fille ne mourût en couche^ selon l'expérience qu'elle en avoit.
6. Mais encore est*ce l'imagination de la mère qui a engendré dans les reins de son fils ime pierre qui lui a été tirée à l'âge de cinq ans ? Xa mère a-t-elle jamais pensé à cette maladie, à laquelle le père avoit des dispositions , quand, à l'âge de dix-huit ans, il fit cet enfant, puisque le père même u'avoit point eiltore ressenti cette incommodité ? Il 3ie s'en est aperçu qu'à l'âge de cinquante ans.
7. Enfin l'on ne peut attribuer à l'imagination de la mère l'horreur qu'avoient deux frères pour du fiomage y puisque leur mère aimoit avec passion cet aliment ; on devoit plutôt attribuer cette répugnance à des causes internes et essentielles^ puisque, selon la re-
marque de Skinkiu8> qui nous en fait Phitftoire y leur père ne pouToit en souffrir Todeur sans se pâmer*
Après cela, il faut donc dire que ce nVst pas rimagînation de la mère qui est la cause de la ressemblance des enfants 9 non plus que des inclinations et des maladies auxquelles ils sont sujets ; que c'est plutôt un pareil 9 et je puis dire un mâme principe , qui a fait le corps du père 9 qui travaille sur celui du fils ^ et que Pâme de celui-ci imprime des caractères semblables sur une matière qui lui obéit 9 et qui a des dispositions à ces mêmes acteidents*^ Afin d'examiner de plus près cette ques« tion y on doit obseryer plusieurs choses ^ que je juge être nécessaires pour la bien entendre*
Premièrement yf>n doit remarquer que la semence est animéede.Pâme de l'homme j qui estcommunicatiye^ pomme nous l'avons expliqué ailleurs. '
Secondement^que les semences de l'homme et de la femme étant mêlées j ont des mouvemei^ts actuels et des mouvements en puis* sance ; que les premiers sont des puissances procliainesy et que les autres ne sont que des mouvements éloignés.
Troisièmement 9 que la ressemblance est naturelle ou accidentelle 3 que la naturelle procédant des principes internes de l'enfanl| est toujours certaine et constante 9 au lieu que l'accidentelle ne l'est pas. .
1. Cela étant supposé ^ examinons d'abord la cause de la ressemblance du fils au père |
Je la fille à la mère^ comme la plus nafn* relie de toutes.
2. Recherchons ensuite la cause de la ressemblance de la filie au père ^ et du fils à la mère. *'
3. Observons aussi la cause de la ressena* blance que les enfants ont confusément avec leur père et leur mère.
4. Découvrons encore pourquoi les frères et les sœur3 se ressemblent.
5. Yoyons après cela la source de la ressemblance des '^t^fants au grand-père ^ aux bisaïeuls^^et aux oncles.
6. Examinons enfin pourquoi un enfant ne ressemble à aucun 'dé ses parents.
T . La cause de la ressemblance du fils au père , et de la fille à la mère ^ ne peut être prise que des principes 'internes qui servent à former ces entants j c'est-à-dire j des semences de l'homme-^ de la femme ^ qui y étant unies ensemble y ne font qu'un corps ^ sur lequel Iftme^ qni est l'autre principe ^ venant à ngir^ se fabrique un domicile pour la semence.
Je le dis encore une fois ^ je ne parle point ici de l'âme immortelle, qni ne communique jamais , et qui ne fait point de ressemblance. Je parle seulement de l'âme matérielle 9 qui sert d'instrument à. l'intelligence^ qui larait agir selon ses ordres.
Les esprits, ou l'âme qui réside dans la.
semence de l'homme , s'étant donc mêlés
avec l'âme qui est dans la semence de la
.femme, lorsque la conception s'accomplit ^
et ne fais^^nt alors qu^ln même composé^ travaille 9 eu qualité de principe ^ sur la ma* tière la plus terrestre et la plus épaisse delà semence de Pun et de l'autre sexe. Et parce que la semence d^une femme peut être d^uu tempérament chaud et sec , qu'elle a les par-» ties de sa matrice pressées les unes auprès des autres 9 et quMlene manque pas d'esprits pour
f produire un mâle j la semence de Thomme ui imprimant son caractère , fait un mé'»
lange qui a toutes les qualités convenables à former un garçon ; car Tâme qui est dans la semence de l'homme, ayant le mourement fort prompt et fort actif, l'emporte sur l'âme qui est dans la semence de la femme , et fait ainsi obéir la matière sur laquelle elle travaille ; si bien que celle-ci étant pénétrée par celle-là y il se fait un mélange dans la boule oh se forme l'en&nt , lequel cause la ressemblance qu'^ cet enfant avec son père.
Si l'on mêle du levain bien aigre parmi de lapâte , le pain qui en sera fait sentira l'aigre, quoique le levain j soit entré en beaucoup plus petite quantité. Tout de même, l'âme qui. est dans la semence du père , ou > si l'on veut, les esprits qui y résident étant fort pénétrants , se font connoître dans le mélange qui se fait des deux semences; et c'est ce qui arrive toujours « selon les lois de la Nature , que le fils, est semblable au père , et la fille à la mère : autrement, selon le sentiment d'Âristote , ce seroit une espèce de monstre, s'il ressembloit à quelquç autre personne.
(i84) Le projet de Penfant ayant donc' reçu la complezion du père par les impressions qu^a faites sa semence £ur la semence de la femme , se perfectionne tous les jours par ces mêmes principes. Si le père j par exemple y est bilieux et mélancolique', qu^il soit haut et prompt, et qu'il ait avec cela la voix grosse et de bonnes inclinations , une portion de son âme, quHl communique à son enfant , par le moyen de sa semence?, portera partout avec elle ces qualités qui en sont inséparables. Elle dilatera et étendra la matière des os ^ elle produira de la chaleur et de la sécheresse dans les principales parties 3 elle causera , en un mot , un tempérament bilieux et mélancolique : enfin, la partie de la semence du père, qui n^est autre chose qu^une portion de son âme , avec sa partie grossière^ dont le corps est en partie formé, l'emportant sur Pâme , la matière qui est dans la semence de la mère est la source de la ressemblance qu'a un garçon avec son père , nonseulement d'espèce , mais encore de sexe et d'individu.
Il en arrive ainsi de la ressemblance qu^a une fille avec sa in ère j car la matière qui est renfermée dans une boule, étant d'une complexion froide et humide, si on la compare à la matière dont un garçon est formé y ne peut servir qu'à faire une fille , principalement si la semence d« l'homme est foible.
et languissante, et qu'elle approche du tempérament de celle de la femme, l'âme ayant une force dominante , prend le dessus sur
rame de la semence de rboniniey et, étant unies ensen^ble 9 impriment sur la matière qui est disposée à recevoir son caractère féminin j des marques de ressemblance avec la .
femme dont elle procède : de sorte que y si la femme est d'un tempérament froid et humide^ quMle soit pituiteuse et sujette aux.
fluxion^, que ses passions soient modérées , et ses mœurs raisonnables, Pâme qui agit . fortement sur la matière du projet de Peufant, produira aussi les mêmes effets dans la £lle qui doit paître j car le tempérament de la mère est la cause de tout ce que nous remarquons en elle. Que ses mœurs et sa sant^ en soie;nt de$ effets , et que la disposition île Tâme et de la matière de la semence suive aussi par nécessité ce même tempérament , on doit sans doute attendre que la fille soit semblable à sa mère , et qu'elle ait les mêmes inclinations , puisqu'elle possède plus de son corps que de l'âme et du corps de sou père. L'âme de la semence du père , et sa semence niênie, n'a servi dans cette occasion qu'à rendre la semence de la mère prolifique 9 et à augmenter la matière du projet.
Elle a souffert, pour ainsi dire, plus qu'elle n'a agi , et l'on diroit même que le père n'a en rien contribué pour faire cette fille , tant elle ressemble à sa mère dans les qualités du corps et dans les passions de l'âme.
2. Mais si la fille ressemble au père , et le fils à la mère, ce qui arrive souvent, on doit concevoir , d'une autre façon , la cause de la ressemblance individuelle. Si le père, par
exempTey est grand et grot^ s'^il est sainguîtt et pituiteux y qu'il ait la chair mollasse et lesactiotts lentes ; si la mère y au contraire ^ e»t petite^ sèche et' bîlietrse, prompte et agissante y et qu'elle ait la chair ferme ^ il peuC arriver y et il arrive même tous les )ours^ que la fille ressemblera an père ^ et le fils à la mère.
lid source de cette ressemblance est y que rame et la matière qui servent à la concept tion sont la causé de la ressemblance y lors-
Jue Pune on Pautre semence fait paroître ^ ans le mélangé de la formation y ses qualités premières et secondes. Je pourrais dire y pour éclaircir ceci y que Pâiné et la matière de la semence de Phomme étant conforme»
à ses principes y c'est-à-dire étant froides y humides ;i lentes et pituiteuses^ comme est celui d'où elles procèdent^ elles dominent sur Pâme et sur la matière de la semence de la femme y et par leur matière et par leurs qualités j si bien que Pâme y qui est dans la semence du père y ayant souvent des mouvements très-aclifs et très-pénétrants, s'empare de Pâme de la semence de la mère y et par ce mélange il ne se fait qu'un corps subtil f dont la partie dominante retient toujours le parti de la complexion du père : Pâme dominante imprime donc son caractère féminin «ur Penfant qui doit se former dans les eâ* trailles de sa mère y et rend cette fille semblable à son père. Elle est grande et grosse comme lui j elle est lente dans ses actions ] ses yeux sont bien fendus ; ses règles sont
abondantes j enfin j elle est pittn€euse et sanguine conimp son père.
Mais si le père ne donne ^|ie fort peu de semence y qui ne serve seulement qu^à faire fermenter la semence de la femme, pleine d« feu et d'esprits j il naîtra de ce mélange un garçon y qui aura le tempérament de la mère , la même figure et les mêmes inclinations. Il sera petit comme elle^'et il lui ser^i tout semblable , si Ton en excepte le sexe : car cette femme étant d^une complexion chaude et sèche , si nous la comparons à son mari 9 imprime sur le projet de son enfant nn caractère masculin qui se feroit toujours connoître y à moins que la semence du père ne détournât rinplination de la Nature,
3. Il nW arrive pas ainsi lorsque les enfants ressemblent à leur père et à leur mère tout ensemble. Les semences des deux sexes' sont alors tellement égales en matière , en force et en qualité , que Penfant a des parties de Vnn et de Pautre j ou bien il a une partie semblable à la même partie du père, et il en a une autre qui ressemble à une partie de la ^ère. Cet enfant , par exemple ^ avec le nez de son père et la bouche de sa mère j a la -poitrine de sa mère , et le foie ou Pestomac dé son père : eh un mot, il sera sujet aux.
incommodités de Pun, et aux passions de Pautre^
La cause de cette ressemblance n^est autre chose que le mouvement différent des différentes parties de la semence de P homme e.t de la femme j et sUl est vrai que la semence
coule des principales parties de Vun et été Ta litre , et qu'avec cela elle soit animée^ ainsi que nous Payons prouvé, il me semble qu^on ne doit point avoir de peine à concevoir comment une partie d^un enfant ressemble à une {xartie de son père , et qu'une autre partie de ce même enfant ressemble iL une partie de sa xnère. Car , comme la portion de la semence qui coule , par exemple j de la tête du père ou de la mère , fait des mouvements différents y Pune et l'autre portion étant mêlées ^ sans pourtant être confondues, l'intelligence, qui a ordre de la Nature de former un enfant, trouvant une matière disposée à former la tête d'une telle ou d'une telle façon par la victoire d'une semence sur l'autre ^ travaille sur cette matière selon les ordres qh^elle a reçus ; mais , comme elle rencontre beaucoup de matière dans la portion de la semence qui doit servir â faire le nez, et que outre cela cette matière a encore des mouve^ jnents farts et actifs, elle forme, par le moyen de l'âme qui lui obéit toujours , cette partie de l'enfant semblable à celle de son père*^ c'est-à-dire, elle fait un nez gros et aquilinv Il en arrive de même dans la formation des autres parties du corps de cet sen&nt i si bien que la portion de la semence qui est destinée à former le cecur et la poitrine, tenant
Îlus de la matière et de l'âme de la semence e la mère, Penfant à venir sera sujet aux mêmes passions et aux mêmes incommodités que la mère, Enfin , selon les divers mouvementâ^l forts et foibles, que le projet au'ra
. ( iSp )
r«çu8, Penfant aura quelques parties sem^ blables à celles' de son père , et quelque»
Antres à celles de sa mère.
4* C^^&^ encore la même cause qtii rend les jumeaux et les jumelles semblables les uns aux autres. Car, si nous faisons- réflexion sur ce que nous avons dit au chapitre 4 d# €& livre j nous serons persuadés que la se* nience de Pbomme , se communiquant presque dans un moment à beaucoup de petite» " boules que la femme conserve dans les con-»
duits de la matrice, elle leur imprime soii caractère , et fait les mêmes impressions 9uv les unes que sur les autres : si bien que sHt s'y trouve de la différence , soit pour le sexe^ soit pour l'individu , cela vient plutôt de la femme que de Phomme ; car pour la semence dePhomofie^ elle se partage à plusieurs boules de Pun ou de l'autre côté de la matrice quand 41 y a des dispositions pour l'y recevoir 5 et faisant les mêmes impressions sur les unesque sur les autres, elle cause ainsi la ressemblance des jumeaux et des jumelles.
5. Mais il v?en est pas de même quan<t les enfants ressemblent à leur grantUpère ou à leur bisaïeul. La Nature ne fiiit peint alora agir l'âme par des mouvements actuels et prochains ; elle ne la fait agir que par des mouvements en puissance j^ et ne fait point représenter les personnes dont l'âme procède^ mais celle dont elle a été produiteu^ Ces trois enfants qui,, dans la famille &e Lépide , à •Rome, naquirent loin l^s uns des autres, nvec une membraae qui leur «ouvroit un
œîl^ sont àe$ preuves authentiques Ae ce que î^avancc.
Pour compreôdre bien cela ^ on doit être persuadé que les ressemblances que nous avons avec nos ancêtres sont en puissance dans notre semence^ par Pâme et les humeurs qu^ils nous ont communiquées : si bien que s'il y a quelque cause accidentelle qui -empêche un enfant de ressembler à son père ou à sa mère^ on doit croire qu'il représentera l'un de ses parents dont l'idée est demeurée dans l'âme du père et de la mère. Car , s'il est vrai q«e mon âme est venue de mon père^ que l'âme de mon père soit sortie du sien^ et ainsi toujours en remontant ^ par le corn* mandement que Dieu fit à la Nature ait commencement du monde f selon la remarque de TertuUien , je pourrai dire que mon âme porte avec elle le caractère et l'idée de tous ceu2E par lesquels elle à passé j et si la aemence communique successivement à plusieurs particuliers à peu près le même tem* pérament y quelle difficulté y a-t-il à croire qu'un enfant peut ressembler à son bisaïeul, non-seulement selon la figure de ses parties externes j mais encore selon ses passions et son humeur? Une pierre d'aimant toochant un morceau de fer lui communique sa propre vertu 9 et puis ce morceau de fer agît avec nnepareilleàctivitéque la pierre même. Ainsi il arrive souvent que la semence du fils fait de pareilles impressions que feroit la semence du père. C'est de quoi on sera plus pleinement persuadé par la question que nous allons
e:taTniner; saroir^ pourquoi un enfanf ne ressemble à aucun de ses parents*
6. Il n^est pas besoin de répéter ici ce que nous avons dit ci-dessn5 de la caiise de la ressemblance qn^ont les eif%nts avec leur père ou avec leur mère; nous ffnons prouvé assez évidemment y ce me semble f que la portion de l'âme de Phoname et de la femme qui accompagnoit la semence de Tun et de Pautre seze^ et que le tempérament, qui en étoit inséparable y étoient la cause de cette ressemblance y et que c'étoit d'où venoient Feffigie, les passions de Tâme, la santé , lea maladies, qui faisoient ressembler les enfante * è leurs ancêtres. Nous avons encore fait remarquer que cette ressemblance étant naturelle, ne ponvoit venir que d'un principe interne, et que si elle manquoit quelquefois i paroître^ il falloit en attribuer le cban* gement à des causes étrangères qui troublent la Nature dans son action , et qui détournent les mouvements libres qui se trouvent dans^ la semence du père on de la mère.
En effet , si ces mouvements sont un peu ' interrompus par des causes étrangères , le& enfants naissent, semblables à leur grandpére ou k leur bisaïeul, selon Pobservatioix qu'en a faite M. Bëgon , intendant de cette province , l'un des sages hommes et des plus^ curieux que je connoisse* Il m'a dit qu'il avoit remarqué aux Antilles des enfants ju« meauz engendrés par des métis, que l'on nomme mulâtres , dont les uns étant blancs .avoient les cheveux longs ^ et les autres étant
( ^9^ ) noirs àvoient les cheveux crépus ^ et qne cette ressemblance ne pouvoit Tenir que de leurs ancêtres, «qui a voient été de ces e$péce$-Ià. Car y ajoutoit-il , il y a autant d^espèces d^hommes y qu^il y a d^espèces de chiens.
Mais YossiuSy qui a observé qu^en Afrique , il naissoit un enfant blanc d^un père et d'une mère nègres^ et que ces productions différentes Tenoient plutÂt de la vérole que de leurs • parents qui faisoient un ladre ^ que de la ressemblance de leiirs ancêtres, dit aussi que ces enfants étoient foibles et languissants de vue y et ne voyant qu^au clair de la lune. S'ils sont beaucoup interrompus, ils ressemblent à leurs parens en ligne collatérale. S'ils sont forcés et agités, ils ne ressemblent ut aux uns ni aux autres , mais seulement à Tespèce de Thomme. Ën£ny si ces mouvements sont entièrement inégaux , et qu'ils trouvent une matière brouillée et désunie , il eu vient des hertnapbroiites et des monstres. Le suc dont l'enfant se nourrit d'abord, le sang des règles par lequel il se perfectionne , les passions de l'âme de la mère , le lieu larga ou étix)it où il demeure pendant neuf mois y les aliments dont il use après être né , l'habitude qu'ail prend pour ses mœurs par les exen^ples qu'il imite , sont de puissantes causes que je pourrois apeler étrangères , qui troublent quelquefois les mouvements directs de la Nature , et qui l'empêchent de faire dea impressions naturelles sur un enfant. La Nature ressemble en cela à un peintre qui iait souvent des tableaux par imitation ^
mais qui en a fait aussi quelquefois par ca* price.
Four éclaîrcir davantage cette question ^ je puis dire que la semence étant animée ^ comme nous Pavons prouvé ^ porte avec elle des caractères de Pindividu ^ et que ces carac» tères étant des mouvements actuels et prochains, ne manquent jamais àêtre communiqués au corps sur lequel ils sont imprimés j mais comme il y a d^a titres mouvements éloignés qui ne portent point avec eux Pidéd d^ln particulier, mais qui portent en général la figure et la représentation d^un homme y il s^ensiiit qu^aux moindres petits désordres qui arrivent dans la génération , le père on la mère peut engendrer par ses derniers mouvements un en£int qui ressemblée un homme^ mais qui u^auca aucune ressemblance avei% ceux qui Pauront engendré.
L'imagination de. la mère trouble plutôt Pactiou de la Nature, qu'elle ne contribua à la ressemblance. J'avoue cependant qu'elle a quelque pouvoir sur ses esprits et sur se»
humeurs y et si elle ne fait point d'impres* sion sur le projet d'un enfant qui se gou-- Terne par lui-même dans ses premiers jours de vie , elle en fait du moins sur le suc nour* ricier, bu sur le sang des règles , dont l'en* faht se naurrit dans les flancs de sa mère.
On sait quels changements et quels désordres causent les aliments an commencement de notre vie. Comme ils entretiennent notre chaleur quand ils sont bons y ils la détruisent quand ils sont mauvais. J'attribue Pem»
bonpoînt de -certains peuples à Pusage clu lait 9 du beurre et du iromage ^ et à un air froid et humide qu^ils respirent; au lieu que l\>n en remarque d'autres qui ant unejtaute 0utre figure, parce quUls vivent dans un air tout opposé à celui-là y et quUls usent d'autres aliments»
Enfin il y a quantité d'autres causes éloignées de notre tempérament et de nos inclinations naturelles s si bien que, quand l'âge nous met en état d'être comparés à notre père ou à notre mère^ nous nous trouvons alors fort différents, soit^par notre faute ^ ou par la faute de ceux qui ont eu soin de notre éducation.
Ainsi j j'ose conclure hardiment qu'à moins qu'il n'y ait des causes accidentelles pt éloignées , qui changent la ressemblance que nous devons naturellement avoii^ avec ceux qui nous ont- engendrés , nous leur sommes £fc)rt semblables. Les Garamantes ^ qui n'étoient pas sauvages en ceci, faisoient nourrir tous leurs enfants en commun y jus»
qu'à Tâge de cinq ans, et alors ils donnoient à chacun les enfants qui lui ressembloient le pins, jugeant par-là qu'il ëtoît leur père , et qu'il étoit obligé d'en prendre soin. Ils croyoient xlonc que la ressemblance étoit une puissante conjecture de filiation ^ et qu'elle procédoit de quelque principe interne qui étoit invariable. '
Pour moi , j'avoue que j'aurois mauvaise opinion d'une femme qui auroit un enfant qui ressembleroit à l'un de ses domestiques }
( 195 ) et ce serolt, selon moi j une preuve assez, forte pour le faire estimer illégitime : au lieu que 9 s^il étoit semblable à son père j ce seroit sans doute une grande conjecture pour la chasteté de la mère*