CHAPITRE Vlir
" Povrqnoi il y a des enfants qui naissent foihles ou imparfaits, et d!^ autres forts et robustes*
o'iL est vrai que le mariage des rois a principalement en vue le bien de leurs Etats , il est juste que celui de leurs sujets ait aussi pour fin la gloire de leurs princes. Un roi ne sera jamais en état de se défendre contre les insultes de ses ennemis ^ bien loin de con^ quérir des villes et des provinces j sHl a des sujets foibles ou imparfaits: au contraire^ rien ne pourra résister à sa puissance ^ s^il en a de bien faits et de robustes.
C^est donc une chose digne d^un royaume bien policé , de régler tellement ce qui con-^ cerne les mariages^ que tous ceux qui naissent
{missent un jour être capables de soutenir es entreprises de celui qui y commande.
Si nous pouvions découvrir la cause qui •fait qu'il y a tant de personnes petites ^ valétudinaires ou contrefaites 9 et en même temps ce qui fait les hommes forts et robustes , spirituels et adroits , ce seroit , ce me semble y 'un moyen assuré pour remédier a li^'désordres qui n'arrivent que trop souvent dans les
«familles et dans les Etats , par la négligence qui se remarque dans les mariages, et par les abus qui s'y commettent tous les jours. ^ Si le roi Agésilaûs n'eûtëpoufcé une femme jeune et petite y jamais les Lacédémoniens ses sujets n'eussent eu pour lui tant de mépris ni tant d'indifférence. Car, quelle apparence qu'une telle femme eût pu fournir tant de matière pour former un enfant d'une taille avantageuse? Ses entrailles auroient été trop
{tressées , et ses flancs trop resserrés pour s'éargir comme il falloit , et elle n'auroit pas €u assez d'humeurs pour lui communiquer la nourriture dont il auroit besoin. Cet enfant auroit été un nain comme sa mère y et puis il auroit été Pobjet du mépris et de la haine des peuples, et un sujet indigna d'être le fils d'un roi.
En effet , une petite femme de douze ans^ ou quand même elle seroit plus âgée , a les flancs trop resserrés et les parties de la géi|ération trop petites pour y contenir, durant neuf mois , un enfant de belle taille ; et | bien loin de le porter jusqu'au bout de sa grossesse , elle seroit contrainte d'accoucher ayant que toutes les parties de l'enfant fussent accom{>lies. Mais encore , si le mari et la femme sont fort jeunes et de même âge^ la semence de celui-là n'augmentera presque point la matière de la boule où l'enfant devra être formé. Elle ne communiquera seulement que les esprits fermentat.i& de la génération , et ainsi l'enfant sera toujours foible , languissant et petit.
( ^97) ' Les petites personnel viennent encore d^une autre cau3e; car, si le père et la mère sont d^un tempérament extrêmement lascif| inexpérience fait voir que les enfants qui en naissent ne peuvent être grands. I/amour de deux jeunes personnes mariées les embrase souvent de telle sorte , quUl ne se passe point de jour que cette passion ne les agite et ne les épuise ; et si par hasard il naît quelques enfants de ces embrassements réitérés^ ce li^ sont que des^ nains et des enfants foibles j qui n^ont pas eu dans les flancs de leur mère assez de matière pour y être bien formés. On se joint trop souvent Pun à Tautre ^ pour avoir de la semence bien cuite et bien digérée j et ainsi le mari ne communique à la femme que fort peu de matière pour la gënératipn^ et encore est-elle mal conditionnée. La femme , de son côté y u^a que de très-foible semence ^ puisque Pamour Fobligeà la répandre plutôt quHlne faudroit.
Ce peu de matière y donc j qui sert à former cet enfant y ne peut servir qu^à faire des parties trop petites pour être jamais les parties d^un corps bien proportionné.
Si les personnes mariées imitoient la chasteté d'un roi des Palmyréniens et de Zénobie sa femme y nous aurions aussi beaucoup plus d^hommes grands 9 spirituels et robustes que nous n'en avons. On rapporte que cette princesse étoit si modérée dans sa passion y qu'elle ne s'approchoit jamais de son mari que pour en avoir des enfants^ et que^ pour cela y elle attendoit toujours ile temps de ses
règles ) pour connoître &i elle étoit grosse ou non. Si les règles paroissoient^ elle retourn oit incontinent après entre les bras du roi j afin d^obéir plutôt aux ordres de la Nature qii^à sa propre passion ; et si les règles iie venoient point y elle se passoit, pendant sa grossesse , des plaisirs du mariage 9 que la plupart des femmes souhaitent alors avec tant d^ardeur*
C'est*le véritable moyen de faire des enfants forts et spirituels 9 que d^en user de la sorte. Il semble que Pon se remarie toutes les fois que Ton se caresse après un assez long intervalle. Il ne manque alors ni matière ni esprits pour former un enfan||>;bîen fait} et Pexpérience (ait voit ^ tous les jours ^ que les plus grands hommes sont souvent venus de conjonctions illégitimes. Jamais Komen^au-* roit été la terreur de ses voisins j si Komulus^ son fondateur ^ ne f&t né de la sorte ; et jamais deux villes considérables de PËurope n'eussent élevé deux statues à Phonneur et à la mémoire d^Ërasme, si la naissance lui eût donné de l'esprit. , '
En effet, la semence a le temps de se cuire et de se perfectionner; les esprits s^y assemblent en plus grande foule lorsque Ton se caresse rarement ; les plaisirs de Pamour sont même plus grands y quand on les prend avec niodération, et ils ne dégoûtent pas comme ils font ordinairement.
Four peu de santé qu^aient un homme et une femme , pourvu qu'ils observent tout ce que Pon doit observer pour faire des enfants K>rts et spirituels^ ils ne manquent pas d'y
( 199 ) ^ réussir ; et nous ne voyons jamais guère ^ pour me servir de la pensée d^un poëte ^ des aigles fiers engendrer de faibles colombes»
Maié si j dans Tezcés de Pamour^ la femme prend le dessus , et n^observe pas toute la bienséance que Ton doit observer quand on se caresse amoureusement , on ne doit pas douter que cette posture ne soit l'une des causes des petites et foibles personnes : car ^ puisqu^un homme lascif, comme nous ve»
nous de le dire, ne répand à chaque fois que fort peu de semence; si, draille u rs , il ne garde pas une posture coAvenable^ le pen de matière quHl répandra ne sera pas reçu où elle doit l'être , et ainsi il ne se fera point de conception \ ou , s'il s'en fait , ce ne sera qu'un avorton et un nain qui n'aura rien d'avantageux y ni dans l'âme , ni dans le corps.
Tout le monde sait que la vieillesse est froide et languissante j et qu'elle n'a guère de vigueur dans les embrassements amou* reuz. Si l'on fait un enfant à cet âge-là , on doit croire, pour l'ordinaire, qu'il seraient et stupide , son père n'ayant de matière et d'esprits que pour lui donner seulement la forme d'homme, à moins que sa mère , qui est souvent jeune et amoureuse , ne contri* bue, de son côté, au génie de son enfant , par l'abondance de son feu et de ses esprits* Un cheval engendré d'un vieux cheval n'est jamais agile j et les écuyers savent trés-bien qu'il n'est pas aussi propre , ni au manège , ni à la guerre , que les autres. Mais dans
Les témoins sîgnoient dans le corps et au l>as du libelle y aussi bien que le mari.