CHAPITRE IV
I^es Hermaphrodites.
i li faut avouer quela Nature se joue quelquefois , lorsqu'elle donne aux parties qui distinguent les deux sexes une figure différente de celle qu'elles doivent naturellement avoir. Il n'y a qu'à lire des histoires des hermaphrodites pour apprendre que des personnes ont eu tout ensemble les parties naturelles d'un homme et d'une femme» Ce sont ces gens que l'on jetoit autrefois dans la mer ou dans la rivière, ou que l'on reléguoit dans quelqu'île déserte, comme des présages de quelque sinistre événement.
Si l'intelligence qui travaille dans les entrailles d'une femme , manque quelquefois à former les parties les plus nobles et les plus nécessaires à la vie d'un homme , ou ne doit pas s'étonner s'il lui en arrive autant dans la formation des parties génitales. Mais parce que la propagation de l'espèce n'est pas d'une si grande nécessité que l'existence de la vie , nous ne voyons pas aussi tant de défauts
dans le cœur j dans le cerveau y dans le foie et dans les autres parties principales , que dans les parties amoureuses des nommes et des femmes. En effet , il tie se passe guère de lustre que Ton n^entende parler de quelques hermaphrodites, qui autrefois passoient pour des prodiges et pour des n^^nstres , et qui sont aujourd'hui regardés comme quelque chose de fort curieux.
1 • J'en compte de cinq espèces. Les premiers ont toutes les parties naturelles d'un homme fort bien faites ; ils urinent et engendrent comme les autres bomjnes , mais avec cette différence qu'ils ont une fente assez profonde entre le siège et la bourse^ qui est inutile à la génération.
2. Les autres ont tout de même les parties naturelles d'un homme fort bien figurées , qui leur servent à faire les fonctions de la vie et de la génération ; mais ils ont une fente qui n'est pas si profonde que celle des premiers , et qui étant aiu milieu de la bourse, presse les testicules d^un câtéet d'autre.
3. On ne découvre dans les troisièmes aucune partie naturelle d'homme ; l'on ne voit seulement qu'une fente ^ par laquelle l'hermaphrodite urine. Cette cavité a plus ou moins de profondeur , selon le défaut de la matière qui a été employée à la former : n:iais cependant^ le doigt en trouve aisément le fond. Les règles ne coulent jamais par là, et cette espèce d'hermaphrodite est un véritable homme , aussi bien que les deux autres. Ce sont ces sortes d'hermaphrodites qui, à l'âge
( f 49 ) fle quinze ou dix-huit ans, devienuent gaf»-
^ns, de filles quUls aroient été estimés auparavant : témoin la, femme de ce pécheur qui j au rapport d^Antoi ne de Falerme, devint homme après quatorze ans de mariage* Toutes les parties d^un homme lui sortirent tout d^un cou^ , et elle parut alors à son mari Aussi vaillante que lui dans Paction naturelle des hommes.
4* Les quatrièmes sont des filles qui ont le clitoris plus long et plus gros que les autres 9 et qui par - là en imposent au peuple , qui n^estpas savant dans les parties qui les composent. Ce sont elles que les Grecs appellent trîhadesj dont les Français ont formé leur mot de ribaudes^ et c^est aussi de cette espèce d^bermaphrodite, dont Colombus dit avoi^ examiné les parties internes et naturelles ^ sans y avoir trouvé aucune chose essentielle^ différente des parties naturelles des autres femmes. La seulç, marque que ce sont des filles 9 c^est qu^elles SiOunrent tous les mois récoulement de leurs règles. ,
5. Enfin, les cinquièmes sont ceux qui n^ont Pusage ni de V\xn ni de Pautre sexe , et qui ont les parties naturelles si confuses^ et le tempérament d^homme et de femme si mêlé, que Pon auroit de la pei9e à dire lequel Pemporte sur Pautre. Telle étoit la Boh4« mienne, qui pria le mémç Colo0i.bus de couper sa verge , et d'élargir le conduit de la pudeur, pour avoir la liberté, disoit-elle^ de se joindre amoureusement à un hommi^ JVIais ces sorte» de personaet saut plutôt une
( a5o ) espNece d^eaiiuques que d'hermaphrodites ; leur verge ne leur servant de rien^ et les règles ne lear venant jamais.
Je ne prétends pointparler ici àe ces femmes à qui les règles manquent pour quelque cause gué ce soit : on est aisément persuadé qu'elles ne changent ^int de sexe, et que leurs parties naturelles demeurent toujours les mêmes ; maison sait aussi qu'elles peuvent changer de tempérament y et prendre celui d'un homme 9 coiiime l'a remarqué Hippocrate y dans la personne de Fbaëtus.
Beaucoup de personnes assurent, et c'est même vrai , qu'il y a des hermaphrodites ; mais aucun ne nous instruit véritablement de leurs causes efficientes et matérielles : examiuons«en donc exactement la source»
X. Il y a , sur cette matière, plusieurs raisonnements. Les uns pensent que la conjonction de Vénus et de Saturne dispose si confusément dans les flancs d'une femme la matière qui sert à former un enfant j qu'il naît de-là un hermaphrodite.
a* Les autres croient que les hermaphrodites se forment peindaut que les règles coulent, et que les règles étant toujours impures , elles ne peuvent produire que des monstres.
o. Les troisièmes disefit que la Nature ^ ayant un soin particulier pour la propagation des hommes^ sWfbrce' toujours, autant qu^elle I9 peut ^ à engendrer plutât des femelles que des mâles. Aussi voyons^nous ^ ajoutent-ils, beaucoup plus d^hommes hermaphrodites quedesfemmes ^ laNatureayaut
marqué à ces premiers les vestiges des parties naturelles de la femme. ^
4* Les autres croient que l'homme et lafemme^ ayant contribué tous deux également à la génération , la faculté formatrice qui tiche de rendre le corps sur lequel elle traraille semblable à ceux dont elle est sortie, imprime ^ autant quVlle peut, sur ce • corps les caractères d^homme et de femme ; ce qui fait un hermaphrodite : si bien qu^il s'en est tu qui étoient capables d^engendrer dans les deux sexes, et qui a voient la mamelle droite d'homme , et la gauche de femme.
S. Les cinquièmes se persuadent que Dieu ayant faitThomme mâle et femelle, comme parle PEcriture , nous avons essentiellement en nous-mêmes la faculté de devenir Pun et Pautre sexe, et par conséquent il ne faut pas s'étonner s'il naît quelquefois des hermaphro* dites , puisque nous le sommes en puissance.
Enfin, il y en a qui disent là-aessus t^nt de fables, que je ne saurois me résoudre à rapporter leur sentiment.
1. Si nous examinons les raisons de ceux qui disent que là conjonction de Vénus et dç Saturne estlacausedes hermaphrodites, nous verrons claipfement qu^elles sont trop foibles pour nous persuader. Ces astres sont trop éloignés de n(fus , pour être les causes prochaines d^un tel eâet> et pour avoir un empire si absolu sur le corps d^un enfant dans les entrailles de sa mère ; et s^il étoit rrai que leur conjonction pût causer ces difformi^ tés; au moins ne seroit-ce pas dans detixlierr-
( aSa )
niAplirodites nés dans les diverses saisons d^uue année.
a. Les secondes ne me persuadent pas plus; car 9 selon leur sentiment , il devroit plutôt naître des galeux y des ladres et des valétudinaireS| que des hermaphrodites ^ si la conception se faisoit pendant le flux, des règles y comme nous Payons remarqué ailleurs.
3* Je ne suis pas pon plus conraincu par les raisons des troisièmes ; car la Nature n^étant que la puissance de Dieu dans la production des animaux j elle ne travaille jamais ^ selon ses ordres naturels , que sur la matière qu^on lui a donnée j et par conséquent les hermaphrodites dépendent plutôt cU la disposition de la matière^ comme nous verrons ci-après y que du dessein prémédité de la Nature,
4f Le sentimentdesquatrièmes sent si fort la fahle que ce seroit perdre du temps que de s^arréter à le réfuter ; car la faculté formatrice^ qui n^est qu'un effet de Tâme y ou Fâme même j si Ton yeut^ n^a pas le pdur Toir de faire des différences si manifestes^ et la génération ne se faisant que par le mé« lange et la fermentation des deux semences^ comme nous Payons prouyé ailiers y elle ne peu t en séparer les actions^ quand ff s semences spnt une fois jointes : si hien qu'il ne s^est encore jamais vu d'berinaphrodite qui pût user iiiidifféremment de ses deux parties xuitu* relies^ et en produire dc^ enfants* Si nous ayqns quelques hisl^oires là^dessus , ce sont toujours de yéritables femmes qui abusent
ûe leuif clitoris y avec lequel elles ne peuvent jamais engendrer dans un autre,
5. Enfin ^ de croire que nous soyons hermaphrodites en puissance , c^est une imaglr nation tirée de Platon ^ et une erreur qui fut condamnée sous le pape Innocent ÏII ; et quoique rÉcritnre paroissoit d'ahord favorable à. ce sentiment ^ cependant y si on la considère dé bien prés^ on verra qu'elle a un sens tout autre que celle qu^n lui veut donner.
Mais pour dire ce que je pense sur une matière aussi difficile que celle-ci ^ il ms semble qu'où doit prendre la chose de fort loin y et se souvenir de ce que nous avons dit ailleurs de la cause de la génération des garçons et des filles : après quoi il sera^ ce me semble , aisé de conûoître ce qui fait la confusion des sexes.
Nous avons dit que la semence étoitle plus souvent indifférente pour les deux sexes j et que si elle trou voit une boule dans les cornes de la matrice , qui renfermât une matière, chaude 9 sèche ^ resserrée , pressée et pleine d^esprits, elle la rendoit féconde pour eu faire un garçon 3 mais que si elle en rencontroitune autre qui fAt moins chaude et moins sèche 9 plus ouverte et plus mollette ^ et moins remplie d'esprits que la première ^ elle ne lais* ^oit pas de Panimer pour en faire une fille.
Nous avons encore dit que si la matière quiétoit renfermée dans une autre boule étolt tellement tempérée dans ses qualités et égale dans, sa matière^ qu'elle fût dans un parfait
( a54 ) équilibre à P^gard de toutes ces choses ^ la semence de Pbomme déterminoit cette matière pour lin garçon ou pour une fille y selon le plus ou le moins de feu et d^esprits qu^elle portoit avec sa matière lâche ou resserrée.
Mais si, par hasard, la semence de Thomme « plus de disposition pour déterminer àj^in des deux sexes la semence tempérée de la
rhomme ou de la femme.
1. Pour éclaircir davantage cette difficnlté, examinons la chose de plus près. L^intelli'geuce de Penfant, ou son âme immortelle , si Pon yeut , qui a travaillé depuis le com<mencemettt de la formation de cette créature à se faille un domicile , et qui a déjà achevé la plupart de ses parties principales y commence vraisemblablement vers le trente-cinquième jour à s^em ployer à faire les parties naturelles d^un garçon. Elle prend donc la matière qu^elIe a mise d'ans Pendroit où.
doivent être posées les parties naturelles de Penfant. Elle travaille incessamment à les former ; mais parce qu^elle manque de matière pour les accomplir^ elle en emprunte des parties voisines : aimant mieux rendre celles-ci défigurées, que de manquer à former parfaitement les parties qui doivent servir à la génération.
2. Et ce sont les défauts qu'on remarque dans les deux premières espèces d'hermaphra*
dites dont nous avons parlé ci-dessus ^ qui sont de Yëritables hommes*
3. Mais lorsqu^ilne se trouve guère de matière pour faire les parties génitales d^un gar^ çoti y on ne sauroit dire quelle économie Pintelligence prend pour former ces parties. Elle épargne la matière j elle ménage le lieu > et dispose si bien toutes choses y quMIe forme parfaitement les parties génitales d'un garçon ; mais elle les forme en dedans ^ manquant de force ^ de chaleur et de matière pour les faire sortir au-dehors. C'est de cette. sorte qu'elle agit en formant les parties naturelles de la troisième espèce d'herniaphrodites , qui sont estimés des fîljes, bien qu'ils soient de véritables garçons. Ce sont ceux*ci qui changent de sexe 9 et qui de filles qu'ils étoieut es*timés auparavant, deviennent hommes^ qiti se marient ensuite , et qui sont les pères Je plusieurs enfants. La cualeur naturelle et génitale, devenant tous les jours plus forte, pousse au-dehors, à l'âge de quinze, de vingt ou de vingt- cinq ans, les parties amoureuses qui étoient demeurées cachées jusqu'à ce temps-là , comme il arriva à cette fille ita* lienne, qui devint un homme, du temps de Pempereur Constantin , comme saint Augus* tin nous le rapporte. C'est peut - être aussi quelqueeffort violent qui fait sortirces mêmes parties : témoin Marie Germain , dont parle Paré, qui, ayant fait un grand effort en sautant un fossé, devint homme à la même heure , parla sortie des parties naturelles.
4* Au lieu que l'intelligence manquoit de
matière pour former les parties génitales des trois premières espèces d'hermaplirocli tes don t nous venons de parler ^ dans la quatrième il s'en trouve plus quHl n'en faut. L'intelli-
Sence, qui, vers le quarante-cinquième jour e la formation d'une fille y est en peine de placer toute la matière qu'elle a d'abord réeeryée pour former ses parties amoureuses y se déteriiiiiie en£n à faire le clitoris beaucoup plnsgrosct plus long qu'iln'a coutume d'être, afin de la isser aux parties génitales internes de cette fille une figure naturelle pour ser- Tir un jour à la gënération^ car «lie aima beaucoup mieux manquer dans les choses superflues que dans les nécessaires. Ce sont ces sortes d'her maphrodites qui, étant de véritables ff m mes , ont (ait accroire à beaucoup de gens qu^el les étoient aussi des hommes.
C'est ainsi que Montuus a pris son hefhiaphrodite pour un homme, lorsqu'il caressoit amoureusement ses servantes, et pour une ferrime , lorsqu'elle se lioit amoureuse^ zn«nt à son mari pour avoir des enfants.
Bien que ces quatre espèces d'hermaphrodites aient mérité ce nom , la Nature ne leur a pourtant pas refusé l'avantage de se servir de leurs parties génitales, et d'engendrer comme les autres. Les hommes hermaphrodites font des enfants , et les femmes hermaphrodites conçoivent ; si bien que les uns et les autres ne diffèrent des hommes et des femmes , que par quelques parties qui manquent ou qui sont superflues, mais qui soiUFenï jie troublent point la génération*
( a57 ) Cette femme 9 que roii appéloit JEmilie^ qui étpit mariée avec Antoine Sp^ta^ au rapport de Ponanus ^ fut^estimée femme pendant son mariage de douze ans^ mais elle fut ensuite réputée pour homme y après s'être alliée à une femme*
Il n'en est pas de même de la cinquième espèce 9 que Pon peut Appeler parfaits etvéri^ tables hermaphrodites , puisquHls n'ont Pusagé ni de Pun ni de Pautre sexe ^ et c'est de cettô sorte qu'ils se forment dans les flancs de leur mère.
* L'intelligence , qui a le soin de composer ce petit corps hermaphrodite , est fort en peine quand elle trouve dans le yentre dô sa mère une matière qu'elle ne peut ména<ger pour faire ses parties génitales* D'un côtéy la matière est humide et mollette ; dePautrC) elle est sèche et resserrée: ici, elle est chaude: là 9 elle est froide 3 en un mot j c'est une matière qui a des parties si différentes ef si rebelles , qu'il est impossible de les pouvoir ménager , et avec cela il y a si peu de matière ) qu'elle manque de chaleur et d'esprits , dont l'intelligence se sert toujours pour former toutes les paries de notre corps. Si c'est un garçon qu'elle entreprend de former, il deviendra, quand il sera homme , trop froid et trop lent pour engendrer, et aura de grar^ds défauts dans ses parties génitales. Si c'est une fille, elle sera un jour trop chaude et trop sèche , cl manquera d'organes , de semence et de règles pour former et faire vivre un enfantf
la*
K^anxnoînS) rîntelligencedoit achever son buyrage, de quelque manière que ce soi-t. Slle y trayailledoiicibrteinent^etfèroit sans doute despa^^ies qui seroient en quelque façon déteriuin^esà Tun des sexesy si la n:|atière nVtoit point inégale y ni d^une complezion différente. Enfin , elle forme un hermaphrodite^ ou^ si Ton vent 9 un. monstre qui nVst ni homme ni femme , et qui n^a pas les parties natu relies de Puti ni de i^au tre sexe. . .
On pourroit accuser Tintelligence d^ s'être trompée dans la figure quVlie a donnée aux parties naturelles d'un enfant hermaphrodite ] car on ne peut pas douter que les intelligence^) quelque savantes qu'elles soient^ne puissent se tromper quelquefois , et ne pas faire les parties j ustes : mais que Pon se trompe là-dessus y Pintelligence a trop dé lumières pour manquer dans cette occasion ^ quand elle a une matière bien disposée.
Cela étant ainsi, expliqué y*on peut main* tenant répondre aux questions que l'on fait ordinairement sur cette n^atière ; savoir :
1. Si les filles peuvent. être changées en garçons , et les garçons en filles»
2. Si un hermaphrodite peut user de l'un et de Pau tre sexe j et s'il peut engendrer.
3. Si P hermaphrodite peut concevoir dans lui-miême sans se joindre à personne.
4* Si un prêtre peut marier un hermaphrodite ^ ou une personne qui est accusée de Petre.
5 . Si un hermaphrodite peut se faire moiiis , ou religieuse.
1. Fàur éclaircir la première question^ ém àoit savoir que le tempérament d'un homme ^t si différent de celui d'une femme ^ qu'il est impossible qu'il arrive dans la Nature un changement si extraordinaire. Là complexion d^un homme ne consiste pas seulement dans une certaine union des premières et des se* condes qualités ^ mais dans un certain mé* lange et un arrangement de la matière àoni il est composé ; et par conséquent il est impossible qu'un garçon devienne fille ^ el qu'une filledevienne garçon ; le tempérament de l'un et de l'autre étant une chose trop éloi* gnée^ comme nous l'avons examiné ai. leurs* D'autre part j ceux>qui se sont appliqués à disséquer des hommes et des femmes gavent bi^u que leurs parties génitales sont fort dif* férantes entre elles; et si la Nature leur a donné un espace suffisant pour placer . les nus y ellç leur en a refusé im pour placer les autres. Ainsi je pourrois dire , avec le sa* y£^nt Yarole 9 qu'il est impossib-e que les deux sexes se puisent trouver véritablement dans uti même corps.-
Il çst yrai , pôartant, tfCkénonÉ apprenonSp par quelques histoires que nos médecins ont écrites^ que des péi-so^i^ies qui avoient été d'abord estimées filles étoient devenues hommes dans la suite, leurs parties na lu relies d'hommes s'étant manifestées, ou par les enjouementts du mariage^ ou par l'abondance et la force de la chaleur naturelle^ ou enfin par quelque mouvement violent.
Mais , à dire le vrai^ ce n'étoient que des
hômnifts cachés ^ coznme étoit cette servante ie diz-hait ans j qui mourut 4ile la peste ^ dans le corps de laquelle Jean Bouhaîn ,mé* decin de Lyon , trouva les mêmes organes qui fterTent aux hommes pour la génération.
On peut dire encore que les femmes qui passent quelquefois pour des hommes ^ qui ont quelques poils au menton et par le corps ^ et qui ont la Toix un peu grosse y ne sont que de véritables femmes y bien quMles se divertissent de leur clitoris avec leurs compagnes. Si bien qu'après tout cela on ne peut pas dire que les uns se soient changés dans les autres ; car nous n'apprenona point que les hommes soient devenus femmes^ et que leurs parties naturelles se soient anéanties y ou soient retournées en dedans
Î\onr former les parties d'une femme ; et e peu d'histoires que l'on nous fournit sur ce sujet y sont toutes fort suspectes > mal entendues ou fabuleuses r témoin l'histoire que Ausone nous rapporte d'un hemme hermaphrodite y de Bénévent en Italie, où il fait, à dessein, un équivoque. pour surprendre l'esprit du lecteur: dans une chose rare et ex^ traordinaire« /
Il n'y a plus aujourd'hui de Tirésias; La iable cède à la vérité, et l'on ne croit plus à cette heure ^ ce que l'on croyoit autrefois si aisément. Les deux hommes hernfaphrodites de Licétùs , dont l'un s'étost marié et l'autre rendu moine , ne laissèrent pas l'un et l'autre
de conce voire t de porter un enfant dansleura flancs.
IVfais aussi ce n^étoit que ae , yéniahl^ji femmes , que ron avoit d^abord prises poûir des hommes j à cause de la longueur et de 1^ grosseur de leur clitoris. Ainsi ^ nous deyons croire que les parties génitales d^un homm^ ne sauroient se retirer au-dedaus j pour se placer comme doivent être placées les parties naturelles de la femme; et quand même cela se pourroit faire ^ )e ne saurois me persuader qu^il y eût un lieu assez spacieux pour les y recevoir*
Il faut donc conclure que ces changements sont impossibles ; que lés hermaphrodites qui conçoivent y sont de véritables iemmes }
Sue les autres'^ qui font concevoir^ sont e véritables hommes ; et que si les intelligences qui ont lé soin de former les corps se trompent quelquefois dans leur ouvrage ^ c^est bien plutôt par la falite de la matière | que par leur pro'pre ignoï'ance.
2« La seconde question eât aisée à décider^ après ce que nous venons de dire 5 car^ de sHmagiiler qu^un hermaphrodite puisse user de Pun et de Pautre sexe, et quUI puisse engendrer par les deux^ c^est ce que Pon ne
Î' ourroit persuader qu^à des enfants. De deux ifférentes parties naturelles qu^a un hermaphrodite ^ il y en a toujours une qui est inutile ^ parce quMle est contre les lois ie la Kature^ et que Pintelligence ne l'a faite que par force 9 ne trouvant pas assez de matière^ ou en trouvant trop pour former les parties dont Penfant auroit besoin pour la génération, Car^ quelle confusion seroit-ce de trou-
ver. dans un seul corps des testicules d^hom* mes et de femmes j une matrice et un. mèiaoL'' hre viril; en un mot^ tout Tattirail des pail8 ties génitales d^in homme et dUine femme !
Le tempérament de Pun et de Pautre, sHl faut le répéter j çst trop différent pour être uui ensemble ) et pour être changé^ quana il faudroit se servir da Pune et de Pautre de ses parties naturelles.
Les lois civiles > qui nVstiment point les hermaphrodites pour des monstres , véul(ait qu^ils choisissent Pun ou Pautre sexe , pour avoir lieu. dans une Je ces.deuip qualités y oudUiomme ou de femme , de se joindre amou^ reusement à une femme op i.un homme. £t si Phermaphrodite n^exécule pas exactement la loi y cette même loi veut quUl soit ptini en «odomite , puisquHl a abusé d'une partie contre les lois de la Nature. Ce fut pour cette raison que la servante écossoÎBe) qui avoit choisi la qualité de fille y et puis qui engrossa la fille d^iu bourgeois , fut enterrée toute vive 9 par sentence du juge^ si nous en vou* Ions croire Weinrich j et que Françoise de PEstége, dont parle Papon, laquelle avoit badiné avec Catherine de la Manière, fut avec •lie appliquée à la qcestion/par.le sénéchal des Landes y et elles auroient été toutes deux condamnées à la mort, si les témoins eussent été suffisans.
1. a. Les hermaphrodites de la première' et de ta seconde espèce peuvent caresser des femmes eji qualité d^hommes-, et peuvent même faire des enfanu | leur défaut étant »
peu ie chose qu^il ne change rien cluns la virilité» Car, bien, qu^ils puissent u^eis de la partie de la femme qu^ils semblent avoir , ils n^en reçoivent pourtant aucun plaisir j ni n« sauroi en t engendrer par-là.
3. Il n'en est pas ainsi de la troisième es^ pèce : il faut attendre un âge vigoureux pour caresser une femme ; quand même quel* ques uns s^y seroient alliés après la sortie da leurs parties naturelles , ils auroient de la peine à engendrer y étant du nombre de ceux que la loi appelle yro///$.
. 4* Le.clitoris 9 qui fait estimer les femmes pour des hommes^ s'il est gros et long, est ^ la cause qu%iu homme ne peut connôitre sa femme ] mais si cette partie est médiocre y • nous voyons tous les )oiirs> par expérience j que ces sortes de femmes conçoivent , et quoiqu'elles se servent de celte partie pour badiner avec les autres femmes ^ à qui elles don*»' nent souvent prei>qué autant dé plaisir que des hommes j cependant on ne doit, point espérer Ak' génération par-là j puisque le clitoris • n'étanr pas troué, Fliermaphrodite ne peut donner aucune matière pour la génération y témoin Daniel de Baudin, qui badin oit bien avec sa femme ^ et qui put bien être engroi>sé lui-mêuie par un de ses camarades.
5. J'avoue que la dernière espèce d'hermaphrodite n'est point capable de caresser une: ■. femme , ou d'être caressée d'un homme ^ e^ encore moins d'engendrer. Il a les parties naturelles tellemeui froides tt débiles, et avec
cela si m^ji f aitçs^ qu'il n'y a pas lieu d^es-
pérer due Famour puisse les échauffer pôui*.
jouir des Toluptés que la Nature a préparéaa aux autres hommes.
Il est donc yrai , à parler en général ^ que quelques hommes hermaphrodites peuvent caresser amoureusement des femmes^ et peurent même leur faire des enfants ; et que quelques femmes hermaphrodites peuvent aussi être caressées et concevoir quelquefois > les uns et les autres se servant des parties qui prévalent ^ et qui sont les plus accomplies*
III. Sur ce que les naturalistes disent que les hyènes et les lièvres mâles engendrent une fois en leur vie au*dedans de leurs entrailles ) et sur ce que le docte Languis soutient que les cerfs en font de mêine^ Pou doute si les hermaphrodites les plus vigou* reux dans le« deux sexes ne peuvent point aussi^ngendrer dans eux-mêmes y sans aveir la compagnie d'aucune autre personne. Car ils ont j dit-on , de la matière pour former un enfant ^ nn lieu pour le concevoir , des li« queurs pour le nourrir, si bien qu^en cette rencontre il ne manque rien pour la génération.
Mais si Pon fait réflexion sur ce que nous venons de dire, et sur ce que nous remarquerons au chapitre S ^ on demeurera d^ac* cord que ces générations sont impossibles et ridicules tout ensemble; que les observations qu^ont faites les naturalistes^ sont fort suspectes , et sentent la fable ; et qu^enfin ils peuvent s^être trompés , en prenant quelques parties de femelles pour les testicules des ma-
les. Cat quelle apparence de faire sortir Je la semence d^une partie pour la faire entrer dans une antre^ sans qu^elles^éyenteetqu^elle «^altère en changeant de lieu? Et' quand inême cela seroit possible ^ le tenipérament qui engendre la semence masculine y pourroit-il en faire de féminine^ «t produire des règles en même temps^ oïl quelque autre chose qui y fût proportionné ? Cela me paroît si éloigné de la raison et de Pexpérience de tous les jours , que je laisse cette question pour passer k une autre ; savoir^ si un prêtre peut nnarier une personne accusée d^être hermaphrodite.
IV. Bien que le jurisconsulte Majolanus fasse tous les hermaprodites irréguliers et incapables du sacrement de mariage , cependant il me semble que cette décision est trop générale y et qu*elle choque même les lois ^ puisqu'il y a des hermaphrodites si vigoureux à embrasser les femmes ^ et d'autres si disposés à souffrir agréablement un homme, qu'il y auroit de l'injustice à défendre le mariage aux uns et aux autres. Car si les premiers ont les parties naturellies du sexe féminin bien faites et bien proportionnées^ comme il s'en trouve quelques-uns y une petite fente de nulle considération n'empêchera pas l'action amoureuse de ces hommes hermaphrodites y non plus qu'un clitoris un peu allongé ne s'opposera pas aux caresses que pourra faire un homme aux femmes hermaphrodites. Ainsi j si les uns ont les parties capables ide divertir nne femme ^ et que les autres
soient disposés à receroir les caressjss d'um liomme, je ne doute pas qu^un prêtre ne
t misse conférer le sacrement du mariage à ^ln et à Taiitre, poiiryu néanmoins ^ue cela ne se fasse que par Pautorlté du )uge y qui doit être auparavant dûment informé par des personnes savantes ^ et le serinent de Ther* maphrodite^ de Tétat où il se trouve, et de la partie qui domine en lui.
En effet 9 comme les juges ignorent sdn- Tent les marques dont on se sert ordinairement pour connoitre la force et la capacité d'engendrer de l^un et de l'autre sexe y ils ne doivt^nt jamais décider là-dessus sur la seule foi des hermaphrodites y sans le rapport de quelque sÀvant médecin. Celui-ci leur fera remarquer que la hardiesse y la vivacité dans lus actions y la voix forte y beaucoup de poils sur le corps y et principalement au menton et aux parties naturelles ^ avec tous les autres signes qui découvrent la virilité d^un homme, sont des marques qu'un hermaphrodite a les parties naturelles d'un homme beaucoiipplus fortes que cellçs de l'autre sexe. Au contraire, si l'hermaphrodite a les parties naturelles du sexe féminin bien conformées, que le conduit de la pudeur ne soit point défectueux , que la gorge soit belle , la peau polie et douce , que les règles paroissent dans leur temps , qu'il ait de la douceur et de l'agrément dans* les yeux, et qu'où lui remarque avec cela tous les autres signes qui distinguent pour l'ordinaire une femme d'un homme, cet hérmaphrodittt,doit passerpourune femme. Le juge peut
donc prononcer hardiment sur le mariage^ taiit de Pun que de Pautre ; et un prêtre ne doit point hésiter à conférer le mariage aux hermaphrodites qui ont en main le certificat du médecin et la sentence du juge.
V. La dernière question dépend de la quatrième : car si un homme hermaphrodite est capable de se marier , ses défauts ne Pempé^ cheront pas de se rendre nioine ^ comme fit Phermaphrodite de Cajette , qui^ s^étant marié pour femme à un pêcheur y demeura quelques années dans son mariage \ mais au bout de quatorze ana, les parties TÎriles hii sortirent tout d'un coup, si bien que , pour éviter les railleries du peuple , il se jeta dans un monastère, où Yaltéran et Foutanus, qui en font Phistoire , Pont yu plusieurs fois , et ont appris la "vérité de sa propre bouche. J'en'' dis de même des hermaphrodites femelles^ qui peuvent entrer dans le cloître , pourvu qu'elles ne soient point du nombre de ces femmes lascives , qui sont capables de donner de Pamour aux filles les plus rete^ nues et les plus saintes. Car si elles étoient aussi lascives que cette Bassa dont parle Martial, je m'assure qu'il n'y a point de médecin si peu honnête homme , qui voulût donner un certificat à ces sorjtes de femmes , ni un juge si injuste, qui fût d'avis qu'on les tondît, et qu'o|i les jetât parmi l^s relir gieuses.
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