‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 10 sur 68 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

S'il y a des remèdes capables de rendre La virginilé à une fille.

SAINT JÉRÔME , écrivant à une fille dévote, que l’on appelait Eustachion , et lui interprétant

ce beau passage de l’Écriture : « La vierge d’Is- » raël est tombée; il n’y a personne qui la ». puisse relever », dit dans une autre langue ces mêmes paroles : « Je vous dirai hardiment, » ma chère fille, que, bien que Dieu soit toutpuissant, il ne peut pas toutefois rendre la virginité à une fille qui l’aura une fois perdue; il peut bien lui pardonner son crime, mais il n'est pas en son pouvoir de lui rendre la fleur de sa virginité qu’elle s'est laissé ravir. » En effet, il n’y a point de remède que nos médecins aient pu inventer, ni d'artifices que nos courtisanes aient pu pratiquer, qui la puissent faire renaître. C’est une vertu qui s’éclipse une fois dans la vie, et que l’on ne voit après jamais plus paraître. C’est une liaison de parties qui, étant une fois séparées, ne se réunissent jamais comme elles étaient auparavant.

Parce qu'il n’y a point de signe qui la puisse clairement découvrir, il n’y a point de remède qui la rétablisse quand elle est une fois perdue. Nous avons bien le pouvoir de les imiter et de faire une vierge masquée pour ainsi dire ; mais nous ne pouvons remettre le naturel, qui est quelque chose de plus cher et de plus précieux.

J'ai été long-temps à me déterminer, savoir, si un médecin devait écrire ouvertement sur ces sortes de matières; mais après avoir fait de sérieuses réflexions, j'ai été obligé par de puissans motifs à faire ce chapitre. Car le mépris et linfanie que peut encourir une fille innocente qui se marie, lorsqu'elle est naturellement trop ouverte, et une autre qui par fragilité s’est

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laissée aller aux persuasions d’un homme qui l’a trompée , sont de fortes raisons pour ne pas me taire sur ce chapitre. La paix des familles et la tranquillité de l'esprit d’un mari sont presque toujours rétablies par les remèdes que nous avons dessein de proposer ; c’est par eux encore qué la voluptélicite du mariage est fomentée, et que souvent la génération est procurée : car il s’est vu des femmes qui ne pouvaient avoir des enfans que par les remèdes que je proposerai dans la suite de ce discours.

Les hommes, pour parler en général, n’estiment la virginité d’une fille que par l’ouverture étroite de ses parties paiurelles, par la polissure de son ventre, et par la rondeur de Sa gorge. Souvent ils ne se mettent guère en peine de quelques gouttes de sang qui doivent couler dans les premières caresses du mariage, et ils ne vont pas examiner tous les signes que nous avons rapportés au chapitre précédent, pour être assurés de la virgiaité des filles qu’ils épousent ; il suffit que leurs femmes aient les trois qualités que nous avons remarquées cidessus, pour être bien reçues auprès d’eux. Si elles sont trop ouvertes, ou qu’elles aient la gorge trop lâche et trop mollette, quand elles seraient des Agnès et des Catherine, le chagrin les prend aussitôt, et la passion insensée que l'on appelle jalousie, s'empare en même temps de leur esprit, et leur fait soupçonner des choses infames dont ces femmes sont lout-à-fait innocentes.

Pour donc éviter Lous ces désordres, qui ne

sont que frop fréquens dans le monde, et qui ne troublent que trop tôt la tranquillité du mariage, je rapporterai ici des remèdes qui mettent à couvert les filles et les femmes des mauvais préjugés que l’on pourrait avoir pour elles. Les premières s’en pourront servir lorsqu'elles seront trop ouvertes, et qu’elles auront les mamelles trop pendantes; que d’ailleurs par faiblesse elles se seront abandonnées à leurs passions indiscrètes, et qu’elles auront été mères avant d’être mariées. Les autres en pourront user pour plaire à leurs maris, et pour faciliter la conception dans leurs entrailles.

Javoue que l’on peut abuser de ces remèdes comme des choses les plus excellentes du monde ; mais on ne saurait pourtant blâmer la nature, qui permet que le soleil échauffe la terre aussi bien pour les aconits et pour les colchiquos , que pour les dictames et les gentianes. |

S'il se crouve donc qu’une fille naturellement écroite ait accouché secrètement, et qu’elle veuille ensuite se marier sans que son mari puisse s’apercevoir de sa faiblesse passée, le meilleur remède que je lui puisse donner dans cette occasion, c’est qu’elle soit chaste et pudique quatre où cinq ans avant son mariage, qu’elle ne s’échauffe point l’imagination d’amourettes, par des danses, des conversations et des lectures impudiques, et qu’elle vive enfin dans la modestie, qui est bienséante aux filles qui se repentent. Je lui promets que son mari la prendra pour pucelle, et qu’il ne croira ja-

mais avoir été trompé. Car, si l’on fait réflexion sur l’histoire que nous avons rapportée au chapitre précédent, d'une fille de vingt-cinq ans, du pays de Topinambous, nous n’aurons pas de peine à persuader que le remède que je conseille ici, ne soit le meilleur de tous ceux que l’on pourrait mettre en usage. ;

La vapeur d’un peu de vinaigre, où l’on aura jeté un fer ou une brique rouge ; la décoction astringente de glands, de prunelles sauvages, de myrrhe, de roses de Provins, et de noix de Cypre, l’onguent astringent de Fernel, les eaux distillées de myrrhe, sont tous des remèdes qui resserrent les parties naturelles des femmes qui sont trop ouvertes.

Pour remédier à ce défaut, quelques médecins veulent que l’on jetie dans la matrice un lavement astringent, fait de la décoction des choses que nous avons proposées ci-dessus, mais je ne conseille pas l’usage de ce remède, à moins qu’une femme n'ait fait de fâcheuses couches, et qu’elle ne soit tout ouverte par les efforts qu’elle y aurait soufferts : autrement ces liqueurs astringentes pourraient causer des douleurs et des tranchées insupportables, si elles étaient une fois renfermées dans ces parties-là, et qu’elles n’en pussent sortir, ainsi que l’expérience l’a quelquefois fait connaître.

Ne serait-il pas permis à une fille qui a passé quelques années de sa vie dans les voluptés illicites, de rassurer, lé premier jour de ses noces, l'esprit de son mari, en prenant un peu de sang d'agneau qu’elle aurait fait sécher auparavant

et en le mettant dans le conduit de la pudeur, après en avoir formé deux ou trois petites boules ; ne lui serait-il pas permis, dis-je, pour conserver la paix dans sa famille, de faire tous ses efforts pour paraître sage à l'égard de son mari !

Mais l’envie de paraître pucelle va quelque fois jusque-là même, que l’on ne craint poiné de s’exposer aux douleurs les plus cuisantesà car il s’est souvent trouvé des courtisanes qui se sont uicéré les parties naturelles pour être e8. timées vierges, quand elles ont voulu se lir licitement avec un homme.

. Le ventre est quelquefois si défiguré de ridss et de cicairices après un accouchement, qe celles que l’on estime filles n’osent se marier à cause de ces défauts ; cela les oblige souvent à mener une vie débauchée, et à passer le reste de leurs jours dans des voluptés illicites Les femmes même ont de la honte de se laisser voir en cel état à leurs maris, et ainsi quelquefois elles se privent des douceurs du mariage et de la naissance de plusieurs enfans.

Afin donc que ces filles puissent abandonner leur façon de vivre déshonnête et impudique, et qu’elles se marient avantageusement » que les femmes n'aient plus de scrupules dans le ma riage, je veux bien écrire ici ce que j'ai appris d’un médecin le plus fameux de toute l’Italie,

On prendra quarante pieds de mouton, dont on brisera les os, et après les avoir. fait bouillir dans une suffisante quantité d’eau, l’on prendra avec une cuiller ce qui nagera par-dessus, à

| 408 quoi l’on ajoutera deux gros de sperme de baleine, deux onces de graisse fraîche de pourceau femelle, autant de beurre frais sans se, on fera fondre tout cela dans un pot de terre: vernissé, et, après que l’onguent sera refroidi, on le lavera avec de l’eau rose jusqu’à ce qu’il. blanchisse ; on le mettra ensuite dans une boîte de verre , pour en user selon la nécessité. | Après que la personne se sera servie de ce remède, elle s’appliquera sur le ventre une peau de chien ou de chèvre, préparéé de cette facon, que l’on appelle peau d'occagne; on prendra deux onces de chacune de ces huiles; savoir, d'amandes douces, de millepertuis, de myrtile ; on les lavera avec de l’eau rose; et, après avoir été ainsi préparées, l'on en oindra une de ces peaux parfumées que l’on apporte ordinairement d'Espagne ou d’Itaïie. On la laissera humecter pendant toute une nuit, et le lendemain on la frotitera fortement entre les mains pendant une heure; et après l'avoir ensuite, pendant deux jours entiers, exposée à l'air, où le soleil ne donne pas, on prendra la mesure du ventre pour la couper, et puis on Vappliquera principalement pendant la nuit. Si quelques semaines se passent sans que les cicatrices s’effacent, on doit prendre de l'huile de myrrhe, qui, en adoucissant la peau, en emporte les taches avec plus de force sans l’endommager ; si l’on veut que ce remède soit plus fort, ou ajoutera à cetle huile du suc de citron, etun peu de sel ammoniac, et par une forte agitation l’on en fera un onguent.

Il ne me reste qu’à remédier au défaut d’une grosse gorge mollette, qui fait quelquefois soupçonner une fille d’être lascive et d’aimer le vin, car il y en a qui portent comme deux coussins sur la poitrine, et qui sont tellement embarrassées quand elles veulent agir, qu’à peine peuvent-elles faire jouer leurs bras. C’est peut-être pour ce sujet, si nous en croyons l’histoire, que les Amazones se brülaient l’une des mamelles, pour être ensuite plus agiles et: plus adroites.

Outre les remèdes que nous avons allégués ci-dessus, qui peuvent servir à diminuer la gorge, on peut encore user de gros vin rouge, ou d’eau de forges, dans laquelle on aura fait bouillir du lierre, de la pervenche, de la myrrhe, du persil et de la ciguë même, sans appréhender la mauvaise qualité de cette dernière plante, notre ciguë étant bien différente de celle des Athéniens, avec le suc de laquelle ils firent mourir le plus sage des hommes, comme l’oracle l’avait nommé.

Il y en a qui se servent de formes de plomb pour diminuer les mamelles. En effet, c’est un bon remède pour ces sortes de défauts; mais, si l’on a auparavant humecté le dedans du plomb avec de l’huile de jusquiame, le remède sera encore plus excellent : car ceite huile a une vertu particulière pour diminuer la gorge et pour la faire endurcir ; elle s’oppose même à la génération du lait après l’accouchement.

Mais, afin qu’il n’arrive point d'accident de l'usage de tous ces remèdes, je répéterai ici ce

que j'ai conseillé ailleurs aux filles et aux femmes, c’est qu'il n’en faut user pour la gorge ni pour les parties naturelles, que trois ou quatre jours après les règles, et huit jours auparavant : et les fenïmes qui ont depuis peu accouché, ne doivent s’en servir que sur la‘ fin de leurs vidanges ; ce qui peut arriver après le trentième ou le Rp jour de leur accouchement.

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