‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 9 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ARTICLE 1, Éloge de la virginité.

JE ne suis pas du sentiment de ces herétiques qui préféraient le mariage à la virginité, et qui comparaient le premier à un arbre tout chargé de fruits, que le jardinier veut conserver ; et la seconde à un autre arbre stérile, comme était le figuier de l’Ecriture, qui fut maudit et jeté ensuite au feu, comme indigne d'occuper une place sur la terre, et comme l’objet de l’indignation de son maître.

Entre tous les états de la vie, Ja virginité peut être comptée la première. La difficulté qu'on a à résister à la nature est assurément une des choses qui la rendent plus recommandable dans le monde, ou elle est l’ornement des mœurs, la sainteté des sexes, le tien de la pudeur, la paix des familles et la source des plus saintes amitiés.

C’est une belle fleur conservée chèrement dans un jardin muré de toutes parts. Elle est inconnue aux bêtes, et il n’y a point de fer qui l'ait biessée en la cultivant : un air favorable l’évente, une chaleur tempérée la conserve, et une douce pluie l’arrose et la fait croître. Tous les jeunes gens la désirent avec passion ;. mais ils ne l’ent pas plutôt cueillie, qu’ils la méprisent.

C’est de cette façon que je puis dire, avec Catulle, qu’une fille est chérie de tous ses amis, quand elle garde la fleur de sa virginité; mais elle ne l’a pas plutôt laissé prendre, qu’il ne se trouve pas même des enfans qui la regardent, ni des filles qui la reçoivent dans leur société.

Ce ne sont pas seulement les chrétiens qui ont eu la virginité en vénération; les païens et les barbares même ont eu pour elle une estime toute particulière.

Les Romains, autrefois, lui firent bâtir un temple et élever une statue, qu’ils appelaient Bucca veritatis. Cette statue décidait de la virginité ou de l’infamie des filles : témoin la fille du roi de la Volatère, qui, après lui avoir mis le doigt dans la bouche, n’en fut pas mordue, et. ainsi se justifia de l’injure qu’une vieille femme avait faite à sa pudicité. Il n’en arriva pas de même, à ce qu’on dit, à l’égard d’une autre, qui, étant accusée du même crime, eut le doigt emporté par la bouche de la statue.

On sait encore quelle vénération ont eve ces mêmes peuples pour les vierges vestales, et le fameux édit que l’empereur Tibère fit publier.

La fille de Séjan, qui n’avait pas encore atteint l’âge de puberté, fut déflorée par le bourreau avant que d’être étranglée, pour ne pas faire déshonneur à la virginité.

Les poètes nous ont aussi marqué de leur côté quelle estime ils en faisaient, et leur fable nous apprend que Daphné changée en laurier ne peut aujourd’hui souffrir le feu sans se plain: dre, comme autrefois elle ne pouvait souffrir le feu impudique de la concupiscence. Les théologiens et les médecins considèrent la virginité d’une manière toute différente. Les premiers disent qu’elle est une vertu de l’ame qui n’a rien de commun avec le corps; qu’on a beau baiser amoureusement une fille, elle ne perd pas pour cela sa virginité, à moins qu’elle n’y consente.

Les médecins , au contraire, pensent que la virginité est un bien et un assemblage naturel des parties d’une fille qui n’a pas été corrompue

par l’approche d’un homme.

Mais, quoi qu'il en soit, nous n’examinerons ici que cette virginité matérielle , pour parler ainsi, afin que ceux qui sont assis sur les fleurs de lis, et qui ont la gloire de juger tous les jours les différens des hommes, en soient pleinement instruits. Ils doivent savoir si on accuse injustement une fille d’avoir été violée, si une femme se plaint à tort d’être mariée à un homme impuissant, et enfin si l’innocence d’un homme est véritable, qui veut se justifier de l’infamie ou de la lâcheté qu’on lui impute.

ARTICLE IE Des signes de la virginité présente.

Les matrones , que l’usage a rendues arbitres de la virginité des filles et de la chasteté des femmes, ont des lumières trop faibles sur cette matière pour en décider. On doit être éclairé dans l’anaitomie plus qu’elles nele sont, pour faire des rapports aussi justes et aussi véritables que ceux qui sont la cause du crédit et de la réputation des juges, de l’honneur des filles et des femmes, de la justification d’un mari, ei du repos de la société humaine.

il faut donc examiner soigneusement toutes les marques de la virginité, afin de conserver l'honneur aux filles à qui on veut le ravir, et de donner de laconfusion aux autres qui veulent le conserver sans justice.

Je ne m’arrêterai point ici à toutes les marques extérieures dont se servaient les anciens pour connaître la virginité. L’oracle du dieu Pan, l’insensibilité pour le feu, les eaux amères des Hébreux, la fumée de quelques plantes ou de quelques pierres, ou enfin la mesure du çou de la fille, sont des signes trop incertains, du moins dans le siècle où nous sommes , pour former là-dessus de véritables jugemens. La dureté de la garge , la couleur des mamelons et le rouge quela pudeur fait paraître sur le visage des files , ne sont pas des signes plus assurés que les précédens.

La virginité est plus difficile à connaître qu’on ne le croit; il faut bien d’autres artifices que ceux-là pour être véritablement persuadé de la pudicité d’une fille. Quand nous aurions autant de soin à les chercher , chacun en particulier, qu’en a encore présentement le grandduc de Moscovie pour choisir une femme vierge , je crois que nous aurions bien de la peine à y réussir ; car le poil frisé et recoquillé des parties amoureuses , le conduit de la pudeur fort humide et fort ouvert, des nymphes flètries et décolorées , l'absence de l’hymen, l’orifice interne de la matrice fort élargi et décoilé, le changement de la voix , tout cela n’est point une marque évidente de la prostitution d’une fille.

Celles qui montent à cheval à Pitalienne, qui commencent à avoir leurs règles, ou qui les ont actuellement , celles qu’une maïadie afflige il y a déjà long-temps, et celles enfin qui n’ont point naturellement d’hymen ni de membranes qui lient les caroncules et leurs parties les unes aux autres, ne sont pas moins chastes ni moins pudiques, pour avoir des marques contraires à celles dont on se sert le plus souvent pour conpaîire la virginité des filles. La servante dont Aquapendente nous fait l’histoire, qui n’avait pu être déflorée par tous ses écoliers, et une autre jeune femme d’un orfèvre de Paris, dont parle Paré, qui devint grosse sans que l’hymen fût déchiré, n'étaient pas plus vierges l’une que l’autre, quoiqu’elles sussent des marques de virginité.

ILest donc vrai, ainsi que nous l’assurent Riolan et Pinay , qu’il n’y a rien dans toute la médecine de plus difficile à connaître que la virginité , et que même, selon la pensée de Cujas, il est presque intpossible d’en avoir des marques assurées. Il n’esi point d'industrie ni . de remèdes que les filles n’inventent pour dissimuler la perte qu’elles ont une fois faite: et s’il est impossible, selon ie sentiment d’un grand roi, de connaître dans la mer le chemin d’un vaisseau, dans l’air celui d’un aigle, sur un rocher celui d’un serpent, il sera aussi impossible de découvrir le chemin que fait un homme quand il presse amoureusement une fille.

Si Esope avait de la peine à répondre de la virginité d’une fille qu’il avait incessamment devant les yeux , aurions-nous plus de certitude de l’assurer dans une autre que nous ne verrions que fort rarement ?

Le meilleur expédient pour conserver la pudicité des filles, selon la distinction qu’en font les médecins, et pour en être bien assuré, ce serait de coudre leurs parties naturelles dès qu’elles sont nées, aïnsi que Pierre Bembo dit qu’on fait aux vierges africaines. Mais, parce que cette coutume n’est pas usitée en France, il faut que l'éducation, la sagesse et la’ pudeur s’opposent à la passion amoureuse des filles, que la nature, la santé et la jeunesse leur font naître à tous momens , et qu'avec cela elles conservent encore leur virginité par un don du ciel, que Dieu ne donne qu’à celles qui lui plaisent,

ATICLE Ille Des signes de la virginité absente.

L’oracle que Phéron, roi des Égyptiens, interrogea sur son aveuglement, lui répondit :

Que, pour être guéri, il devait se laver les veux avec de l’urine d’une vierge, ou d’une femme qui se contentât des caresses de son mari. Ce remède ne se trouva pas chez lui; et, si la fille d’un jardinier ne le lui eût donné, je crois qu’il eût attendu long-temps avant que de recouvrer la vue, la virginité et la chasteté écant alors quelque chose de fort rare.

Quoique nous ayons dit, à l’ariicle précédent, qu'il n’y avait rien de si difficile à connaître que la virginité présente, il y a cependant quelques médecins qui se persuadent qu’il y a des signes et des conjectures qui nous peuvent faire découvrir l’absence de la virginité. Car si la défloration vient d’être commise; si l’homme qui en est l’auteur est bien fourni de ses parties, et enfin si la fille est naturellement étroite, il n'y a rien, à ce qu’ils disent, de plus aisé à connaître que la perte de sa virginité.

Les lèvres et les nymphes de ses parties naturelles, loutes rouges de sang, et tout enflées . de douleur, sont des témoins irrévocables de son impudicité. Il n’y a plus de liaisons dans ses parties amoureuses , et, à la voir marcher, elle porte le pied d’une certaine façon, qu’à

Bon 7

moins qu'elle ne s’observe exactement , on s'apercevra qu’elle s’est mal conduite.

Mais, si on attend quelque temps à chercher des marques de sa défloration, tout est réuni et tout semble naturel chez elle. On ne connaîtra rien dans ses parties qui puisse la faire soupçonner d’avoir pris des plaisirs illicites. La nature, d’un côté, travaille incessamment à rétablir les parties divisées ou élargies; et l’on n’aurail jamais soupçonné de lasciveté la fille des Topinambous que Riolan trouva si étroite en la disséquant. L’artifice, d’un autre côté, éteint tellement ces parties, qu’il n’y a qu’un autre artifice qui en découvre la fourberie.

Mais il est incomparablement plus difficile d’asseoir un jugement assuré d’une grosseet grande fille de vingt-cinq ans, qui a passé quelques nuits entre les bras d’un homme assez mal fourni de ses pièces, bien qu’ils se soient souvent baisés; cependant, si on la visite le lendemain, on ne trouvera pas un grand changement dans ses parties naturelles, et il serait même impossible de juger par-là de sa défloration. Pour peu d’effronterie qu’ait la fille, elle fera comme la femme dont parle Salomon, qui se lave la bouche après avoir mangé, et qui fait ensuite des sermens exécrables qu’elle n’a goûté de rien.

L'examen. qu’on doit faire des hommes dans celle occasion est quelque chose de fort considérable pour découvrirle violement d’une fille; Car il s’en est trouvé de si impudentes, qu'elles ont accusé des hommes innocens. Marie-Frangoise Oismode en usa de la sorte, à Rome, en-

vers Etienne Nocati, qui après avoir montré aux juges ses parties naturelles pour se justifier de l’affront qu’on lui faisait, fut absous par la Rote, et renvoyé avec dépens.

On croit que le sang qui s’épanche la premièrenuit des noces , et que le lait qu’on trouve dans les mamelles d’une fille, sont des marques manifestes de la perte de sa virginité. C’est pourquoi Moïse commanda aux Juifs de garder soigneusement les linges qui avaient servi la première nuit aux mariés, afin de disculper un jour la femme à l’égard de son mari : ce que l’on observe encore aujourd’hui dans les royaumes de Fez et de Maroc, si nous en croyons les historiens. Le lait ne peut couler du sein d’une fille qu’elle n’ait auparavant conçu dans ses entrailles, et l’on ne doit pas appeler vierge celle qui donne à téter à un enfant.

Mais l’on me permettra de dire que le sang et le lait ne sont pas toujours des marques d’une fille prostituée, car une grande et grosse fille qu'on marie avec un petit homme n'est pas moins pucelle pour ne répandre point de sang la première nuit des noces; et le sang qui coule des parties naturelles d’une autre fille n’est pas non plus un signe de sa vertu, l’artifice faisant quelquefois paraître un sang étranger, qui aurait été auparavant mis dans une petite vessie de mouton, et renfermé adroitement dans le conduit de la pudeur.

Si le sang des règles cesse de couler à une fille, ce sang remontant aux mamelles se change en lait, selon le sentiment d'Hippocrate;

| 96 et la petite fille dont Alexandre Benoît nous fait . l’histoire, qui fut stérile toute sa vie, donna des marques de prostitution depuis son enfance, si le lait est un signe assuré d'une mauvaise conduite. Mais ce qui est encore le plus remarquable sur ce sujet, c’est que le Syrien du même Benoît et le soldat Berzo de Cardan, avaient tous deux du lait, bien qu'ils fussent des hommes robustes.

Dans l’orient de l’Afrique, du côté de Mozambique et du pays des Cafres, si nous en croyons les historiens, plusieurs hommes nourrissent leurs enfans du lait de leurs mamelles ; et, pour prouver ceci par un exemple familier , j'ai demeuré plus de quatre ans à Paris avec un honnête homme, médecin, qui s'appelait Roénette. Il était sanguin de tempérament , et il était âgé d'environ trente ou trente-cinq ans. Quand il se pressait la mamelle et le mamelon, il en faisait sortir des cuillerées d’une humeur blanchâtre et laitée, qui eût pu sans doute nourrir un enfant , si elle eût été sucée.

Sur cela, l’on n’a qu’à lire Théophile Bonnet, à la page 165, qui nous fournit plusieurs his-toires d'hommes et de filles vierges qui ont eu du Jait : mais, sans aller si loin mendier des preuves de ce que je dis, une histoire fameuse, arrivée en cette ville de la Rochelle, est seule capable de convaincre sur cela les plus opiniâtres. :

L'an 4670, madame la Peràre, fille de M. Despérence, capitaine au fort de la Pointe du Sable, à Saint-Christophe, fut obligée de

s’'embarquei pour venir en France, au mois d’avril de la même année, afin d'éviter les dés-ordres d’une guerre qui s’allumait entre les Français et les Anglais de cette île, Elle amena avec elle trois négresses ; une vieille, lautre âgée de trente ans, et la dernière de seize ou dix-huit, qu’elle avait élevée chez elle dès son bas âge. Cette demoiselle, qui avait une petite fille de deux mois à la mamelle de sa nourrice, s’'embarqua avec précipitation avec son enfant, croyant que: sa nourrice s'était embarquée auparavant, selen qu’elle le lui avait promis.

Mais, après avoir mis à la voile, et n'ayant point trouvé sa nourrice, qui était volontairement demeurée à terre, elle fut obligée de nourrir son enfant avec du biscuit, du sucre et de l’eau, dont elle faisait une soupe. Cette enfant ne se contentait pas de cet aliment. Elle incommodait par ses cris tout l'équipage, principalement pendant la nuit. Pour cela on conseilla à Ja mère de faire amuser son enfant au téton de la jeune négresse, son escve ; mais l’enfant ne l’eut pas plutôt tétée pendant deux jours, qu’elle lui fit venir suffisamment du lait pour se nourrir.

Après deux mois de traversée, cette demoiselle arriva en cette ville, avec son enfant grosse el grasse ; ei, æu mois de mars suivant, elle s'embarqua pour Saint-Christophe avec son enfant de treize mois, qui avait toujours été nourrie par le lait de la négresse vierge.

Après tout ce que nous venons de dire, nous devons croire qu’il n’y a point de marque assurée de la virginité, ni du violement d’une fille;

og b

que tous les signes dont nous avons parlé sont presque toujours équivoques et incertains ; à moins qu’on n’usât de conjectures évidentes, ainsi que font aujourd’hui les jurisconsultes, qui remarquent tout quand il est question de juger de l’impudicité d’une fille. Ils observent jusqu’à la rencontre des yeux, au sourire, aux rendez-vous, aux familiarités, aux collations, aux habits, aux visites particulières; en un mot , ils nous font remarquer ce que l’on peut connaître de plus secret entre deux amans.

Mais, après tout , ils ne savent pas encore certainement la vérité.

11 n’y a donc rien, je le dirai encore une fois, de si difficile à connaître que la virginité, puisque même une femme grosse, si nous en croyons Severin Pinay, peut en avoir toutes les marques. À moins qu'une fillé n'ait été trouvée entre les bras d’un homme, et qu’on ne l’examine au même instant, il n’y à guère moyen de connaître la défloration. Car, si l’on attend quelque temps, tous les signes qui lPaccuseraient alors ne paraîtront plus, et l’on n’oserait, sans lui faire injustice, la taxer d’'impudicité : si bien que je conclus hardiment que, puisque la nature ou l’artifice peut cacher aux yeux des plus savans médecins et des plus adroites matrones les marques de la virginité, on ne peut avec certitude connaître véritablement la défloration ou le violement d’une fille. | -

Quoique cela soit très-véritable, néanmoins les réglemens de Paris ordonnent que les ma-

à ar sex

trones jurées de cette ville-là fassent leur rapport de violement par-devant le prévôt de ‘ladite ville, qui doit le recevoir, pour rendre justice à qui il appartiendra,

Et, afin qu’il ne manque rien à la curiosité de ceux qui liront ce traité, j'ai bien voulu décrire ici un rapport de matrones, que l’on m’envoya de Paris il ÿy a quelques années.

Nous, Marie, Marie-Christophlette Roine et Jeanne Portepoullet, matrones jurées de la ville de Paris, certifions à tous qu’il appartiendra, que, le 22 d'octobre de l’année présente, par ordonnance de M. le prévôt de Paris, en date du 15 de ce dit mois, nous nous sommes transportées dans la rue de Dampierre , dans la maison qui est située à l’occident de celle où l’Ecu d'argent pend pour enseigne, une petite rue entre deux , où nous avons vu et visité Olive Tisseraud , âgée de trente ans ou environ, sur la plainte par elle faite en justice contre Jacques Mudont, bourgeois de la ville de la Rochesur-Mer, duquel elle à dit avoir été forcée et violée, et le tout vu et visité au doigt et à l’œil ; nous avons trouvé qu’elle à :

Les tétons dévoyés, c’est-à-dire, la gorge flétrie.

Les barres froissées, c’est-à-dire, l'os pubis ou Bertrand.

Le lipion recoquillé, c’est-à-dire, le poil.

… L’entrepet ridé, c’est-à-dire, le périnée.

e pouvant débiffe, c’est-à-dire, la nature de la femme qui peut tout,

Les balunaus pendans, c’est-à-dire, les lèvres.

Le lipendis pelé, c’est-à-dire , les bords des lèvres.

Les barboles abattues, c’est-à-dire , les nymphes.

Les halerons démis, c’est-à-dire , les caroncules.

L’entechenat retourné, et la corde rompue, C'esi-à-dire , les membranes qui lient les caroncules les unes aux autres.

Le barbideau écorché, c’est-à-dire, le clitoris.

Le guilboquet fendu , c’est-à-dire , le col de la matrice.

Le guillenard élargi, c’est-à-dire, le conduit de la pudeur. |

La dame du milieu retirée, c’est-à-dire , lhymen.

L’arrière-fosse ouverte, c’est-à-dire, l’orifice interne de la matrice. É

Le tout vu et visité, feuillet par feuillet, nous avons trouvé qu’il y avait trace de...

et ainsi, nous-dites matrones, certifions être vraies à vous, M. le prévôt, au sermentqu’avons fait à ladite ville.

Fait à Paris, le 25 octobre 1702.

Si les rnatrones de France avaient soin d’assister aux anatomies des femmes, que l’on fait publiquement aux écoles des médecins, comme font celles d'Espagne , je suis assuré qu'elles ne donneraient pas des attestations fabriquées de la sorte. Car, si je voulais prendre la peine d’en examiner les parties, je ferais voir que les signes dont elles se servent pour prouver le violement

d'une fille , sont la plupart très-faux ou très légers, et qu’ainsi il ne faut jamais s’en fier à ces femmes , quand il est question de juger de Phonneur et de la virginité d’une fille.

Ce n’est pas seulement en Espagne que let sages-femmes sont instruites sur ce qu’elles dois: veni faire dans les accouchemens. J'apprenûs de Théophile Bonnet qu’en 476% le roi de Dane.

marck fit une ordonnance par laquelle il était enjoint aux matrones d'assister aux dissections des femmes que faisait le sieur Stenon, docteur en médecine et professeur en anatomie dans les écoles de médecine de Copenhague, afin de s’in- Struire de leur profession. Et Bertolen le jeune DOUS assure aussi que le même roi avait ordonné que les députés de la faculté de médecine de la même ville interrogeraient les sages-femmes avant que de les admettre à l'exercice de leur profession.

La sage-femme de Rachel, dont parle Moïse avec éloge, Satyra et Salpe, que Pline loue tant, étaient sans doute mieux instruites dans leur metier que celles-là, puisqu'elles se sonf attiré les louanges de ces deux grands hommes. Elles ne les auraient pas sans doute mérilées, si elles eussent été aussi ignorantes que celles qui ceräifièrent qu’une femme n'était pas grosse, parce qu elle était réglée, et qui furent la cause, par leu: ignorance, qu’elle fut pendue à Paris, en 1666, avec son enfant de quatre mois qu'elle avait dans ses entrailles.

Par ce que nous avons dit ci-dessus, que l’artifice découvrait les ruses dont les filles usaient

pour paraître vierges lorsqu'elles ne l’étaient pas, il me semble que, pour ne laisser rien échapper qui puisse servir à la curiosité du lecteur , nous devons examiner ici les moyens dont on peut découvrir la virginité fardée, car souvent les filles font parade d’une vertu qu’elles n’ont pas, et se persuadent même qu’il est impossible de conpaître ce qu’elles ont perdu en secret. Pour les détromper dans cette occasion, on fera un demibain de décoction de feuilles de mauve, de sereçon , d’arroche , de branches ursines , etc. , avec quelques poignées de graines de lin et de semence d'herbes aux puces. Elles demeureront une heure dans ce bain, après quoi on les essuiera, et on les examinera deux ou trois heures après le bain, les ayant cependant fait observer de bien près. Si une fille est pucelle, toutes ses parties amoureuses seront pressées et jointes les unes aux autres ; mais, si elle ne l’est point, elles seront lâches, mollettes et pendantes, au lieu de ridées et de resserrées qu’elles étaient auparavant , lorsqu'elles voulaient nous en im-

poser.

Page 1