‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 18 sur 68 · HE. À · texte numérisé non relu

HE. À

relles, étant ainsi tempérées, acquièrent ensuite un tempérament égal, qui est la causé de la vigueur de toutes ces parties-là. Le poivre, au contraire, dissipant les humeurs superflues de ces auires, échauffe et dessèche leurs parties génitales, qui sont naturellement froides et humides, et leur procurant ainsi un tempérament égal, il augmente leur force, qui est ensuite la cause d’une coction plus avantageuse, ou, pour parler avec le savant Daniel Tauvry, docteur en médecine, qui me cite dans cet endroit de son livre Des Médicamens, les remèdes qui augmentent la semence sont presque tous remplis de parties huileuses et volatiles : si bien que les fioids et les chauds, agissent différemment sur diverses complexions, causent une abondance de semence et de gollutions nocturnes dans les hommes; car les premiers calment le mouvement du sang, et tempèrent les parties de la génération; les autres, qui trouvent le sang en quelque espèce de repos, lui donnent du mouvemeni, el ainsi procurent aux parties de la génération une filtration abondante dé semence dans les uns et dans les autres.

C'est encore par la même expérience qu® nous savons qu’il y a des remèdes chauds où froids, que les uns et les auires dissipent ou étouffent notre feu, et s'opposent à notre con cupiscence, Nous en prenons par la bouche, et nous nous en appliquons par dehors, afin d'éteindre de toutes paris cet amour déréglé qui nous cause tous les jours tant de désordres.

Je ne dirai rien ici des teintures rafraîchis

santes , des lames de plomb que l’on s'applique sur les reins, des roses blanches dont on parsème son lit, de la mardragore, des groseilles, rouges, du citron aigre, et de tous les autres remèdes qui s'opposent à la génération de la semence, en nous rafraichissant, et en nous desséchant beaucoup. Je dirai seulement quelque chose de ceux qui ont le plus de force à éteindre notre feu et à détruire notre semence

Le lis d'étang blanc, que quelques-uns apdellent volet , et que nos apothicaires nomment nénuphar, aussi bien que les Arabes, à une qualité si particulière pour combatire nos desirs amoureux, qu'au rapport de Pline, son usage pendant douze jours consécutifs ‘empêche la générauon de la semence; et si nousen usons pendant quarante jours, nous ne sentirons plus les aiguillons de l'amour. Sa sécheresse, jointe à la froideur de cette plante, est si active qu’elle dessèche et rafraîchit toutes nos parties : sans | que d’ailleurs nous en ressentions aucune incommodité. C’est par cette qualité, si nous en croyons Galien, qu’elle entretient notre voix et nourrit notre CODE. etque, S'opposant à la génération de la semence , elle empêche la dissipa- Lion des esprits qui se pourrait faire par les mouvemens de l'amour.

. On en use diversement : tantôt l’on en fait une décoction, du sirop, de la conserve, de l’eau distillée au bain-marie, et tantôt l’on en compose un finiment.

Bien que nous n’ayons pas la ciguëé des Athéniens, qui est d’un veri obscur et d’une puan-

teur insupportable , cependant la notre ne laisse pas de nous incommoder par sa froideur quand nous là mangeons : témoin François Trapelinus, précepteur de Pomporace, qui, en ayant mangé dans un souper, fut troublé bientôt après; témoin encore le chevalier Nazarinus Bassanus, qui, en ayant aussi mangé en guise de racines de persil, en devint aussitôt insensé.

Nous savons pourtant, sur le rapport de Scaliger et d’Anguilara, que les Piémontais en coupent le germe quand elle pousse au printemps, et qu’ils en mêlent dans des salades, et que quelques pauvres d’ltalie s’en servent encore aujourd'hui avec du pain, en forme d’asperges. Jules Scaliger avoue même en avoir mangé, en guise de chervis, sans en avoir été incommedé ; et saint Jérôme nous assure que les prêtres d’Athènes, par l’usage qu’ils faisaient de la ciguë, cessaient de ressentir les mouvemens de la con« cupiscence. La ciguë n’a donc point de mauvaises qualités, selon la pensée de ces auteurs; et Mercuria n’aurait jamais conseillé aux femmes d’en boire la décoction pour empêcher de tomber dans les excès de l’amour, s’il n'eût été persuadé qu’elle ne produisait point de mauvais effets.

De tout cela on peut conclure qu'il y a des espèces différentes de ciguë, ou que la force des personnes qui en usent résiste plus ou moins à la vertu de cette plante, ou qu’entin, ce que je croirais plutôt, les unes en prennent peu et les autres beaucoup; car Galien nous apprend que,

si nous en usons avec moderation, elle nous ra fraichit et dissipe notre semence : au contraire, Si nous en prenons un peu plus, elle nous rend #upides, et enfin elle nous tue si nous en mangeons beaucoup.

Après cela l’on ne doit point être si SCrUpuleux dans l'usage de- notre ciguë. que le son quelques médecins d’aujourd’hui qui ne veulent pas même que l’on s’en serve par dehors en petite quantité; et l’histoire de Socrate, qui mourut après avoir bu un mélange de ciguë, ne nous doit pas faire craindre d’user de la nôtre avec modération, puisque la boisson de la ciguë des Athéniens était un poison aiguisé avec de l’opium que l’on mettait dans du vin. Cependant nous apprenons de saint Basile, dans Sa septième Homélie, que non-seulement. les prêtres athéniens usaient de leur ciguë, qui est plus ennemie de l’homme que la nôtre. pour dompter leur tempérament amoureux, et pour effacer de leur esprit les idées lascives, mais encore que les femmes incommodées de la fureur de la matrice en étaient entièrement guéries quand elles s’en étaient servies.

De tous les remèdes chauds qui détruisent la semence et qui combattent les vents, il n’y en à point que lon estime avoir plus de force que le camphre, l’agnus-castus et la rue. Ce sont ces remèdes, à ce que l’on dit, qui causent aux hommes et aux femmes la chasteté et le siérilité même, et qui dissivent tous les fantômes que l’amour peut présenter à leur imagination,

Le camphré cru, que l’on nous apporte de Perse. de la Chine, ou de l'ile de Bornéo, est üne espèce de gomme, que quelques médecins pensent être froide et sèche, parce qu'étant mélé avec quelques remèdes froids, ces reinedes rafraîchissent avec beaucoup plus, de force.

Mais d’autres soutiennent le contraire, et croient que le camphre est chaud et sec au second degré, parce qu il échauffe la langue et l'estomac, qu’il a une odeur pénétrante, qu'il enflamme, et qu’il brûle même dans l’eau, En effet, je n’ai point trouvé de meilleur remède dans les épuisemens que cause l’étude, que de ineître dans la bouche gros de camphre comme la tête d’une épingle : dès qu’il se fond à l’hutüidité de la bouche, il envoie par tout Île corps des esprits qui nous récréent, et tombant en-. Suite dans notrè estomac, il nous échauffe et fous incomiode même par sa chaleur si nous en prenons beaucoup. | |

Quelqués médecins pensent que les hommes qui en useat souvent sont pour la plupart stériles, parce qu’ils ont appris qu’il avait la propriété d’éteindre notre feu et la semence même, En effet, la sécheresse est trop considérable pour he pas dessécher nos humidités, et sa matière trop subtile pour ne pas faire évaporer les parties spiritueuses de notre semence.

Mais cette pensée, quelque apparence qu'elle ait, et l’expérience qu’en fit Scaliger sur une chienne de chasse, n’empêchent pas que nous ne demeurions toujours dans notre sentiment ;

savoir, que nous ne croyons pas qu'il puisse éteindre la semence ni empêcher la génération, Car, comme l'opinion n’est point bien établie par l'expérience, et que l’histoire de Jules Scaliger est unique , nous avons lieu de cro're qu'il n’est point ennemi de la génération des hommes; ce que je pourrais prouver par moi-même, ef par Eachenius, qui nous assure que ceux qui purifient le camphre à Venise et à Amsterdam, sont très-amoureux et très-féconds.

Les femmes athéniennes, qui servaient aux cérémonies que l'on faisait en l'honneur de Cérès, préparaient des lits avec des branches d’agaus-castus, dans le iemple consacré à ceite déesse. Elles avaient appris par l’usage, que l'odeur des branches de cet arbre combattait les pensées impudiques el les songes amoureux. A leur exemple, quelques moines chrétiens se font encore aujourd’hui des ceintures avec des branches de cet «xrbre qui se plient comme de l'osier, et ils prétendent par-là s’arracher du cœur tous les désirs que Pamour pourrait y faire naître. En vérité, la semence de cet arbre, que les Italiens appellent piperella, ei que Séraplon nomme le poivre des moines, fait de merveilleux effets pour se conserver dans | ianocence; car si l’on en presd le poids d’un écu d’or, elle empêche la génération de lo semence; et, s’.i s’en fait encore après en avoir usé, elle la dissipe par sa sécheresse; et puis sa qualité astringente resserre tellement les parties secrètes, qu'après cela elles ne reçoivent presque plus de sang pour en fabriquer de nouvelles, N'est-ce point

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pour cela que la statue d’Esculape était faite de bois d’agnus-castus, et qu'aujourd'hui dans la cérémonie du doctorat des médecins, on ceint les reins du nouveau docteur avec une chaîne d'or qui rafraîchit de lui-même, pour lui marquer qu'en exerçant la médecine il doit être pudique et retenu avec les femmes.

La rue sèche produit les mêmes effets. Sa:

semence, qui est chaude et sèche au troisième : degré, auss: bien que celle de l'agnus-cæstus, dessèche tellement notre semence, qu'il n’en réste presque point pour faire les épanchemens amoureux; et, si l'on en prend de temps en temps le poids d’un écu d’or, l’on se trouve ensuite impüissant auprès d’une femme, quelque effort que l’on puisse faire.

Je ne saurais passer ici sous silence le remède horrible dont se servit Faustine, fille de l’empereur Anioine-le-Débonnaire, pour calmer l’ämour dérégié qu’elle portait à un gladiateur. L'empereur, qui l'aimait tendrement , se persuadait qu’elle avait étéeuchantée, et il croyait qu’il était impossible, sans charmes, qu’une femme abandonnât un mari qui avait de si belles qua-lités comme en avait Antoine le Philosophe, pour aimer un gladiateur. C’est ce qui l’obligea à envoyer consulter les Chaldéens, qui lui frent réponse que Faustine devait boire du sang de celui qu’elle aimait, et coucher ensuite avec son Mari, pour haïr horriblement ce premier homme. En effet, le succès répondit à la promesse, et Antonius Commodus naquit de ses ëmbrassemens, et dans le temps se délecta au

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meurtre, comme le meurtre avait été la cause de sa vie.

ARTICLE Y

Des remèdes qui excitent l’homme à embrasser amoureusement une femme.

JE dis encore une fois que je ne prétends point écrire pour des personnes qui ont l’esprit mal tourné, mon dessein n’étanc pas d'enseigner les excès de l'amour; ce serait favoriser le vice ;

et en même temps détruire la santé des hommes.

La matière que je traite est comme un couteau à deux tranchans, qui fait du bien à ceux qui le prennent à propos, et du mal aux autres qui ne savent pas le manier. Si je suis la cause de quelques excès, il ne faut pas m'en imputer le blâme ; on doit plutôt blâmer ceux qui se laissent mollement aller au crime, et qui n’ont pas assez de vertu pour se soutenir. La terre n’est pas la cause de natre ivressé, bien qu’elle nous donne tous les ans ses liqueurs agréables; elle n’est pas non plus la cause de notre mort, quoiqu’elle mous présente des herbes vénépeuses.

J'écris donc pour des maris qui sont faibles par des défauts naturels, par l’âge, par des désordres de leur vie passée, ou par quelque longue maladie; qui n’ont pas assez. de force pour engendrer ni pour satisfaire leur femme ; qui cherchent partout des moyens pour avoir des successeurs légitimes, et qui n’épargnent

mileur bien ni leur santé même pour ÿ réussir.

Je m'étonne de ce que les casuistes, qui ont écrit tant de bagatelles sur la matière que j’examine dans ce livre, aient oublié certe question importante, et qu’ils ne nous aient poin du tout enseigné si c'était un crime de s'exciter, ou pour rendre le devoir à une femme, ou pour engendrer un enfant; car ces deux fins sont, ce me semble , fort raisonnables, au lieu que la volupté ne l’est pas. Quoi qu’il en soit, nous tâcherons d’en parler selon que la nature nous en instruira, et que l'expérience nous donnera des lumières pour connaître les remèdes qui sont les plus propres à nous exciter à l’amour.

La nature à mis dans le cœur de tous les hommes un violent désir d’avoir des enfans pour successeurs , et pour héritiers de lex num et de leur bien. Je ne vois donc pas de crime à seconder cette inclination si naturelle, pourvu qu’elle se tienne dans de justes bornes. Mais, hormis cela, je ne craindrais point d’imiter un médecin italien qui donna à un vieillard un remède purgatif pour un remède amoureux.

Je ne veux point parler ici de tous les remèdes qui nous excitent à l’amour, et qui produisent beaucoup de matière dans nos parties secrètes , comme sont. les jaunes d’œuf, les testicules de coq, les cancres , les chevrettes , les écrevisses , la moelle de bœuf, le vin doux, le lait, et les au res choses qui nourrissent beaucoup. Je ne dirai rien aussi desremèdesqui causent des vents, comme les artichauts, l'ail cuit, l’ippomane, le membre de cerf, ou de taureaux tué au mois de

A7 ; maï ou d'octobre, les cucubes, etc. Je m’arrèterai seulement à ceux qui ont le plus de force pour encourager un homme à embrasser vigoureusement une femme.

Je dirai donc en peu de mots ce que je pense du petit crocodile, que les Latins appellent seincus, et que l’on pourrait nommer crocodile terrestre, et que l’on appelle aux Antilles mabouiha et brochet terrestre, du chervis, du satyrion, du borax, de l’opium , des cantharides, et de l'herbe dont parle Théophraste; mais j’avertirai encore ici ceux qui sont lens dans l’exercice de l’amour, de ne se servir de ces remèdes qu'après avoir inutilement employé Îès autres moyens naturels et légitimes.

Parce que nous ne connaissons presque point en France le petit crocodile qui se trouve ordinairement en Égypte, et que nous n’en avons l'experience que par le rapport d’autrui, nous pous contenterons de dre que la chair d’autour de ses reins, mise en poudre, et bue dans du vin doux du poids d’un écu d’or, fait des merveilles pour exciter un homme à l’amour : aussi l’a-t-on fait entrer dans la composition qui irrite nos parties secrètes, et qui fait aimer éperdument. ;

Ce ne sont queles noms différens que chaque nation Gone aux plantes, qui nous troublent le plus souvent quand il en faut parler ; plus une plante à de vertus, plus on lui a donné de noms: témoin le chervi, dont les auteurs qui en ont traité ont fait une telle confusion, qu’il faut avouer que les plus éclairés dans la science

des plantes ont bien de la peine aujourd’hui a débrouiller ce que les anciens et les nouveaux herboristes nous en ont voulu dire. Les uns l'ont nommé génicula , ou génicella , les autres l’ont appelé fraxinelle. Avicenne lui a donné le nem de langue d'oiseau , Pline, de langue d’oison, et les Arabes l’ont désigné par celui de ce calcul. Ce n’est pourtant ni Ja renouée , ni le seau de Marie de Divscoride , ni le en. ni le frêne, ni enfin l'oruithogalon des anciens, parce que tous ces noms marquent ces plantes particulières et différentes. |

Ce que nous appelons chervis , et qui est aujourd'hui en France assez connu par ce nom là, a tant de vertu pour exciter les hommes à aimer, que Tibère , l’un des plus lascifs de tous les empereurs, si nous en croyons l'historien, en faisait venir tous les ans d’Allemagne pour s’exciter avec ses femmes. En effet, tous les médecins demeurent d’accord de ses qualités, et disent qu’il engendre beaucoup de vents et de semence aussi bien que l’artichaut: ce qui oblige encore aujourd'hui les femmes suédoises, au rapport des matelots qui viennent du sepientrion , d’eu donner à leurs maris quand elles les trouvent trop lâches à l’action de l'amour.

Le satyrion est une plante dont on fait plusieurs choses , et dont on peut user indifféremment pour les effets que nous en espérons , Sa racine représense ordinairement deux testicules de chien : la bulbe basse est succulente et dure, et la haute toute flétrie et mollette comme étant la plus vieille. C’est cette première racine que

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l’on doit toujours prendre quand on en a besoin, Cependant le satyrion, qui n’a qu’une seule racine bulbeuse, doit être préféré eux autres, selon le sentiment de plusieurs médecins. Mais quoi qu'il en soit, les bulbes.de toutes ces plantes font beaucoup de semence, engendrent beaucoup de vents, si on les fait cuire sous la cendre comme les truffes, er si on les mêle ensuite avec du beurre frais, du lait et du girofle. en poudre, ou qu'on les fasse confire en sucre, comme l’on en vend aujourd'hui chez les droguistes de Paris. Ces racines, par leur humidité superflue, enflant nos parties naturelles, nous rendent semblables à des satyres , d’où cette plante à pris son nom. On lui attribue lant de vertu , qu’il y en à qui penseri que, pour s’exciter puissamment à l’amour, il ne faut qu’en tenir dans les deux mains pendant l’action même,

C'est cette racinequi a donné le nom à ce fameux mélange que les médecins ont noñmé diasatyrion. Si l’on en prend le matin et le soir , la pe santeur d’un demi-écu d’or avec du vin doux , ou du lait de vache, pendant sept où huit jours, ils assurent que les vieillards reprendront la vigueur de leurs jeunes ans, pour satisfaire leur femme et pour se faire des successeurs. On débite une boisson gluante dans les cabarets de Perse, dont la base est une espèce de satyrion, qui est fort commun dans ce royaume-là. Elle échauffe beaucoup; aussi la boit-on chaude comme le café. C’est pour cela que les Perses en useni plutôt pendant l'hiver que durant l'été, principalement dans les villes Septentrionales de

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ce pays-là. ils l’appellent sena-eb-rhaleb , c'est: à-dire, sirop de renard , parce que le satyrion & ses bulbes semblables aux testicules de cet animal. Quelques-uns ont cru que c’était l’herbe amoureuse de Théophraste, ce que nous examinerops ci-après.

Le borax rafliné est du nombre de ces remèdes qui excitent puissamment à l'amour. Il est une espèce de sel dont usent aujourd’hui nos orfèvres pour faire fondre plus aisément l’or qu'ils metteut en œuvre. il pénètretouses les parties de notre corps, il en ouvre tous les vaisseaux, et, par la ténuité de sa substance , il conduit aux parties génitales tout ce qui est capable en nous de ser vir de matière à la semence. 1] a tant de vertu, ainsi que lexpérience me l’a souvent fait connaître, que, si l’on en donne à une femme qui pe peut accoucher, un ou deux scrupules, dans quelque liqueur convenable, l’on en verra bientôt des effets surprenans. il se porte d’abord aux parties naturelles, et y produit tout ce que l’on peut attendre d’un remède qui a été tenu fort long-temps pour un secrel. |

On ne doit pas craindre d’en user par la bouche. L'usage n’en est point dangereux ; et , si quelques médecins ont écrit qu'il était un poison , ils ont confondu le chrysocolle des Grecs avec le banrach des Arabes : l’un ei l’autre servent à faire fondre l'or plus aisément. C'est ainsi que les mêmes effets des drogues , et que la différence de noms que l’on impose aux choses, ‘ent souvent trompé les hommes les plus doctes et les plus éclairés.

Si Fallope, le Lobel, Rodriguez à Castro et Mercuriel s’en sont heureusement servis dans les maladies des femmes , nous ne devons point en avoir de l'horreur ; et si ce dernier médecin nocs assure qu'il agit si puissamment pour les parties naturelles de l’un et de l’autre sexe, qu’il jette mêine les hommes dans le priapisme , si l’on en use avec excès, nous pouvons hardiment nous en servir avec modération.

Peut-être me blämera-i-on de ce que je place ici avec les remèdes qui excitent à l’amour l’opium, que toute l'antiquité a cru être froid au quatrième degré, et Luer les hommes par l’excès de cette qualité. Bien loin, dira-t-on, de nous enflammer aunrès d’une femme, il nous cause le sommeil et nous rend stupides , au lieu de nous rendre amoureux; mais si nous faisons réflexion qu’il est amer et âpre à la bouche , qu'il s’enflanme au feu, et que les Orientaux en usent pour être vaillans à la guerre et auprès des femmes , nous serons sans doute d’un autre sentient.

Quand l’empereur des Turcs lève une armée, les soldats se garnissent d’opium , qu'ils appellent amsiam ou assion, pour s’en servir, comme nos matelots , de tabac, si nous en croyons Bellon. Une petite dose prise par la bouche excite des vapeurs qui montent au cerveau, trouble bénignement l'imagination , comme fait le vin; mais une dose excessive fait entièrement évaporer notre chaleur naturelle, et dissipe tout-à-fait nos esprits, comme le safran , Si sous en prenons beaucoup.

Les Orientaux , qui aîment naturellement l’excès de l’amour, ont l’imagination incessamment embarrassée d'objets lascifs ; et lorsqu'ils ont pris un peu d’opium, auquel ils sont accoutumés , elle s’échauffe alcrs , et se trouble plus qu'auparavant : et comme ils ressentent des démangeaisons et des chatouillemens par tout le corps, et principalement a leurs parties naturelles , je ne m'étonne pas s'ils sont étourdis à la guerre , et si lascifs avec les femmes.

C'est un poison pour nous qui n’y sommes point accoutumés , à moins que nous ne SOyYOnS aussi sains et aussi robustes que l'était M. Charas , quand il en prit douze grains. Pour moi, j'ai de la peire à en donner deux ou trois grains de cru à mes malades les plus vigoureux, ie souvenant toujours des funestes effets que j'ai vus arriver par les mauvais usages de ce remède , et des préceptes que nous donne Zuinguerus sur cette drogue.

Je ne m’étonue pas si les Turcs et les autres Orientaux ont une inclination si déréglée à prendre de l’opium pour jouir d’une volupte indicible, Pour moi qui ai éprouvé les verius de cette drogue dans une maladie presque désespéree, en 1688, je dirai sincèrement ce que J'en ai ressenti Tous les remèdes m'étaient alors inutiles dans les vomissémens excessifs, et dans le fâcheux cours de ventre que je ressenlais.

Je crus qu’il n’y avait point au monde d’autre moyen de me sauver, que de prendre deux grains d'extrait simple d’opium. Je ne l’eus pas

prutôt pris, que je me sentis guéri comme par miracle, et que, pendant un jour entier, je ref” sentis des plaisirs que je ne saurais exprimeïs Une petite vapeur douce et chatouillante cow« lait insensiblement, comme je le pense, par les nerfs et par les membranes externes de mon corps. Cette vapeur me causait une volupté excessive, car, depuis la nuque du cou et.les épaules jusqu’au croupion, je sentais un chatouillement qui me causait un plaisir parfait; puis cette vapeur agréable était poriée aux pieds et aux genoux , où je ressentals encore, principalement autour de la rotule, des chatouillemens inexplicables. Ce plaisir se fit ressentir plusieurs fois en sommeillant pendant ce jour-là ; si bien que je ne fus pas marri d’avoir été malade, pour avoir ressenti des plaisirs qui sont une ombre de ceux du ciel, et une image d’une félicité bien imaginée. Je ne m'étonne donc pas siles Levantins sont si friands d’opium, puisqu'il cause tant de plaisir à ceux qui en usent.

Les mouches cantharides ont tant de pouvoir sur la vessie, et sur les parties génitales de l’un et de l’autre sexe, que, si l’on en prend deux ou trois grains, l’on en ressent «le telles ardeurs, que l’on est ensuite malade: témoin ce qui arriva, ces années passées, à un de mes amis qui vit encore. Son rival étant au désespoir de ce qu’il épousait sa maîtresse, s’avisa de mettre des cantharides dans un pâté de poires, qu’il lui fit présenter le soir des noces. La nuit ‘étant venue, Le marié caressa tellement sa ferme,

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qu'elle en fut incommodée; mais ces délices se changèrent bientôt en trisiésse, lorsque cet homme, sur le minuit, se sentant extrêmement échauffé, avec une grande difliculté d’uriner, s’aperçut qu’il faisait du sang par la verge, La peur lui augmenta le mal, qui fut accompagné de quelques faiblesses. On le traita avec tout le soin possible, et l’on appliqua à son mal des remèdes qui le guérirent avèc beaucoup de peine.

L’heibe qu Androphile roi des Indes, envoya au roi Anuiochus, était l’herbe de Théophrésie, fort eflicace pour exciter les hommes à embrasser amoureusement les femmes, et en cela surpassait toutes les vertus des autres plantes. S'il en faut croire l’indien qui en étain porteur, il assurait qu elle lui avait donné de la vigueur pour soixante-dix embrassemens; mais il avouait aussi qu'aux derniers effets, ce qu’il rendait n'était plus de la semence.

Nous savons, par ceux qui ont voyagé dans les Indes, que les Indiens sont beaucoup plus lascifs que nous ne le snmmes, et que l’une de leurs principales occupations est de prendre avec les femmes les plaisirs que l'amour leur présente, Parce qu'ils se plaisent à cet exercice amoureux, ils ont trouvé des remèdes pour $’y exciter davantage. ls usent ordinairement de bétel, d’areca ou de baughé, qu’ils prennent quelquefois seuls, et qu'ils mêlent souvent les uns avec les autres, ou avec un peu de chaux de coquille, | |

L’herbe dont parle Théophraste est, sans

doute, l’une de ces trois choses; et si jé suis un bon devin, je choisirais plutôt le banghé t ue les deux autres, fondé sur cette conjecture, que lé banghé, au rapport de Crusius, à des qualités semblables a celles du maslach, meslack, on measlack des Turcs, qui n’est autre chose qué lPansiam des Orientaux, selon la pensée de Baubin. Si l’ansiam rend les hommes plus alègres - et plus lascifs, ainsi que nous l'avons rapporté ci-dessus, le banghé ne produira pas de moindires effets, si nous en croyons ceux qui en ont usé; c'est-à-dire, qu'il nous rendra ardent à Caresser les femines, et nous Causera, en dormani, d’agréables réveries, si l’on s'en sert en Petite quantité. Mais, si l’or en prend beaucoup, l’on en devient insensé; témoin les femmes indiennes, qui, voulant témoigner l'affection Quelles portaient à leurs maris, pendant leur Vie, prennent beaucoup de banghé, qu’elles mêlent avec du sefsne, et se jettent ainsi, tout insensées , dans le feu où l’on fait brüler le Corps de leurs maris défunts.

Cette conjecture m’en fait naître deux autres : lune, que le banghé des Orientaux est le ben. join des Egypiiens, que Césalpine dit avoir la Semence dure et semblable à celle d'un peut c5 Chon; l’autre, que c’est l'herbe que nous appelons Stramonium, ou pomme épineuse, qui est une espèce de solanum, ou plutôt que nous DoMMONs chanvre, de la semence de laquelle on fait cormerce dans l'Orient, comme dans J'Occident le tabac, |

Ces conjectures sont appuyées sur le rapport

d’un honnête homme qui à passé quelques années dans les Indes, el qui m'a dit que les Orientaux usaient d'une petite semence qui les rendait comme, insensés auprès des femmes, el il me l’a dépeinte semblable à celle du stramonium; à quoi se rapporte fort bien ce qu'ava f appris Hoffman du médecin Ratzemback, q& lui avais dit que les Turcs avaient, dans une forteresse qui fur prise par les chrétiers en l'an 1595, une grande quantité de semence.

D'ailleurs le stramonium, que les Turcs apellent fatoula ou datoula, produit des effets semblables à ceux du banghé: car, si l’on donne un peu de sa semence avec du vinaux personnes qui y sont accoutumées, il les rend jayeuses, el remplit leur imaginalion d'objets qui ne sont point désagréables; et parce que la pius grande passion des Orientaux est celle qu’ils ant pour les femmes, il ne faut pas s'étonner si, ayant l’esprit un peu troublé par la veriu de celle plante, ils ont en dormant d’agréables rêveries, qu'en veillant même ils se sentent extrèmement émus auprès des femines. |

Mais il ne faut pas trop s’y jouer; car si ceux. qui y sont le plus aceoutumés en prennent la pesanteur de deux éeus d’or, ils en devienne#$ insensés pendant trois jours; si la dose est uw peu plus forte, ils en meurent ; et une demi-ond : tue le plus robuste de tous les hommes.

Ces conjectures que j'avais faites autrefof n'étaient pas, Ce me semble, mal fondées; ces pendant j'ai appris depuis, de bonne part, qui le banghé des Orientaux était une herbe et unë

composition qu'ils appellent banghé; l’une et Fautre, au moins les Perses et les Levantins, les nomment æ&insi. Les barbares de Madagascar et des îles adjacentes fes plus voisines de l’Afrique, les appellent atelh mangha’; les Kgyptiens, asis, assis ou axis, et les Tures, azarath: or, l’assis des Égyptiens ne sighifie que de l’herbe par excellence, que je crois être notre chanvre. Puis, examinant le banghé des Asiatiques et le benjoin des Égyptiens, je trouve qu’ilssont le mangha des Africains, à quelques lettres près : ainsi on peut conclure que l’herbe lascive dont Théophraste fait mention, est plutôt le chanvre que toute autre chose, puisqu'elle a une odeur vineuse, qu’elle cause l'ivresse, et qu’elle trouble l'imagination. J'en dis de même de la composition que l’on en fait, comme je l’ai écrit fort au Tong dans mon livre De la boisson des peuples. Ainsi, il ne faut pas croire que ce soit ni le satyrion, ni le stramonium , comme je l'ai dit, ni le surnag des Africains, qui est peut-être notre satyrion , ni énfin les ginzeng des Chinois et des Tartares. 410 J'avoue que les Européens ne ressentent pas les mêmes effets de l’usage de ces narrotiques, que font les Asiatiques et les Africains. La coutume fait que ces drogues produisent des effets différens dans ceux qui en usent, et nous n'observons chez nous que la tranquillité de l’ame, le désir de la démangeaison du corps, au lieu des égaremens amoureux qui se remarquent chez les autres. Si tous ces remèdes sont assaisonnés avec de l’ambre ou du musc, ils seront

beaucoup plus efficaces, et exciteront davantage à l'amour, l’expérience nous montrant que ces deux parfums portent les humeurs aux parties naturelles qui en sont chatouillées. Je ne parlerai point ici de la chair de lion, parce que. l'expérience a fait connaître qu’elie était ennemie des hommes; car un médecin en ayant donné trois gros à Aliso Vanicus pour l’exciter à aimer, il le tua au lieu de le guérir.

Les remèdes que l’on prend par la bouche ne sont pas les seuls qui excitent les hommes à embrasser amoureusement les femmes. Ceux que l’on applique par dehors y contribuent beaucoup, et l’on en forme des linimens pour en oindre les reins et les parties naturelles. Ces linimens se lont avec du miel, du storax liquide, de l’huile de fourmi volante, du beurre frais ou de la graisse d’oie sauvage; on y ajoute un peu d’euphorbe, de pied d’alexandre, de gingembre, ou du poivre, pour faire pénétrer les remèdes, et l’on y mêle quelques grains d’ambre gris, de musc ou de civette pour le parfumer.

On peut encore appliquer des remèdes sur les testicules des hommes lents, pour les exciter à aimer. Comme ces parties sont la seconde source de la chaleur, selon Îe sentiment de Galien, ils la communiquent aussi à tout le corps; car, eutre la force d’engendrer, ils fabriquent encore une humeur spiritueuse qui nous rend robustes, Lardis et courageux. Pour cela, on peut prendre de la poudre de cannelle, de girofle, de gingembre et de rose, avec de là thériaque, de la mie de pain et du vin rougei |

Mafs cet homme dont nous avons parlé ail-

leurs, après Célius Rodiginus, se servait d'un plaisant remède pour s’cxciler avec une femme. 11 se faisait bien fouetter dans l’action; et si quelquelois par respect ou par pitié, on le fouettait avec plus de modération, il se mettait en cuière contre celui qui, Pépargnait : si bien qu'il n’était jamais plus content que lorsque la douleur l’obligeait à satisfaire sa passion déréglée.

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