‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 19 sur 68 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Si l’homme prend plus de plaisir que la femme lorsqu'ils se caressent.

IL n’y 4 point de plaisir ni plus prompt, ni plus grand que celui de l'amour; il réjouit dans un instant tout notre corps, el ravit de joie toute notre ame. Nous n'avons besoin ni d’industrie, ni de maître pour nous apprendre à airner. La nature nous a imprimé dans le cœur je ne sais quoi d’amoureux, qu'elle cullive peu à peu à mesure que nous croissons ; et quand elle nous incite à caresser une femme, je ne saurais dire en combien de manières elle nous fait naître des contentemens. Les apprpGbes de l’amour sont aussi délicieuses que la jouissance même. Le plaisir est extrême quand nous y pensons par avance, et le souvenir en est agréable La dou-

leur que nous souffrons à aimer nous plaît autant que le plaisir même; enfin, toutes les pas sions de l’ame sont, pour ainsi dire, les esclaves de cette passion amoureuse.

Le sentiment vif et indicible que nous avons dans les plaisirs du mariage, nous fait connaître celui qui en est l’auteur, et je me persuade que Dieu à voulu nous en faire connaître l’excès et la grandeur, pour nous indiquer ceux que nous devons espérer à l'avenir. Je n’aurais osé avan cer cette pensée, si saint Augustin ne me l'avait fournie dans son liv. 44 de la Cité de Dieu, chap. 47, el je ne m'étonne pas, poursuit-il, si les plaisirs que nous prenons avec les femmes sont si excessifs, s'ils surpassent tous ceux que les hommes peuvent ressentir, et s’ils nous touchent si vivement au-dedans et au-dehors, puisque noire ame et notre corps en sont si puissaniment émus. La nature ne nous a pas permis d'éviter ces voluptés , quelque saints que nous soyons, quand, dans le mariage, nous voulons nous appliquer à faire des enfans.

Si là nature n'avait mis des délices extrêmes dans l’action de l’amour, je ne saurais croire qu’un homme d'esprit pût se plaire à se repentir si souvent; mais les idées trompeuses de l’amour sont si engageantes, qu’il est comme impossible de s’en garantir: et il faut que le plaisir que l’on prend avec les femmes soit bien grand, puisque, selon le sentiment de la plupart des théologiens, les diables en sont si friands.

L'expérience de tous les jours nous fait voir que les plaisirs du mariage ne nous rendent pas

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heureux; au contraire, il y a peu de personnes qui ne se repentent après Les avoir pris, comme nous venons de le dire. Il faut faire peu de réflexions sur les attraits de l'amour, dont la nature nous a charmés, pour connaître que ce n’est pas où il faut nOUS arrêter : si bien que, pour parler juste, it ne faut aimer les plaisirs du mariage que pour la génération et peut-être pour être chaste, et pour obéir aux ordres de Dieu , qui veut garnir le ciel de bienheureux, dont nous sommes les organes et les instrumens. Les hommes charnels n'entendent point ce langage, il n’y a que les spirituels qui le goûtent; car ceux qui croient que le bien de l’homme dans ie mariage est dans la chair, et quele mal est ce qui les détourne des plaisirs, que ceux-là s’en soûlent, et qu’ils y meurent. Mais ceux qui n’ont en vue que d’obéir à Dieu et satisfaire à ses commandemens, qui oni une femme comme s'ils n’en avaient point, ainsi que parle saint Paul, et qui ont pour ennemis ceux qui les ‘empêchent de faire leur devoir, que ces personnes-là se consolent en notre Seigneur !

Que si nous considérons le mariage avec toutes ses suites, en qualité d'hommes charnels, nous n’y trouverons que des malheurs et des i imperfections, mais si nous l’examinons en qualité de chrétiens, nous verrons que c’est l’ouvrage de Dieu, que Jésus-Christ a perfectionné par sa grâce . que nous avons perdu par notre corruption. Si nous ne nous servons du moyen de Jésus-Christ, tous nos plaisirs, quelque licites

. qu’ils puissent être, ne seront que des malheurs

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