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et des disgrâces, Le mariage sans Jésus-Christ est abominable; avec Jésus-Christ, il est aimable et saint, puisqu'il l’a sanctifié avec tout ce qui en dépend.
J'avoue que nous ne saurions empêcher que l'amour ne se fasse partout ressentir, et que les hommes lez plus retirés qui habitent les grottes et les déserts ne sauraient éviter ses atteintes. Il les touche aussi bien que nous, et ceite passion se fait connaître dans les forêts les plus affreuses, aussi bien que dans les villes les plus peuplées.
La voluplé du corps consiste à ne ressentir aûcune douleur. Celle de l’esprit réside dans la joie intérieure de n'être point esclave de ses passions, mais les plaisirs que nous prenons dans le mariage sont quelque chose de divin s'ils ne passent pas les bornes de la raison. C’est ce qui obligea les anciens à établir une Vénus honnête et modeste qui veillait aux actions licites des femines mariées, et c’est celte même volupté que la nature a donnée comme des attraits pour la perpétuité de notre espèce.
Ce n’est point un crime que de prendre des plaisirs amoureux avec sa femme, si nous en voulons croire saint Bonaventure et Salome, le plus sage et le plus heureux des hommes, qui a le mieux parlé des plaisirs de l’amour, par l’expérience qu’il en avait faite; et on ne doit point se persuader que la nature ait joint les plaisirs à la conjonction des sexes pour nous en faire des crimes. |
De ces trois sores de voluptés, savoir, du
éorns, de l’ésprit et de l'amour, [a dernière est sans doute la plus forte et la plus grande; notre corps ét notre ame se fondent dé joie, pour ainsi dire, lorsque nous nous perpétuons : et ces deux pèrties de nous-mêmes ressentent tant de contentement, qu’on ne les a pu encore bien exprimer jusqu’à cette heure.
Si l'amour cause des égarémens et nous fait perdre l’esprit, c’est une preuve de la violence de ses voluptés. Notre siècle nous fournit assez d'exemples malheureux, sans en aller chercher dans les siècles passés, pour nous apprendre cette vérité. La chambre de justice que notre grand monarque à depuis peu établie contre les émpoisonneurs, nous maïque assez, par les arrêts qu’elle donné, jusqu'où peuvent aller les emportemens de l'amour. Si ces voluptés n’étaient pas si charmantes, et qu’elles n’eussent pas tant d’empire sur notre esprit, nous n’en verrions pas tous les jours tant de funestes effets, et jamais Viturio et Ferrière n’aurajent perdu ia vie, en voulant la donner à un autre, si l'amour ne les avait charmés.
L'homme et la fenme goûtent tous deux des plaisirs extrêmes quand ils se caressent, et j’aurais peine à dire lequel des deux en reçoit le plus. Cependant si l’on peut découvrir celui qui a les parties de la génération plus sensibles et plus entortillées, qui engendre plus de vents, qui à l'imagination plus forte et le sang plus chaud et plus mobile, je me persuade que la question sera aisée à décider.
On ne doute pas que nos parlies secrètes ne
soient pas beaucoup plus sensibles que celies des femmes; elles sont toutes nerveuses, ou pour mieux dire, elles ne sont que de nerf : au lieu que les parties des femmes sont charnues, et par conséquent moins sensibles que les nôtres. Si, entre toutes les parties de notre corps, les nerfs ressentent une plus vive douleur quand on les touche, ils recevront aussi une plus grande volupté. D'ailleurs, nos vaisseaux spermatiques par ou passe la semence, sont extrêmement entortillés, et nos testicules ne sont, à proprement parler, qu’un tissu de nerfs ou de vaisseaux pliés les uns sur les autres. Si l’on pouvait développer nos vaisseaux spermatiques, et qu’ensuite on les mesurât, je ne mentirais point en disant qu’ils sont plus longs huit ou dix fois que nous ne sommes hauts, au lieu que ceux des femmes ne sont pas plus longs que le doigt.
Si les vents sont nécessaires pour les plaisirs de l’amour, ainsi que nous l'avons prouvé ailleurs, nous avancerons que les hommes n’étant pas si réglés dans leur façon de vivre que les femmes , ils engendrent aussi beaucoup plus de vents et d’esprits flatueux.
Nous avons encore l’esprit plus ferme, l’imagination plus ferme que les femmes, les filets de notre cerveau sont plus tendus et plus durs; et quand nous aimons, nous aimons plus fortement e plus voluptueusement. Les femmes au contraire ont lesprit plus inconstant et l’imagination plus faible: Les fibres de leur cerveau sont plus molleties et. plus flexibles, et, bien qu'elles paraissent quelquefois aimer plus ar-
demment, elies ne ressentent pas pour cela plus de volupté que nous dans les caresses amoureuses.
Enfin notre sang est plus chaud et plus âpre que le leur, il s’agite avec plus de force : et il s’est va des hommes trembler de froid à l’approche d’une femme qu’ils voulaient embrasser, le cœur et le cerveau se défaisant alors de la plus grande partie de leur chaleur et de leurs esprits pour les envoyer avec précipitation aux parties naturelies.
Nous sommes navrés de joie quard la semence tout enflée d’esprits se fait passage au travers de nos vaisseaux eniortillés. Les vapeurs chaudes et chatouillantes qui s’en élèvent, et Île mouvement précipité des esprits qui pénétrent nos membranes, ne contribuent pas peu à nos voluptés excessives.
Bien que les femmes soient vivement touchées des plaisirs de l’amour quand nous Îles embrassons , je ne saurais croire que leur volupté y soit plus grande : leur semence est plus liquide et moins chaude ; elle n’est pas remplie de tant d’esprit, et ne se darde pas si prompiement que la nôtre.
Quoi qu’il en soit, on pourrait dire que la question demeure toujours indécise, et que l’on me saurait la décider, si l’on ne prend pour juge Tirésias, Gui ayant été femme et homme tout ensemble, peut mieux juger qu'aucun auire du plus grand praisir de l’un ou de l’autre des sexes. Ce fut lui qui décida en faveur de Fupiier contre Junon, et qui prononça que les femmes
prenaient plus de plaisir que les hommes quand elles en étaient embrassées.
En effet, on pourrait dire qué les parties natureiles des femmes s’agitent avec plus de violeñce quand elles veulent êtré humectées par la semence de l’homme, et la femme ressent un plus grand plaisir lorsque ses pariies attirent et sucent nos humeurs, qu’elles les pressent de toutes parts par la conception, et qu’elles s’épuisent elles-mêmes par des épanchemens considérables : si bien qu’il s’est trouvé quelqu’un qui a hardiment avancé que le plaisir des femmes surpassait d’un tiers celui des hommes.
Mais, sans m'arrèler à ce dernier sentiment, qui ne me paraît pas le plus véritable, je concluerai avec Hippocrate que les femmes ont beaucoup moins de volupté que nous, mis que leur plaisir dure plus long temps. Car, puisque la nature fait notre plaisir de peu de durée, elle a aussi voulu qu’il fût extrême; au lieu que le contentement des femmes étant moindre , elle les a récompensées en le faisant beaucoup plus durer : el c’est sans doute cette raison qui fit déterminer Tirésias à donner gain de cause à Jupiter, prenant ja durée pour l'excès du plais .
ARTICLE I
De la manière dont les personnes mariées doivent
se caresser.
Je n'aurais point traité cette matière , si Je ne l’avais trouvée dans les livres des casuistes
si mal agitée, qu'il est impossible que l’on en puisse tirer des conséquences véritables, à moins que de faire tort à la vérité, Le fondement de cette question se trouve dans l’expérience, dans les livres de la nature, ou dans ceux des fameux médecins, que la plupart des théologiens, des casuistes et des confesseurs n'ont jamais lus : si bien que je ne m’étunne pas s'ils se trompent si lourdement dans ces sortes de matières,
La fin du mariage, selon le sentiment de l’Église, est de faire des enfans ou d’assouvir médiocrement sa concupiscence. Elle blâme la seule volupté dans ies carèsses des femmes , et la condamne comme un crime capital ; si ellé passe les bornes de la raison.
La religion chrétienne a donc en abemination les caresses de l’homme e: de la femme qui ne se font que par délices; et la médecine, qui s’emploie à conserver la vie des hommes ; DOUS donne des lois qui ne peuvent souffrir que nous abusions des contentemens que la nature nous Y présente. C’est contre cette vie abominalle que saint Paul crie si haut dans le pre- mier chapitre de son Epitre aux Romains.
Toutes les postures que là courtisanne Cyrenne inventa autrefois, jusqu’au nombre de douze, pour se caresser , que Phieleinis et Aslinase publièrent, qu’Eléphantis composa en vers léoniens, et que l’empereur Tibère fit ensuite peindre autour de sa salle, nous font bien voir que les femmes savent mieux que nous toutes les souplesses de l’amour , et qu’elles s’a-
LA
bandornent plus aux voluptés amoureuses. En effet, leur passion est plus violente, et leur plaisir dure plus long-temps : c’est comme un feu qui s’entretient dans du bois vert, par la fsiblesse et la légéreté de leur jugement.
Quoiqu’un homme ait entrepris de parler dans ces derniers siècles de postures de l’amour, et qu’il en fait graver de belles planches par les Carraches, je suis pourtant persuadé qu'il n’y a pas si bien réussi que les femmes qui s’en sont mêlées; car dans ces sortes de matières , partout où elles soni, elles emportent Le prix.
La nature a appris à l’un et à l’autre sexe les postures permises, et celles qui contribuent à la génération; et l'expérience a montré celles qui sont défendues et celles qui sont contraires à la santé.
Nos parties amoureuses n’ont pas éié faites pour nous caresser debout, comme les hérissons ; nous altérons notre santé dans cetié posture, et nous nous opposons même à la génération : car toutes nos parties nerveuses travaillent alors , et se ressentent de la peine que nous nous donnons. Les yeux en sont éblouis, la tête en pâtit, l’épine du dos en souffre, les genoux en tremblent , ei les jambes semblent succomber à la pesanteur de tout le corps. C'est la source de toutes nos lassitudes , de nos goutes et de nos rhumatismes. Mais encore la géné-. ration en est empêchée ; car la matière que nous communiquons à une femme, n’esi jamais bien reçue dans lieu que la naiure à destiné à cet
usage. Le conduit de la pudeur est trop pressé par la posiure de la femme, quand nous l’embrassons ainsi. :
Etre assis n'est pas non plus la posture qu’il faut à un amour bien réglé. Les parties naturelles ne se joignent qu'avec peine, et la semence n'est pas toute reçue pour faire un enfant accompli dans toutes ses parties.
L'homme qui, selon les lois de la nature, doit avoir l’empire sur la femme, et qui passe pour le maître de tous les animaux, est bien Jâche de se soumettre à une femme, quand ils veulent prendreensemble des plaisirs amoureux. Si cette femme est émue d’une passion déréglée, et qu'elle veuille s’adonner aux voluptés d’un amour impudique, il n’est pas de l’honnête homme de lui plaire ni de se soumettre lâchement à elle. C’est une atteinte qu’il donne à son privilége, et une honte qu’il s’attire par sa propre complaisance.
Au lieu de faire des enfans, on rend par cette poslure une femme stérile, et si par hasard il en vient quelqu'un , il est ou petit ou imparfait. Le peu de matière que le père a donné pour le former a si peu fourni d’esprits, que l’ame, qui doit un jour s’en servir comme d’instrument pour ses plus belles facultés, ne fait dans la suite rien qui vaille, et les enfans en deviennent nains, boiteux, bossus, louches , imprudens et stupides. il ne faut point aller chercher ailleurs des marques du déréglement de ceux qui leur ont donné la vie, que ces mêmes enfans contrefaits.
La. plus commune des postures est celle qui est la plus licite et la plus voluptueuse; on se parle bouche à bouche, on se baise et se caresse quand on s’embrasse par devant.
Siun homme est trop pesant, et que la femme soit extrêmement délicate, il me semble qu’on pagirait point contre les lois de la nature, si l’on se caressait de côté, à limitation des renards. On éviterait par cette posture tous les accidens auxquels une femme peut être exposée : dans la posture la plus commune, ét il n’arrive-: rait jamais par-là de suffocation, ni de fausses couches. |
Je mettrais ici la posture de caresser une:
femme par derrière parmi celles qui sont con-: tre les lois de la nature, si un philosopheet deux médecins ne me disaient le contraire En effet, toutes les bêtes ; si nous en exceplons quelqués-unes, sejoignent de la sorte ; et pour engenürer, , la nature ne leur a point appris d'autre moyenk que celuilà. La matrice des femelles est alorss plus en é'at de recevoir la semence du mâle; ; elle la retient et la fomente plus commodéinent; ; si bien que, ne s’écoulant pas si aisément des leurs parties naturelles que dans une autre pos: ture, l'expérience leur a fait voir que l’on rén-dait ainsi des femmes fécondes, qui étaient Sté-riles auparavant. sil
1l est certain que l'anatomie nous montré ques la matrice est beaucoup mieux Située pour las conception , lorsqu'une femme est sur ses maihss et sur ses pieds, que quand elle ést sur Son dos, , Le fond de cette partie est alors plus bas que
son orifice, et fl n’y a qu’à jeter de lasemence; elle y coule d'elle-même, et par sa propre pesanteur , elle tombe où elle doit être conservée pour la généraiion. Cette posture est la plus naturelle et la moins voluptueuse. L’action de lamour nous donne d'elle-même assez de plaisirs, sans en chercher de plus grands par une autre figure; et je ne doute vas que les casuisles ne nous permissent d’en user de la sorte pour éviter l'excès de la voluptédanslesembrassemens des fe.smes,
Si une femme est naturellement si grasse qu’elle ait le ventre en pointe, qui s’appose à l'approche de son mari, fera-t-on un dissolution de mariage, plutôt que de conseiller à cet homme de caresser sa femine par derrière ?
Mais encore, puisque la loi commande à u mari de rendre le devoir à sa femme quand elle témoigne l'aimer ardemment , elle oblige aussi la femme de rendre ce niême dsvoir à son mari quand il ne peut dompter sa passion. Si par hasard il veut éteindre sa concupiscence Sur la fin de la grossesse de sa femme, ne pourrait-on pas alorslui permettre deta caresser par derrière, pluiôt que d'étuuffer l'enfant qui est sur le point de naître, ou que d’aller chercher lui-même ailleurs à faireuncrime?Dans cette posture, il n’y a point de craime pour une fausse couche : l’épine du dos souffre plutôt que le ventre ks secousses que l’amour inspire aux hommes dans cette rencontre.
En effet, saint Thomas , qui est estimé parmi les théologiens pour un des meilleurs casuistes qu’il y ait, est de ce sentiment. Il nous apprend qu’il n’y a point de crime quand des
personnes mariées se caressent par derrière, pourvu que ce ne soit pas à dessein de prendre des plaisirs excessifs, mais seulement pour des causes légitimes, comme lorsqu'un homme a le ventre trop gros, et qu’il à peur d’étouffer dans fes entrailles de sa femme l'enfant qui en doit bientôt naître. |
Si Paul Eginette et Mercurial, après le philo sophe Lucrèce, ont été de ce sentiment, que les femmes concevaient plutôt en les caressant par derrière que par devant, je ne saurais me persuader qu’ils aient voulu parler de ce crime énorme auquel l’Ecriture ne donne pas de nom. On ne conçoit jamais de la sorte, et les philosophes qui suivent les lois de la nature ne sont jamais infectés d'opinions qui soient contre ses maximes. Il est donc permis de caresser sa femme de quelque manière que ce soit, pourvu que la volupté ne soit pas excessive, que notre santé n’y soit pas intéressée, et que l’on ne commette point de fautes contre la propagation des hommes. C’est ainsi que le pensent saint Thomas, comme je l’ai dit, le cardinal Cajetan, Albert-le-Grand, Abulensis sur saint Mathieu, et quelques autres casuites.
Mais je m'aperçois ici plus qu'ailleurs que les choses dont je parle sont trop délicates pour en dire davantage. Je protesie que je n’ai pu choisir de termes moins durs pour expliquer mon sentiment sur ce sujet : et si j'ai passé quelquefois les bornes de la bienséance, comme le fit autrefois saint Augustin, on peut croire que ce n’a été que par la force de la matière que je traite,
Er
ARTICLE II
S l’on se trouve plus incommodé de baiser une laide femme qu'une belle.
La beauté est un des plus grand priviléges que la nature nous ait donnés pour avoir de l’autorité sur les autres. C’est cette qualité qui exerce sur les hommes une espèce de tyrannie, et qui les charme d’une manière si extraordinaire, que même les plus barbares en sentent les attraits. C'est ce qui oblige encore aujourd’hui quelques peuples de l’Afrique de mettre sur le trône les hommes les mieux faits d’entre eux, et c’est aussi ce qui inspirait à un évêque de Milan de choisir pour ses laquais les personnes les mieux faites et les plus accomplies.
La beauté que l’on admire dans les femmes est un puissant aiguillon pour nous exciter aux délices de l’amour; elle nous engage à les aimer, et ce que l'avocat Hiperis n’avait pu gagner par son éloquence sur l'esprit des juges, la beauté de Phryné l’emporta hautement. Il n’y a pas moyen de se gararantir des charmes d’une jeune personne qui a toutes les grâces à sa suite. Elle ménage nos inclinations comme il lui plaît, et la tyrannie de la beauté dont elle est ornée est Si puissante, que, malgré nous, nous devenons ses esclaves : témoin Néron, qui, gagné par les aitraits de Poppée, ne put jamais se garantir des atiraits de ses charmes; sa beauté lui enflamma le cœur ei l’appela au dernier plaisir, comme Pé- {rone nous le rapporte.
il, RE î
On dirait que la nature a fait un chef-d'œuvre | en formant cette femme. En effet, sa taille est haute, bien prise, et dés plus fines; son air a un je nesais quoi si rempli de majesté, qu’il.inspire du respect aux plus hardis; son humeur est agréable, et son esprit vif et brillant. A la considérer en particulier, son embonpoint est accompli, et le tour de son visage est merveilleux. Ses dents sont blanches, ses joueset ses lèvres sont de couleur de rose, son front est assez large, ses yeux grands et bleus, bien ouvert et pleins de feu; ses sourcils noirs, sa bouche et ses oreilles petites, son nez bien fait, sa gorge un peu élevée, ses mains longues et ses doigts déliés, sa poitrine large, son flanc pressé, ses pieds petits et délicats, en un mot, la beauté femélle:a toutce qui peut nous séduire er s’emparant de notre raison. Et si lon veut une beauté qui plaisait aux anciens, je dirai avec Pétrone qu’elle a les cheveux: naturellement frisés, qui lui: battent agréablement les épaules, que son front est petit, au-dessus duquel on voit de véritables cheveux retroussés agréablement; que ses sourcils se courbent; que ses yeux sent plus bril- : lans que les étoiles dans l'obscurité de la nuit; que son nez est un peu aquilin; que sa bouche est petite, semblable à celle: de la Vénus de Praxitèle; enfin, que son visage, sa gorge, ses bras et ses jambes, ornés de liens, de: colliers et -dé bracelets d’or, effacent la blancheur du marbre le plus estimé.
En vérité, il est bien malaisé de garder une, fille pour qui tous les hommes soupirent. Un
homme même à qui la nature a fait présent d’une beauté extrême, a bien de la peine à se garantir des insultes des autres hommes, et si | Spurine, gentilhomme toscan, ne se für blessé au visage pour en effacer la beauté, jamais il n’eût été à lui-même, et cette beauté eût été assurément une des principales sources de l’embarras et des désordres de sa vie, Pour les belles femmes, il y en à peu qui n’aient été superbes ou impudiques; et il me semble aujourd’hui qu’il ne faut être que belle pour ne pas être estimée vertueuse, ou pour ne l'être pas en effet.
* Que rarement la chasteté ‘ Se soutient avec la beauté!
Qu'il est charmant de plaire et de passer pour belle! | Et que de ce plaisir flatteur À l’engagement de son cœur,
Le pente est douce et naturelle !
C'était autrefois cette beauté à laquelle l’on donnait des couronnes de myrte, et c’esi encore aujourd’hui cetie même beauté qui a. tant de pouvoir sur l’ame des hommes, qu’il s’en est vu qui, étant presque impuissans à l’amour, par la froideur de leur tempérament, en ont été échauffés , et se sont trouvés capables de génération.
Cette beauté, qui est un don de Dieu, à tant d’empire sur notre ame, et ménage si fort nos passions, qu’elle les fait agir comme $i elles lui appartenaient; et jamais Urie n'aurait été sacri-
fiée à la passion du prince, si Bethsabée n'avait été belle.
À la vue d’une belle fenimie tout s’émeut chez nous, et notre amour , qui, au rapport de saint Jérome, n’est autre chose, dans l’Écriture, que la charité et le désir de la beauté, est souvent si excessif, , ue nous ne pouvons nous ménager là-dessus sans avoir des forces surnaturelles. Un casuiste serait fâcheux s’il voulait nous persuader que nos actions sont criminelles lorsque, transportés de la beauté d’une femme, nous la caressons avec ardeur. Alors notre chaleur s’augmente dans notre cœur; nes parties naturelles se gonflent et s’agitent en dépit de nous : si bien qu’elles nous montrent, par leur mouvement importun, que la beauté a des attraits pour elles. En effet, les jours ne nous semblent durer que des momens en là compagnie d’une belle femme, et alors nous ne nous apercevons presque pas que nous avons faim, et nous méprisons toutes les incommodités qui accompagnent ordinairement le plaisir de l’amour. Nos caresses réitérées ne nous semblent ni fades ni ennuyeuses; la beauté les faït renaître sans peine, et nous donne de nouveaux désirs et de nouvelles forces pour la jouissance.
Je m’étonne qu les plaisirs du mariage soient présentement en horreur, et qu’on nous défende d’en jouir. Je ne sais si cela est bien dans l’ordre, que d’établir Le mariage comme une chose sainte et vénérable, et d’avoir de l’horreur pour les plaisirs qui en sont inséparables. C’est avoir de l’appétit, et vouloir manger et boire sans
s’apercévoir que l’on en a. Qu’y a-t-il de plus contraire à la raison, que d’honorer un sacrement, et en même temps d’abhorrer ce qui en est le sceau? Mais Dieu est admirable dans tout ce qu’il fait; il a mis dans la femme une beauté qui nous charme et en même temps des plaisirs excessifs pour l’action du mariage, et en même temps il nous défend d’en jouir avec excès. Sans ce contrepoids nous serions malheureux, et nous nous jetterions du côté des plaisirs, qui nous exposeraient sans doute à toutes sortes de maux, et qui empêcheraient la génération, qui est le véritable dessein de Dieu.
La laideur, au contraire, calme tous nos transports : bien loin de nous exciter à aimer, elle nous fait abhorrer les plaisirs de l'amour. Si par hasard nous sommes obligés de nous approcher d’une laide femme, nos parties naturelles s’abattent au lieu de se raidir, et nous sentons dans notre cœur je ne sais quoi qui nous rebute et qui nous empêche de nous joindre amoureusement. Si nous voulons le faire par des principes de devoir ou de nécessité, il nous faut du temps pour nous y disposer, et encore après cela nous ne nous trouvons presque jamais en état de presser étroitement une laide femme. Il faut qu'Anacharsis se couche, et s’excite long-temps : sans cela il n’agirait point et ses parties n’obéiront jamais à sa passion languissante.
Alors nous ressentons en nous du feu et un glacon. La nature nous embrase le cœur pour nous joindre, en même temps cette même na-
-‘ture glace nos parties amoureuses pour fuir,
pour traduire ici la pensée de saint Augustin. Ces deux passions opposées nous causent d’étranges peines : et si l’amour l'emporte quelquefois sur l'horreur, ce que nous prêtons à cette femme nous épuise tellement, que nous sommes ensuite accablés des mêmes incommodités qui arrivent des plaisirs de l’amour. Le cœur, en qui la haine à éteint la plupart de ses esprits, est fort incommodé après en avoir. communiqué à nos parties naturelles, et le cerveau, où ces passions opposées se font la guerre, s’affaiblit incessamment quand il faut envoyer ses esprits ailleurs : si bien que l’on pourrait dire qu’une seule caresse faite à une laide femme, cause plus de faiblesse et de défaillance, que six que l’on aura faites à une belle : la beauté a des charmes qui dilatent notre cœur, et qui en multiplient les esprits; mais la laideur a je ne sais quoi qui le ferme et qui le glace.
S'il naît par hasard des enfans de ces conjonctions forcées, ce ne sont que des personnes pesantes et stupides, qui nous marquent : .évidemment le peu de contentement qu’a pris leur père dans les caresses de leur mère.
Il est donc vrai que l’on se trouve beaucoup plus incommodé quand l’on embrasse une laide femme que quand l’on en caresse une belle; et que, si j’ose décider en théologien, c’estun plus grand crime de caresser une laide femme, que d’en caresser une belle; car, s’il y a des Charmes dans celle-ci doni on ne puisse se garantir, il y à des défauts dans l’autre qui ne devraient
pas permettre de s’en approcher : si on le fait sans y être attiré par la beauté, la bonne grâce et les autres agrémens qui nous éblouissent pour l’ordinaire, il faut croire, avec saint Chrysostôme, que, s’excitant contre les lois de la nature, le crime est beaucoup plus grand de ce côté-là que de l’autre,
Si je voulais éonseillér à quelqu'un de se marier, je lui dirais qu’il n’épousât ni une belle ni une laide femme. La première aurait trop d’empire sur lui, et serait plûtôt commune que parlicuiière ; l’autre lui causerait cent repentirs, et peut-être le divorce, S'il n’avait une vertu toute particulière. bcp
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