PRÉFACE
Sr les livres des anciens qui traitaient de l’amour ne s'étaient point milbeureusement perdus, ou par ls ma- | lice des hommes , ou par l’injure des temps , nous aurions sans doute, par leur lecture, augmenté nos observations sur la génération des hommes, et par là nous aurions fait cesser les justes plaintes de l’illustre Tira- : quel.
Mais , quoique nous en manquions , nous avons, ce me semble , par notre propre expérience et par ceile de nos amis , assez de lumières pour faire un gros vilume sur les ordres qnela nature nous a prescrits pour k. production des homines, sans que nous ayons recours puur cela aux pensées des anciens,
La natare, qui n'est que Dieu même, Gu, pour mieux dire, sa divine providence répandue pat lunivers. nous fournira encore des lumières sur cette inatiere , sans en aller chercher ailleurs. En cela nos susvrons ses préceptes, et nous obéirons à ses décrets; maïs, comme la vérité est un attribut qui lui est inséparsble, noux ne la
déguiserons point, afin que la nature et le vérité, jointes ensemble, soient les deux gnides qui nous puissent conduire dans tout cet ouvrage,
Nous découvrirons donc sans scrupule les secrets de la nature, et nous ferons paraître aux yeux de tous ce
qu'il y a de plus veritamie et de pius cache dans l’histoire de la génération des hommes.
Je sais bien que tout le monde n'a pas une force d'ame pour en considérer les admirables productions ; que parmi les hommes il y en a beaucoup de faibles et de scrupuleux qui se scandalisent de tout ce qui n’est pas à leur goût , et qui se plaignent toujours quand on n’est pas de leur sentiment. La vérité toute nue n'a point de charmes pour eux; elle leur fait horreur si elle n'est déguisée. Ils veulent qu'elle soit masquée pour ètre bellé; et comme s'ils n'étaient point hommes, aux moindres amorces de l'amour, ils s’étonnent, üs s’offensent , ils crient , ils s'alarment et ils fuient.
Les premiers hommes étaient tout autres que nous; ils étaient bien moins scrupuleux et bien plus raisonnables que nous ne le sommes. Leur nudité ne leur causait aucune émotion déréglée. La nature et la raison ét&ient les maîtresses de leurs mouvemens amoureux, et l'amour même, tout fier qu'il est, semblait obéir à leurs ordres quand ils s’y opposaient tant soit peu. Lis regardxient une femme comme une statue, quand il n’était pas permis de l'aimer; et, si par hasard l'amour leur échauffait le cœur, alors leur raison et leur force d’ame inénageait si adroitement leurs passions, qu'ils pou- #aient entièrement se garantir de ses charmes. La nudité d'un homme ou d’une femme ne faisait pas plus d’impression sur leur ame que les filles de Lacédémone n’en rent autrefois sur l'esprit des peuples, lorsqu'elles dansaient toutes nues dans un carrefour, sans être couvertes que de l’honnèteté publique, Maïs cette force d’ame est aujourd’hui bannie de nos provinces, et il semble qu'elle
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ne soit conservée que parmi les sauvages , qui, en cela, sont bien moins sauvages que nous.
Lorsque je considère l’aveuglement de homme, et les contrariétés qui découvrent sa misére, j’entre dans un chagrin de le voir en cet état. Sur cela je m'étonne de ce qu’il n'entre pas en désespoir de ne se pas connaître soi-même, et de ne savoir d’où 1f vient et comment il est fait, Je lui demande s’il est mieux instruit que moi sur les parties qui le composent, et sur la manière dont il a été engendre; et je connais, par sa conversation, que sur cela nous sorames fort ignorans l’un et l’autre, Nous regardons tous deux autour de nous, et nous y voyons des gens qui n’ont sur cela pas plus de lumières que nous n'en avons, Nous trouvons par hasard un homme qui nous instruit des principes de la genération, qui nous en montre les parties, qui nous en fait voir les actions, et qui vous fait connaître l’ordre que Dieu a donné aux hommes pour multiplier leur espèce dans le mariage, et les malheurs qui arrivent dans les plaisirs excessifs que lon y prend. Cet homme avec qui je mentretiens, comme sil avait dépit de se connaitre soi-même et de savoir son origine , insulte à Ja personne qui l'instruit de l’'admirable dessein de la Nature dans la génération des hommes, Pour moi, qui Nois que ce sont les commandemens et les ordres de Dieu , je les admire et je m'y soumets.
J'avoue qne l’on nous a élevés dans la répuguance à rommer les parties naturelles de l’un et de l’autre sexe, que nous avons appelées honteuses, quoique Moïse les ait nommées saintes, puisqu'il n’était pas permis à une
feinme de les toucher, sans avoir Ja main couvée; et
nous sommes accontames à avoir de l'horreur pour leurs actions, comme si Dieu, selon la pensée de saint Clément d'Alexandrie, ne les avait pas fabriquées , et si les lois divines et humaines ne nous permettaient pas d'en user,
Nous savons que l’on peut parier des choses les plus impudiques et les plus abuminables sans blesser la bienséance, quand en parle d’une mavière à marquer l’état où les personues sont lorsqu'elles le commettent, ou montrer, par sa retenne, qu’on les envisage avec peine, et qu'on les communique aux awres avec des circonstances de ménagement. Les choses les plus infames, qui sont représentées sous ce voile d'horreur, sont la cause qu’on les regarde comme des crimes , si elles signifient plutôt les choses que l’action même, parce que, chaque pensée exprimée ayant deux sortes de signification, l'une propre, l’autre acvessoire, elle est considérée en divers sens, Ainsi, une chose peut être infame et honnête, défendue et permise. Ces idées accessoires nesont pas toujours attachées aux mots par un usage commun; il faut s’en rapporter à celui qui s’en sert, et lire son livre sous cette condition, Car, les mots n’étant que des sons, et les choses étant indifférentes d’elles-mèmes, ils ne sont impudiques ni les uns ui les autres; et c’est une maladie ou une faiblesse d’ame de s’en scandaliser, C’est ainsi que saint Augustin en a use lorsqu'il dit que, s’il ÿ a quelque personne impudique qui lise ce qu’il a écrit des plaisirs de l’amour dans le mariage, elle accuse plutôt sa turpitude que les paroles dont il a été obligé de se servir pour expliquer sa pensee sur la génération des hommes; et il ajoute qu'il espère que le lecteur pudique et le sage audi-
teur Jui pardonneront aisément la manière de parler dont il s’est servi ponr s'expliquer sur cette matière, C'est anssi de la même sorte qu'en a usé j’apôtre, lorsqu'il parle des horribles crimes des hommes et des femmes, qui avaient changé l'usage naturel de leu’s parties en celui qui est contre les lois de la nature.
Celui qui sait ce que c'est que le monde, regardetout avec indiférence; et , à limitation du soleil, il ne peut être tache d'aucune chose, quelque sale qu’elle puisse être. Si par hasard ce livre tnmbe entre ses mains, ille lira sans scrupule, et il y admirera les ordres secrets que Dieu a donnés à la Nature pour perpétuer l'espèce des hommes. :
Mais parce que c'est par l'amour que nous sommes en-
gendrés, et que l'amour, que l'Écriture nomme charité,
selon le sentiment de saint Jérôme, est la plus forte de toutes les passions , il y trouvera de quoi la menager et la dompter, même quand il sera embarrasse:si bien que je ne doate pas que ce livre me puisse être d’un trèsgrand secours à plusieurs personnes, même à celles qui sont d’une vertu distinguée." :
Un jeune homme y connaitra donc de quel tempérament il est , quelle disposition il a pour la coutinence ou pour'le mariage, Il apprendra à quelâgeil doit se marier, pour ne pas s'énerver dans le commencement de sa vie, et pour vivre long-temps avec plaisir ; en quelle saison ou à quelle heure du jour on peut faire, sans s’incommoder, des enfans sains et spirituels, qui soient un jour l'honneur et la gloire de leur pére et le sontien de l'État, Mais parce que les jeunes gens n’envisagent que la volupté lorsqu'ils se marient, ils y verront dépeintes les
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incommodités incurables que causent les plaisirs excessifs du mariage, afin qu'avant d’avoir éprouxe les malheurs qu’ils nous causent, ils puissent les éviter et s’en garantir en même temps.
Un viellard y trouvera jusqu’à quel äge on peut se marier; ct, s’il a dessein de se procurer des héritiers par le mariage, il y verra comment il doit se comporter auprès d’une femme pour en avoir des enfans, et comment aussi, dens la froideur de son äge, il doit s'exciter auprès d'elle sans qu’il puisse courir aucun risque d’altérer sa sante , ni de commettre zucune faute contre les maximés de h religion.
Un thcologien , un casuiste et un confesseur y apprendront les véritables causes de la validité et de la dissolution du mariage, et les vices qui s’y rencontrent, et même les péchés que l’on y commet parmi les voluptés permises. Car on y examine avec beaucoup de soin ce qui s'oppose à la génération, et par conséquent tout ce qui est contraire aux décrets de Dieu, aux lois du mariage et à l’intention de l'Église.
Un juge y trouvera des difficultés de droit et de médecine , établies et décidées si clairement, que les jurisconsultes n’ont jamais assez bien éclaircies, qu'après cela il saura lui-même distinguer les véritables causes de l’im puissance d’an homme et de la stérilité d’une femme, e ne se laissera pas abuser quand on lui présentera des en. fans supposés. Cette science, par soi-même, n’est point suspecte, au lieu qu'un médecin, un chirurgien et une matrone , à qui, pour l'ordinaire, on s’en rapporte dans ces sortes de matières, peuvent être gagnés, ou par complaisance ou par intérêt. On y remarquera encore les
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