‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 28 sur 68 · JET · texte numérisé non relu

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avance la mort , à laquelle nous ne nous attens dions pas si tôt. | rs EVE)

Il s’en est vu même qui ont perdu la vie dans le moment. Pindare eut la destinée de mourir par l’excès de l’amour, dont il avait fait si souvent l'éloge ; et Tertullien nous fait remarquer que le philosophe Speucipus n'eut pas le temps avant que de mourir, de s’attrister ni de se repentir, comme on fait ordinairement , après qu’il eut pris ses divertissemens avec une femme ; et, de nos jours, le cardinal de sainte Cécile mourut à Rome pour avoir trop aimé : si bien que les choses extrêmes sont pour nous fort incommodes. Trop de bruit nous rend sourds , trop de lumières nous aveugle , trop de distance ou de proximité nous empêche de voir , trop de plaisir nous incommode. Les qualités excessives nous font du mal : nous ue des sentcens plus , nous les supportons.

C’est cette Vénus du soir qui est Pavantcourrière de da nuit et des malheurs de notre vie. Si elle peut se vanter, avec raison, de nous avoir fait naître, nous peuvons justement nous plaindre de ce qu’elle peut nous causer la mort. Aussi s'est-il trouvé des peuples qui lui ont fait bâtir des temples, et qui ont eu pour elle de la vénération sous letitre de ces deux propriétés.

L'amour ne demande que des gens robustes pour ses actions. Ceux qui sont naturellement faibles , aussi bien que les convalescens , ne sont point en état d’obéir à ses ordres. Ils ont trop besoin pour eux-mêmes de la chaleur

naturelle , sans fa dissiper avéc les femmes , comme fit autrefois celui dont parle Galien, qui, n'étant pas encore tout-à-fait guéri d’une violente maladie , mourut la même nuit qu’il se fut diverti avec sa femmé ; et Alexandre Benoît nous à aussi fait remarquer que le sénateur Vifturio, étant décrépit, n’eut pas été plutôt transporté par les plaisirs de l’amour , qu’il en perdit là vie peu de temps après, Sur cela, Jean Dorat , qui épousa dans sa vieillesse une fille de vingt-deux ans; disait fort agréablement qu’il aimait mieux mourir par une épée bien nette et bien polie, que par un vieux fer rouillé,

De tous les animaux, il n’y en a point qui, dans les plaisirs amoureux , s’épuise plus que l’homme: un seul épanchement lui causera plus de faiblesse, si nous en voulons croire Avicène et expérience même , que quarante fois autant de sang qu’on lui pourrait tirer.

C’est sans doute pour cela que Démocrite blâämait si fort les divertissemens pris avec les femmès, et qué, voulant sé conserver les forces que la naturé lui avait données , il témoignait qu’il n’était pas d'humeur à les perdre dans leurs Caressès. Les’ athlètes âussi ne se mariaient jamais , pour être plus forts et plus vaillans dans les jeux olympiques.

En éffet, s'abstenir en quelque façon des femmés, est l’une des trois choses qui peuvent le plus contribuer à notre force et au bonheur dé notre vie; car Si nous nous levons de table avec äppétit, que nous ne méprisions pas le

travail , et que nous n’épanchions point notre semence, je suis fort persuadé que notre santé sera parfaite et exempte de tous les maux qui la troublent ordinairement.

Les embrassemens d’une femme ne sont pas pour cela criminels ni dangereux , et l’action n’est pas impudique, si nous en croyons saint Jérôme et saint Augustin ; il n’y a que les excès que nous y faisons souvent qui peuvent être défendus, et produire toutes les incommodités dont nous venons de parler.

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