‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 32 sur 68 · EYE · texte numérisé non relu

EYE

ARTICLE KE

: pe la semence de l’homme

La semence de l’homme est l’écume de notre meilleur sang, selon Pyihagore , et le doux écoulerient dé la moëlie de l’épine du dos, se- Jon Platon: elle est la plus pure et la plus délicate partie du cerveau , ainsi que le veut Alc- méon, êt une substance tirée de tout notre Corps, éonime l’estiment Démocrite et ippocrate. Enfin, si nousen croyons Épicute, elleest un élixir, un extrait ou abrégé de notre ame et de notre corps. D’autres philosophes, comme Aristote, se sont imaginés qu’elle étäit un excrément du dernier aliment, En effet, ce n’ést qu'un pur excrément avant ia conception et avant que l’in- {élligence y soit invroduite , ét l'on ne doit la regarder que comme le sang que l'on nous tire dans des palettes. Mais selon l'idée qu’en a Tertullien, elle.est un effet de nos désirs amoureux, et un flux de notre lasciveté bouillante,

&a substance doit être épaisse et gluante, si elle est selon les lois de là nature, afin de conéerver plus lorg-temps V'abondance des esprits ét de la chaleur naturellé dont elle est remplie. Elle est ainsi dans les hommes d’un âge médiocre , la chaleur dont ils abordent plus que les dutres, cuisänt cétte matière et la perfection-

nant pour la rendre féconde. Ce qu'elle a de prop, c’est que la chaleur l’épaissit , et que la froideur la fond et la noircit en même temps. En effet, l’air froid en dissipe les esprits et la rend un cadavre de semence, pour parler ainsi; au lieu que la chaleur en multiplie les parties subtiles, pourvu qu’elle soit dans un lieu où elle puisse conserver son tempérament.

Son odeur , que l’on peut appeler vireuse , est une marque de sa fécondité ; et tous les animaux qui sont en chaleur font exaler de leur corps une odeur si pénétrante, qu’à peine peuton demeurer auprès d'eux. Si on les tue en ce temps-là pour en manger la chair, leur odeur est si désagréable, que j’ai connu des personnes qui étaient obligées de vomir après en avoir goûté.

Si l’on considère exactement la semence de l’homme, on y trouvera deux sortes de substances, l’une épaisse et gluante, l’autre déliée et spiritueuse ; c’est dans cette dernière partie , ainsi que nous l’expliquerons ci-après , que réside le principe de mouvement, lequel principe est d’une natw: e proportionnée à ce qui brille dansles astres. -

Cette semence, ainsi composée , ne vient pas seulement des testicules (ab) et des petites vessies (k) qui la conservent , elle coule encore de tout le reste de notre corps, ainsi que l’assure Hippocrate , le plus ancien et le plus éclairé de nos médecins.

Car si elle ne venait point de toutes les parties de notre corps. nous ne nous apercevrions

pas d’un épuisement si subit et si universel lorsque nous embrassons une femme. Dans un moment , notre cœur et notre Cerveau ne s’épuiseraient pas d’esprits, tout notre corps ne tomberait pas dans un anéantissement que l’on ne saurait exprimer. e

D'ailleurs, nous ne tressaillirions pas de joie, si tout notre corps ne contribuait à cette épanchement , et la volupté ne serait pas si excessive, si elle ne dépendait de toutes nos parties.

Au reste, s’il est vrai que les esprits de la semence soient faits de la partie la plus subtile du suc nerveux , et que ce suc soit fait du sang de nos artères et de nos veines, je ne vois pas pourquoi on refuse à ces mêmes esprits le caractère des parties d’où ils sortent : car si les urines nous marquent les différentes dispositions des parties par où elles passent, la semence coulant des parties de tout l’homme, portera aussi sans doute avec elle les idées de tout notre. corps.

En effet, quelle raison pourrions-nous ap porter de la ressemblance des enfans à leur

‘père ou à leur mère, si nous n’étions persuadés de cette vérité? Et comment pourrions-nous nous imaginer qu’une femme naturellement boiteuse fit un enfant boiteux comme elle du même côté, et qu’elle en engendrât d'autres avec de. pareils défauts qu’elle a apportés du ventre de sa mère ?

Si l’on veut en attribuer la cause à la force de l’imagination, je n’ai qu’à rapporter ici l’histoire que nous fait Gassendi, d’une petite chienne

L2 qui, étant boiteuse, fit des chiens boiteux, pour

faire voir em passant que l'imagination n’a point de part: dans ces sortes de réssemblances , puisqu’une chienne a l'imagination fort faible, ou h’en 4 point dù tout:

ARTICLE IL

Exatte description des parties naturelles et in ternes de la femme.

Avant que de parler de la semence de la femie, ét de la manière dont un enfant est formé däns $es entrailles, j'ai jugé à propos de faire üne description exacte de ses parties naturelles, et dé joindre les observations que j'en ai faites à, éé que j'en ai dit en général dans la première partié de ce livre. |

Ce qui nous empêche ordinairement d’examinér lés chosés avec diligence, c'est la pénsée où nous sommes que les anciens n'ont rien ignoré, etqu’il ne reste plus rien à savoir. Dans cette pensée , l'esprit le plus prompt el le plus pénétrant se ralentit et s'émousse; el parce que nous haïssons naturellement le travail, nous ous conténtons d'apprendre sans peine ce qu’on nous dit, Mais il me semble qu’il n’y à point d’art qui ne se perfectionne par les expé-, tiences qué l’on y peut faire. On y doit toujours consulter les sens, afin de nous désabuser par-là des faux sentiinens que l’on nous aurait pu donner. TEA:

£a matrieé est une partie principal de la

fémme , puisqu'elle lui cahsetant de maux, par ses désordres , et qu'elle lui porte tant de bien “parsa boñue disposition: Cars si lon fait réfléxion aux maladies qué souffrent les fermes par l’incommodiié dela matrice, nous demeurerons d'accord que toutes celles qui les affligent viennent plutôt de cette partie que dès autres, où du moins qu’elles ne se foht jamais sentir sans di’élle én soit en quelque façon la cause. Lé corps n’est pas seulement incomimodé, l'ame s'én ressénit encore, et la maladie fait d'aussi funestes fipressions sur l’une que sur l’autre partié. Au contraire, quand la matrice est en Bon état, on he sautait dire quels avantages elle appotte à une femme, La couiéer de son visage est vivé, ses ÿeux sont brillans et pleins de feu, sä voix ést agréable ét Charmante, son‘liscours ést engagéant ; én un mot, l'ampur lui inspire dés séntiens dé douceur et de #omplaisance.

J'ai dit ailleurs que la maticé n'était pas ‘dans lé même état entoutes les femmes. Elle ne gardé ni sa substance, nisa situation, nisa grandeur, ni sa figure ordinaice, quand une femme est grossé, Sa couleur, 4ûn épaisseur et sa superficie interné sont encore alors tout autres: et si l’on Yeut se donnér ia peine de-la disséquer én ce térmps-là, à peiae la pourraitoh aisément diviser en cinq ou six membrañes quand elle est vide, — 7 Les tésticules ne sont ordinat ement éloignés de la matrice qué de deux travers de doigts dans les femmes qui ne sont pas enceintes; mais , dans les autres, ils touchent tout-à-fait la ma-

ag

TA

trice (a), et ils sont beaucoup plus longs, plus plats et plus pleins de semence dans celles-ci que dans les premières. Plus les femmes approchent du temps de leur accouchement , plus elles perdent, aussi bien que la matrice, leur situation et leur figure naturelles. La matière blanche dont ils sont abondamment remplis, à du rapport au blanc d’un œuf de poule, ainsi que Besterus témoigne l’avoir souvent trouvé , el que j'en suis moi-même le témoin ; car, étant à Padoue, et disséquant, avec le sieur Sinibaud, une fille de vingt ans qui s’était précipitée dans un puits , à cause de sa grossesse , je trouvai les testicules si pleins de semence, qu’au premier coup de scalpel la matière renfermée rejaillit aussitôt contre mon visage ; et, m'en étant par hasard tombé sur les lèvres, j'en goûtai assez pour latrouver fade, dégoûtante et un peu âpre.

Quatre vaisseaux viennent à droite et à gauche des lieux que nous avons marqués ailleurs (b) ; ils sont entortillés les uns dans les

autres , et liés ensemble par la production du

péritoine, qui les renferme en forme d’étui, et, descerdant ainsi vers la matrice, ils se partagent en deux branches, dont l’une, quiest la plus

grosse, est distribuée à la matrice (c), et l’au-

tre aux testicules (d). La première est souvent divisée en trois rameaux dont le premier et le plus gros est distribué dans le ford de la matrice (e), pour y causer Les règles dans les femmes qui ne sont pas enceintes, ce que l'expérience nous a montré dans des matrices renversées ; OU pour y porter dans les derniers mois de la gros

sesse. Le second { f) est plus petit, et ne sert qu'à arroser et nourrir la matrice. Enfin, le troisième(g) est assez gros; il rampe le long des membrones de la matrice, et va se terminer par des conduits capillaires, vers son col, où il se mêle avec les vaisseaux hypogastriques et iliaques (h); c’est ce vaisseau qui fait les règles dans les fermes grosses , et qui les décharge de l'abondance de leurs humeurs.

Il n’y a point dé parties dans le corps de la femme où les anastomoses (i) et les communications des vaisseaux paraissent plus évidemment que dans la matrice ; car on n’a qu’à soufller d’un côté, tous les vaisseaux s’enflent de l’autre, et se remplissent de vent ; si bien qu'après cela on ne peut douter du mélange des humeurs dans cette partie.

Presque tous les anatomistes appellent les vaisseaux dont nous venons de parler, des vaisseaux spermatiques(o), ou parce qu’ils se sont imaginés qu’ils préparaient la semence , ou que la semence des femmes n’était pas différente de leurs règles ; mais pour moi qui les ai toujours trouvés pleins de sang, je les nommerai les vaisseaux sanguins de la matrice. |

L'autre branche qui est distribuée aux testicules (k), est divisée en deux rameaux , ainsi que je l’ai observé par un microscope. L’un entre dans l’une des extrémités du testicule({) avec un tel artifice, que l’artère et le nerf (m) se disivent en mille petits conduits, et filtrent leur humeur dans sa cavité. L'autre, se perdant dans le ligament large (#), qui lui sert d'appui, porte sans

doute & 14 tuba (x) dés humeurs proprés à faire et entretenir les boules où se forment les enfans.

Ce que jai observé de particulier, c’est qué lés Vaisséaux spermatiques (4) qui coulent en aboñdänce dans le ligament large (f), entré le tésticulé (0) et la tuba (p), ét que l’on peut fomméer vaisseaux nerveux, parce qu’on ne les aperçoit presqué point (#), ont un, deux où trois troncs que j'ai aperçus, dans quelques femmes, toucher les cornes dé la ratrice, commmé $i l'humeur, vénant dés tésticules par dés vaisséaux capillaires, était portée par plusieurs troncs pour être communiquée aux COrnés de la matrice.

Les cofnés de la matrice, qué l’ôn appelle Ja tuba (p) où là tromj'e de Fallopé, 6nt du rapport aux vésicules séminaires des hommes; car élles conservent là semence dés femmes. Ces cornes sortent de éhaque côté de à iatrice, vers son fond /q); elles sont de la longueur dè sept pouces ou eliviron, et de la grosseur à peu près d’un pouce dans lés femmes grosses ; mais, dans les jeunes filles ou dans les vieilles femmes, elles sont fort petites et ne ressemblent qu’à un ligament. Du côté dé la matrice elles sont grêles, dures ét blanches (q) ; ét puis devenant plus rouges et plus larges à mesuré qu’elles s’en éloignent, élles forment à l'autre éktrémité ce que nous appelons là frenge dé la trompe (r). Ces coñduits, qué j'ai trouvés s’avancer dans le ventré , dü-dessous des testicules, sont plus pressés én quelques lieux qu'en d’autres : si bieh que éhécunié formée trois ou quatre petites cellules

qui pourraient être la cause de plusieurs enfans qu’une femme peut faire en une seule fois.

La frange (r) est faite de petites fibres entrelacées les unes dans les autres et embarrassées d'une humeur gluante, principalement quand” une femme est grosse. Ces fibres, qui ressemblent à de petits nerfs, empêchent sans doute que la semence ne sorte plus souvent qu’elle ne fait par l'ouverture de la frange, ou plutôt elles y préparent l'air lorsque l'enfant commence à ÿ être formé} quoiqu'il ne respire pas ; toui de même que laiuette et lépiglotie le préparent pour le poumon. Car cet élément est un Corps

qui pénètre tout, et qui même se fait passage dans les matières les plus pressantes et les plus solides. Cest peut-être pour cela que l'on à nommé ces tuyaux ia soupape où le soupirail de La matrice. |

Une femme n’a pas plutôt conçn que l'on observe en ce temps-là plus qu’en tout autre, une élévation à l'ouverture de ses vaisseaux dans la matrice; et j'y ai souvent rencontré comme une petite peau charnue, que l’on pourrait appeler walvule (1), qui défeudait l'entrée, et permettait la sortie aux humeurs qui se rencontraient-dans les cornes de la matrice.

Ces cornes (p), que l’on peut nommer vaisseaux ou conduits éjaculatoires, sont remplies d’uae matière qui ressemble à du petit-lait un peu épais; elle se trouve souvent en si grande abondance dans les femmes qui aiment éperdument , qu’elle sort des deux côtés quand elle est agitée; c'est-à-dire, par la frange, pour causer

les accidens qui arrivent aux femmes incommo : dées de vapeurs, et par l'ouverture de la matrice, pour faire les pollutions que souffrent souvent les plus amoureuses.

J'ai souvent observé dans les chiennes pleipes ce que Harvée à remarqué dans les biches, que les cornes de la matrice avaient un mou- - vément semblable à peu près à celui de nos boyaux, et je ne doute point que celles des femmes n’en aient aussi pour se décharger de l'enfant qui commence à se former , et pour se défendre encore d’une abondance de semence corrompue : si bien que, pour les affermir contre la violence des mouvemens qu’elles sont contraintes de faire quelquefois , la nature les a fortifiées par un fort ligament qui va d’un bout à l’autre; car ce Sont ces cornes, avec les testicules, et non le corps de la matrice, que l'on sent souvent avec tant de violence dans quelques femmes hystériques.

ARTICLE II

De la Semence de la femme.

Gr Aristote et ses sectateurs ne s'étaient pas acquis pendant plusieurs siècles une grande réputation, je me persuade qu’il me serait aisé présente.nent de prouver que les femmes ont de la semence qui contribue en partie à la généra= tion; car il n’y aurait qu'à examiner sans préoccupation l’action et l'usage des parties que je

wiens de décrire, pour être convaincil qué le

\ = NX #

sentiment où je suis est le plus vraisemblable ; mais, avant que de l’établir dans toute sa force, voyons en peu de mots si les raisons des adversaires ont quelque solidité.

4. Si les femmes, disent-ils, avaient de la semence , elles n'auraient point de règles, puisque l’une et l’autre matière peut suffire à former un enfant; mais parce que nous sommes assurés, ajoutent-ils, qu’elles ont des règles , et qu’elles n'engendrent jamais sans en avoir, on doit conclure qu’elles n’ont point de semence.

2. D'ailleurs, si les femmes avaient de la semence, il s’ensuivrait qu’elles auraient un principe d'action par lequel un enfant pourrait se former dans leurs entrailles sans la participation d’un homme, leur semence agissant sur les règles ; mais parce que nous n'avons point d'exemple de cela, on doit aussi avouer qu’elles n’ont point de semence.

5. Au reste, il n’y aurait jamais de conception sans volupté, si les femmes avaient de la semence; mais parce que, disent-ils, nous sommes certains par l’aveu même des femmes, qu’elles sont quelquefois devenues grosses sans avoir été touchées du moindre contentement, nous devons croire qu’elles n’ont point de semence; car, si. elles en avaient, elles seraient alors, sans doute, averties de son écoulement par quelques petites voluptés.

. 4. Ils disent encore que si les femmes ont

de la semence, au moins n’est-elle pas féconde,

ei ne peut servir en aucune manière à la géné-

ration, que ce n’est qu'une humidité superflue, pe, 0

#0 pour arroser leurs parties naturelles, et pour les irriter quand il faut se joindre amoureusement; et que, comme les eunuques ont une espèce de semence qui n'a aucune vertu, les femmes ont aussi une matière qui n’a point de force à former un enfant. |

5. Les femmes sont semblables aux enfans et aux eunuques dans la voix, dans le poil, dans l’habitude du corps et dans la passion de l’ame : elles n’ont donc pas plus de semence qu'eux.

Mais, 4. l’expérience nous fait voir qu’il en est tout autremeat, et la raison n’y est pas con traire; car la semence des femmes est bien différente de leurs règles : l’une est planche, et les ‘autres sont rouges. Celle-là sort en petite quantité, et ne s'écoule point ordinairement säns quelque plaisir ; et celles-ci s’épanchent le plus souvent en abondance ; et bien loin de les rendre joyeuses , elles en deviennent tristes et abattues. Après tout, la forte imagination peui souvent contribuer à l’écoulement de la semence; mais, quelque vive que soit cette faculté de lame, elle ne saurait ayancer ni retarder les règles d’un seul jour; et ainsi ies femmes ont de la semence et des règles tout ensemble, puisqu’elles ont diverses passions qui en sont des marques évidentes; la première matière seryant à engendrer, et la seconde à nourrir en partie les enfans qu’elles font.

2. Le raisonnement de ces philosophes sur la formation de l’homme est si éloigné de la vérité, que je ne m'étonne pas si leurs raisons sont si

faibles. Is se persuadent que le sang des règles sert d'abord à nous former, et l'expérience nous fait voir tout lé contraire; savoir, que nous sommes plusieurs mois dans le sein de nos mères sans en avoir bésoin. Sur ce faux principe, ils établissént dés raisonnernens qui se détruisent d’eux-mémés ; cär la semence ne pouvant rien fairé elle seule, et n'étant qu’uné cause partielle , il est impossiblé qu’elle soit la cause totale et active de la génération.

3. J'avoue que le plaisir m’accompagne pas toujours la conception, et je ne saurais croire que ce soit le seul écoulement de la semence des femmes qui leur cause des contentemens.

Le chatouillement qu’elles ressentent des parties de l’homme, et de la forte imagination qu’elles ont dans le combat amouréux ; en sont la principale cause : Si bien que je ne m’étonne pas s’il ÿ en à eu quelques unes qui, n’ayant pas la liberté de l’imagination et du chatouillement, ont engendré sans plaisir.

4. Après tout , si les femmes n’ont pas de sémence propre à engendrer, comment les énfans réssemblent-ils si parfaitement à leur mère dans les qualités du corps, dans les passions de

’2me et dans les maladies auxquelles elles sont sujettes ? Et que dira-t-on du mélange de. différentes bêtes, comme d’un cheval et d’uné ânesse qui font un mulet, gi la femelle, par sa semence, ne contribue en rien à la génération ? |

Mais pour prouver encore davantage ce que nous devons diré, on m’avouérä que [à ma-

ture ne fait rien en vain, ét qu'il né fallait pas

un si grand appareil de vaisseaux spermatiques , de testicules , de cornes , etc. , sitoutes ces parties n'étaient faites que pour humecter la matrice. Elles ont assurément un autre oflice que celui que les péripatéticiens leur donnent ; elles servent à faire de la semence pour former les hommes ; et quoique la semence des femmes ne soit pas si cuite que celle des hommes , elle ne laisse pourtant pas d’être de la semence, comme du sang est du sang, bien qu'il soit moins digéré que le nôtre.

Onsait à quelles maladies quelques femmes sont sujettes quand elles demeurent vierges ‘ou veuves, ou quand elles ne sont pas assez Caressées de leurs maris ; et l’on sait aussi quel remèdeest le plus prompt et le plus eflicace pour les guérir. Si la semence qui est retenue dans les cornes de la matrice est employée à former un enfant , toutes les fâcheuses incommodités dont elles étaient auparavant tourmentées , Céssent dans un moment, et la cause maternelle de leurs maux servant à d’autres meilleurs usages, elles jouissent ensuite d’une parfaite santé.

Mais encore, si j’osais faire comparaison entre les oiseaux femelles et les femmes , je pourrais dire que , puisqu'ils ont de la semence qui contribue à former ieurs petits, les femmes en ont aussi qui sert à la génération; car quel usage auraient les testicules des femmes qui la fabriquent? Et l'expérience ne nous fait-elle pas connaître que les bêtes femelles châtrées ne souffrent pas l'approche de leurs mâles ? Nous remarquons deux sortes de substances dans un

œuf de poule: le poulet se forme du blanc, qui est la semence de la poule, et s’en nourrit dans les premiers jours de sa formation , et dans les derniers il se nourrit du jaune, qui vient du plus pur sang de la poule; si bien que le blazc de l'œuf ayant du rapport àlasemence de la femme, on peut dire que la génération se fait dans la femme comme dans les œufs, et qu’elle coatribue à la formation d’un enfant en donnant de la semence de son côté, aussi bien que les femelles des oiseaux. Que dira-t-on des poules châtrées , à qui on a arraché l'ovaire, comme le récepiacle de leur semence, pour les rendre stériles , grosses et tendres ?

Enfin, s’il m’est permis de me servir de l'Écriture sainte dans cette occasion , je pourrai conclure que la femme a de la semence qui contribue à la génération , puisque Dieu , menaçant les hommes , leur dit, par la bouche de Moise, qu’il mettra une haine irréconciliable entre la semence de la femme et la semence du serpeni, en parlant de la postérité de l’un et de l’autre.

ARTICLE 1Y

De l’ame de l’homme.

Nous sommes persuadés de l'existence de beaucoup de choses, bien que nous n’en cannaissions point les qualités. Nous demeurons tous d’accord que nous avons une ame , sous l'empire de laquelle nous vivons; mais nous gnorons ce que c’est que cette ame qui nous

fait agir , et qui. nous en empêche quand il lui plaît. Nous ignorons encore quel est en nous le lieu de sa résidencé. Cette ame, qui connaît tout,

ne se connaît pas elle-même: elle est comme un œil qui découvre tous les objets, mais qui ne se voit point, et qui ne sait Ge RARE parties il est composé,

Cette difficulté que nous avons à comprendre la nature de. l'ame, est une preuve évidente qu’elle est faite à l’image d’un Dieu quine peut être compris lui-même. Cependant , si nous pouvons espérer d’en avoir quelques connaissances, il ne faut point nous donner la peine d'interroger les philosophes suür cette matière : ils en ont trop dit pour dire vrai. Leur inclination naturelle et les diverses passions de leur ame les ont fait souvent tomber dans l’erreur, parce que ces deux choses ne les ont pas tant portés à examiner notre ame avec soin , La ’à en juger avec préoccupation.

Car + ARLES qu’ils ont eue pour la grandeur, l'élévation et l’indépendance , les a engagés a dans une fausse érudition , où ils ont vu des choses vaines el iautiles, qui ont-flatté leur orgueil secret, en les faisant admirer de tout le monde. Des passions les ont fait sortir hors d'eux-mêmes pour leur représenter les choses , non pas selon qu’elles étaient en elles-mêmes, pour en former des jugemens de vérité, mais selon le rapport qu’elles avaient . avêc eux, pour flatter leur inclination et celle de ceux à qui ils étaient unis ou par mature ou par volonté; car l'union paturelle que l’on a

avec ceux qui sont autour de sous par la res. semblance du tempérament , dé la profession et de la fausse religion où Pon a été élevé, est souvent la cause de beaucoup d’erreurs où l’on tombe tous les jours. «

” Nous les communiquons ensuite à d’autres, parce qu’on nous lés a communiquées , et que nons en $otnmés pérsuädés , parce que nous n2 les avons pas considéréés avéc assez d’attention, et que nous n’avons pas été asses désintéressés pour en bien juger. L'amour des choses nou-

“velles et extraordinaires noùs préoccupe $ou-

vent én faveur dé cé qué nous prenons pour dés vérités cachées: et j'avoue sincèrement qué tout ce qui porte le caractère de l'infini, comme l’'amé, est capable de troublér l’imagination et de nous séduire, à moins que d’avoir des principes infaillibles qui nous puissént conduire dans toutes les difficultés qui se présentent sur cette matière.

Car quelle apparence de jüger lequel des sentimens est lé plus vétitablé touchant la nature et l’origine de lame, dans les livres de ceux qui en ont écrit ? Mais, sans m’arrêter ici aux philosophes païens, je dirai quë plusiéurs chrétiens ont cru que l’ame dé l’hônifne élait une substance corporelle, et par conséquent périssable , faite d’air où de feu , ainéi que l’a décidé quelque concile contre les païens, qui la croyaient incorporelle, et par conséquent immortelle,

| comme ont été Démocrite, les Épicuriens, etles Stoïciens. |

D’autres chrétiens ônt soutenu lé contraire ,

et ont dit, avec les derniers conciles ; qu’elle était incorporelle , et par, conséquent exemple de tous les accidens qui arrivent au corps.

Quelques uns ont enseigné que, selon le langage de l’Écriture , elle était le sang de nos veines, puisque l’ame nous quittait quand nous en perdions beaucoup. D'autres, comme les Manichéens, ont dit qu’elle était une, portion de la lumière céleste; et les Sociniens de notre temps ont publié qu’elle était un vent délié et subtil. . |

Enfin, il y a tant d'opinions sur la nature de l'ame dans les livres des chrétiens et des païens, qu’il n’y a que Dieu seul qui sache laquelle est la plus véritable, et c'est même une grandé question de savoir celle qui a le plus de vraisemblance.

Cependant nous nous flattons de savoir que l'ame est ce qui nous fait vivre, sentir, mouvoir et comprendre, qu’elle est une substance qui en occupe une antre dans toutes ses parties, et qu’elle n’occupe paint de lieu comme un corps, puisqu'elle est indivisible, selon le sentiment même de quelques philosophes paiens; mais qu’elle a seulement une étendue de vie, pour me servir de l'expression de saint Augustin; qu’elle n’est jamais dans le repos, et que le mouvement lui est quelque chose de si naturel , qu’il en est inséparable; si bien qu'il ne faut pas s'étonner si elle est incessamment dans l'agitation, puisqu’elle prend son origine dans l’esprit céleste qui Ja créée, et qui est d’une nature à ne demeurer . famais dans l’oisiveté. Enfin, comme les plaisirs

au mariage sont si excessifs, et qu'ils touchent si vivement notre corps et notre ame, il faut que ce soit quelque chose d’immatériel qui sème tant de plaisirs en nous.

Son origine est aussi contestée que sa natnre. Les uns ont cru qu’elle sortait de Dieu, qu’elle était une partie de sa substance, et une étincelle de sa-divinité; les autres, qu’elle était une partie du soleil et de l’ame du monde, laquelle étant partagée entre toutes les choses animées, ceux des hommes qui en avaient le plus étaient aussi les plus spirituels. Il y en a quise sont imaginés que toutes les ames avaient été conservées au ciel, pour être ensuite dis‘ribuées aux corps qui en ont le plus besoin; d’autres qu’elles étaient créées et placées dans le corps d’un enfant au moment que la conception se faisait, ou après que l’embryon avait touies les parties accomplies et disposées à la recevoir ; d’autres, qu'elle venait de l’ame de nos pères, par le moyen de la semence. Enfin, il y à sur cette matière des pensées si ridicules, que je perdrais le temps, si je les voulais toutes rapporter ici.

Pour moi, après avoir examiné tout ce que l’on peut dire de la nature et de l’origine de l'ame, je prends Dieu à témoin, pour me servir de l'expression de saint Jérôme, que je ne vois rien qui puisse me satisfaire sur cela. En effet, c'est une partie de la sagesse humaine que d’avouer sincèrement qu’il v a quelque chose que hous ne savons pas. | . Mais, quoi qu’il en soit, s’il faut considérer homme tel qu’il est, nous le devons considérer

Le composé de quattesortes de substancesdifférentes. L’entendement où l'intelligence, si l'on veut, en est commé le maître, étant une partie indé“ pendante et immatérielle. C'est lui qui nous vient de dehors, et qui n'est pas, comme les auttes parties, attaché à la matière. Il est envoyé dans le corps de l'enfant qui commence à se former dans les flancs de sa mère, comme un ange où un premier moteur qui va bâtir un domicile pour sa démeure, selon le sentiment de - értüllien, et qui rendra compte un jour de ses bonnes ou dé ses mauvaises actions. E :

Le corps est comme l’esclave; il souffre toutes les incommodités auxquellés nous sommes sujets, ét obéit, en qualité d’inférieur, aux lois que lui impose celte partie supérieure de nous-mêmes: L’entendemént et le corps de l’homme sont deux substances si éloignées l’uné de l’autre; qu’il est impossible qu'elles se puissent joindre sans un lién qui les assemblé. 11 a donc fallu quelque chose qui participât en quelque façon des deux extrémités, pour les lier l’une à l'au= tre : l’ame et les esprits Sont ce merveilleux lien qui joint l’énténdement au corps de l’homme.

L’arne est une substance pure, et comme uh élixir de tous nos esprits. Lès esprits sont engendrés de la plës pure portion de notre sang; ils sont très-purs, très-clairs, et avec cela trèsprompts à sé mouvoir aux moindrés ordres de notre entendement. Le cœur est la partie qui en fabrique la matière, le cerveau la perfectionné, et les nerfs conservent les esprits, êt les portent enfin par tout notre Corps. à

si 59

Puisque l’ame et les esprits lient l’entendement avec le corps, l’ame sert aussi de lien pour unir l’entendement aux esprits, et les esprits unissent l’ame et 1e corps si bien , que, selon ce sentiment, l’ame approche davantage de ja substance de l’entendement, s’il m'est permis de parler de la sorte, et les esprits de la substance du corps.

Ainsi, l’entendement et l’ame sont quelque chose de fort différent dans l’homme; aussi remarquons-nous que tous les peuples on! divers termes pour ies désigner quand ils en parlent à dessein. En effet, il semble que ce qui nous fait vivre soit autre chose que ce qui nous fait penser, selon la réflexion de Lactance; car l’ame est assoupie dans ceux qui dorment, lorsque l’entendement se fait connaître par %es. fonctions ; au lieu que dans les fous l'entendement est comme éteint, lorsque l’ame ne laisse pas de bien agir. L’entendement et l'ame sont donc différens l’un de l’autre, s’il faut le dire une seconde fois, puisque le premier vient de Dieu, et que l’ autre est coramuniqué par Ie moyen. de la semence de nos pères.

Peut-être que le sentiment dans lequel nous sommes , que la semence est animée, pourrait paraître étrange, si nous n’appartious de bonnes raisons pour en faire valoir la vérité.

S'il est vrai que les esprits sont des parties qui rous composent, comme l'enseigne Hippocrate, et que nos parties soient animées , selon le sentiment de tout le monde, il n’y a pas, ce me semble , lieu de douter que la semence ne soit

animée, puisqu'elle n’est presque toute qu'espfit.

D'ailleurs, si la semence dés vlantes a un principe de mouvement qui les fait germer, qui est-ce qui niera que la semence de l'homme n’en a pes un qui l’anime, et qui la fait agir ? On. l’appellera, si l’on veut, selon le sentiment d’Aristote, une partie de l'animal, puisqu'elle est la principale cause de son mouvement, et c'est là ce qui.est le propre de l’ame.

D'autre part, nous nous apercevons dans les plaisirs que nous prenons avec les femmes, qu’il sort quelque chose de notre ame, qui nous fait tressaillir de joie; puis nous demeurons languissans et abattus, nos yeux s’affaiblissent, et nous sentons que notre ame pâtit : ce qui nous fait croire que l’ame renfermée dans la semence est une distillation de notre ame, comme la matière de cette même semence est un extraitet un élixir de notre corps.

Car, qui pourrait s’imaginer que la natuïé pût passer d’un lieu à un autre par un milieu qui ne participât point des deux extrémités , el que le père étant animé aussi bien que le fils, pôût produire ce même fils sans que la semence du premier, qui a servi de milieu à ces deux personnes , fût elle-même animée ?

Au reste, d’où vient l'amour déréglé d’un jeune homme, qui ressemble si fort à son père dans cette passion de l’ame ? D'où lui vient encore cette ambition extraordinaire, qui est si naturelle à sa mère, si ces deux passions qui le dominent ne coulent de lame de l’un et dé l'autre ?

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En effet, l'expérience nous apprend que les bêtes même de différentes espèces en produisent une troisième qui a un instinct mêlé, et que, s’il y a dela variété dans son corps, il n’y en à pas moins dans son ame, par le mélange des deux matières et des deux. ames de la semence de ces animaux.

Nous savons encore, par la même expérience, que tout ce qui est au monde produit son semblable ; et je ne vois pas pourquoi, entre toutes les choses animées, les hommes seraient privés de cet avantage.

En un mot, si nous voulions suivre la pensée de Sénèque, « la semence a une ame qui est le principe de l’homme à venir; elle en conserve toute l’idée dans sa matière; elle y cache déjà de la barbe et des cheveux blancs; enfin, l’enfant qui n’est pas encore formé, est néanmoins enseveli tout entier dans la semence.

Les traits de son corps y sont déjà marqués, et l’on peut dire que cette semence contient. tout ensemble un enfant, un homme et un vieillard. »

C’est sur cela qu'Ovide reprochait à Ponticus sa mauvaise coutume de perdre un homme avec ses doigts. En effet, il n’est pas permis, par la loi, de se polluer , Parce que, selon la pensée de Tertullien, c'est un homicide prématuré, que d’ empêcher ainsi un homme denaître : et les jurisconsultes veulent que l’on punisse de mort up homme, ou de grosse amende pécuniaire s’il fait faire de fausses couches à une femme, dans quelque temps que ce soit de sa grossesse.

Ill, 6

Nous pouvons donc conclure que la semence de l’homme et de la femme est animée, mais qu’ ‘elle est animée seulement en puissance, c’est-

à-dire, comme l'explique Pomponace, qu’il ne manque que les organes nécessaires pour produire ses actions. Mais, après que la semence des deux sexes est mélée l'une avec Pautre, les organes de ses mouvemens, qui étaient auparavant ensevelis dans sa matière, s’en dégageantenfin, se manifestent par leurs mouvemens sensibles : si bien que, après la conception, la semence cesse d’être ce qu'elle était auparavant , èt devient ce qu’elle n’était pas; c’està-dire, que l’ame de la semence nous donne alors : des marques de sa présence, au lieu qu'avant cela elle était comme Me dans l’embarras de la matière.

La semence est comme un architecte, pour me servir de la comparaison d’Aristote, qui conserve dans sa mémoire le dessin d’un édifice qu’il veut construire; et, lorsqu'il trouve loccasion de le faire, il en fait un matériel qui à toutes les mesures et les dimensions pareilles à à celui dont il s’était auparavant formé l’idée,

Tout ce que l’on pourrait dire contre ces principes, selon la pénsée de Senert, ne serait qu’une injure que nous ferions à Dieu par notre propre ignorance ; car si Dieu a commandé à la nature, qui n’est qu’un ordre secret de sa providence : par lequel toutes choses sont ce qu’élles sont, et font ce qu’elles doivent fäire; s’il lui 2, dis-je, commandé de: faire croître et multiplier toutes choses, en produisant on son semblable,

je ne sais pourquoi ce commandement ne tom berait que sur ce qui n'est pas raisonnable, …

ARTICLE V

Du sung des Règles.

La nature ne s’est pas contentée de faire nattre dans les hommes et dans les femmes de la matière propre à engendrer des enfans, elle a encore ordonné aux femmes de produire de quoi : les entretenir après les avoir conçus, et de quoi les nourrir quand ils sont nés. Le sang des règles qui coule si régulièrement tous les mois dans les femmes saines, et qui ne sont ni enceintes ni trop vieilles, est semblable au sang d'une victime que l’on vient d’égorger : aussi est-il une portion du sang de leurs artères. Il est vrai ‘ qu’elles se déchargent quelquefois par là de toutes les impuretés dont leur corps est rempli, et c’est alors ce qui fait paraître ce sang impur et corrompu. | 14e,

Bien que nous observions, quoique rarement, dans quelques arbres, des fruits sans fleurs, que quelques femmes soient devenues grosses sans avoir leurs règles, comme nous le marque Hippocrate de la femme de Gorgias; cependant les fleurs des femmes devancent presque toujours Ja conception, et sont le plus souvent un signé de fécondité. | |

Ce sang est pour l'ordinaire un sang superflu

par son abondance. La cause de ses épanchemèns périodiques semble être quelque chose. de fort caché, puisqu'il se trouve , dans les écrits

des médecins, tant de différentes opinions sur ce sujet. «ss

4. Les uns disent que l’oisiveté, la bonne chère, et le temperament froid et humide des femmes ne contribuent pas peu à les faire ce qu’elles sont, Elles ne dissipent pas tout le sang qu’elles engendrent : ce qui reste tous les jours de superflu, après qu’elles se sont nourries, faisant peu à peu une plénitude considérable dans la masse de leur sang, vient enfin à un tel degré d’abondance, qu’au bout d’un mois où environ , ia nature en étani comme accablée, les femmes s’en déchargent par les lieux destinés à cette évacuation.

2. Les autres croient que ce qui cause les fleurs aux femmes, n’est pas seulement l'abondance du sang, mais une qualité souvent manifeste, et quelquefois cachée : si bien que les règles des femmes, ajoutent-ils, étant âpres, pénétrantes, corrosives et malignes, il n’y a pas lieu de douter qu’elles re puissent ouvrir detemps en temps les vaisseaux de la matrice pour se faire passage, et pour délivrer ainsi les femmes des maux où elles tomberaient par la demeure de ce sang tout-à-fait ennemi de la nature : d’où vient ‘ qu’il y en a eu qui s’en sont déchargées par différentes parties de leur corps, la nature ne pouvant souffrir cet excrément parmi ses liqueurs les plus pures

il ne faut pas douter, ajoutent-ils, de la mauvaise qualité des règles, si l’on considère avec. ‘quels chagrins les femmes s’en déchargent, quelles faiblesses elles en ressentent, et quelle

mauvaise couleur elles ont. lorsqu'elles en sont incommodées. Et si l’on observe que les femmes qui sont en cet état font mourir par leur toucher une vigne qui pousse, qu’elles rendent un arbre stérile, qu’elles font aigrir le vin , et rouiller le fer et l'acier, qu'elles procurent de fausses couches à une femme grosse, qu’elles en rendent une autre stérile, qu’elles obscurcissent la glace et l'éclat d’un miroir ou d’un ivoire poli, qu’elles font enrager un chien, et rendent un homme fou , sil’un ou l’autre goûte de ce sang; enfin, qu’elles causent encore beaucoup d’autres acci- dens, on peut dire que la mauvaise qualité des règles est cause de leur écoulement périodiqne. ‘30, Les autres attribuent le flux des règles à des causes supérieures, et se persuadent que la lune est la maîtresse des mouvemens que nous observons; car ils ont remarqué que la met s’enflait davantage, que les os des animaux étaient plus pleins de moelle, que les arbres avaient plus de sève et que les femmes souffraient aussi plutôt l’épanchement de leurs humeurs au renouveau ou au plein, qu’en tout au: tre temps : si bien que, comme la lune a beaucoup d’empire sur les choses humides, les fem mes écant d’un tempérament froid et humide, propre, par conséquent, à souffrir les impressions de cet astre, iis ne doutent pas aussi qu'il ne leur fasse ressentir les effets de sa vertu.

4. Enfin, d’autres pensent qu’il ÿ a quelque chose de caché et d’inconnu dans la cause des règles, et que c’est plutôt la loi de la nature qu'aucune aulre Cause qui en a imposé aux fem-

E mes la nécessité et l'incommodité tout ensemble; car ils ont remarqué qu'il y a des femmes aussi : chaudes et sèches que des hommes; qu'il s’en trouve qui travaillent et qui ne font guère bonne chère, et qui, néanmoins, font toutes assez connaître qu elles sont fécondes. Le sang des règles n’est pas si mauvais que l’on sé le persuade, pourvu que les femmes soient saïînes, puisqu'il sert de nourriture à l'enfant qu elles portent daus leurs entrailles, et qu’elles le nourrissent ensuite du laïît de leurs mamelles.

La lune n’est pas toujours la maîtresse des règles ; ; elles coulent aussi bien au dernier quartier qu’au nouveau, 6u au plein: si bien qu’a- , près tout ils se sentent obligés de croire que . Dieu, ou plutôt la nature, par ses ordres qui nous sont inconnus, communique aux feinmes une nécessité secrète de se purger tous lés méis. Mais toutes ces opinions différentés ne satisfont pas ceux qui veulent pénétrer dans les secrets de la nature. Elles ont toutes des difficultés insurmontables , et, à dire le vrai, pas une ne me plaît. Il faut donc chercher quelque autre cause du mouvement des règles dans une tille de quinze ans, qui continue à se purger AE Ne pendant une partie de sa vie.

Si j'établis bien ce que je penss, que le flux des règles n’est causé que par une fermentation que fait la semente de cette filla sur toute fa masse de son sang, je me persuade d'avoir.

trouvé la plus véritable cause de ses Fret mens périodiques. |

Pour éclaircir cetie difficulté, or doit savoir

que le sang a une très-sranda disposition à se fermenter , tantôt suivant les ordres de la nature, tantôt centre ses légiuimes décrets. Nous l’éprouvons tous les jours de la première façon par le mouvement de notre cœur et le battement de nos artères ; et nous n'avons que trop d’expériences de la seconde, dans nos fièvres intermittentes cu continues. |

Le levain naturel du cœur et des autres viscères, selon Le sentiment de quelques uns, agite le sang continuellement par des ébullitions agréables; la pituite dépravée le fait tous fes jours d'une manière fâcheuse, la bile de deux jours l’un , la bile noire le troisième jour , et enfin la semence de la femme ne le fait fermenter qu’au bout de viugt-sept ou trente jours,

Ceite semence , ainsi que nous l’avons dit ailleurs , étant une saveur insipide et tant soit peu âpre, ce qui se connaît même par son odeur désagréable , fait, par toutes ces qualités, bouillonner le sang qui sort tous les inois de ses vaisseaux.

Examinons cette matière de plus près, et voyons cemment le semence d’une jeune fille peut se communiquer à toute la masse de son sang, pour le faire enfler et fermenter quand ses premières règles sont prêtes à paraître.

Nous savons, par la description exacte que nous avons faite des vaisseaux de la matrice, que ceux que nousavons nommés sanguins, 1lescepdant des parties supérieures, se divisent en deux rameaux ; que l’un de ces rameaux va aux testicules et à fa trompe, et l’autre à la matrice.

Le premier est composé, comme celui-ci, d’artère , de veine, de nerf, et de vaisseau lymphatique. l'artère et le nerf portent au testicule la matière à faire de la semence; la veine et Le vaisseau lymphatique rapportent en haut le résidu des liqueurs que le testicule et les trompesn’'ont pas trouvées propres pour nourrir leur substance, et pour servir à leur usage: si bien que cette matière infectée, pour ainsi dire, d’une vapeur subtile et séminaire du testicule et des trompes, remontant en haut, se mêle parmi le sang et dans la veine cave descendante, ou dans l’une des émulgentes, pour communiquer, d’un côté et d'autre, à toute la masse du sang les esprits et la matière vireuse qui a été puisée dans le tes- … ticule et dans les trompes.

C’est ce qui fait aussi la bonne grace des femmes et des filles, leur enjouement, leur vigueur et leur hardiesse; car, pour parler de cette sorte, les vapeurs sulfurées et spiritueuses de la semence, se mêlant parmi leur sang, leur servent comme de levain, qui d’un côté cause leurs règles, et d’un autre fait ce que nous trouvons d’agréable et d’engageant dans les femmes.

La matière qui revient des testicules et des trompes est ensuile portée dans tout le corps, par le mouvement du cœur et des artères. Elle arrose avec le sang toutes les parties, qui deviennent ensuite plus échauffées et plus pleines d’esprits : si bien que cette jeune fille, à l’âge de quinze ans, qui est le temps où ses testicules commencent à avoir de la force pour répandre

leurs vapeurs par tout son corps, devient plus active et. plus amoureuse qu’elle ne l'était auparavant. Elle se sent en état d'attendre un homme de pied ferme ; elle l’irait même attaquer amou reusement, si la pudeur et la bienséance ne l’en empêchaient. C'est alors que la nature, qui n’est jamais dans l’oisiveté, la dispose à la propagation du genre humain. Elle échauffe ses parties naturelles, et y conduit incessamment de la matière el des humeurs pour les faire servir à perpétuer son espèce.

Cette matière séminaire, qui se mêle ainsi tous les jours peu à peu parmi son sang, dispose cette dernière humeur à la fermentation : jusqu'à ce qu’une suffisante quantité de vapeurs spermatiques y étant mêlée, l’ébullition soit par- faite et accomplie, de sorie que le sang puisse sortir des vaisseaux que la-nature a préparés pour servir à cette évacuation, Le vin qui bout dans un tonneau fermé se fait passage à travers ses peuites fentes, et évacue une suffisante quantité de moût pour rendre le calme au reste.

Ainsi, ie sang qui bouillonne par le levain dont nous venons de parler, se fait des ouvertures par les extrémités des vaisseaux de la matrice; et après que, pour l'ordinaire, le plus mauvais s'est épanché, celui qui reste demeure en repos jusqu’à ce que, dans un mois ou environ, il y ait encore une nouvelle matière qui le trouble et qui le fasse sortir. Car, si nous faisions réflexion aux qualités de la semence de la femme, nous demeurerions d'accord que ce levaix n’a point de force peur causer de plusprompis mouvemens.

si dé sifg est dans un juste tempérament, comrhé il'arrive dans lés férimes qui se portent bien; la férinentation s’athève promptement , et l'évesuationt de leurs règles finit à peu près dans trois où quatre jours; maïs si lé sang est : plein d’excrémens, de crudité ou de pituite, qu’elle æpparence y â-t-il qu’il s’échauffe et qu’il se fermente si promptement? Sa fermenta= tion dure älors plusieurs jours , et son épanchement:rie £e fait qu’avéc douléur. Ce sang est comme du moûi qui a été depuis peu exprimé de quelques grappes de raisin. On a beau l’approcher du feu, il'ii8 s'enflamme point; et, S'il s’échauffe un peu, ce n’est qu'avec peine. Aü contraire, si le sang contient des matières bi- lieuses et soufréës, a fermentation S'en fera plus promptement, et li femme qui en sera incommodée ne maniqéera pas d’être attaquée de dou= leurs de tête, de flancs et de ses parties naturelles, qui seront quelquefois enflées par Jâpreté de l'humeur qui én sort, Ce sont des accidens qué causent les règles dans ue femme imalsaine; mais tout est pur dans uné femme pure, el ses fleurs, qui sont aussi vermeilles et aussi épurées que lesang qui lui resté dans les veines, ne lui apportent que de la joié et de l’allégresse,

4. Cetteopinion ne paraîtrait pas encoré assez bien écablie par iout ce qué nous venons dedire, si nous n’apportions des raisons pour la confirmer. Une des piineipales que l’on puisse allé- ‘guer, c’est que la plupart des femmes, dans le temps de leurs règles, sont sujettes à une espèce de fièvre, où du moins à une émotion uni-

verselle qui y a beaucoup de rapport ; ce qui montre qu’il se fait alors une fermentation dans toute la masse du sang. | |

2. D'autre part, s’il est vrai, comme je viens de dire, que le sang ne bouillonne dans les veines des femmes pour l'évacuation des règles, que par le moyen de la semence qui s'y mêle, il est absolument nécessaire qu’elles aient cette semence avant que de nous donner des marques de leur fécondité par l’épanchement de leurs règles. C’est la raison pour laquelle nous voyons quelquefois des femmes nous donner des fruits sans nous avoir fait paraître des fleurs, parce qu’elles n’ont pas assez de semence pour exciter leurs règles, el qu’elles en ont assez pou: faire un enfant. Témoin cette femme «le Montauban, dont parle Rondelet, qui accouchia douze fois; et cette autre femme de Toulouse, dont Joubert nous fait l’histoire, qui eut dix-huitenfans, sans que ni l’une ni l’autre eussent jamais su ce que c'était que les fleurs des femmes.

5. L'ailleurs, une fille de quinze ans se sent vigoureuse et entreprenante, de lâche et de timide qu'e’le était quelques années auparavant. La voix [ui grossit alors; ses yeux deviennent étincelans; la couleur de son visage est vive: son humeur est gaie. Elle fait gloire de montrer sa gorge qui s’enfle peu à peu, pour faire connaître qu’elle est en état d’être mise au rang des femmes. Son sein s'est déjà élevé jusqu’à la hauteur de deux travers de doigt, et son sang bouillonnant est prêt à sortir de ses vaisseaux. Elle donne même à sa mèrs des marques des

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feux secrets que la nature comrnence à allumer dans son sein : comme les pétites chaleurs et les légers einportemens lui sont alors fort naturels, ils doivent aussi faire connaître qu’elle a besoin d’être observée de fort près, pour ne pas manquer à la pudeur du sexe; et encore le plus souvent n’y réussit-on guère.

En vain de nos jeunes coquettes

On vous voit , mères inquiètes,

Conduire les yeux et les pas.

L'Amour a mille et mille appas,

Et, pour surprendre un cœur, sait des routes sccrètes Que vos soins ne connaissent pas.

En effet, c’est alors que la semence d’une fille, mêlée parmi son sang, ne le fait pas seulement fermenter, mais qu’elle élève sa gorge, qu’elle lui échauffe l'imagination, et lui inspire de l'amour, pour se perpétuer par le moyen de la génération. |

4. C’estassurément par le défaut de semence que Phœtuse perdit ses règles à la fleur de son âge. Elle devint si sèche, par la tristesse qu’elle conçut de l’absence de son mari, que sans doute ses testicules, écant alors privés de leur fonction ordinaire, et étant devenus étiques et desséchés, ne furent plus en état de fournir à la masse du sang'une matière pour la faire bouillonner Et, parce qu’elle n’était plus ferme par l’épanchement de ses règles, elle perdit aussi son tempérament, pour prendre celui d’un homme sans changer de sexe. On la vit toute velue, et son menton garni de poils, ainsi que le rapporte Ifippocrate.

En

TE 5. Enfin, s’il est vrai, ce que nous rapportent

quelques médecins, que les femmes à qui l’on a coupé la matrice et les testicules ont manqué

de règles, et qu’elles manquenc aussi des mou-

‘emens ou des efforts que la nature fait de temps en temps pour se décharger de son sang superflu, on doit croire qu’ayant perdu les principales parties qui contribuaient à faire fermenter le sang dans leurs veines, elles ont aussi été privées de ces épanchemens périodiques. Car l’expérience nous apprend que, si l’on arrache l'ovaire aux poules, elles ne font plus d'œufs ; et comme cette partie, dans l’oiseau, à du rapport aux testicules des femmes, on ne peul douter que, par la perte de ces dernières parties, œui contribuaient à faire ia semence, elles ne perdent pas aussi la puissance de se perpétuer, et en même temps le droit d’être réputées parmi les femmes, faute de l’écoulement périodique de leurs règles.

Il est donc certain que la portion la plus sub tile de la semence des femmes, ou, si l’on veut, des vapeurs séminaires, est la cause principale de leurs règles ; que le tempérament, l’abondance du sang, l’empire des astres, et les autres causes que Von apporte pour l'ordinaire sur cette matière, n’en sont que les causes secondes et éloignées, qui contribuent à faire les règles plus ou moins abondantes, et non à les faire

; paraître plus où moins souvent.

La quantité du sang des règles ne doit pas passer dix-huit ou vingt onces. Cette quamiité N'est pas toujours égale dans toutes les femmes;

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