‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 34 sur 68 · LS · texte numérisé non relu

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sible, les degrés dont la nature se sert pour nous former dans les entrailles de nos mères. |

Parce que j'aurai besvin, dans la suite de ce discours, du mot de conception, pour exprimer ma pensée sur le sujet.que je traite, j'ai peur que l'esprit du lecteur ne demeure souveni en suspens dans les diverses significations que je lui donne, à moins que d’en avertir auparavant. Quand je dis donc que la femme a conçu, et que sa conception est avantageuse, je prends alors ce terme dans une signification active ; mais lorsque je dis que notre conception S'accomplit dans les cornes de La matrice de La femme, et non dans sa matrice, ainsi qu’on se l’est persuadé jusqu'ici, ce mot a alors une signification tout opposée, et on le doit prendre passivement.

Premier degré de la formation de l’homme.

11] me semble qu’il n’y a rien de plus certain que de dire que la conception est un méange de la semence de l’homme et de la femme, et qu’il n’y a rien aussi de plus incertain ni de plus caché que le lieu où cette conception se fait.

On a cru jusqu'ici que la matrice était le lieu où nous commençons à être formés, parce que l'on a presque toujours trouvé des enfans dans sa cavité, et que l’on ne s’est pas imaginé que la conception se pût- faire ailleurs: car, bien que l’on ait vu des enfans dans les cornes de la matrice, on a cru cependant que ce n’était que centre les lois de la nature qu’ils se formaient

dans ces petits conduits, et l’on ne s’est pas persuadé que-c’était là que la Providence, par ses ordres secrets, avait déterminé de leur donner le commencement de la vie. J'avoue que le sentiment qui établit le lieu de la conception hors de la cavité de la matrice est plein de difficultés, et que l’on a besoin de raisons et d’ expérience pour en être convaincu. x 4. Puisqu’ après les embrassemens amoureux, on n’a jamais trouvé de semence dans la cavité de la matrice, au lieu que l’on en trouve toujours dans ses cornes, pourvu que la semence soit saine et féconde, on m'’avouera qu'il y a lieu de croire que nous sommes plutôt formés dans ces petits conduits que dans un autre lieu, puisqu’ily à de la matière pour la génération. En effet, toute l’exactitude que j’ai pu apporter, en disséquant beaucoup de chiennes qui s'étaient depuis peu accouplées, n’a servi qu’à me confirmer davantage dans l’opimion où je suis ; savoir, qu’il en arrivait de même dans les femmes, et que la conception se faisait plutôt dans les cornes, dans latrompe ou dans les vaisseaux éjaculatoires de la matrice, ainsi qu’on voudra les appeler, que dans la cavité de cette partie.

1 n’y a point de sang qui passe plus vite dans les artères, ni de chyle qui se distribue plus promptement dans les vaisseaux lactés, que la semence du mâle s’insinue dans la matrice des animaux; ce qui fait croire à Harvée, qui à éventré, pour cesujet, un nombre considérable de biches, que la conception se faisait d’une

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autre sorte qu’on ne se l'était imaginé jusqu'a lors. Il a cru, mais d’une manière particulière, que parce qu’il n’avait rien rencontré, ni de la semence du coq, ni de celle du cerf, dans les parties secrètes dela poule et dela biche > après s'être accouplées l’une et l’autre, il fallait que la semence du mâle, ou n'eût pas entré dans ces lieux, ou, si elle y était entrée, qu elle en fût sortie en y laissant son impression .ét son caractère. Sur cela il a formé ce sentiment, que la génération se faisait de la même sorte qu un homme pestiféré communique son mal à un autre, savoir, par le moyen de la: contagion ou de quelques esprits invisibles ; ou encorecomme un fer qui a touché; depuis peu, une pierre d’aimant, attire un auire fer par la vertu qui lui a été communiquée : si bien, ajoute-t-il, que la conception de l'enfant se fait ni plus ni moins que celle de nos pensées. Nos yeux voient . des objets: notre mémoire en conserve les idées, et notre ame en conserve les conséquences.

Tout de même on touche une femme pour la rendre féconde, et elle ne conçoit pas parce que la semence de l’homme: est présentée à sa matrice, mais parce qu’elle l’a touchée et lui . a communiqué sa vertu. Cest ainsi, dit-il, que le vingtième œuf d’une poule: est “fécond ; par l’impression que la semence du coq a fait sur le corps de la poule, qui n’en a res touchée qu’une seule fois,

Mais sans m’arrêter à cette opinion, qui me : paraît trop métaphysique dans les ouvrages de : : la nature, continuons à prouver que la véritable

union de la semence de l’hommeet de la femme, que nous appelons , conception, se fait d’une autre manière plus naturelle. |

2. Nous observons tous les jours que les fem-" mes sont plus amoureuses ayant ou après leurs règles qu’en tout autre temps; et la nature leur donnant alors beaucoup. plus d'envie de se joindre, elles sont aussi en ce temps-là . beaucoup plus sujettes à concevoir,

Si le fœtasse formait dans la cavité de la matrice, quelle apparence ! y a-t-il qu'il püt résister au flux des règles, qui doivent couler en abondance du fond de cette partie ? L'enfant à venir -en serait détruit, et la matrice étant tout humectée, ne saurait les retenir, ni l’empêcher den sortir. avec le sang; et ainsi il ne. se ferait point alors de conception au commencement des règles : : ce qui est contraire à l’expérience. Il en arriverait de même. sur la fin des fleurs;

car la matrice est encore alors trop humide pour pouvoir conserver le présent qu’on lui a fait ; elle le recevrait plutôt quinze. jours avant, parce qu ’étant plus sèche, elle serait plus disposée à presser la semence que ’on lui aurait donnée.

Mais parce. que l'expérience nous apprend que la conception qui se fait entre les règles, n'arrive pas si souvent que celle qui se fait immédiatemeni avant. ou après; je.suis obligé.de croire. que la conception se fait dans un autre lieu que dans la cavité de la matrice. Je n’en .Saurais trouver de plus propre à cetusage.quales cornes de cette partie , où souvent. Pon a trouvé

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des enfans formés : car au commencement el à la fin des règles, tous les vaisseaux de la matrice sont ouverts, ou pour se décharger de l’abondance de leurs humeurs , ou pour recevoir la semence qu’on leur présente. | C'est ainsi que le fœtus peut éviter les désor- : dres qui arrivent pour l'ordinaire au commencement de là grossesse : au lieu qu’il nesaurait s’en garantir, s’il commençait à se former dans la cavite de la matrice.

9. Les anciens ont su, aussi bien que nous, que al matrice des femmes n’avait qu’une seule cavité : il nous ont pourtant laissépar écrit que les femmes grosses sentaient plus de douleur et de mouvement d’un côté que de l’auire ; ce qui se trouve encore aujourd’hui conforme à l’expérience. Car les médecins , qui se sont appliqués à connaître les effets et les circonstances de la grossesse, ont appris que les femmes sentent pour l'ordinaire plus de mouvement d'un côté du ventre que de l’autre. L'enfant commençant avoir un peu d’agitation paf le mouvement de son cœur el de ses petites artères , irrite le vaisseau éjaculatoire qu’il habite, afin qu'il se dé- “fasse, en faveur de la matrice, de ce qu’ii con- ‘tient: et parce que ce vaisseau n’a pas assez “d'espace pour élever un enfant qui a besoin alors d'un lieu plus étendu et plus commode pour ‘ses nerfections, il s’en défait par son mouvement circulaire, etle jettedans la cavité de la matrice. 4. On a cru, jusqu’au temps de Fernel, que la pierre se formait dans la vessie, où elle se trouve presque toujours * mais depuis que l'on

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a été désabusé de cette opinion, l’on croit, selon les expériences que l’on en a, que les reins lui donnent les premiers commencemens : Car les douleurs qui précèdent la pierre de la vessie nous font bien croire que c’est dans les reins que la pierre a été d’abord formée. Tout de même, les petites douleurs, et les mouvemens délicats et presque imperceptibles dont s’aperçoivent, dans l’un ou dans l’autre de leurs côtés, les femmes enceintes les plus sensibles,

me font conjecturer que l’enfant commence à se former dans l’une ou dans l’autre des cornes de la matrice.

La substance de ces vaisseaux, leur figure, leur action et leur usage sont fort convenables à cet emploi. Ils sont d’un sentiment exquis, étant tous membraneux et charnus, pour s’élargir , et pour sentir les irritations du fœtus ; leur figure est propre à se décharger de ce qu’ils contiennent ; ils sont presque toujours pleins de semence, et ont un mouvement par lequel ils sé défendent de ce qui les presse et de ce qui les incommode. Nous n’avons que trop de preuves de leur mouvement dans les suffocations de matrice, et je puis assurer avoir vu plusieurs fois le mouvement de la matrice des chiennes que j'ai disséquées en vie, qui était à peu près semblable à celui de nos boyaux que nous appelons péristaltique,

Ce sont donc les petits mouvemens des cornes de la matrice, que les femmes grosses sentent d’un côté ou d’autre, qui nous font croire que l’enfant y reçoit les premiers traits.

Mais encore, comment est-ce que la conception sepourrait quelquefois faire après les grandes cicatrices que la matrice à reçues, si elle ne se faisait hors de sa cavité ? Car nous savons, selon même le rapport de Rousset et Bauhin, que quel-

ques femmes ont conçu après qu’on a ouvert la matrice, ou qu’elles y ont souffert de grands abcès. La matrice ne serait point alors en état de . faire ses actions : elle serait trop mal formée, et ses membranes , affaiblies et desséchées par des plaies, ne pourraient se comprimer et se resserrer pour la conception; au lieu que, recevant de ses cornes l'enfant qui a été formé, elle n’a ensuite qu’à le contenir et le conserver jusqu’à sa dernière perfection.

5. D'ailleurs, pour confirmer ma pensée je puis dire ce que expérience m’a appris sur cette matière. Je connais quelques femmes qui ont toujours accoutumé de se coucher sur le’ côté droit lorsqu’ elles dorment avec leurs maris, et c'est aussi dans cette posture qu’elles sont ca= ressées et qu’elles conçoivent presque toujours des garçons. On ne saurait. donner d’auire raison de ce qui arrive de la sorte, que celle qui favo- | rise mon sentiment. Car la semence de l’homme | étant reçue dans la matrice de la femme située dans la posture que nous avons marquée, ne peut tomber, par son propre poids, -que dans | la corne droite , où les garçons sont le: plus | souvent formés. C'est une remarque qu ’a faite Rhasis, aussi bien que moi, lorsqu'il dit :

« que Les femmes qui se couchent ordinairement » du-côté droit ne font presque jamais de filles. »

6. D'autre part, j'ai souvent observé, aussi bien que Fallope, que la chair de l’arrière-faix n'était jamais au milieu du fond de la matrice, mais vers l’un ou l’autre de ses côtés, parce qu'après un mois ou environ la boule où est renfermé l'enfant étant chassée du lieu où elle est, s'atiache à l'endroit de la matrice le plus pres de l'embouchure du vaisseau d’où elle . Sort; Ce qui n’arriverait pas de la sorte, si la conception se faisait dans la cavité de la matrice, comme on le peut voir dans les figures 40 et 14.

7. Au reste, Riolan, un des plus célèbres anaiomistes de notre siècle, autorise mon opinion, lorsqu'il dit avoir souvent trouvé des enfans, formés dans les cornes de la matrice. Et cei enfant mort qui était d’un pied de long, et qui sorlit du fond de la matrice de cette pauvre femme qu’Harvée voulait faire couper, ne sortit d'autre lieu que de l’un des vaisseaux éjaculatoires.

8. Je trouve, dans mes Mémoires, qu’il ya environ Viugt-trois ans, un vieux médecin 5 appelé Jeax Gritler, personnage très-savant et très-sincère, me raconta, à Paris, une histoire que M. Mercier, médecin de Bourges, qui vivait encore alors, lui avait faite de cette sorte; La femme de M. Agard, lieutenant criminel de celie ville-là, de la santé de laquelle ce dernier avait le soin, devint grosse, et se porta assez bien jusqu’au quatrième mois, après quoi elle souffrit des faiblesses et des douleurs extrêmes aux reins et dans le ventre, principalement du

ebté droit. Tout cela l'épuisa tellement, qu’elle mourut sans pouvoir sé délivrer. On l’ouvrit le 2 janvier 4744; on, trouva une fille longue de . sept pouces dans Ja corne droite de la matrice, la matrice étant alors dans sa figure et situation ordinaires : si bien qu'après cela on peut dire que Ja conception s’est faite ailleurs que dans la cavité de la matrice, et que le fœtus étant déjà assez grand , et ne pouvant, plus demeurer dans l’une de ses cornes , il faut qu’il en sorte pour $e perfectionner ailleurs, ou que la mère en meure.

9. Je pourrais encore rapporter ici l'autorité d’'Hippocrate, qui dit, en parlant de la superfétation des femmes, que « si le fœtus est descendu » dans la matrice lorsque la femme engendre ÿ uné seconde fois, ce second fœtus ne peut vi- » vre, et la femme en fait une fausse couche. » La raison en est évidente ; car, comme ce dernier fœtus ne se forme pas dans le lieu que la nature a destiné pour la conception des enfans, il ne peut aussi trouver de quoi ailleurs, et pour se former, et pour se nourrir, Aristote confirme cette opinion, et l'expérience l’autorise. Car nous voyons que les secondes conceptions qui se font dans les premiers mois de la grossesse, réussissent pour l'ordinaire; que a femme nourrit l’un et l’autre de ses enfans, et qu’elle les met au monde comme s'ils étaient conçus dans le même moment. Mais si la superfétation arrive quelques mois après les premiers fœtus, et après que les cornes de la matrice sont embarrassées et bouchées par des humeurs, ou par lenfant même qui occupe toute la cavilé, Ce qui arrive.

S5 h pourtant fort rarement, le second enfant ne peut vivre ; ce que l’histoire que rapporte Aristote sur ce sujet confirme clairement.

Après tout cela, l’on peut donc conclure que Ja conception se fait, selon les lois de la nature, dans les cornes de la matrice , et on dans sa cavité. Mais Kerkringe, Warton, de Graaf, et quelques autres médecins modernes, sont d'un autre sentiment, puisqu'ils ne peuvent croire que la conception se fasse, ni dans la cavité de la matrice (a), comme l’ont cru les anciens, ni ans ses cornes (b), comme je pense : mais ils -Putiennent qu’elle se fait dans les testicules des æmmes (c), lesquels sont pleins d'œufs (d) somme l’est l'ovaire des oiseaux : si bien que, renouvelant la pensée des poètes anciens, qui publiaient qu’Hélèné avait pris sa naissance d’un œuf, ils s’imaginent pouvoir établir et prouver celte opinion par des raisons et par des expériences suffisantes.

ils assurent donc que les testicules des femmes sont de véritables ovaires, où les hommes commencent à se former; que les vésicules dont es parties sont composées, sont pleines d’une iqueur semblable au blanc d'œuf, laquelle, se- »n le sentiment de tous les anatomistes »>-est.là emence de la femme; que cette semence étant rendue féconde par les parties délices et spiritucuses de la semence de l’homme, qui, étant dardée dans la matrice , se fait passage dans les {rompes pour entrer ensuite dans les testicules dela femme, communique sa vertu prolifique à l'œuf ou aux œufs qui sontle plus près des mem-

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