‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 47 sur 68 · IV, SN · texte numérisé non relu

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L’excès cause des crudités ; et l’on ne voît guère d’hommes ni de femmes déréglés à table , qui engendrent des garçons. Leur semence n’a presque point de chaleur ni d’esprits; et, parce qu’elle est indigeste et imparfaite , elle n’est propre qu’à former une fille.

Quatrième régle. Si le manger et ie boire éteignent notre chaleur naturelle qaand nous en usons avec excès, l’action déréglée de l'amour nous épuise et nous rafraichit de telle sorte, qu’après nos embrassemens réitérés nous n’engendrons que des filles. L’expérience nous fait voir dans les jeunes gens qui, dans les premiers jours de leur mariage, se caressent si éperdument, qu’ils n’en: gendrent point du tout; ou, s'ils engendrent, ce n’est ürdinairement are des filles. Que l'on fasse réflexion sur les mariages que l’on fait aujourd’hni parmi les hommes, on y verra sans doute beaucoup plus de filles aînées qne l’on n’y rencontrera de garçons. Les jardiniers impatiens ne recueillent jamais de bonnes graines ; ils désassaisonnent toujours la terre: et, quand ils veulent la semer, ou ils sont frustrés dans leur attente, ou les plantes qui en viennent sont faibles et languissantes. Nous nous pressons trop pour: l’érdinaire quand nous nous caressons; et, si nous savions nous modérer, notre cuyrage serait plus parfait et durerait plus long-temps. Si, lorsque nous caressons une femme , nous nous contentions d’une fois, il naîtrait apparemment un garçon : au lieu que, si par hasard une femme conçoit de la seconde ou de la troisième fois qu’on

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lembrasse l’une après l’autre , fl n’en naîtra assurément qu’une fille; ou, sil reste encore quelques esprits vifs et pénétrans dans la matière qui deit servir pour un garçon, il sera fort petit, et peut-être défiguré par le peu de matière et d’esprits que lui fournira son père,

Nous voyons tous les jours de jeunes femmes qui n’ont fait que des filles avec un homme, et qui, étant remariées avec un autre, ne produisent que des garçons. La chaleur de notre jeunesse nous précipite dans les délices de l'amour : notre semence n’est pas plutôt faite qu’elle est épanchée, et nos emportemens amoureux durent souvent dans les deux sexes jusqu’à l’âge de vingt-cinq ou trente ans. Mais si un homme ne caressait sa femme que trois ou quatre fois le mois , la semence de Pun et de l’autre serait plus cuite, plus épaisse et plus remplie d’esprits. Elle aurait plus de dispositions à former un garçon que si on l’épanchait plus souvent ; et c’est assurément pour cette raison que les vieillards font quelquefois des mâles; car comme ils manquent presque de chaleur naturelle , et que leur semence est crue et faible, s’ils n’attendaient deux ou trois mois pour donner le temps à la nature de la cuire et de la perfectionner , ils ne sauraient déterminer la semence de là femme à leur donner un successeur.

Cinquième règle. L'expérience m’a fait encore rernarquer que, si les femmes qui ont des règles modérées, conçoivent après leur écoulement, elles font , pour l’ordinaire , des garçons ; mais si ellés ont dés règles abondantes , et qu’elles en-

gendrent avant que ces règles parafssent , ou dès qu’elles finissent, elles font toujours des filles. Si nous examinons la cause de ces différentes pro-. ductions , que nous avons souvent observées, nous trouverons qu’elles prouvent clairement l'opinion que j'ai établie ; car les femmes qui ont abondamment leur règles, étant d’un tempérament plus humide que les autres, elles ne peuvent produire en elles-mêmes de semence propre à faire un garçon, puisque la complexion de leur corps et de leur humeur est opposée à la génération d’un mâle. Dans le temps que lesrègles coulentencore, la matrice en est humectée et rafraîchie tout ensemble ; et blen que cette partie pût réserver alors une semence pleine de chaleur et gonflée d’esprits, son intempérie et celle de tout le corps seraient pourtant uné cause qui diminuerait cette même chaleur, et qui dissiperait une partie de cesesprits, Au lieu qu’une femme qui a ses règles modérées est agitée d'autant de feu et de chaleur qu’il lui en faut pour un garçon ; la semence qu’elle engendre est chaude , sèche et bien cuite; et après que sa matrice s’est une fois défaite de toutes ses impuretés, et qu’elle a été échauffée par le passage du sang qui a coulé avec médiocrité, elle devient encore mieux disposée qu’aupafàvant : si bien que, la semence de l’homme y arrivant, elle la dissout et la raréfie alors plus promptement, pour la faire devenir propre à donner des cacactères de fécondité au projet du mâle qu’elle conserve.

Sixième règle; Enfin , J'ai aussi observé que les

régions du midi n’étaient pas si peuplées d’hommes que ceiles du septeutrion; qu'il y avait dans les premières six fois plus de femmes que d’hommes, et que dans les autres, les hommes égalaient presque en nombre les femmes, ou les surpassaient même. Il est aisé, ce me semble d’en découvrir la cause.

La chaleur des pays méridionaux diminue insensiblement la chaleur naturelle : elle dissipe continuellement des esprits, en tenant toujours ouverts les pores du corps; si bien que l’on n’est ni si vigoureux, ni si grand mangeur que dans les pays tempérés ou froids. Les humeurs ne sont pas si bien digérées dans ceux-là que dans ceuxci, et la semence, dans les premiers, est plus propre à engendrer les filles qu’à faire des garçons. Je dirai encore que , parce que les hommes y sont incessamment pénétrés d’une chaleur étrangère, et qu’ils sont accoutumés de jouir des femmes avec excès, ils ont une semence crue, indigeste, qui est toujours disposée à faire des filles. J’ajouterai à ces raisons , que les femmes étant dans une continuelle oisiveté, et leur beauté consistant à ne point marcher pour être trop grosses, quelle apparence y a-t-il que, dans cet état , elles puissent avoir une semence forte et bien digérée, et que l’intelligence puisse former dans leurs flancs le projet d’un garçon, d’une matière si mal cuite? Au contraire, dans les pays tempérés et dans ceux qui sont médiocrement froids , on a beaucoup plus de chaleur naturelle. Le froid bouchant les pores du

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corps , en empêche la dissipation , et la semenee étant, par cette raison , plus chaude et plus remplie, on engendre aussi plus de garçons quedefilles.

C’est encore pour cela, même que l’on fait plutôt des mâles pendant que le vent souffle du côté du nord. En effet, les vents froids qui règnent dans nos climats le matin et le soir , pendant les saisons les plus chaudes , empêchent . l'épuisement de notre chaleur naturelle, en ar-. rêtant nos esprits, qui se dissiperaient autrement. C'est dans ce temps-là que notre chaleur. et nos esprits, se multipliant dans nos Corps, vivifient et animent , pour ainsi dire, la seinencé qui doit servir de principe à un garçon ; et s’il. est vrai que les bergers , ayant remarqué la vertu de ce vent sur leurs troupeaux, font tous leurs efforts pour les faire accoupler pendant qu’il souffle, dans l'espérance de profiter plus sur les béliers qu’ils ne le feraient sur les brebis, on peut bien dire qu’il n’a pas moins de pouvoir sur la génération des hommes.

Pour moi, j'ai observé que le vent du septentrion a une telle propriété pour conserver la vie des animaux, et pour foriifier leur chaleur , que si, par exemple, on tire hors de l’eau des carpes ou des anguilles, et puis qu’on les mette dans de la paille , le ventre en haut, on empéchega, par ce moyen, jes premières de mourir pendant trois jours, et les autres pendant six : ce que Pon ne saurait seulement faire pendant un jour entier, lorsque le vent du. midi souffle médiocrement.

En effet, il affaiblit les animaux en dissipant leur ehaleur naturelle, et en faisant évaporer leurs esprits : si bien que la coction se fait alors fort mal; le sang et les humeurs se distribuent très-lentement et la semence ne peut avoir des esprits que pour animer le corps d’une femelle.

On doit conclure, après toutes ces raisons , qu’il y à un art pour faire des garçons ou des filles, et que si l’homme et la femme se marient lorsqu'ils ne croissent plus; s'ils observent également la façon de vivre que je viens de prescrire; s’ils ne se caressent que rarement , et qu’ils donnent le temps l’un et l’autre à ia chaleur naturelle de cuire leur semence, et à l’ame de la perfectionner, et s'ils attendent qu’un vent souffle du septentrion au plein de la une , je suis très-persuadé , par l'expérience que j’en ai , qu’ils feront un garçon plutôt qu’une fille,

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