CHAPITRE VII
Si les enfans sont bâtards, ou légitimes, quand ils ressemblent à leur père ou à leur mère.
Parce que la plupart des jurisconsuites , avec quelques savans médecins, soutiennent qu’une femme, pensant fortement à son mari aa milieu de ses plaisirs illicites, fait , par la force de son magination, un enfant qui ressemble parfaitement
celui qui n’en est pas le père , il sera bon d’exa-
miner si la ressemblance d’un enfant dépend de l'imagination ou de quelque autre cause. C’est pourquoi nous rechercherons ce que c’est que la ressemblance des enfans à leurs ancêtres, nous en établirons les différences et nous tâcherons d'en découvrir les causes les plus vé-
ritables. - |
La ressemblance , selon le plus commun sentiment , est une qualité naturelle, qui fait les hommes semblables les uns aux autres, si bien qu’en les regardant ou en les voyant agir, on se trompe souvent, comme fit autrefois à Rome le magistrat Aatontus , qui acheta pour jumeaux deux beaux garçons , que Turannius lui vendit bien cher, quoique l’un fût asiatique et l’autre européen.
Les enfans ressemblent en trois façons à ceux dont ils sont issus. Ils leur ressemblent, dis-je , ou en qualité d'homme , ou en qualité de mâle et de femelle, ou en qualité de particulier : de sorte que l’espèce , le sexe et l'individu établissent les trois sortes de ressemblances ; et, pour ne parler ici que de la dernière, je dirai que les enfans ressemblent à leur père ou à leur mère dans l'ame et dans le corps.
Quoique l’ame de l’homme soit d’une matière extrêmement subtile, que nous ne pouvons découvrir avec les yeux, elle nous donne pourtant des marques de ressemblance par les effets qu’elle proûait. Les passions et les inclinations des enfans nous font connaître ceux dont ils ont
été -engendrés. Je ne parlerai point te1 de l’ame
fr
immortelle , que j’ai nommée fntelligence ; fe suis persuadé qu’elle n’est pas matérielle, et qu’elle est d’une autre nature que l’ame qui est la principale cause de la ressemblance. Cette ame dont nous parlons nous donnera , par exemple, des marques d’une exacte économie dans le fils, comme nous l’avons observé dans le père , et elle inspirera à ce même enfant les inclinations criminelles que l’on remarque dans la mère. L’ame de cet enfant ressemble donc, par ses qualités, à son père et à sa mère. Pour le corps, il aura des proportions et des ressemblances à la figure, à la couleur et aux actions de ceux qui lont engendré ; ou bien il ressemblera à son grand père ou à son oncle, ou enfin il ne ressemblera
ni aux uns ni aux autres, mais il retiendra les
deux autres sortes de ressemblances dont nous avons parlé ci-dessus.
J'avoue qu’il est fort difficile de découvrir les causes de toutes ces ressemblances, depuis que nous avons perdu la science qu’en avaient les Psylles : ce qui a fait que les anciens ont été si partagés sur cette matière , et que presque tous les juriconsultes ont plutôt attribué la cause de la ressemblance à l'imagination de la mère qu’à toute autre chose.
Mais, avant que de dire ce que je pense sur cette ressemblance, il me semble que je dois auparavant examiner si l’imagination en peut être la véritable cause,
4. Les jurisconsultes disent, après quelques médecins , que la femme a limagination si