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tempérament de celle de la femme: lame ayant . une force dominunte , prend le dessus sur la semence de l’homme , et, étant unies ensemble , im priment sur la matière qui est disposée à recevoir son caractère fennnin, des marques te ressemblance avec la femme dont elle procède : de sorte que, si la femme est d’ un tempérament freid et humide , qu’elle soit piluiteuse et sujette aux fluxions, que ses passions soient modérées, et ses mœurs raisonnables , l’ame qui agit fortement sur la matière du projet de l’enfant, produira aussi les mé- mes effets dans la fille qui doit naitre ; Car le temipérament de la mère est la cause de tout ce que nous remarquons en elle. Qur ses mœurs et sa santé en soient des effets, et que la disposition de l'ame el dela matière de la semeuce suive aussi par nécessité ce même tempérament, on doit sans doute attendre que la fille soit semblable à sa mère , et qu’elle ait les mêmes inclinations, puisqu ’elle possède plus de son corps que de lame et du cerps de son père. L’ame de la semerice du père, et sa semence même, n’a servi dans celte occasion qu’à rendre la semence de la mère prolifique, et à augmenter la matière du projet, * Ellea souffert, pour ainsi dire , plus quels n’a agi, et Von dirait même que le père n’a en rien contribué pour faire cette fille , tant elle ressemble à sa mère dans les qualités du corps et dans les passions de lame.
2. Maissi la fille ressemble au père , et le fils à la mère, ce qui arrive souvent, on doit concevoir, d'une autre façon , la eause de la ressemblance in-
‘dividuelle® Si le père, par exemple, est grand et gros; s’il est sanguin et pituiteux, qu’il aitla chair mollasse et les actions lentes ; si la mère , au contraire, est petite, sèche et bilieuse, prompte et agissante, et qu’elle ait la chair ferme, il peut arriver , et il arrive même tous-les jours que la fille ressemblera au père, et le fils à la mère.
La source de cette ressemblance est que l’ame et la matière qui servent à la conception sont la cause de la ressemblance, lorsque l’une ou l’autre semence fait paraître, dans le mélange de la formation, ses qualités premières et secondes. Je pourrais dire, pour éclaircir ceci, que l’ame et la matière de la semence de l’homme, étant conformes à ses principes, c’est-à-dire, étant froides , humides, lentes et pituiteuses, comme est celui d’où elles procèdent, elles dominent sur l'ame et sur la matière de la semence de la femme , et par leur matière et par leurs qualités ; si bien que l’ame, qui est dans la semence du père, ayant souvent des mouvemens très-actifs et très-pénétrans, s'empare de l’ame de la semence de la mère et par ce mé- Jange , il ne se fait qu’un corps subtil , dont la par-: tie dominante retient toujours le parti de la com-. plexion du père : l’ame dominante imprime donc son”’caractère féminin sur l'enfant qui doit se for-. mer danslesentrailles de sa mère, et rend cette fille semblable à son père. Elle est grande et grosse comme lui ; elle est lente dans ses actions, ses yeux sont bien fendus; ses règles sont abondantes, enfin, elle est pituiteuse et sanguine COMME s0n
père,
Mais si le père ne donne que fort peu de semence, qui ne serve seulement-qu’à faire fermen ter la semence de la femme, pleine de feu et d’es. prits, il naîtra de ce mélange un garçon qui aura le tempérament de la mère, la même figure et les mêmes inclinations. Il sera petit comme elle, et il lui sera tout semblahle, si l’on en excepte le sexe: car cette femme, étant d’une complexion chaude et sèche, si nous la comparons à sou mari , int. prime sur le projet de son enfant un caractère masculin qui se ferait toujours connaître, à moins que la semence du père ne détournât l’inclination de la nature. Lee 5. Îl n’en arrive pas ainsi lorsquelles enfans ressemblent à lear père et à leur mère tout easemble. Les semences des deux sexes sont alors tellement égales en matière, en force et en qualité, que l’en. fant a des parties de l’un et de l'autre, où bien il a une partie semblable à la même partie du père, et il en à une autre qui ressemble à une parle de la mère. Cet enfant, par exemple, avec le nez de son père et la bouche de sa mère, a Ja poitrine de sa mère, et le foie ou l’estomac de son père ; en un mot, il sera sujet aux incommodités de l’un, et aux passions de l’autre. | La cause de cette ressemblance n’est autre chose que le mouvement des différentes parties de la se. mence de l’homme et de la femme ; et s’il est vrai que la semence ,coule des principales parties de l'un et de l’autre, et qu'avec cela elle soit animée, ainsi que nous l'avons prouvé, il me sembis qu’on ne duit point avoir de peine à concevoir comment IV, 2
une partie d’un enfant ressemble à une partie de, son père, et qu’une autre partie de ce même enfant ressemble à une partie de.sa mère. Car, comme la portion de la semence qui coule, par exemple | de la tête du père ou de la mère, fait des mouve-, mens différens, l’une et l’autre portions étant mé-! lées, sans pourtant étre confondues, intelligence, | qui a ordre de la nature de former uñ enfant, trou-. vant une matière disposée à former la tête d'une! telle ou d’une telle façon par la victoire d’une se-, mence sur l’autre, travaille sur cette matière selon. les ordres qu’elle a reçus ; mais, comme elle rencontre beaucoup de matière dans la portion de la semence qui doit servir à faire le nez, etque, outre cela, cette matière a encore des mouvemens forts et actifs, elle forme, par le moyen de l’ame qui lui. obéit toujours, cette partie de l'enfant semblable à celle de son père, c’est-à-dire, elle fait un nez gros et aquilin. . SR
Il en arrive de même dans 1a formation des autres parties du corps de cet enfant : si bien, que la portion de la semence qui est destinée à: former le cœur et la poitrine , tenant plus de la matière et de lame de la semence de la mère;
J'enfant à venir sera sujet aux mêmes passions et aux mêmes inéommodités que la mère. En fin, selon les divers mouvemens, forts ou faibles,, que le projet aura reçus, l'enfant aura quelques: parties semblables à celles de son pêre , el quel
ques autres à celles de sa mère.
4. C’est encore la même cause qui rend les ju méaux êèt les jumelles semblables les uns aux-
Eh *
autres, Car, si nous faisons réflexion sur ce que nous avons dit au chapitre 4 de ce livre, nous serons persuadés que la semence de l’homme, se communiquant presque dans-un moment à beau-
coup de petites boules que la femme conserve
dans les conduits de la matrice, elle leur. ëmprime son caractère , et fait les mêmes impressions sur les unes que sur les autres : si bien que, s’il s’y trouve de la différence , soit pour . le sexe, soit pour l'individu, cela vient plutôt de M femme que de l’homme ; car pour la semence de. Vhomme ‘elle se partage à plusieurs boules de l'un ou de l’autre côté de la’ matrice quand il y a des dispositions pour ly recevoir; et, faisant les mêmes impressions sur des unes que sur Îles
autres, elle cause ainsi la ressemblance des ju-
meaux et des ge 5. Mais il n’en est pas de même quand les en-
fans ressemblent à leur grand-père ou à leur
- bisaïeul. La nature ne fait point alors agir l’ame
par des mouvemens actuels et prochains ; elle ne la fait agir que par des mouvemens en puissance, et ne fait point représenter les personnes dont lame procède, mais celle dont elle a été produite. Ces trois enfans qui, dans la famille de Lépide , à Rome, naquirent loin les uns des autres, avec une membrane qui leur couvrait
un œil, sont des preuves authentiques de ce que
ÿavance. | Pour comprendre bien cela, on doit être per-
suadé que les ressemblances que nous avons avce
nes ancêtres sont en puissance dans notre se
inence , par l'âme et les humeurs qu’ils nous ont | communiquées : si bien que, s’il y a quelque cause accidentelle qui empêche un enfant de res: sembler à son père où à sa mère, on doit croire qu’il représentera l’un de ses parens dont l’idée est demeurée dans l’ame du père et de la mère.’ jar , s’il est vrai que mon ame est venu® de mon père, que l’ame de mon père soit sortie du sien , et ainsi (oujours en remontant, par le commandement que Dieu. qui fit la nature au commencement du monde , selon la femarque de Certullien , je pourrai dire que mon ame porte avec elle le caractère et l’idée de tous ceux par lesquels elle a passé; et si la semence communique successivement à plusieurs particuliers à peu près le même PAR quelle difficulté y a-t-il à croire qu’un enfant peut ressembler à son bisaïeul, non-seulement selon la figure de ces parties externes , Inais encore selon ses passions et son humeur? Une pierre d'aimant touchant un morceau de fer lui communique sa propre vertu, et puis ce morceau de fer agit avec une pareille activité que la pierre même. Ainsi il arrive souvent que la semence du fils fait de pareilles impressions que ferait la semence du père. C’est de quoi on sera plus pleinement persuadé par la question que nous allons examiner; savoir, pourquoi un enfant ne ressemble à aucun le ses parens.
6. Il n’est pas besoin de répéter ici ce que nous avons dit ci-dessus de Ja eause de la ressemblance qu'ont les enfans avec leur père ou avec leur
mère; nous avons prouvé assez évidemment , ce me semble, que la portion de l’ame de l’homme et de la femme qui accompagnait la semence de l’un et de l’autre sexe , et que le tempérament, qui en était inséparable , étaient la cause de cette ‘ ressemblance , et que c’était d’où venaient l’ef- | figie, les passions de lame, la santé, les mala- | dies, qui faisaient ressembler les enfans à leurs ! ancêtres. Nous avons encore fait remarquer que cette ressemblance, étant naturelle, ne pouvait venir que d’un principe interne, et que, si elle manquait quelquefcis à paraître , il fallait en attribuer le changement à des causes étrangères qui troublent la nature Gans son action, et qui détournent les mouvemens libres qui se trouvent dans la semence du père on de la mère.
En effet, si ces mouvemens sont un peu interrompus par des causes étrangères , les enfans naissent semblables à leur grand-père ou à leur bisaïeul , selon l'observation qu’en a faite M. Bégon, intendant de cette province , lun des sages hommes et des plus curieux que je onnaisse. fi m'a dit qu'il avait remarqué aux Antilles des enfans jumeaux engendrés par des métis , que l’on nomme mulétres, dont les uns, étant blancs, avaient les cheveux longs, et les autres, étant noirs, avaient les cheveux crépus ; et que cette ressemblance ne péuvait venir que de leurs ancêtres, qui avaient été de ces espèces-là. Car, ajoutait-il, il y a autant d’espèces d'hommes qu'il y a d'espèces de chiens. Mais Vossius , qui a observé qu'en Afrique il naissait an en-
82 $ fant blanc, d'un père et d’une mère nègres, et que ces productions différentes venaient plutôt de la véroie que de leurs parens qui faisaient un ladre, que de la ressemblance de leurs ancêtres , dit aussi que ces enfans étaient faibles et languissans de vue, et ne voyant qu’au clair de la lune. S'ils sont beaucoup interrom-
“pus, ils ressemblent à leurs parens-en ligne coi-
latérale. S'ils sont forcés et agités, ils ne res-
semblent ni aux uns ni aux autres, mais seu-
lement à l’espèce de l’homme. Ænfin, si ces mouvemens sont entièrement inégaux, et qu’ils trouvent une matière brouillée et désunie , il en vient des hermaphrodites et. des monstres.
Le sue dont lenfant se nourrit d'abord, le sang des règles par lequel il se perfectionne ,* les passions de lame de la mère , le lieu large Ou étroit où il demeure pendant neuf mois, les aimens dont il use après étre né, l'habitude qu'il prend pour ses mœurs par les exemples qu’il imite, sont de puissantes causes que je pourrais appeler étrangéres, qui troublent quelquefois les mouvemens directs de la nature :et qui l’empêchent de faire des impressions naturelles sur un enfant. La nature ressemble en cela à un peintre qui fait souvent des tableaux par imitation , mais qui en a fait aussi quelquefoispar caprice.
Pour éclaircir davantage cette question ; Je. puis dire que la semence étant animée, comme nous l’avons prouvé, porte avec elle des carac-
ères de l'individu , et que ces caractères, étant
des mouvemens actuels et prochains, ne man- ‘quent jamais à être communiqués au corps sur lequel ils sont imprimés; mais Comme il y à d’autres mouvemens éloignés qui ne portent point avec eux l’idée d’un particutier, mais qui portent en général la figure et la représentation d’un homme, il s’en suit qu'aux moindres petits désordres qui ârrivent. dans la génération, le père . ou la mère peut engendrer par ses derniers mouvemens un enfant qui ressemble à un homme, mais qui n'aura aucune ressemblance avec ceux qui l’auront engendré.
L'imagination de la mère trouble plutôt laction de la nature, qu’elle ne contribue à fa ressemblance. J'avoue cependant qu’elle a quelque pouvoir sur ses esprits et sur ses humeurs; £t si elle ne fait point d'impression sur le projet d’un enfant qui se gouverne par lui-même dans ses premiers jours de vie , elle en fait du moins sur le suc nourricier , ou sur ie sang les règles dont l'enfant se nourrit dans les flancs de sa ère.
On sait quels changemens et quels désordres causent les alimens au commencement de notre vie. Comme ils entretiennent notre chaleur quand ils sont bons , ils la détruisent quand ils sont mauvais. J’atiribue l’embonpoint de certains peuples à l’usage du lait , du beurre et du fromage, et à un air froid et humide qu’ils respirent ; au lieu que l'on en remarque d’autres qui ont une tout autre figure, parce qu’ils vivent dans un air tout opposé à celte. là , et auw’iis usent d’autres alimens
Eofn il y a quantité d’autres causes éloignées de notre tempérament et-de nos inclinations na-
turelles : si bien que, quand l’âge nous inet en état d’être comparés à notre père ou à notre mère, nous nous trouvons alors fort différens, soit par notre faute, ou par Ja faute de ceux qui ont eu soin de notre éducation.
Ainsi, j'ose conclure hardiment qu’à moins qu’il n'y ait des causes accidentelles et éloignées , qui changent la ressemblance que noùûs devons natu-| rellement avoir avec ceux qui nous ont engendrés, nous leur sommes fort semblables. Les Garamantes, qui n'étaient pas sauvages en ceci, faisaient nourrir tous leurs enfans en commun, jusqu’à l’âge de cinq ans, et alors ils donnaient à chacun les enfans qui lui ressemblaïent le plus , jugeant parlà qu'ilétait leur père, et qu'il était obligé d’en prendre soin. Ils croyaient donc que la ressemblance était une puissante conjecture de filiation, et qu elle procédait de quelque principe interne qui était invariable.
Pour moi, j’avoue que j'aurais mauvaise RE | d’ane femme qui aurait un enfant qai ressemblerait à l’un de ses domestiques ; et ce serait , selon moi, une preuve assez forte, pour le faire estimer ‘ilieitime : au lieu que, sil était semblable à son père , ce serait sans doute une grande conjecture pour la chasteté de la mère.