‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 51 sur 68 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Pourquoi ily a des enfans qui naissent faibles ou imparfaits , ét d'autres forts et robustes.

S'ilest vrai que le mariage des rois a principalement en vue le bien de leurs États, il est juste que celui de leurs sujets ait aussi pour fin la gloire de leurs princes. Un roi ne sera jamais ‘en état de se défendre contre les insultes de ses ennemis, bien loin de conquérir des villes et des provinces, s’il a des sujets faibles ou imparfaits : au contraire, rien ne pourra résister à sa puissance, s’ilena de bien faits et des robustes.

C’est donc une chose. digne d’un ae bien policé, de régler tellement ce qui concerne les mariages , que tous Ceux qui naissent puissent un jour être capables de soutenir les ChHOBReSS de celui qui y commande.

Si nous pouvions découvrir la cause qui fait qu’il y atant de personnes pétites, valétudinaires ou contrefaites , et en même temps ce qui fait les hommes forts et robustes , spirituels et adroits, ce : serait , ce me semble , un moyen assuré pour re- À Mmédier aux désordres qui n’arrivent que trop sou-

‘vent dans les familles et dans les États, par la négligence qui se remarque dans les mariages, et par les abus qui s’y commettent tous les jours. \ Si le roi Agésilaüs n’eût épousé une femme

jeune et petite , jamais les Lacédémoniens ses sujets n’eussent eu pour lui tant de mépris ni {ant d’indifférence. Car quelle apparence qu’une telle femme eût pu fournir tant de matière pour former un enfant d’une taille avantageuse ? Ses entrailles auraient été trop pressées, et ses flancs trop resserrés pour s’élargir comme il fallait, et elle n’aurait pas eu assez d’humeurs pour lui communiquer la nourriture dont il aurait besoin. Cet enfant aurait été un nain comme sa mère , et puis il aurait été objet du mépris et de la haine des peuples, et un sujet indigne d’être le fils d’un roi.

En effet, une petite femme de douze ans, ou quand même elle serait plus âgée, a les flancs trop resserrés et les parties de la génération trop petites pour y contenir , durant neuf mois , un enfant de belle taille ; et , bien loin de le porter jusqu’au bout de sa grossesse, elle serait contrainte d’accoucher avant que toutes les parties de en fant fussent accomplies. Mais encore, si le mari et la femme sont fort jeunes et de même âge, la semence de celui-là n’auginentera presque point la matière de la boule où l'enfant devra être formé. Elle ne communiquera seulement que les esprits (fermentatifs de la génération, et ainsi l’enfantsera

toujours faible , languissant et petit.

Les petites personnes viennent encore d’une autre cause; car , si le père et la mère sont d’un tempérarnent extrêmement lascif, l'expérience fait voir que les enfants qui en naissent ne peuvent être brands. L'amour de deux jeunes personnes mariées les embrase souvent de telle sorte, qu’il ne se

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