‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 52 sur 68 · PUR · texte numérisé non relu

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passe point de jour que cette passion ne les agite et ne les épuise, et si par hasard il naît quelques enfans de ces embrassemens réitérés, ce ne sont que des nains et des enfans faibles, au n’ont pas

eu dans les flancs de leur mère assez de matière

pour y être bien formés. On se joint trop souvent l’un à l’autre , pour avoir de la semence bien cuite et bien digérée ; et ainsi le mari ne communique à la femme que fort peu de matière pour la génération, et encore est-elle mäl conditionnée. La femme, de son côté, n’a que de très-faible semence, puisque l'amour l’oblige à la répandre plus tôt qu’il ne faudrait. Ce peu de matière donc qui sert à former cet enfant, ne peut servir qu’à faire des parties trop petites pour être jamais les parties d’un corps bien proportionné.

Si les personnes mariées imitaient la chasteté d’un roi des Palmyriens et de Zénobie sa femme, nous aurions aussi beaucoup plus d'hommes grands , spirituels et robustes que nous n’en avons. On rapporte que cette princesse était si modérée dans sa passion, qu’elle ne s’approchait jamais de son mari que pour en avoir des enfans, et que, pour cela, elle attendait toujours le rt de ses règles, pour connaître si elle était grosse ou non. Si les règles paraissaient , elle retournait

incontinent après entre les bras du roi , afin d’o-

béir plutôt aux ordres de la nature qu’à sa propre passion ; et si les règles ne venaient point , elle se passait, pendant sa grossesse, des plaisirs du mariage , que la plupart des femmes souhaitent alors avec tant d’ardeur.

C’est le véritable moyen de faire des enfans | forts et spirituels, que d’en user de la sorte. 1l semble que lon se remarie toutes les fois que l'on se caresse après un assez long intervalle. Il ne manque alors ni matière ni esprits pour former un enfant bien fait ; et l’expérience fait voir, tous les jours, que les plus grands hommes sont souvent venus de conjonctions illégitimes. Jamais Rome n’aurait été la terreur de ses voisins , si Romulus, son fondateur , ne füt né de la sorte; et jamais deux villes considérables de l’Europe. n’eussent élevé deux statues à l’honneur et à la mémoire d’'Erasme , si la naissance lui eût donné de l'esprit. £

En effet, là semence a le temps de se cuire et de se perfectionner ; les esprits s’y assemblent en plus grande foule lorsqu’on se caresse rarement ; les plaisirs de l’amour sont même plus grands quand on les prend avec modération, et ils ne dégoütent pas comme ils font ordinairement.

Pour peu de santé qu’aient un homme et une femme , pourvu qu’ils observent tout ce que l’on doit observer pour faire des enfans forts et spirituels, ils ne manquent pas de réussir ; et nous ne voÿons jamais guère , pour me servir de la pensée d’un poète, des aigles fi ers engendrer de faib ts colombes.

Mais si, dans l'excès a TON, la femme prend le dessus , et n’observe pas toute la bienséance que Von doit observer quand on se caresse amoureu-, sement, on ne doit pas douter que cette posture ne soit l'une des causes des petites et faibles personnes:

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car, puisqu’un homme lascif, comme nous venons

de le dire , ne répand à chaque fois que fort peu de semence; si, d’ailleurs, il ne garde pas une posture convenable, le peu de matière qu'il répandra ne sera pas reçue où elle doit l'être , et ainsi il ne se fera point de conception ; ou , s’ils’en fait, ce ne sera qu’un avorion ou un nain qui n'aura rien d’avantageux , ni dans l’ame, ni dans le COrps.

Tout le monde sait que la vieillesse est froide et languissante , et qu’elle n’a guère de vigueur dans les embrassemens amoureux, Si l’on fait un enfant à cet âge-là, on doit croire, pour l'ordinaire, qu’il sera lent et stupide , son père n’ayant de matière et d’esprits que pour lui donner seulement la forme d'homme , à moins que sa mère , qui est souvent jeune et amoureuse, ne contribue , de son côté, au génie de son enfant, par l’abondance de son feu et de ses esprits. Un cheval engendré d’an vieux cheval n’est, jamais agile ; et les écuyere savent très-bien qu’il n’est pas aussi propre, ni an manége , ni à la guerre, que les autres. Mais dane la fleur de l’âge, quand on ne croit ni ne décroît plus , on a tout ce qui est propre à faire des enfans spirituels el robustes. C’est pour cela que, au rapport de César , les anciens Allemands , qui ont tou: jours passé pour des gens forts , estimaient que c’était une chose honteuse à un homme de connaître une femme avant l’âge de vingt ans.

La mauvaise façon de vivre des pères et mères est encore l'une des causes les plus communes de la

faiblesse des enfans. Jamais un hommé débauché

JV. o

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