‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 53 sur 68 · NUE · texte numérisé non relu

NUE

n'engendrera un enfant robuste et vertueux ; etles incommodités qui accompagnent cet enfint. ‘pendant sa vie, ne seront que des suites assurées et des marques évidentes des crimes de son père et des faiblesses de sa mère. La ladrerie, la goutte , les écrouelles , la stupidité de l'esprit, et les autres facheuses inaladies ; viennent souvent de la vie déréglée de ceux qui nous ont engéndrés. Nous héritons souvent de leurs incommodités , et presque jainais de leurs vertus. Et comme le sang de ces pères et de ces mères est tout plein de crudités et de pituites ; toutes les parties qui s’en nourrissent sont aussi dés excrémens qui ont des usages différens de ceux que la nature s'était proposés. Les testicules, pour ne m’arrêter qu’à ces parties génitales,

‘ ne peuvent faire d’un sang cru et froid une benne

semence, qui soit ensuite la cause d’un enfant sain et vigoureux. Aulieu d’être pleine d’esprits et de feu, d’avoir une matière écumeuse et raréfiéé ». et d’être pure et tempérée , Cle est pituiteuse ét pleine d’ordures , ce qui ne cause que des désordres dans la génération.

Ceux. qui s’étudient à avoir des enfans sains et spirituels , observent, entre autres chosés, un temps qui ne soit incommode ni pour eux ni pour les femmes ; sürtout ils se donnent bien garde , ainsi que nous l’avons remarqué, de les connaître pendant leurs règles ou peu de temps auparavant. Car, s’il arrive que la conception se fasse lorsque les règles sont près de couler , qu’ellés coùlent même, les ordures dont la matrice est alors remplie, ta-;

“hent et infectent la semence de l’homme, que

porte ensuite de mauvaises qualités dans le lieu où réside ordinairement la semence de la ferme : et où se fait la conception. La génération s’y accomplit pourtant; mais la matière qui sert à former l’enfant n’étant pas pure et bien conditionnée, les parties qui en sont faites en deviennent mal faites : de sorte que dans la suite elles font fort mal leurs fonctions, et rendent par conséquent l’enfant valétudinaireet incommodé. Nous n’avons -sur Cela que trop d’exemples, si l'honnêteté et la bienséance me Qt de les mettre au jour. ;

On doit donc observer bien des choses pour ne pas engendrer des enfans mal faits : car, si un Corps a des défauts quand on le néglige, l’ame aussi n’en a pas moins ; et je suis assuré que, si Thersite n’eût été si laid, il n’eût point eu une si méchante ame;etil est impossible qu’une ame püt bien faire ses fonctions dans le corps d’an homme tel qu’était le sien. Il avait le dos enfoncé, la tête pointue, du duvet au menton, au lieu de barbe , et avec cela il était boiteux et louche. Cette laideur est une marque de tous les vices : au lieu que la beauté du corps est l’image d’une belle ame , et le caractère d’un homme de bien, si nous en croyons saint Ambroise,

Ce ne sont pointiesastresqui nous font spirituels, robustes , valétudinaires ou imparfaits : ils sont trop éloignés de nous. Et quoique le soleil et la lune aient , à la vérité, plus de force que les autres, cependant lis n’agissent sur nous que comme des causes étrangères, bien différentes de celles qui

nous sont essentielles. Nous voyons tous les jours des enfans conçus au même aspect des ases et à la même heure du jour , qui ont néanmoins des inclinations toutes différentes et des corps de différentes formes. J'avoue pourtant qu’un enfant : sera plus prudent et plus sage qui aura été formé au printemps ou en automne , el qu'un autre s2ra plus prompt ou moins actif, qui aura été conçu en été ou en hiver; mais ces dernières inclinations ne dépendent pas tant des astres que des humeurs qui dominent dans ces saisons, ou dans le corps de leur père où de leur mère.

Les enfans difformes , et qui tiennent du monstre , ne sont connus que par des causes naturelles, quoi qu’en veuillent dire quelques docteurs. Ils dépendent de l’homme ou de la femme, ou enfin de quelque alliance qui est contre les lois de la nature.

Les naturalistes nous font remarquer que , siun coq couvre une poule une seule fois , il rend plusieurs de ses œufs féconds; et, si l’on regarde de

près ces mêmes œufs, l’on verra dans quelquesuns deux jaunes, d’où naîtront ensuite deux poulets souvent séparés, et quelquefois unis : quelquefois aussi, mais plus rarement , il paraïtra sur un jaune deux racines ou deux ongles qui auront reçu en même temps les impressions génératives du cog; etje ne doute point que ce ne soit de là que naissent les poulets difformes, et qui approchent du monstre. Ve

J'en dis autant à proportion des enfans ; car , si la semence de l’homme touche plusieurs boules qui

aient des dispositions à en recevoir des impressions, elle les fait toutes fermenter et les vivifie an même moment : si bien que de cette génération il naît plusieurs enfans qui ont des enveloppes différentes, et qui ont aussi des arrière-faix particuliers, Mais s’il se trouve dans une boule une matière sé. parée en deux par une petite mernbrane, ou que cette matière ait deux projets d’enfans, la semence de l’homme ne laisse pas de les exciter toutes deux à la fois, et de les animer, comme s’il n’y en avait qu’un. Chaque partie de la boule reçoit les impressions génératives de la semence de l’homme, etilen vient des jumeaux ou des jumelles > qui étant séparés les uns des autres , et rarement unis, ont souvent un arrière-faix commun. Mais si deux boules sont unies ;'il se fait un monstre peut-être semblable à celui que je vis il y a un mois » qui avait deux têtes, quatre bras et deux pieds seulement : c'est la véritable cause , selén mon avis, de la génération des monstres.

La matrice peut encore contribuer à la difformité d’un enfant , selon le sentiment de quelques médecins; car étant cicatrisée d’un côté, et ne pouvant s’y dilater comme dans ses autres parties, -il arrive qu’elle presse l'enfant du côté de Ja cicatrice, et qu’elle lui cause par ce moyen une mauvaise conformation. Mais l'expérience nous apprend que les enfans sont imparfaits , qui sont élevés dans une matrice incommodée de Ja sorte. |

Il y a encore d’autres sortes de monstres qui se forment par le mélange des espèces différen-

tes. Les histoires que nous avons sur ce sujet nous font croire que la chose est possible. L’hip potaure que le cardinal de Comitibas mena de France en Italie, et qu’il donna ensuite au car. dinal Scipion Borghèse, n’est pas une histoire faite à plaisir, Tout Rome le vit et ladmira pendant trente-un ans; après quoi il mourgz faute de dents, Il avait la tête d’un taureau, at le reste presque semblable à un cheval. Fapprends qu'en Auvergne et ailleurs on se plaît à avoir de ces sortes d'animaux engendrés par ut cheval et par une vache.

Si l’on doute du mélange des hommes avec les bêtes, l’on n’a qu'à jeter les yeux sur. l'antiquilé; l’on y verra Pasiphaé, femme du roi Miuos, engendrer un Minotaure, par îes plaisirs qu’elle prit avec un taureau ; on y verra encore cette belie fille, nommée Onoscélée., engendrée d’un homme et d’une ânesse. Si ces deux exempies sentent un peu la fable, au moins celui de cette fille toscane, qui auobd of d’un animal moitié homme et moitié chien , ne sera pas suspect. Volaterran nous a laissé par écrit que ce monstre naquit durant le pontificat de Pie TITI, et qu’il avait les mains, les pieds et les éreilles d’un chien, et le reste d'un homme. Ces monstres sont si véritables , que l’on m’a assuré qu’i en naissait dans Vile de Formose, qui avaient. ‘Ja figure d’homme , avec une queue velue , d'un poil roux, semblable à celle d’un bœuf. Si cela était impossible, comme quelques-uns se le persuadent , jamais Ecriture sainte n’aurait fait une,

:$loi là-dessus, qui condamne à mort la bête et la femme qui s’y serait soumise. | IL est donc aisé de connaître la cause des monstres sans que je me donne la peine de la faire remarquer ; car, s’il est vrai, comme je l'ai prouvé ailleurs, que la semence soit animée, et qu’elle vienne de toutes les parties du corps des deux sexes, comme l’expérience nous le fait voir, il me semble qu’il n’en faut pas davantage pour découvrir la cause ininédiate des inelinations et de la figure du corps des monstres.

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