‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 54 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ARTICLE I

De l'impuissance de l’homme.

Nous savons que la génération des amimaux parfaits suit immédiatement la conjonction du mâle et de la femelle ; que le mâle doit être d’un âge médiocre, selon son espèce ; qu’il doit avoir ses parties naturelles bien formées , et avec cela jouir d'une santé parfaite , pour agir comme il doit dans cette action. Maïs, pour ne parler ici que de l’homme , il doit être vigoureux, plein de sang et d’esprits , et avoir tout ce qu’il faut pour caresser amoureusement une femme; il doitencore commander à ses parties amoureuses, qui doivent lui obéir lorsqu'il est question de faire son devoir auprès d’une femme.

S'il est trop jeune ou trop vieux, qu’il soit ma - Jade , ou qu’il ait quelqne défaut naturel dans ses

parties principales ou amoureuses, il n’y a pas de difficulié qw'on ne le puisse taxer d’impuissant. Car, si le membre viril est trop court ou trop petit, qu’il soit mollet ou paralytique ; que le trou par où doit passer la semence ne soit pas dans le. lieu où il doit être; que d’ailleurs un homme soit trop gras, et qu’il ait le ventre prodigieusement avancé; que ses testicules soient petits ou flétris, : ou qu’il n’en ait point du tout; que sa semence soit trop liquide, qu’elle sorte en trop petite quantité, ou qu’elle ait d’autres défauts; en un mot, s’il manque quelque chose, du côté de l’homme, : pour les deux grands ouvrages de la population -et dela génération , la loi permet à une femme de demaritter, en justice, la dissolution de son mariage; et je ne doute point, si nous en croyons un archevêque, qu’il ne faille attribuer à quel-. qu’ane de ces causes’ le divorce qui arriva au roi Lothaire et à la reine Théberge ,

Tout ce qui détruit notre chaleur naturelle et qui éteint riotre feu et nos esprits, s'oppose directement aux actions du mariage. Nos testicules se flétrissent , nos vaisseaux spermatiques se desséchent , et notre membre se diminue , quand nous sonimes accoutumés à garder scrupuleusement la chasteté et la continence; et s’ilest vrai, ce que Vidus Vidius le jeune nous rapporte d’une personne ecclésiastique, qui avait, pendant toute sa vie, gardé exactement , comme elle le devait, les règles de la Wiénséancé , nous ne devons pas ‘douter que les parties de notre corps, n’exerçant pas l’action pour laquelle la nature les a faites, ne 56 Îlé-

trissent et ne se dessèchent en quelque façon.

Les contentemens excessifs que nous prenons avec les femmes ne nous causent pas de désordres moins fâcheux. Il est vrai qu’ils ne nous apportent pas de semblables flétrissures , mais ils nous rendent incapables de continuer nos plaisirs licites. Les vaisseaux spermatiques s’affaiblissent , les vésicules séminaires se relâchent , et les parties principales de notre corps s’épuisent et se rafraichissent tellement par la dissipation de notre chaleur et de nos esprits, qu’elles ne sont plus ensuite en état de fournir la matière qui est nécessaire pour former un homme. Témoin Théodorie, roi de Bourgogne , qui, après s'être épuisé auprès de Laodice ,. et dés autres courtisanes de sa cour, ne put jamais consommer son mariage avee Hermamberge, fille du roi d’Espagne. Témoin encore Néron, qui après avoir passé sa jeunesse dans les débauches dés femmes, témoigna deux fois son impuissance à la belle Poppée, selon le rapport de Pétroné.

D'ailleurs, s’il est vrai, ce que l’on dit ordinairement , que la bonne chère excité à l'amour, l’on peut assurer aussi que l’extrême indigence rend um homme impuissant, Car, puisque l’abstinence, se lon là pensée des théologiens , est le meilleur dé tous lés remèdes contre la concupiscence de È chair , il ne faut pas douter que si elle est exces sive, elle ne détruise tous Jes mouvemens qui pour raient nous porter à rechercher les embrassemens des femmes. Notre sang est diminué, et nos esprits sont épuisés par-là ; n0$ parties principales etamou-

reuses en deviennent languissantes : tant il est vrai qu’il n’y a rien de plus opposé à l’amour que ce qui nous rafraîchit et nous épuise tout ensemble !

Mais les passions de l’ame sont encore quelque chose de plus violent que tout ce que nous venons de dire ; et, pour ue parler ici que de la haine qui est fomentée daus lesprit d’un homme par la laideur d’une femme, par sa mauvaise humeur, par sa conduite indécente, ou enfin par une odeur exécrable qui sort de son corps , elle est une des principales causes qui peuvent rendre un homme impuissant à l’égard de cette femme-là.

Après tout, comme il n’y a rien qui nous détruise plus tôt que les maladies , puisqu'elles nous conduisent à la mort, les juriconsultes ont eu quelque raison d'écrire que l’on ne doit point présumer qu’un homme valétudinaire, etencore moins un homme malade, soit capable d'engendrer , la maladie le rendant impuissant et incapable de caresser une femme. Il est certain que les plaisirs de l'amour demandent de Ja force et. de la vigueur pour s'opposer aux épuisemens et aux faiblesses qui en naissent, alors même que nous les prenons avec mesure ; au lieu que la maladie étant une disposition contre les lois de la nature , elle affaiblit et détruit même toutes les actions de nos parties, qui, par conséquent , ne sont pas en état de faire leur devoir quand il est question d’engendrer.

1, Mais les jurisconsultes n’ont peut-être pas remarqué que leur décision était trop générale pour être vraie, puisqu'il y a quelques maladies qui

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