CHAPITRE IL De la stérilité des femmes
On sait que la stérilité dépend plus souvent des femmes que des hommes, et que la chaleur natu-! relle étant un des principaux instrumens de nos actions ; fait, par son seul défaut, la stérilité dans les uns et dans les autres. Si elle ést faible , les parties en sont: défectueuses ; s’il manque quelque chose au grand attirail des parties génitales de la femme, toute l’action de ces mêmes parties est interrompue, et il ne faut point s'attendre à la génération. je
Qu’une femme soit dans la fléur de son âge , et qu’elle jouisse d’une santé parfaite ; qu’elle soit mâriéé avec un homme vigoureux et qu’elle prenne avec lui tant qu’il lai plaira , des plaisirs modérés, si elle n’a pas de dispositions à faire un enfant, jemais elle ne peut espérer Pavantage de porter le doux nom de mère. Car, si elle ést trop vive et trop emportée dans l amour, qu’une chaleur excesslve consume ses rome qu Ma n'ait per
point ses règles, ou si elle en a modérément, qu'elles ne soient pas rouges, quelle apparence qu’elle puisse concevoir ? Elle brûle, pour ainsi parler, et dessèche la semence qu’on lui donne; et , s’il s’en forme par hasard un enfant, ou il est contrefait , ou il ne demeure point neuf mois dans les flancs de sa mère.
Si, d’un autre côté , une froideur extraordinaire et une grande humidité occupent ses parties principales ,que sa matrice soit extrêmement humectée par la graisse qui se trouve aux environs ; si elle a les flancs resserrés et le ventre étroit et sil ne paraît de poil par son corps qu’à ja tête , jamais elle ne retiendra la semence qu’on lui aura communiquée , et par conséquent il ne se fera jamais de conception ; ou, s’il en arrive par hasard quelqu’une , ce fœtus sera suffoqué par la grande humidité des parties de sa mère , et sortira avant le terme : si bien qu’une telle femme ne pourra jamais avoir d'enfant, a moins que l’on ne corrige ces grands défauts, qui ne se corrigent presque jamais. |
Il en arrive de même aux femmes qui ont la matrice mal faite, soit par un défaut de la nature ou par quelque autre accident étranger , comme sont les grands ulcères, les grandes cicatrices et les autres incommodités de la matrice,
Mais tous ces défauts ne sont pas de légitimes causes pour empêcher le mariage quand il n’est pas fait ou pour le dissoudre quand il est consommé. Les indispositions qui n ‘empêchent pas une femme d’être caressée par son mari, ne Sont pas Capa-
bles de causer le divorec; et souvent, quand une femme est stérile avec un homme , l’expérience nous fait voir qu’elle ne l’est point avec un autre. Une plante aime sa terre et ne graine jamais dans un lieu opposé à son tempérament. Un homme ne pourra faire concevoir une femme dont la semence n’est pas proportionnée à la sienne, ni dans sa matière , ni dans ses qualités. Mais si ce même homme trouve une femme qui ne soit ni si chaude ni si bouillante que lui, il viendra sans doute de leurs embrassemens amoureux une génération avantageuse.
Il n’y à que les incommodités qui vont jusqu’à s'opposer aux plaisirs de l'amour et à empêcher un homme de s’allier amoureusement à sa femme , qui puissent être des causes légitimes de Ia dissolution du mariage. Car, si une femme est extré- :mement étroite et que le conduit de la pudeur soit bouché , ou par la grandeur excessive du clitoris ou par cette membrane charnue que lon nomme hymen , ou par les cicatrices d’un fâcheux accouchement , ou par l’abaissement de l'os pubis où enfin qu’il y ait d’autres causes qui l’étrécissent sans remède , on doit croire que cette femme est absolument stérile , parce qu’elle ne peut souffrir. Jes caresses d’un homme. En effet, toutes les causes qui peuvent empêcher un homme de jouir avec sa femme des plaisirs que le mariage lui permet de prendre, sont toutes capables de faire faire divorce; et comme les défauts de la femme ne sont que dans ses parties externes , la loi a permis qu’elles fussent examinées par des personnes dis-
crètes et entendues , afin d’en faire leur rapport aux juges, qui doivent ensuite prononcer des arrêts justes et équitables.
Un homme est bien surpris la première nuit de ses noces , quand dans la chaleur de sa passion, touchant sa femme avec tendresse , il ressent un membre aussi raide que le sien, qui lui frappe le ventre. C’est alors qu’étant tout éperdu, il sort du lit et s’imagine ou être ensorcelé ou qu’on a voulu lerailler en Jui donnant un homme pour une femme qu’il avait choisie. Cependant , à la clarté d’une bougie il aperçoit le visage de sa femme , qui l'appelle avec douceur ; mais :1 n’y a ni caresse ni complaisance qui le puissent tirer de l’étonnement où il est : si son ame en revient un peu; ses parties amoureuses n’obéissent pas sitôt à sa passion. Néanmoins , comme l'amour est un enfant, on l’apaise enfin quand on le flatte. Les parties naturelles de cet homme sentent done une seconde fois les atteintes de l’amour; mais il n’a pas fait une seconde tentative , qu’il est aussi surpris qu'auparavant ; et ce qui accroît encore davantage son étonnement , c’est qu'il ne peut se débarrasser d’entre les bras de son épouse, qui le presse de la poitrine à mesure que sa passion augmente. C’est alors qu’il ne doute plus des charmes : car , Comme dans cette occasion, par uhe étrange métamorphose, l’homme devient comme une femme et la femme prend la place de l’homme; si bien que celui-là a ses parties toutes tlétries et toutes mollettes, par la surprise où il est encore, et celles-ci a les siennes tout en ds
état de faire épreuve de Sa vaillance. Enfin, cet homme étant un peu revenu à lui, se met en
devoir d'examiner la cause de son étonnement.
Il n’a pas plutôt jeté les: yeux sur les parties naturelles de sa femme, qu’il aperçoit une verge droite et dure comme la sienne: il Vinterroge làdessus. Elle lui répond avec assez de padeur et de sincérité, qu’elle croit que toutes les femmes sont faites comme elle, et elle lui avonera véritablement ce qu’elle en a ressenti depuis qu’elle se connaît. Elle Jui dit donc que, pendant J’hiver le froid excessif fait presque entièrement xetirer son clitoris , et qu’en ce temps-là il ne parait ni plus long ni plus gros que la moitié du petit doigt; mais que, dès que Ja chaleur de été se fait sentir, cette partie se grossit el allonge extrêmement ; d’où vient, ajoute-t-elle , qu’il me faut pas s'étonner si elle est présentement si grosse es si longue , puisque nous somines dans les pluslongs
‘jours et dans Jes plus violentes chaleurs. Elle lui
avoue encore qu’elle n’a point vu de femme plus. amoureuse qu’elle , et.que, lorsque quelque personne lui plaît , ou que l’amour Jui échanffe l'imagination , elle sent que celte partie s'agite, se roidit et s’endurcit, même contre sa volonté; | qu’elle n'a jamais éprouvé avec personne ce qu'elle était capable de faire, mais qu’elle s’apercevait bien maintenant , par létonnement et. par les transports qu’elle remarque en lui, que celte.
- partie n’est pas semblable chez toutes Les femmes.
Le mari, étant pleinement informé de toutes . choses, et ayant müûrement délibéré sur ce qu’il
devait faire en cette occasion , lui propose decommuniquer son défaut à quelqu'un de ses amis. Elle y consentit aussitôt, et le mari en parle incessamment à un sage et docte médecin, qui pour satisfaire aux prières du mari et aux larmes de la femme, se met en devoir de couper cette partie , qui est . d’une excessive grandeur. On la lie done, et on la laisse ainsi liée pendant un jour, après quoiil survint de fâcheux accidens, qu’à cause de cela on n’en put faire l’extirpation, ;
Une pareille aventure arriva à Platerus, qui, ayant dessein de couper le clitoris d’une matrone, n’en put venir à bout , par les mêmes obstacles que nous venons d'aliéguer.
Haldy Rodoan aurait sans doute fait la même opération sur une reine qui lui découvrit sa turpitude , s’il eût cru pouvoir‘extirper cette partie sans courir risque de sa réputation et sans exposer la vie de cette princesse.
Dans cet état, il est impossible qu'un homme puisse caresser sa femme, ainsi que nous l’examinerons en particulier ci-après , au chapitre des ‘hermaphrodites ; et si cette maladie est incurable , comme e!le l'est sans doute, on dit eroire qu’un juge est bien fondé quand, sur le rapport de quelques personnes savantes dans ces sortes de
maladies , il ordonne la dissolution da mariage. On ne saurait encore guérir la compression que fait l'os pubis au conduit de la pudeur. Ce conduiten est quelquefois si rétréci dans les dehors, qu’il est impossible qu’un homme qui a même la verge médiocre , Sy puisse faire passage.
Les deux os des cuisses pressés en dedans , et le croupion retroussé par-devant , causent quelquefois les mêmes obstacles. C’est pourquoi la loi n’estime pas saine une femme qui est ainsi Contrefaite dans ses parties naturelles. 2 |
Il arrive quelquefois tant d’ulcères au conduit de la pudeur de quelques courtisanes, qu’il s'en est vu qui, après être guéries , l’avaient presque tout fermé par des cicatrices : si bien que les règles venant à paraître, ne pouvaient couler qu'à peine par le petit trou qui restait, et qu’un homme, voulant encore badiner avec elle, ne pouvait pénétrer dans un lieu qui avait été autrefois si ouvert.
Les fâcheux accouchemens causent autant d’incommodités aux femmes que le font les maladies secrètes; car, après que le pas a été déchiré en plusieurs endroits, il y vient beaucoup d’ulcères qui, étant négligés, se remplissent de tant de chair superflue , que le conduit-de la pudeur en est presque bouché. Cette chair baveuse devient solide et dure avec le temps , et ne peut être fléchie par la verge d’un homme, quelque forte et quelque roide qu’elle soit : témoin ce que dit Riolan, d’une femme qui fut si fermée après de pénibles coaches, qu’il lui était ensuite impossible de souffrir son mari. | |
Ces maladies sont trop invétérées pour être guéries, et il n’y a point de femme qui voulût s’exposer à souffrir qu’on la disséquât toute vive. On pourrait ici proposer quantité de pessaires d’argent , d’étain, de plomb , ou même de chair , de’ différente grosseur , que l’on pourrait frotter de
beurre frais ou d’onguent rosat, et les placer dans le conduit de la pudeur , les uns après les antres , en commençant par les plus petits. Mais les cicatrices dont ce lieu est tout rempli en empêchent Vélargissement ; et par conséquent, pour en dire ce que je pense, toutes ces incommotktés sont incurables , et sont des causes légitimes pour empêcher une femme de se marier.
Entre les maladies incurables de la matrice, on peut ajouter à celles dont nous venons de parler, les grandes excroissances, si nous en croyons Gordon ; les squirrhes et les tumeurs considérables , si nous voulons suivre le sentiment de Fabrice de Hilden , qui remarque qu’une femme ne put souffrir deux maris l’un après l’autre , et, par conséquent, ne put avoir des enfans, parce qu’elle avait un squirrhe vers l’orifice interne de la matrice. Il nous fait encore l’histoire d’une autre, qui, après avoir beaucoup souffert dans un fàcheux accouchement , en devint stérile par une tumeur rude que l’on trouva après sa mort, qui occupait une partie du bas de la matrice. Cependant , siles duretés sont si petites qu’elles se puissent toucher , et qu’elles arrivent à de jeunes personnes,
je ne doute point qu’on ne ies puisse guérir par les remèdes dont on se sert ordinairement dans de pareilles occasions.
Bien qu’on puisse couper l’hymen et Îles membranes qui lient quelquefois fortement les caroncules les unes aux autres, néanmoins il y a des occasions où ces membranes sum si épaisses et si garnies(le vaisseaux, qu’il y a du danger à en faire