‹ Tableau de l'amour conjugalChapitre 58 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Si les charmes peuvent rendre un homme impuissant, et une femme stérile.

LA curiosité n’est blâmable que dans son excès;

Von serait injuste , si l’on trouvait mauvais qu’on étudiât avec soin les belles et les bonnes choses. C’est cette sorte de curiosité qui ne touche que les grandes ames. Elle polit l'esprit sans le ternir, elle fixe le jugement sans le détruire, et enrichit . la mémoire sans la charger.

L'homme est placé au milieu du monde, pour - observer tout ce que la nature y fait de plus curieux , il ne doit pas passer pour trop entreprenant, quand il en remarque exactement toutes les circonstances. Mais si son envie dé savoir est déréglée , et qu’elle se porte à des chôses vaines ou illicites , c’est alors qu’elle doit être censurée et qu’elle le rendrait aussi malheureux que em: pereur Adrien , le plus curieux de tous les hommes. . L'art de pénétrer dans l’avenir a de tout témps flatté les hommes , et je ne crois pas qu’il y ait jamais eu de science recherchée avee plus de soin, mais aussi avec moins de succès que celle que lon appelle magie noîre. Car tout ce qu’un nous en dit est si éloigné du bon sens, que la plupart des savans se sont (toujours défiés de ses promesses et moqués de ses FO

En effet, pour ne m’arrêter qu’au nœud d’aiguillette , par lequel les magiciens et les sorciers prétendent empêcher un homme de caresser sa femme la première nuit de ses noces, nous examinerons si toût ce que l’on fait et tout ce que l’on dit en la nouant, peut avoir quelque empire sur les parties amouréuses d’un homme qui aime ardemment , et qui est de lui-même en état de satisfaire agréablement son épouse. Nous verrons ensuite si le démon , ou les magiciens qui en sont les suppôts , peuvent détruire la fécondité Fes femme qui a tout pour engendrer.

Qw il est difficile de se défaire de ce que l’on a appris dans ses plus tendres années ! Il faut aveir beaucoup de force d’esprit, ou de bons maîtres pour se déssbuser des fables que Pon nous a débitées. Les idées s’en conservent toujours ; au moins dans les personnes qui ont l'esprit faible, surtout quand à cette vaine persuasion se joint la mauvaise façon de vivre, ou l’humeur mélan- -colique. C’est alors qu’il est absolument impossible de les faire démordre de leurs sentimens mal fondés.

Si dans cette disposition où sont ces personnes , on leur dit avant qu’elles se marient , q’on a le dessein de leur nouer l’aiguillette, leur esprit, déjà persuadé des enchantemens, en reçoit une . nouvelle impression;. et, lorsqu'ils veulent se joindre amoureusement à leur femme , la persuasion de la fable , la crainte du sortilége et l'amour . conjugal font un si grand désordre dans leur ame et dans leur sang, qu’il ne leur reste de chaleur

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que pour se conserver la vie, bien loin d’en avoir pour en donner à un autre. Le trouble où ils se trouvent alors, les fait souvent tomber dans une humeur noire, qui leur cause ensuite une haine pour une femme , presque irréconciliable. Ils ont de la peine à la voir et à la souffrir ; quand il est question de la caresser et de concher avec ele ; une certaine horreur s’empare tellement de leur esprit, qu’ils ne sont jamais plus contens que quand ils ne voient plus l’objet de leur chagrin. Cette imagination blessée , bien loin de se guérir par le temps, sent toujours augmenter son mal, et ils publient ensuite eux-mêmes , aussi bien que les autres, qu’ils ont été ensorcelés, ei qu’en se maria on leur a noué l’aiguillette, :

Ce qui m’arriva sur ce sujet, il y a environ trente-cinq ans, est une prenve de ce que je dis. Pierre Buriel, tonnelier de son métier et puis faiseur d’eau-de-vie, travaillant pour mon père , dans une de ses maisons de campagne, lui dit un jour de moi quelque chose de désavantageux, ce qui nYobligea le lendemain de dire au tonnelier que, pour m'en venger , je lai nouerais l’aiguil

lette quand il se marierait, Comme il le devait faire en peu de temps avec une servante de notre voisinage , cet hymme crut bonnement ce que je lui. disais; et, bien que je ne lui parlasse qu’en riant, néanmoins ces feintes menaces firent une si forte impression sur son esprit, déjà préoccupé des charmes , qu'après être marié il demeura près d’un mois sans pouvoir coucher avee sa femme. fl se sentait quelquefois des envies de l'embrasser

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teñdrément ; mais, quand il fallait éxécuter ce qu’il avait résolu , il se trouvait impuissant , Son imagination étant alors embarrassée dés idées du | Sortilége. D’un autre côté, sa femme, qui était Lien faite, avait autant de froïdeur pour lui, qu’il ën avait pour elle ; ét, parce que cêt homme ne la Caréssait point , la haine s’empara aussitôt de son bœur, et elle témoigna pour lui les rêèmes répugnances qu’il avait pour elle. C’était alors un beau jeu de les our publier Puñ ét l’autre qu'ils étaient ensortelés, et qué je leur avais noué l’äigüillette. Je me répentis alors d’avoir raillé de la sorte avec un homrmié $i faible, et jé fis tout ce que lof peut faire dans cette occasion pour leur pérsuader qe celà n’était pas ; mais plus jè protestais au mari ‘que ce que j'avais dit n’était Que des bagatelles pour mé venger de lui , plus il n’abhorrait, ét croyait que j'étais l'auteur de toutes Sés infortunes. Le curé dé Notre-Dame, qui lès avait ma- Nés, employa même tout son esprit ét touté sa prudence à ménager cette affaire. Enfin il en vint plutôt à bout que moi, et rompit le charme par ses soins , après vingt-un jours , Sans Qué le marié fût obligé dé pisser par l’annéau dè Son épouse.

‘Depuis ils ont vécu ensemble près de vingt-huit ans, ét quelques enfans sont nés dé leur mariage, qui sont maintenant des bourgeois les plus aisés dé la R'chelle, |

L'amour n’a jamais employé ses Soins que pour donner des agrémens à l’un ét à l’autre sexe. Il a voulu les obliger par-là à se joindre souvent, et en se joignant , à perpétuer léur espèce. On ne

saurait exprimer quels violens désirs il nous fait naître dans le cœur, pour nous lier amoureusement; et sice n’était pas par un ordre exprès de la nature , je ne saurais croire que les envies qu’il nous inspire incessamment, fussent si pressantes qu’elles le sont. C’est une revêrie que de croire qu’un magicien puisse s’y opposer, et que nous ne puissions résister à ses charmes. Les belles portent avec elles un filtre et un sortilége bien plus puissant, et c’est contre celui-ci qu i ya peu de remèdes.

D'ailleurs le mariage est un sacrement sur Do le démon n’a point d’empire, Il ne saurait dé: truire l’ouvrage de Dieu , ni rumer ce que Jésus-

Christ a établi par ses lois si saintes, et je ne saurais

croire qu’il y ait aucune liaison entre les actions d’un tel art , et les mystères de la nature et de la grace. La haine des démons et la perfidie des sorciers ne doivent point faire de peur aux chrétiens, et les conciles ne nous défendent autre chose que de ne pas croire ceux qui nous veulent persuader qu’on peut nous lier ou nous délier par la vertu des sortiléges. Il y a déjà long-temps que nous sommes revenus de ces sortes de folies , que le pa-

. ganisme ayait inventées pour abuser les esprits

crédules. Si tout le monde ressemblait à un duc de Nevers qui aima mieux s’exposer au péril de mourir par un flux de sang, que de souffrir qu’on le lui arrêtât par des paroles et par des charmes ,

assurément il n’y aurait pas tañt de ’:iblesse

parmi le peuple qu’il en paraît aujourd’hai, et le peuple chrétien ne serait pas si sot que de croire

: à celte heure ce que l’on aurait eu de la peine autrefois à persuader aux paiens. C’est ce que disait souvent Agobard , évêque de Lyon.

L’astrologie judiciaire et la magie n’ont ancun principe ni démonstratif ni plausible. Ceux même qui en ont traité à fond sont encore présentement à s’en accorder ; et, parce qu’elles imposent une fatalité indispensable aux actions des hommes, elles sont contraires à la religion chrétienne et aux maximes d’un état bien policé.

Et pour parler en particulier, les figures de Gamahez, les couleurs des aiguillettes , les caractères des talismans et les paroles du sortilége n’ont pas assez de pouvoir pour s'opposer à la conjonction de l’homme et de la femme. La plupart des hommes sont plus raffinés aujourd'hui qu’autrefois , et ils ne se laissent pas aisément aller ‘aux rêveries du rabbinisme, aux impostures de l'astrologie judiciaire , ni aux vaines persuasions de la magie. Les paroles, pour ne m’étendre pas plus loin, ne sont qu’un souffle articulé qui exprime nos pensées ; et, quand même nous serions possédés d'un esprit impur, nous ne saurions faire ce que l’on dit que fait un sorcier pour le nœud de l’aiguillette. Tout au plus le démon r’aurait alors de pouvoir que sur le corps qu’il posséderait, et son empire ne saurait s'étendre jusque sur lautre partie de l’homme. Témoin l’empereur Fré-

déric Barberousse qui se moqua si justement des menaces d’un Arabe qui passait pour magicien, que les Milanais qu’il assiégeait lui avaient en- VOYÉ+

D'autre part, qui peut croire que nos parties naturelles puissent être plutôt enchantées que les autres qui nous composent? N'est-ce point peut-être parce qu’elles servent à des actions impudiques et.illicites, que le démon prend de là sujet de les enchanter ? Mais notre cœur n’ést-il pas la source du mal que nous commettons ? nos mains n’exécutent-elles pas ses pernicieux desseins ? et notre langue ne découvre-telle pas ce qu’il a de mauvais? Cependant nous n'avons point appris jusqu'ici que notre cœur, nos mains et netre langue aient été ensorcelés.

Au reste, tout le monde sait que les femmes ont plus de légéreté que nous n’en avons , et que l’on voit plus de sorcières, ou plutôt de folles et de mélancoliques , que l’on ne voit d’hommes sorciers. Cependant, quand il est question d’engendrer , on dirait que le démon s’attache plutôt aux hommes qu'aux femmes, comme si les . parties naturelles des hommes lui étaient plutôt destinées que celles des femmes.

Dans cette fausse pensée, l’on ne manque ni de raisons apparentes , ni d’autorités recherchées, pour prouver ce que l’on dit ordinairement làdessus ; et la vérité , dans cette occasion, n’a pas tant de lustre que le mensonge.

. Mais si nous ne nous laissons pas prévenir en faveur des enchantemens, nous trouverons aisément la véritable eause par laquelle ce sont plutôt les hommes qui sont exposés à ces charmes imaginaires. La femme ne fait que souffrir quand on la caresse, et c’est assez qu’elle puisse rece-

voir les impressions de l’homme, pour devenir. féconde : au lieu œr’il faut des machines à Phomme pour le faire agir, et peu de chose pour l'en empêcher. Si-son imagination est blessée par les désordres de la femme; si elle est émue par sa beauté ou dégoûtée par sa laideur , ses parties : amoureuses Jui refusent l’obéissance qu’elles lui ; doivent. Si un homme aime avec trop de passion; si la pudeur ou la timidité ne peuvent souffrir les amorces de Pamour ; si les courtisanes ou Ja débauche ont épuisé ses forces, el qu'à cause de cela il ne puisse jouir des piaisirs du mariage, on dira aussitôt qu’il est ensorcelé , ainsi qué le disait autrefois l'empereur Néron , de lui-même, et que l’aiguillette lui avait été nouée, comme s’il ne paraissait pas assez de causes naturelles qui le rendent froid et languissant. Jamais on n’eût cru que Théodoric, roi de Bourgogne, eût été charmé, si auparavant il n'eût perdu ses forces entre les bras de ses courtisanes ; et jamais Hermenberge n'aurait appréhendé le sortilége , s’il avait été en état de la satisfaire.

Je ne parle point ici des normes impuissans par la nature, ni de ceux qui ont quelques défauts dans leurs parties naturelles. L’on sait assez qu'ils né sont point capables de s’allier étroitement à une femme : mais je parle seulement de ceux à qui il ne manque rien pour s’acquitter agréablement du devoir d’un mari. |

Si nous avons un peu de force d'esprit , nous nous moquerons de ce que quelques personnes spirituelles ont dit en raillant ou en voulant pro-

fiter de da faiblesse des autres : nons nous moquerons, dis-je, du millepertuis et de la rue cueillis de nuit, en disant quelques paroles «bseures, eousus ensuite dans du linge, avec une aiguille qui a servi à ensevelir les morts, et puis pendus au cou d’une fille avec une aiguillette de nerf de loup , pour l’empêcher d’être dépucelée. Nous nous rirons des caractères éphésiens écrits avec du sang de chauve-souris, et puis pendus au cou de la mariée pour le même effet ; nous tiendrons pour superstitions ce que lon dit ordinairement des vertus de l’aiguillette , suit faite de nerfs de loup, soit de peau de chat ou de chien enragé. On aura beau la faire teindre d’une ou de trois - Couleurs , la nouer de trois ou de neuf nœuds, cracher trois {ois sur la poussière ou dansson giron ,et cire tout bas quelques mots obscurs et basbpiés; pendant que le prêtre dit aux mariés ces mots latins , ego vos conjungo ; rien de tout cela ne sera capable de faire sur nous la moindre impression, si nous avons fant soit peu de force d'esprit.

Nous n’avons que faire, pour nous garantir de ces charmes, de graisser la porte de la chambre où l’on doit coucher, avec de la graisse de loup ou de chien noir, d’attacher à la colonne du lit des mariés des testicules de coq , de jeter daas la chambre des fèves coupées par la moitié, et faire beaucoup d’autres bagatelles que les vieilles femmes .ont inventées pour amuser les enfans: Pour nous moquer des maléfices, nous n'avons besoin que de vigueur et de hardiesse ; il ne

faut qu’avoir été sage avec les femmes et être amoureux quand on se marie pour mépriser tout ce qui peut s’opposer aux plaisirs du mariage. Et s’il faut s'expliquer ici plus nettement, voulez-vous rompre toutes sortes de charmes ? soyez sebres, et modérez toutes vos passions; ne soyez ni si lent ni si ardent à l’amour ; usez de votre femme lorsque la nature vous excite à l’embrasser. La chasteté vous rallumera souvent le feu que vous anrez perdu entre ses bras; et par-là, si les mariés veulent, ils apprendront à se moquer du sortilége ; car c’est une grande partie de la santé que de vouloir être guéri. ;

On ne peut douter que les vapeurs noires d’une humeur mélancolique ne puissent troubler notre imagination , et nous persuader des choses qui ne sont pas. Nous en avons des exemples , et il ne se passe point d’année que je n’en fasse quelques observations en faisant la médecine.

Si un homnié ne peut connaître sa femme, parce qu’il eroit avoir l’aiguillette nouée , il ne faut pas d’abord combattre directement son opinion.

: Plus on s’opiniâtre à lui dire que cette une bagatelle, plus il sera obstiné dans son sentiment.

C’est l’effet d’une humeur noire et mélancolique, que de rendre fermes ceux en qui elle domine. Tout ce que l’on doit faire dans c’est occasion, c’est de traiter cet homme comme un fou, et de tâcher de guérir son imagination blessée, par quelque action de souplesse, comme Moniaigne guérit un comte avec un petit talisman d'or. ‘Un juge allemand demandait un jour à une

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fameuse sorcière, qui est-ce qui pouvait être le plus tôt guéri d’un sortilége ? A quoi elle répondit fort à propos , que c'était celui qui gardait le plus long-temps ses vieux souliers ; voulant dire par-là , qu’il ne fallait que du temps et de la patience pour guérir ceux qui pensaient être ensorcelés. |

Je crois pourtant, ainsi que jai l’ai dit ailleurs, qu’il y a des remèdes pour nous rendre froids auprès des femmes, sans quë nous soyons pour cela charmés. Mais ce que l’on appelle sortilége ou enchantement, ne se fait que par un pacte tacite où exprès avec le démon ; et pour cela, l’on ne se

sert que de paroles obscures, de figures , d’herbes sans vertus et d’autres bagatelles , qui nous font bien voir que ce n’est pas la nature qui agit, mais toute autre chose.

Il est impossible que le diable, pour venir à la seconde proposition que je dois examiner en peu de mots, puisse empêcher la nature d’agir, quand elle a tout ce qu’il jui faut pour agir. L'enfant qui se forme dans les flancs de sa mère, ne S'y forme que par:un exprès commandement de Dieu. Le démon n’a nul pouvoir d'empêcher la génération , et encore moins quand elle est appuyée du sacrement de mariage. La nature suit inviolablement les ordres du Créateur, quand elle n’est point empêchée dans son action par quelques causes naturelles ou violentes ; et si le démon où un sorcier peut s'opposer à la conception , ou plutôt si le prince des puissances de l’air, pour me servir de l’expression de saint Paul, exerce

son pouvoir sur les incréduies et sur les rebelles, ce n’est point par le sort, mais par l’impie crédulité d’une femme , par sa peur ou par l’agitation extraordinaire de son sang et des humeurs, Car , qu'un serpent, mis sous le seuil d’une porte puisse rendre une femme stérile , il n’y a que les fous et les hypocondriaques qui puissent le croire. j ajouterai encore à ce que je viens de dire , que, S'il est vrai que Jésus-Christ soit venu enchainer le démon pour l’empêcher de nous nuire , et qu'il y ait présentement des hommes plus éclairés que dans les siècles passés, qui se soni aperçus de la souplesse des uns et de la faiblesse des autres, on ne doit pas s'étonner qu’on ne voie pas à celle heure tant de sorciers qu’autrefois. Médée , qui ne se servait que d'herbes qui agissent par des qualités manifestes , passait pour sercière dans un siècle ignorant , et un joueur de gobelets passerait pour magicien parmi les Siamois , s’il leur faisait voir ses souplesses et son industrie.

C’est une grande marque de sagesse , de ne pas croire légèrement tout ce que l’on nous dit des charmes et du sortilége. Si l'on purgeait avec vellébore ou avec le vin émétique tous Ceux qui pensent avoir V'aiguillette nouée, je ne doute voint qu’ils ne fussent, pour la plapart , bientôt guéris des maladies du cœur et du cerveau ; que ‘eur cause Phumeur mélancolique. C'était le sen- “timent du grand jurisconsulte Alciat, qui avait assisté au procès de beaucoup de sorciers , et qui «sait, pendant qu’on les brûlait du côté du Béarn, que le feu n'était pas un si bon remède pour euæ

que la purgation. En effet, nous ne voyons pas que les parlemens les plus sensés aient été si faibles, dans les derniers siècles , que de se laisser séduire aux impostures des sorciers. Celui de Paris se moque, avec raison, de cette bagatelle ; et cette illustre compagnie ne s’est jamais repentie, Comme ont fait les autres, d’avoir été trop facile à persuader.

Si l’on eût purgé plusieurs fois le cerveau de Gratienne Gaillard, femme de Jean d’Auroux, de Berri, qui tombait dans de fâcheux accidens lorsque , dans les premières années deson mariage, on lui parlait de son mari, au lieu de la démarier comme fit M. la Chapelle ; official du diocèse de Bourges , sans doute que lon aurait mieux agi dans cette occasion. Car puisque M. :Couturier, docteur en médecine , et deux autres médecins, jugèrent qu’elle était folle, il n'y avait point d’autres remèdes , pour la remettre en bon sens, que ceux que nous avons proposés.

Les exorcistes anciens en usaient bien mieux que ne font aujourd’hui nos modernes. Jamais ils n’entreprenaient de faire sortir, par les prières de l’église , le démon du corps des possédés ; que lés medecins n’eussent auparavant bien purgé le malade.

Si de grands hommes ont semblé eroire aux impostures des sorciers ; ils ont voulu parler comte le peuple , et ont été quelquefois bien aïses de sé laisser tromper avec lui.-L'art fait souvent paraître des choses surprenantes. La nature s’en mêle quélquefois ; mais Dieu ne permet que fort

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rarement qu’il se fasse des prodigés ét des miracles : et c’est , à mon avis, une faible raison de dire que Dieu permet tout ce que l’on eroit pour fordinaire des enchantemens. | Mais je rappelle dans mon esprit que l’on est

fort mal récompensé après avoir écrit pour ou contre les sorciers , et que Bodin , qui se déclara autrefois leur ennemi capital, a passé aussi bien pour magicien que Wier , qui en a entrepris la défense. Jamais Apulée, accusé de magie, ne se serait tiré d’affaire , avec toute sa philosophie et tout son bel esprit, si Lolannus Avitus, ami de Claudius , n’eût intercédé pour lui auprès de ce président, On me permettra donc de n’en rien dire davantage, et il suffit que Naudé ait fait en ce siècle l’apologie des grands hommes accusés de magie.

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