CHAPITRE IV
Des Hermaphrodites.
IL fant avouer que la nature se joue quelquefois, lorsqu'elle donne aux parties qui distinguent les deux sexes une figure différente de celle qu’elles doivent naturellement avoir. Il n’y a qu’à lire des histoires des hermaphrodites pour apprendre que des personnes ont eu tout ensemble les parties naturelles d’un homme et d’une femme. Ce sont ces gens que l’on jetait autrefois dans la mer ou
La
dans la rivière, ou que l’on reléguait dans quelque île déserte, comme des présages de quelque sinistre événement,
Si l'intelligence qui travaille dans les entrailles d’une femme manque quelquefois à former les parties les plus nobles et les plus nécessaires à la vie d'un homme, on ne doit pas s'étonner s’il lui en arriveautant dans la formation des partiesgénitales. Mais parceque la propagation de l'espèce n’est pas d’une si grande nécessité que l’existence de la vie, nous ne voyons pas aussi tant de défauts dans le cœur , dans le cerveau , dans le foie et dans les autres parties principales , que dans les parties amoureuses des hommes et des femmes. En effet , il re se passe guère de lustre que l’on n’entende parler de quelques hermaphrodites, qui autrefois passaient pour des prodiges et pour des monstres , et qui sont aujourd’hui regardés comme quelque chose de fort curieux.
4. J'en compte de cinq espèces. Les premiers ont toutes les parties naturelles d’un homme fort bien faites ; ils urinent et engendrent comme les autres hommes; mais avec cette différence qu’ils ont une fente assez profonde entre le siége et la bourse qui est inutile à la génération.
2, Les autres ont tout de même les parties naturelles d’un homme fort bien ‘figurées, qui - leur servent à faire Les fonctions de la vie et de la génération; mais ils ont une fente qui n’est pas si profonde que celle des premiers, et qui, étant au milieu de la bourse, presse les testicules d’un côté et d'autre.
3. On ne découvre dans les troisièmes aucune partie naturelle d’homme ; lon ne voit seu:ement qu’une fente, ‘par laquelle l’hermaphrodité urine. Cette cavité a plus on moins de. profondeur ; selon le défaut de la matière qui a été employée à la former : mais cependant le doigt en trouve aisément le fond. Les règies ne coulent jainais par là, et cette espèce d’hermaphrodite est un véritable homme , aussi bien que jes deux autres. Ce sont ces sortes d’hermaphrodites, qui à l'âge de quinze ou dix-huit ans, deviennent garçons, de fitles qu’ils avaient . été estimés auparavant : témoin la fille de ce pêcheur qui, äu rapport d'Antoine de Palerme, devint homme après quatorze ans de mariage.
Toutes les parties d’un homme lui softirent tout d'un coup, ét elle parut alors à son mari aussi vaillante qué lui dans l'action faturelle des hommes.
4. Les quatrièmes sont des filles qui ont le chtoris plus long et plus gros que les autres , et qui par-là en imposent au peuple, qui n’est pas savañit dans LES parties qni les composent. Ce sont élles quê les Grecs appellent tribades, dont les Français ont formé leur mat de Hbaiaes se c’est aus$i dé cette espèce d'hermañhrodites, dont Colombus dit avoir examiné les parties internes | ét vAiurelles, sans y avoir trouvé aucune chose ésseñtiélle , différente des parties naturellés des autres fermimes. La seule marque qué ce sont des fillés, c’est qu’elies souffrent tous 1es mois l'écoulement de leurs règles.
- 3, Enfin, les cinquièmes sont ceux qni mont l'usage ni de lun ni de l’autre sexe, et qui ont . des parties naturelles si confuses, et le tempé- rament d'homme et de femme si mêlé, que l’on aurait de la peine à dire lequel Pemporte lun sur l'autre. Telle était la Bohémienne qui pria le même Colombus de couper sa verge, et d’élargir le conduit de la pudeur , pour avoir la liberté, disait-elle, de se joindre amoureusement à un homme. Mais ces sortes de personnes sont plus tôt une espèce d’eunuques que d’hermaphro- dites, leur verge ne leur servant de rien et les règles ne leur venant jamais.
Je ne prétends point parler ici de ces femmes à qui les règles manquent par quelque cause que ce soit : on est aisément persuadé qu'elles ne changent point de sexe, et que leurs parties naturelles demeurent toujours les mêmes; mais on sait aussi qu’elles peuvent changer de tempérament et prendre celui d’un homme , comme Va remarqué Hippocrate , dans la personne de Phaétus. | é
Beaucoup de personnes assurent , et c’est même vrai, qu'il y a des hermaphrodites, mais aucun ne nous instruit véritablement de leurs causes efficientes et matérielles : examinons-en donc exactement la source. |
4. El y à sur celte matière plusieurs raisonnemens. Les uns pensent que la conjonction de Vénus et de Saturne, dispose si confusément dans les flancs d'une femme lamatière qui sert à former un enfant, qu’ilnaitide lun hermaphrodite.
2. Les autres croient que les hermaphrodites se forment pendant que les règles coulent, et que , les règles étant toujours impures , elles ne peuvent produire que des monsires.
3. Les troisièmes disent que la nature ayant un soin particulier pour la propagation des hommes, s'efforce toujours, autant qu’elle le peut, à engendrer plutôt des femelles que des mâles. Aussi voyons-nous, ajoutent-ils, beaucoup plus d'hommes hermaphrodites que de femmes , la nature ayant marqué à ces premiers les vestiges des parties naturelles de la fen.me.
4. Les autres croient que l’homme et la femme ayant contribué tous deux également à la génération, la faculté formatrice qui tâche de rendre le corps sur lequel elle travaille semblable à ceux dont elie est sortie , imprime autant qu’elle peut, sur ce COrPS ; les caractères d’homme et de fenime; ce qui fait un hermaphrodite : si bien qu'il s’en est vu qui étaient capables d’engendrer dans les deux sexes , et qui avaient la mamelle droite d'homme et la gauche de femme.
5. Les cinquièmes se persuadent que, Dieu ayant fait l’homme mâle et femelle, comme parle l'Ecriture, nous avons essentiellement en nousmêmes la faculté de devenir l’un et l’autre sexe, et par conséquent il ne faut pas s'étonner s’il naît quelquefois des hermaphrodites puisque nous le sommes en puissance. ;
Enfin , il y en a qui disent là-dessus tant de fables , que je ne saurais me résoudre à rapporter leur sentiment.
4. Si nous examinons les raisons de ceux qu, disent que la conjonction de Vénus et de Saturne est la cause des hermaphrodites, nous verrons clairement qu’eiles sont trop faibles pour nous persuader. Ces astres sont trop éloignés de nous, pour être les: causes prochaines d’un tel effet, et pour avoir un empire si absolu sur le corps d’un enfant dans les entrailles de sa mère; et s’il était vrai que leur conjonction pût causer ces difformités , au moins ne serait-ce pas dans deux hermaphrodites nés dans les diverses saisons d’une année.
2. Les secondes ne me persuadent pas plus ; car, selon leur sentiment, il devrait plutôt naitre des galeux , des ladres et des valétudinaires, que des hermaphrodites , si la conception se faisait pendant le flux des règles , comme nous l’avons remarqué ailleurs.
3. Je ne suis pas non plus convaineu par les raisons des troisièmes; car la nature n’étant que la puissance de Dieu dans la production des animaux, elle ne travaille jamais , selon ses ordres naturels, que sur la matière qu’on lui a donnée; et par conséquent les hermaphrodites dépendent plutôt de la disposition de la matière, comme nous verrons ci-après, que du dessein prémédité de la nature.
4. Le sentiment des quatrièmes sent si fort la fable que ce serait perdre du temps que de s'arrêter à le réfuter; car la faculté formatrice, qui n’est qu'un effet del ame, ou l’ame même, si lon veat “a pas le pouvoir de faire des
différences si manifestes , et la génération ne se faisant que par le mélange et la fermentation des deux semences, comme nous l'avons prouvé ailleurs, elle ne peut en séparer les actions, quand les semences sont une fois jointes : si bien: qu’il ne s’est encore jamais vu d’hermaphrodite qui pât user indifféremment de ses deux parties naturelles et en produire des enfans. Si Nous avons quelques histoires là-dessus, ce sont toujonrs de véritables femmes quiabusentde leur clituris, avec lequel elles ne peuvent jamais engendre: dans un aûtre.
5. Eafin, de croire que nous soyons hermaphidites en puissance, c’est une imagination tirée de’ Platon, et une erreur qui fut condamnée sous le pape Innocent IIT; et quoique l’Ecriture paraissait d’abord favorable à ce sentiment, cependant , si on la considère de bien près, on verra qu’elle à un sens tout autre que celui qu’on lui veut donner,
Maïs pour dire ce que je pense sur une matière aussi difficile que celle-ci, il me semble qu’on doit preudre la chose de fort loin , t se souvenir de ce (ue nous avons dit ailieurs de la cause de la géné ration des garçons et des filles; après quoi il sera, ce me semble , aisé de connaitre ce qui fait la confusion des sexes. |
Nous avons dit que la semence était le plus souvent indifférente pour les deux sexes, et que, si elle ‘rotivait une boule dans les cornes de la matrice,, qui renfermât une matière chaude, sèche, 'esserrée , pressée et pleine d’esprits, elle la ren-
it feconde pour en faire un garçon; mais que,
| si elle en rencontrait une autre qui fût moins chaude et moins sèche, plus ouverte et plus mollette, et moins remplie d’esprits que la première, elle ne laissait pas de l’animer pour en faire une file. :$
Nous avons encore dit que, si la matière qui était renfermée dans une autre boule était tellement tempérée dans ses qualités et égale daus sa matière, qu’elle fût dans un parfait équilibre à l'égard de toutes ces choses, la semence de l’homme déterminait cette matière pour un garçon ou pour une fille, selon le plus ou le moins de feu et des- ” prits qu’elle portait avec sa matière lâche ou resserrée. |
Mais si, par hasard , la semence de homme à plus de disposition pour déterminer à l’un des deux - sexes la semence tempérée de la femme , alors il se fait un hermaphrodite qui a plus de rapport à l’un ou à l’autre . selon ies différens efforts de la semence animée de l’homme ou de la femme.
1. Pour éclaircir davantage cette difficulté, examinons la chose de plus près. L'intelligence de Yenfant, ou son ame immortelle, si l’on veut, qui a travaillé depuis le commencement de la formation de cette créature à se faire un domicile, let qui a déjà achevé la plupart de ses parties principales, commence vraisemblablement vers le trente-cinquième jour à s’employer à faire les parties naturelles d'un garçon. Elle prend donc la matière qu’elle a mise dans l’endroit où doivent être posées les parties naturelles de lenfant. Elle travaille incessamment à les former, mais, parce
104 | qu’elle manque de matière pour les accomr'r, elle en emprunte des parties voisines : aimant mieux rendre celles-ci défigurées , que de manquer à former parfaitement Jes parties qui doivent servir à la génération. |
2. Et ce sont les défauts qu’on remarque dans les deux premières espèces d’hermapbrodites dont Nous avons parlé ci-dessus, qui sont de véritables hommes,
5. Mais lorsqu'il ne se trouve guère de maïière pour faire les parties génitales d’uu garçon, on ne Saurait dire quelle économie l'intelligence prend pour former ces parties. Elle épargne la matière, elle ménage le lieu, et dispose si bien toutes choses , qu’elle forme parfaitement les parties génitales d’un garçon ; mais elle les forme en dedans, Manquant de force, de chaleur et de matière pour les faire sortir au dehors. C’est de cette sorte qu’elle agit en formant les parties naturelles de la & oisième espèce d’'hermaphrodites, qui sont estimés des filles, bien qu’ils soient de véritables garçons. Ce sont ceux-ci qui changent de sexe jet qui de filles, qu’ils étaient estimés auparavant, deviennent hommes » quise marient ensuite et
qui sont les pères de plusieurs enfans. La chaleur
naturelle et génitale, devenant tous les jours plus forte, pousse au dehors, à l’âge de quinze, de vingt ou de vingt-cinq ans, les parties amoureuses qui étaient demeurées cachées jusqu’à ce temps-là, comme il arriva à cette fille italienne, qui devint homme, du temps de l'empereur Constantin L comme saint Augustin nous le rapporte. C’est