‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 10 sur 47 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

X. Constitution. IX. Élections pour la représentation nationale. XI. Parlement d’Angleterre. XII. Parti de l’opposition. ' . v * t *♦ .tf

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est une émanation dç§ lojs ^pudamenUjles de l’état. La constitution anglaise a été renversée par lortj Cliatliant^ Ân fameux Pitt. Çe£ deux grands honimjps ppk.réuni toute l’autorité dans le conseil des ^iiMStyes yQtyfimttoyt *.jnsqu’au discours dft Qj^ pomble le roi et la

famille myajfi et de richesses,, «jt^fs

on ne leur donne auoune a&t^it&i^S^, ni sur la banque, ni sur farinée, ni sur la marine. Dans la guerre qui vient d’avoir lieu , toutes les dépêches de lord Wellington étaient connues des ministres, et même du public, avant qu’on en eût donné communication au prince régent.

Quand lord Liverpool ou lord Bathurst avaient fini leurs affaires, alors ils se rendaient à Cari -

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ion house pour faire connaître àu souverain les nouvelles des armées.

L’Angleterre a donc autant de rois que de ministres. Les deux chambres étant composées des riches propriétaires du royaume, la majorité est tou jours pour le parti ministériel, dont le but est de maintenir l’aristocratie , contre fautorité royale et la démocratie. Si le roi était le maître de ses actions, il pourrait dissiper les trésors dé l’état, placer des favoris sans talents, contracter des alliances nuisibles à l’intérêt public, et se livrer à des entreprises qui, en flattant son amour-propre, compromettraient la gloire nationale. L’autorité des ministres anglais est aussi absolue que celle du grand-seigneur à Constantinople. Cependant le peuple ne s’en alarme point, parcequ’il croit que l’Angleterre serait perdue à jamais si on cessait d’avoir confiance dans des chefs dont un grand mérite est de savoir se populariser à propos. Pourquoi, me dira-t-on, prendre tantde précautions pour pàralysef les droits durégentet pourse garantir des prétentions des démocrates? Keserait-il pas plus naturel qu un de cesministres, par exemple lord Castlercagh , supplantât les Brunswick et se fît nommer roi ?

Lorsque j étais au collège, un jeune. prêtre à

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qui je faisais sentir le danger de confesser longtemps une jeune et jolie demoiselle, sans éprouver de vives tentations tle la rendre encore plus pécheresse, me répondit fort gravement « qu'il Y avait des grâces d’état . » On peut en dire autant des ministres anglais. Ils ne convoitent pas le trône de leur pays. Leur ambition se borne à conserver leur fortune, même aux dépens du bien-être de la nation. On peut évaluer à douze cents les riches propriétaires et capitalistes de l’Angleterre. Le plus opulent propriétaire est le duc de Devonshire, dont le revenu annuel est de cinq millions de francs. Le plus riche banquier est M. Coutts, dont le crédit est immense. Il le doit autant à son capital qu’à sa bonne foi. Quoique du parti de l'opposition, ce banquier et ce duc feraient les plus grands sacrifices, si les circonstances l'exigeaient, pour faire réussir une opération du gouvernement qui serait essentielle à la prospérité de l’Angleterre, parcequils sont convaincus que la maxime invariable des ministres actuels est la conservation des propriétés. Si le roi s’emparait de l’autorité, ou si la démocratie fondait la république, qui garantirait à M. Coutts ou au ducde Devonshire que quelque courtisan d 1 monarque ou quelque chaud républicain ne leur chercherait pas

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Digitizec

quelque querelle d’ allemand pour s’emparer de leurs propriétés ?

Maîtres de toutes les élections , les ministres n’ont rien à craindre de l opposition. S’il n’eu existait pas, la politique leur imposerait l’obligation d’en créer une modérée, pour prouver au peuple quil a des défenseurs de ses droits, et qu’il peut vaquer tranquillement à ses travaux. Un ambassadeur espagnol avait été étonné de la vivacité des débats du parlement. Il fit part de son opinion à Lord Cliatham, en ajoutant que la France instruite de cette mésintelligence ne manquerait pas de s’en prévaloir. Le ministre anglais conduisit l’Espagnol dans sa bassecour, où deux dogues se déchiraient à belles dents. On fit entrer un ours dans l’arène. Aussitôt les deux dogues se précipitent sur cet inconnu, et l’obligent à quitter le champ de bataille* Délivrés de la présence de leur ennemi commun, les deux combattants recommencèrent leur sanglante lutte avec une nouvelle fureur : « Voilà, dit lord Chatham à l'Espagnol, « l’image des partis en Angleterre. Nous nous « disputons pour la forme; mais, dès qu’un en- « uemi se présente, nous nous réunissons pour « le combattre, et nos disputes ne recommen- « cent que quand le salut de la patrie est assuré. »

Il aurait pu dire que les dogues étaient dressés à ce genre d exercice, et ajouter que beaucoup de membres de l'opposition sont mieux payés que la plupart de ceux du parti ministériel.

Aussi ai-je lu avec pitié ce paragraphe du général Pillet (page 8p): « Si deux hommes « plus déshonorés que lord Cochrane > flétri • * « par une sentence comme escroc, et Francis « Burdett, publiquement honni comme un lû- « che, pouvaient être ramassés dans la boue de « la démocratie, TVestminster irait les y chérit cher. La raison en est bien simple. La voix de « pareils hommes est sans poids au parlement;

« leur élection, sans conséquence pour les mi- « nistres, est un léger hommage rendu à la voit lonté du bas peuple. » Je ne répéterai point ce que j’ai déjà dit sur lord Cochrane, dont le seul tort, h mon avis, est d’avoir consenti à seconder les plans des ministres; j ajouterai* que l'auteur ne connaît pas mieux sir Francis Burdett : il n’est rien moins qu'un lâche; c’est un brave homme dans toute la force du terme, bon époux, père tendre, ami sincère, et loyal citoyen.

On l’a dénigré dans les journaux , pareequ’au ‘ sortir de la tour de Londres il refusa de se joindre à la mascarade organisée secrètement par la police pour mieux connaître les ennemis du

gouvernement. Sir Francis se conduisit avee beaucoup de discernement : il est l'ami du peuple; il voudrait voir les impôts diminués, et les antiques lois remises en vigueur. Il est aussi • partisan du trône, et il gémit de voir le souverain réduit au triste rôle d’un mannequin. Le général Pillet a parlé de lord Cochrane et de sir Francis Burdett sans les connaître. Tout ce que j’en dis est authentique.

Bien loin que les voix de ces deux Anglais soient sans poids au parlement, je puis attester qu’on redoute fortement l’opposition de sir Francis, parcequ’ejle est toujours basée sur les droits que la constitution garantit aux diverses classes de la société. Le rôle adopté par lord Cochrane, quoique moins brillant, n'en est que pl us honorable, puisqu’il sacrifie sa propre gloire à la satisfaction de faire triompher le gouvernement. Lorsque ce seigneur présenta ma pétition au parlement, en février 1 8 1 a , il fut écouté avec la plus grande attention. On refusa dadmettre ma pétition , parcequ elle n était pas revêtue de l'assentiment royal, ou plutôt de l'approbation ministérielle. Je demandais ou que le gouvernement me rendît mes plans, ou qu’on me payât 60 mille livres sterling pour m indemniser de mes pertes au camp de Boulogne. Lord

Cochrane m’avait conseillé de capituler- avec les ministres, et d’accepter les conditions qu’il me proposa de leur part. Il mit dans tous ses

* procédés à mon égard un zélé et une délicatesse au-dessus de tout éloge. Bien loin d’être un escroc, j’affirme que lord Cochrane, par ses talents distingués, par ses services éminents, et pas ses qualités sociales, qui le rendent cher à tous ceux qui le connaissent, est fait pour occuper les emplois les plus honorables tant dan3 la marine que dans la diplomatie, ou même dans

* le gouvernement de son pays.

Je .suis également forcé de combattre l’opi- . nion de l’auteur,, quand il dit (page 119): « Je « connais trop l'Angleterre pour croire à l’exi- « stence d'aucune vertu dans cette île. On « n’en connaît que le masque. Les rôles de l’op- « position suivent l’intérêt des familles, où le «jeu des physionomies se distribue comme on « distribue au théâtre les rôles de financier , « d’ amoureux , de valet, ou de tyran y et tel « se faisait applaudir hier dans Sertonus , qui «jouera demain, avec non moins de succès, le « rôle de Néron. Le fameux Edmond Burck, « après avoir* figuré trente années à la tête de «l’opposition, se jeta dans le parti contraire, « lorsqu’il crut que dans ce nouvel emploi il

« pourrait faire plus de mal à la France. » Le général Pillet a déjà oublié qu’il a dit (page 34) que l’esprit public des Anglais était admirable, qu’il suffisait pour assurer leur gloire nationale*, qu’il était la pierre de touche d’une nation , et le plus précieux de tous les biens. Après avoir / tant loué ce génie conservateur des Anglais, il ne convenait guère d’en faire la base d’une ac- * cusation atroce, de l’exclusion de tout un peuple à la vertu! On plaint un auteur qui prouve à ce point son ignorance du cœur humain. On le compare à un charlatan qui voudrait démontrer que le soleil est totalement et continuellement éclipsé pour l’Angleterre ; et on en conclut que le général Pillet, quoique rempli d’esprit, est moins propre à manier la plume que l epée.

On me reprochera sans doute d’avoir passé sous silence les détails relatifs à 1 Irlande et à plusieurs membres du parlement dout 1 auteur parle avec peu d’égards. M. Canning n’a jamais été pour l’opposition criarde et ordurière (page î io); c’est une des plus fortes colonnes du ministère, par son esprit pénétrant et l’énergie de son éloquence. Il a occupé des emplois dans le ministère avec la plus grande distinction. J’entrerai dans de plus amples détails à l’article des ministres. L histoire de la révolution d lr-

lande est connue. Peut-on , de bonne foi, blâmer les Anglais de tous les partis de s être concertés pour effectuer la réunion parlementaire de l'Irlande et de l’Angleterre? L'opposition est composée de citoyens anglais. On lemploiedans les moments critiques pour modérer l’effet de l orage, et résister plus sûrement à la violence delà tempête. Pourquoi critiquer avec tant damertume les services rendus à la patrie par ceux de ses membres quelle a vus naître dans son sein, et qui par conséquent lui doivent l'usage de leurs talents?

« Jusqu’ici, dit fauteur (page 1 1 8 ) , fopposi- « tion u a fait que des dupes ou des traîtres de « tous les hommes qui se sonL laissé tromper « par elle dans les cours étrangères. En politi- « que, le gouvernement anglais est ce que les « Anglais sont dans la vie civile, dans les trans? « actions particulières. Etes-vous attaqué, un « Anglais vous met-il le pistolet sous la gorge? « malheur à vous si un Anglais accourt à votre « secours ! Dégagez- vous avant qu il n’arrive. « Quelque langage qu il emploie, soyez certain « qu'il vient pour découvrir votre côté faible, (( vous aider peut-être si vous êtes fort ; mais pour « vous lier les mains, afin que vous soyez plus «sûrement assassiné, s il y a probabilité que

* vous devez Succomber. J’ai vu ces affreux « exemples se multiplier à linfini toutes les fois « que nos pauvres prisonniers étaient assaillis « par quelques gens du peuple. » Il fallait réserver cette accusation j>our l’article des prisonniers, et ne point en parler dans le chapitre du parti de l’opposition. L’auteur n a pas assez médité ce précepte d’Horace :

Cuilecta potenter erit rcs,

Ncc facundia dcserct hune nec lucidus ordo.

Comme j’ai été prisonnier de guerre en Angleterre après l’expédition d Irlande en 1798, je puis expliquer sans détour los motifs qui causent la colère .du général Pillet. Il nous était ordonné d’ètre rentrés dans nos logements à sept heures du soir. Quiconque était arrêté après l’heure fixée pour la retraite était conduit chez le commissaire, et on le condamnait à payer une amende au profit de ceux qui l’avaient arrêté. La police chargeait ses agents de cette opération, qui avait lieu pour le maintien du bon ordre. Les habitants de Litchfield, dans le S ta ffordsh ire } bien loin d’y participer, étaient les plus ardents à blâmer la sévérité du commissaire. Pendant trois mois que je restai dans cette ville, il n’y eut pgs plus de deux

arrestations, quoique le nombre des officiers prisonniers sur parole fût d’environ deux cents. L’auteur aurait aussi dû parler des hâtons appelés seven-a-clocky qu’on cachait sous ses habits. Quand un prisonnier était rencontré par un agent de la police, celui-ci l’avertissait de se retirer, en lui disant qu’il était plus de seven-ncloch, ou sept heures. Souvent le prisonnier tombait sur l’agent avec son gourdin , et l’en frappait rudement, en lui disant: Voilà du seven-a-clock à la française. I)u reste, il est faux quon ait assassinéaueun Françaisdans lesquartiers des prisonniers. Les Anglais ne sont point des assassins. Ils nous égalent en loyauté.

Malgré la prolixité de l’auteur, il ne nous a pas fait connaître la représentation nationale d’Angleterre. La chambre des communes, house of commons , se compose de six cent cinquantehuit membres, dont quatre cent soixante-treize pour l’Angleterre proprement dite, vingt-quatre pour le comté de Galles, seize pour lesCinqueports, quarante-cinq pour l’Ecosse, et cent pour l’Irlande, qui, quoique le tiers en population de la Grande-Bretagne, ne fournit même pas le sixième de ses représentants. Leurs fonction^ durent sept ans. La chambre des pairs, house of lords , se compose d’environ quatre

cents membres. Les archevêques et évêques siègent dans la chambre des pairs. Les deux chambres ont également linitiative des lois, qui sont ensuite présentées à l’acceptation royale. Les deux chambres tiennent leurs séances dans le palais de Westminster, près de la fameuse église de ce nom. Linlluence ministérielle sur les délibérations me dispense d’entrer dans des détails sur les avantages qui résulteraient pour la nation d’une représentation libre de ses décisions. Je donne, dans les documents officiels, le tableau nominatif de la chambre des pairs et de la chambre des communes, avec la liste des banquiers de Londres et des provinces.

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