XIV. Bienfaisance. Établissements philanthropiques
« Il n’est point de pays au monde (dit l’auteur, v page 1 3 1 ) où les établissements philanthro- « piques , les maisons de bienfaisance , soient
« aussi multipliés qu’en Angleterre La con-
« séquence naturelle de cette quantité d établis- « sements de bienfaisance doit être pour un « Français non observateur que le caractère an- « glais est naturellement humain , généreux, et « cependant il est précisément l’opposé de ces « deux nobles qualités. Le cœur cf un Anglais est « dans sa tête. Tout se fait dans ce pays par cab « cul et pouf la vanité; jamais le bien pour le « bien. » Pour motiver une si singulière opinion , le général Pillet cite « un perruquier qui , v ayant fait fortune, refusa, de son vivant, « de donner cinquante louis pour faire recevoir « son père, qui était mendiant, dans un hôpi- « tal, tandis qu’à sa mort il laissa deux cents « louis pour les pauvres. Le père du perruquier * mourut dans la misère, pendant un hiver ri-»
« goureux, en quelque sorte dans la rue. Dans « vingt ans la mémoire du perruquier sera , « pour le public, un objet de vénération, à « cause du monument élevé sur sa tombe pour « annoncer qu'il a donné aux pauvres 200 livres « sterling. L'infame conduite du perruquier en- « vers son père aura disparu. C'est ainsi que « calcule un Anglais. Ce n'est pas ainsi que devrait raisonner un Français. Parcequ un parvenu se laisse influencer par ses passions au point d'oublier les devoirs les plus sacrés envers Fauteur de ses jours, et que, repentant d un si fatal aveuglement, il a voulu sans doute réparer son erreur en donnant aux pauvres quatre fois la somme qu il avait refusée à son père, je me garderai bien d en conclure que cet homme na agi que par la puérile vanité d’avoir quelques mots flatteurs gravés sur sa tombe. Admettons cependant la vérité de tous les détails de cette anecdote, aussi surprenante que celle des copistes des filles de Loti», et adoptons meme l’opinion de Fauteur suri Orgueil du perruquier, comme ayant été Ionique motif de sa libéralité. Y a-t-il dans cette faiblesse individuelle une raison suffisante pour proclamer que tel est le ca'ractère du peuple anglais, et que tout dans ce pays se fait pour la vanité.’
Ostentation ou générosité, la conduite de la nation anglaise mérite les plus grands éloges, par une foule d’établissements de tous les genres dont la capitale et les provinces abondent pour le soulagement des malheureux. Les agents secondaires commettent beaucoup d’abus bien difficiles à réprimer entièrement; mais l’intention des fondateurs et des premiers chefs n’en est ni moins noble, ni moins louable. Si un étranger se trouve à Londres dans le besoin, il • s adresse a une société pour secourir les voyageurs. 11 est souvent rebuté par les nombreuses précautions g ne la prudence prescrit pour ne pas être joue. On veut savoir sa demeure, sa profession , scs connaissances dans Londres, ses habitudes; et ce nest que quand on a obtenu des renseignements satisfaisants qu’on donne 4jles secours toujours modiques, àcause du grand nombre de personnes a soulager. Hambourg, Moskou, et la Péninsule, attestent la générosité <d es Anglais. Cette nation est peut-être la seule an monde dont les immenses richesses lui aient fait concevoir 1 heureuse idée de contribuer à reparer les desastres causés aux autres peuples par la politique de son gouvernement. J’ai vu les Anglais sans prévention. Ils aiment leurs intérêts comme tous les hommes; mais ils ne le
cèdent à aucun peuple pour la bonté, la générosité, et la loyauté dans tous les actes de la vie sociale, militaire et commerciale. J’ai étudié le caractère anglais dans le salon des ministres, dans le comptoir des banquiers, dans les boutiques des marchands, et dans le manoir des laboureurs; par-tout j’ai trouvé une nation digne de l’estime des autres peuples.
L’auteur a jugé de toute l’Angleterre par quelques individus qu’on rencontre dans tous les pays, et qui souvent sont placés auprès des • étrangers pour les étonner par leur bizarrerie, et pouvoir, à l’aide de ce masque, remplir plus sûrement la mission qui leur. est confiée par la police. Un jour où je me trouvais avec le docteur Buchan , médecin du plus grand mérite, je lui témoignai mon étonnement de trouver tant de bonne foi dans tous les Anglais, depuis \ le plus riche banquier jusqu’au plus simple artisan ; tandis que tout ce qui tenait au gouvernement affectait un machiavélisme au-delà de toute expression. Il me répondit*, avec beaucoup de justesse, «que les ministres étaient « obligés d’adopter ce système pour empêcher t< la nation detre dupe des autres peuples; que v l’Anglais, étant naturellement bon, franc, et * confiant, on ne modifiait son caractère que
« par 1 influence des journaux, où l’on ne cesse « de les mettre en garde contre les ruses des * « étrangers; et que, sans cette politique adroite,
« on verrait encore, comme dans l’ancien temps,
« l’Angleterre devenir tour-à-tour la proie des « Saxons , des Danois, des Normands, enfin de « tou t heu reux aventurier qui débarquerai t avec « quelques soldats sur les bords de la Tamise. » C'est avec un vrai plaisir que je me joins à l’auteur (page i35), pour rendre justice à la bienfaisance aimable et modeste des dames françaises; mais je dois le censurer de sa sévérité envers les 'Anglais, qui, quoique autrefois nos ennemis, et même aujourd'hui nos rivaux, méritent, par leurs vertus, leurs talents, leur industrie , et leur conduite héroïque au champ d honneur, 1 estime de quiconque se flatte de posséder son bon sens.