‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 13 sur 47 · XVI. Liberté de la presse · texte numérisé non relu

XVI. Liberté de la presse

« L’Angleterre (page i38) est un pays dans '« lequel le crime et la vertu ont leur compte « ouvert au grand livre de tout habitant. Celüi « des deux qui rapporte le [dus à l’article profit « est celui qu’on exploite. A cet égard le gou- « vernement n’a pas d’autres principes que le « particulier. » Je m’attendais à voir l’auteur cesser d'attaquer la nation anglaise pour me dévoiler tous les ressorts de cette habile poli-, tique des ministres anglais, qui ont réussi à établir la monarchie universelle , que tous le» plus grands publicistes avaient regardée jusqu à ce jour comme un beau rêve de l’ambition de Bonaparte.' Il n’en veut point démordre ; son parti est pris. Il veut faire seize millions de brigands de la population de la Grande-Bretagne. Anglais, Écossais, Irlandais, toute st confondu dans son arrêt de proscription. Pour nous faire partager ses idées, M. Pillet parle des troubles qui eurent lieu en 1811. Il prétend que des

émissaires des ministres furent envoyés dans le comté de Notlnngam et environs pour briser les métiers et incendier les manufactures. Il assure (page i4o) que M. Whithread a trouvé dans les papiers de M. Perceval la preuve que les ministres étaient les auteurs secrets de ces désordres. Comme il prévoit que le lecteur doutera de cette assertion, puisque M. Whitl)i cad j est tu y d après son propre aveu (page iji), il a recours à l’autorité «du doc- « leur Taylor , prêtre dissenter, e’iest-à-dire « qui n est pas de l'église anglicane, accusé de « jacobinisme par les ministériels. »

Pour réfuter une inculpation si ridicule, il suffit de l’énoncer. On est étonné qu’un officier qui occupe un rang distingué dans l’armée française aille accuser un gouvernement étranger d assassinat et d’ incendie dans son propre pays, -sans en avoir acquis les preuves les plus authentiques. Comme une erreur en provoque ordinairement une plus grossière, l’auteur nous assure (page r 43 ) qu’on a voulu attenter à ses jours. « Ashburn, nous dit-il, est voisin du Not- 11 tingham shire. I-.es Luddites voulurent venir «jusqu aux portes de cette petite ville, ou « plutôt on parut en être effrayé. A cette épo- « que le transport office avait tenté de me

m faire assassiner par son agent. Pour effa- « cer l’intérêt que quelques personnels avaient « paru me témoigner, on me fit l’honneur d’im- « primer, dans un pamphlet répandu dans le « Derby shire , que j'étais l’un des agitateurs, « et que j’avais à cet effet mission démon gouver- « nement. » Comment peut-on se permettre de traiter d’assassins des hommes aussi respectables que les commissaires qui dirigent le transport office en Angleterre ? C’est tout aussi absurde que si un officier anglais allait proclamer coupe-jarrets les membres de notre conseil d’état, section de la marine. Le général Pillet se trompe, s’il croit nous intéresser en sa faveur en nous communiquant ses frayeurs d être assassiné, comme un plan concerté par l’autorité. Le poignard aiguisé contre lui en Angleterre n’exista jamais que dans son imagination exaltée; et la preuve la plus convaincante de mon assertion, c’est qu’il vit encore. Si le gouvernement anglais avait jugé la mort d un officier français nécessaire au repos de la Grande - Bretagne , pourquoi la tentative contre un simple prisonnier de guerre aurait-elle été plus infructueuse que celle dirigée contre l’empereur de Russie (p. 4 2 4)? uu sujet duquel M. Pillet dit « qu’il n’est pas un individu qui ne vous

k répète à Londres, avec une sorte d'orgueil, « que ce sont les Anglais qui ont commandé la « mort de l’empereur Paul, pour avoir osé faire k la paix avec la France. »

J’arrive de Londres. J’y suis resté pendant quatre ans, et je n'ai appris que par le livre de M. Pillet ce qu’il fait dire par tous les individus au sujet de l’empereur Paul. Un baigneur, un perruquier, ou peut-être son cordonnier, lui auront débité quelque rapsodie du political register de Cobbett, ou de X antigallican de Goldsmith, sur l'habileté des ministres anglais à se délivrer de leurs ennemis per f as et nef as. Dès-lors il conclut, à sa façon, que tout Londres, il aurait même pu dire toute l’Angleterre, n’ont qu’une même opinion à cet égard. C’est une grande maladresse que de vouloir prouver le machiavélisme d’un gouvernement en lui créant des crimes inutiles, absurdes, et imaginaires, iorsqu’avec du calme, de la franchise, et de la finesse, on pouvait faire un assez beau chapitre sur le compte des ministres anglais. U ne nous convient pas de nous immiscer dans l’administration de leur royaume. Ils tiennent le gouvernail du vaisseau dont ils sont les pilotes. Mais nous pouvons censurer leur politique à notre egard en France, dans les colonies, et

dans les pays étrangers où nous avons eu des discussions à régler. Leur conduite en Suède, en Daneraarck, en Egypte, en Portugal, et en Espagne, suffisait pour motiver toute la virulence de fauteur. Au surplus, il nous aurait prouvé une vérité assez connue « que les nii- « nistres anglais sont aussi supérieurs aux autres « cabinets de 1 Europe parla profondeur de leur « politique, que la nation anglaise 1 emporte sur « les autres peuples par 1 immensité de son com- « merce. »

Voyons si l’auteur a été plus lumineux dans ses observations sur la liberté de la presse. Selon lui , les Anglais disent ( page 1 45 ) : « Qu’on nous « enlève la loi d habeas corpus , qui garantit « contre l’arrestation arbitraire, qu’on délivre « les ministres de toute responsabilité, qu’on ôte « aux communes le droit de fixer l’impôt, qu’on « abroge la loi qui déclare chaque année Tarit mée licenciée, si le parlement ne la proroge,

« mais qu’on respecte la liberté de la presse,

« et bientôt tout sera reconquis ! » il ajoute tt qu’en Angleterre la liberté de la presse est il- « limitée, et ne connaît aucune contrainte , b mais que la responsabilité des écrivains est « terrible, ainsi que celle de l’imprimeur, si Tau- ' «leur ne se nomme pas, et même des colpor-

« teurs et distributeurs, s’il est impossible de re- « monter plus haut. » Comment concilier cette liberté illimitée avec ce que dit l’auteur ( page 1 47 )? Il prétend « que lord Ellenborough a dé- « cidé qu’un écrivain courageux et véridique « n’était qu’un infâme libelliste, et qu’il ne de- « vait pas être admis à la preuve, les faits avan- « cés fussent-ils vrais. » Je doute qu’à Constantinople ôn connaisse Une plus forte contrainte à la liberté dè la presse. Ce n’est pas dans l’impression sur le papier que 'consiste cette liberté de publier la vérité, mais dans la protection accordée par la loi à l’homme généreux qui a le courage d’instruire le public.

L’auteur cite à cette occasion l’aventure de M. Finerty, Irlandais, qui avait dénoncé lord Castlereagh (page 1 48 ) pour malversations commises en Irlande lorsqu’il était à la tête de 1 administration de ce royaume. M. Finerty fut condamné à la prison et à une amende. Les An» glais ouvrirent une souscription en sa faveur, comme victime du despotisme ministériel. « S’il « se représentait, dit l’auteur, page i4q, une « pareille affaire entre d autres personnages, il « n y a pas de doute que l’ancienne jurispru- « dence reprendrait son cours. Mais, dans celle- « ci, 1 opinion publique, tout en vengeant M. Fi-

« nerty par d'abondantes souscriptions, se ranci gea du côté des juges, par des misons de police tique que ce peuple sait toujours appliquer « avec une justesse qui n'appartient qu’à lui. » Dans une pareille affaire les juges suivraient encore les ordres du gouvernement. I^a liberté de la presse existe à Paris tout comme à Londres. J'avais fait imprimer une brochure, en t8it, pour être distribuée au parlement. Les ministres firent donner l'ordre à mon. libraire de ne pas la mettre en vente, et un agent du gouvernement, qui se rendit chez moi pour avoir l’ordre d’enlever toute l'édition, ine dit, sur mon refus, « qu'il la prendrait d’autorité, « et que le gouvernement anglais savait se faire « obéir tout aussi bien que Bonaparte. » Il m en est arrivé tout autant à Paris sous le règne de Louis XVIII, mais avec des formes plus polies. On a suspendu la publication de l'examen de la bataille de Waterloo, brochure de 90 pages, et de l’iiistoire de la guerre de la restauration, volume in-8° de 4bo pages, avec une carte de France. Pourquoi me plaindrais-je de ces mesures, si le gouvernement de Sa Majesté les juge nécessaires à la tranquillité du royaume?

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