‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 17 sur 47 · XXVI. Pairicidé. XXVII. Infanticide · texte numérisé non relu

XXVI. Pairicidé. XXVII. Infanticide

.M a main tremble, dit M. Pillet (page 23^), t< en commençant ce chapitre ; mais il faut le « tracer. Nous sommes à peine à la quinzième « année du siècle, et déjà la France a vu com- « mettre cet épouvantable forfait, le parricide! « Mais, heureusement, il est extrêmement rare « parmi nous. U est au contraire très fréquent v en Angleterre. On doit cependant cette justice « aux chefs de la nation anglaise, qu’ils refusent « ou qu’ils feignent de refuser de croire à la pos- « sibilité que le parricide soit commis par un « être doue de sa raison. Le magistrat anglais « pense comme le législateur de Sparte. Soit « horreur du forfait, soit orgueil national, soit « crainte que les annales criminelles ne soient « trop souvent souillées de la punition des parti ricides, ce forfait, en Angleterre, est le crime e de la folie. » Sa {pain, quoique tremblante, et son ame remplie d’un sentiment d’horreur, n’en servent pas moins sa haine pour l’Angleterre. Il a la bonhomie de débuter par l’aveu

«(ii il a été commis un parricide en France ; mais bonnes gens que nous sommes de nous laisser prendre à ce piège! c’était pour avoir une promp te occasion dedire que ce crime, très rare chez nous, était très frequent en Angleterre.

J’approuve les magistrats anglais. Il faut avoir perdu sa raison pour oser verser le sang de ses semblables, lorsqu’on n y est pas obligé pour sa «léfeuse personnelle ou pour le service de l'état. Les quatre parricides dont parle M. Pillet paraissent just Hier la décision des juges anglais: j en excepte cependant faction du lils servant de témoin contre son père qui avait assassiné sa mère. Sommé au nom de Dieu et de la justice de dire la vérité, ce fils malheureux ne fut qu’un instrument dont la Providence se servit pour faire punir un grand coupable. L’action de Glo- .ver, qui , après avoir tué son père et sa mère (page a/jo), propose à son beau-frère de le débarrasser de sa femme, en joignant sa sœur à son père et: à sa mère, n’est qu'un fou enragé qui aurait tué tout le genre humain s il eût pu le réunir sous sa massue. Il en est de même de l'enfant de i 3 ans «pii , à Plymouth , tua sa mère d'un coup de couteau dans le bas- ventre.

« J ai moi-même horreur, «litM. Pillet (p. 242),

« d arrêter plus long-temps mes lecteurs sur de <

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«semblables atrocités, et malheureusement «je suis encore obligé de faire connaître des « crimes non moins affreux, non moins révol- «tants! »

Pour cette fois, il sera trompé dans son attente. Ou les journaux font mal servi, ou il n’a pas pu se procurer ailleurs les détails sur les crimes annoncés si emphatiquement, car il est réduit, pour remplir son chapitre, à nous rapporter une fort longue lettre en réponse à celle insérée dans le Pilote par une femme. C’est encore une production du journalistequeM. Pillet'

considère comme un article de foi. Cette lettre

tend à prouver que les plaintes de la belle correspondante ne sont pas fondées , pareeque les' principes d’humanité et d’impartialité ont été regardés de temps immémorial comme les bases des lois criminelles d Angleterre, qu’il est plus prudent de laisser échapper un coupable que de s’exposer à punir un innocent, et qu’on a très grand tort de censurer les acquittements prononcés par le jury. Lç journaliste ajoute que ces acquittements dont sa correspondante se plaint au su jet des maris assassins de leurs femmes ont lieu trop fréquemment envers les fetn*' mes accusées d’assassinats dé leurs ëhfauts nouveaux nés. Sentimental comme M . Pillet , lé

folliculaire anglais s’écrie (page 247): «La « conception humaine peut-elle se former l’idée « d’un crime aussi horrible que celui d une « femme qui assassine son enfant, un être si in- « nocent, sans force, sans défense, dont toute « la puissance se borne à de faibles cris pour «implorer des secours, dont les accents sup- « pliants et plaintifs devraient pouvoir amollir, « percer le cœur le plus endurci, dont la mère « sur-tout devrait être la dernière à lui refuser « son secours? Infortunée créature! qui, il n’y « a qu’un instant, se trouvait identifiée avec sa « mère, faisant partie d'elle-même, et pour la- « quelle elle devrait éprouver ce sentiment de « tendresse inquiète que les bêtes les plus fé- « roces même ne refusent pas à leurs petits ; et « cependant de tels monstres , des monstres cou- « pables d’un crime contre lequel se révolte la « nature entière sont tous les jours acquittés, « si le médecin qui a vu l’enfant après sa mort « déclare qu’il peut être né mort. »

On voit que les Anglais savent faire des ph rases tout aussi sentimentalement que M. Pillet. Mais quoique messieurs les journalistes nesoient pas fort difficiles sur le choix des articles pour remplir leurs nombreuses colonnes, ils na lirai eut point commis la maladresse d’annoncer

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des crimes affreux et révoltants sur une simple lettre qu’on ne peut mieux comparer qu à ces sermons de campagne où les prédicateurs, pour effrayer nos bons paysans, leur font une idée épouvantable des tortures de l’enfer. Nulle part on ne devient criminel sans un motif plausible. L’infanticide n’en présente aucun, puisqu’il compromet d’abord la santé de la mère et ensuite sa sûreté devant la loi , tandis que la conservation de l’enfant est provoquée par la tendresse naturelle à toutes les mères , et par l’assurance què donne la loi anglaise que l’enfant sera nourri ou par le père ou par la commune. Des empoisonnements et des assassinats, ainsi que des enlèvements d’enfants, ne sont point des infanticides. Il fallait en parler dans les chapitres précédents ou dans les suivants ; mais il est fort bizarre de faire un chapitre sur un crime dont on ne peut point citer les exemples, qu’on annonçait cependant comme si affreux et si révoltants !

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