‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 18 sur 47 · XXIX. Enfants anglais · texte numérisé non relu

XXIX. Enfants anglais

On se demande quel peut être le but de M. Pillet, en disant (page 255 ) qu'il aurait, fallu former en Angl eterre des établissements semblables à ceux de la Maternité, des Eufants- Trouvés de France, après nous avoir dit ( p. i3i) qu'il n’est point de pays au monde où les établissements philanthropiques soient aussi multipliés qu'en Angleterre? Pourquoi. nous dire que la loi anglaise encourage les infanticides, lorsqu'il est constaté qu’elle punit sévèrement quiconque se rend coupable de ce trime? Les orphelins, enfants trouvés et bâtards, sont traités avec la plus grande humanité. Le père déclaré par la fille enceinte, s il refuse de 1 épouser, paye l’entretien de l’enfant à la paroisse-, jusqu'à l âge de sept ans. Alors on les place chez les fermiers et dans les ateliers. On en met aussi beaucoup dans la marine. L'anecdote du magistrat vieux et goutteux, qui fut déclaré le père de son enfant par une jeune fille dont il

exigeait le serment, n’est qu’une sotte plaisanterie, et il y a de la mauvaise foi d’ajouter qu’en conséquence de ce serment, on obligea ledit magistrat à payer les frais de paroisse , quoiqu’il fût de notoriété publique que cette fille enceinte connût à peine de nom le magistrat.

L’auteur nous dit fort gravement (page 261), « que, chaque jour, de semblables méprises ont « lieu par serment. » Si cette assertion n’est pas une méprise de l’auteur, je la considère comme un grand acte de mépris envers le public à qui il raconte de pareilles balivernes.

Les détails suivants sont plus vraisemblables; mais ils sont applicables à tous les peuples. « Le « plus souvent, dit l’auteur(page 262), une jeune « fille spécule sur sa grossesse. Elle en fait une « chance de trafic, un objet de terreur auprès « de ceux de ses amants qu elle a honorés de ses « perfides faveurs. Le plus pauvre, ou le moins « généreux, est alors déclaré. D’autres fois, pour « rassurer sa conscience contre le faux serment, « et pour épargner un amant chéri qu’on ne « peut épouser, la délicate amante rappelle à «elle l’homme épris de ses charmes, quelle a « rebuté jusqu’alors; et si cet heureux mortel « tombe dans le piège, il est aussitôt dé<^ a ré v père. Tous les fils de famille de bonne maison

k sont tirés d’affaires de cette façon. L’indul- « geute maman devient, sans scrupule, l en- « tremetteuse de son fils auprès d'une servante «libertine, et un lourdaud de valet devient « père, sans la moindre difficulté. » L’auteur parle de cette matière en connaisseur. Je crois cependant connaître assez bien les dames anglaises pour assurer qu elles sont trop fières, et sur-tout trop délicates, pour s’aboucher avec une servante sur un pareil article. Comme il n'y a pas de règle sans exception, je ne contesterai point les faits avancés, me bornant à les déclarer plus 'Conformes aux usages reçus à Paris qu’aux coutumes de Londres. J’ai remarqué qu il existait bien moins de familiarité entre les Anglaises et leurs servantes qu’on n’en observe à Paris. Les maris des deux nations tiennent une conduite opposée. Je ne parle que «les maîtres et maîtresses de maison. Les jeunes gens doivent avoir carte blanche dans tous les pays.

. Je pense, avec fauteur, qu’il devait être fort fâcheux pour les officiers français de payer un moment de plaisir par l’obligation d’entretenir des enfants dont ils prouvaient que la paternité leur était étrangère. Payer et se taire (p. 363) était le meilleur, parti à prendre, quand il s’a-

gissait d’une fille honnête pour les apparences, mais je ne me persuaderai jamais qu’on pût charger un officier de la paternité de I’enfaiU d’une fille connue pour vivre dans un lieu même de prostitution-, ainsi que l’assure le général Pillet. La police se charge de ces enfants, puisque les mères lui payent une assez forte rétribution du gain de leur libertinage , autorisé par leur inscription , en cette qualité, sur le registre du commissaire du quartiers L’auteur conseille encore dés établissements publics où les femmes seraient admises pour faire leurs couches, et il prétend « que si l’infanticide ré- « sistait à un semblable moyen (page 264), il « faudrait alors 1 attribuer à la perversité natu- « relie à cette nation. Ses mœurs féroces ne \ « ressemblent, il est vrai, aux moeurs d’ancuA « autre peuple. *> Pourquoi cette nouvelle injure a toute une nation:’ Aurait-on, par hasard, condamne M. Pillet à nourrir un enfant dont il prouvait que la paternité lui était étrangère, quoiquil eut peut-être consenti à aller prendre ses ebats dans un cimetière? Vainement je cherche un prétexte raisonnable pour justifier 1 humeur chagrine et bizarre qu’on remarque dans tout son ouvrage, sur-tout quand on lui voit commettre des contradictions aussi évi-

Rentes que celle relative aux établissement» philanthropiques. Quand l’auteur aura bien exam i n c dans le Dictionnaire de 1 Académie , les mots féroce et* bourru , il avouera qu’il s’est trompé, et que le véritable caractère de l’Anglais de toutes les classes ne peut êfre mieux comparé qu’à celui du bourru bienfaisant • Les connaisseurs trouveront ce 'Coup de pinceau supérieur à celui où il s’agit de la Barbe* Bleue et du Petit-Poucet. ‘ -

; Mais revenons aux enfants « qui , dit M. Pillet, » d’après un philosophe qu’il ne nomme pas , « sont de petits hommes, et en on ttou s le s vice s, « que le temps développera, n Ce début est digne de l’auteur. 11 parle bien de tous les vices > mais il ne dit rien d’une seule i>ertu. Au moins, dans cette décision, est -il d’accord avec lurmême, puisqu’il a déjà refusé aux Anglais toute espèce de vertu. Voici comment il s’explique sur les enfants, pour nous les montrer de vrais rejetons de leurs pères. « Si un animal est à la -« portée de jeunes écoliers anglais, ils lestro- « pient; ils minent un mur pour le foire crott- «ler 5 ils 'dépouillent un arbre de son écorce «pour le faire périr; ils découvrent un toit «pour que la maison pourisse, pour que ses « habitants souffrent. On ne les voit pas piéti-

« ner par étourderie les allées d’un jardin, casser, « en courant, des têtes de fleurs précieuses, ren- « verser les pots qui les contiennent ; ils ne sont « pas ce que nos bons parents appellent des « évaporés. Les écoliers anglais sont froids , « même en apparence, réfléchis , point criards. « Ils apportent presque en naissant Y esprit « d’ordre et de méthode qu’ils auront étant « hommes , mais ils font le mal pour le plaisir « de le faire. Une petite fille du peuple pro- « mène ses jeunes sœurs, elle les torture. Deux « enfants sont sur les bords d’un danger, si on ne « les surveille pas ; le plus fort précipite le plus « faible, a

Estropier un animal, miner un mur, faire périr un arbre , renverser le toit d’une maison , torturer ses sœurs et précipiter son voisin dans un abyme, n’annoncent ni froideur, niréflexion, sur-tout pas le moindre esprit d’ordre dont M. Pillet se plaît cependant à gratifier les jeunes Bretons. Dans l’embarras de se sortir dp ce labyrinthe où il s’est si maladroitement égaré, il nous dit (page 266) « que deux enfants d’un boucher, « ayant vu leur père tuer un cochon, en firent « autant à leur jeune frère, pour jouer au co - 1 1 chon,et que deux jeunes garçons qui jouaient « à la balle avec des battoirs,. s’étant fâchés, le

« plus fort s’avança sur le plus faible et lui en- « fonça le crâne à coups de battoir. Il ajoute «qu’à Plyraouth, le 2 avril 1 8 1 /f , un jeune « garçon de i 3 ans assassinait ses deux jeunes « frère et sœur. La mère vient à leur secours; « du couteau que le petit monstre tenait à la «main, il frappe sa mère. F .es intestins sont «percés, eNe expire daus la nuit.» M. Pillet a sans doute oublié qu il a déjà cité ce dernier conte à l’article parricide (page 241 ), et que par ce double emploi il nous prouve qu’il y a peu d'ordre et de méthode dans son travail , quoiqu'il sort un homme fait.

Je crois ne pouvoir mieux le réfuter que par lui-même, tant ses assertions sont extra valantes, tranchons le mot, enfantines , puisque nous sommes au chapitre des enfants. « De «pareils accidents, dit M. Fhllet, arrivent par « centaines , chaque année, et dans chaque « province. On les rejette sur le chapitre des « accidents, qnoique ces crimes soient V effet « dune méchanceté noire et réfléchie. Chaque « année, iF y a de longues listes d’enfants assas- « sinés par d’autres enfants. Tantôt c’est uir » « enfant précipité par un autre sous les roues « d’une charrette qur passe, jeté- dans un four « allumé, jeté du haut d’un pont sans garde-

«fou dans un torrent, etc., etc., etc.» Il appuie cette furieuse diatribe (page 268) par le conte d’un enfant qui avait volé quatre lapins dans un parc. M. Pillet lui dit avec gravité : « Malheureux enfant , tu as vole des « lapins /» L’enfant le nia très respectueusement, et il fut arrêté, à quinze pas du général , par un garde. Voilà une singulière preuve des centaines d'assassinats, chaque année, et dans chaque province, comme l’effet d'une méchanceté' noire et réfléchie. Il est bien à craindre qu’on ne rétorque l’argument à M. Pillet, puisqu au lieu de prouver l’assassinat des enfants, il 11e met en avant qu’un vol de lapins. Cur urceus exit ?

Page 1