XXXIII. Mariages sous le rapport des mœurs
XXXIV. Adultère ; divorce. XXXV. Divorce chez le bas peuple ; vente de femmes.
M. palet assure (page 377) que les intrigues amoureuses et le libertinage des filles de toutes les classes , en Angleterre , doivent être attribués à la difficulté de se marier, et à la manière dont on se marie. Selon lui , il naît trois filles pour deux garçons; les armées de terre et de mer, et le commerce dans les deux Indes , exigent plus d’un quart de cette population mâle, dont à peine un huitième rentre dans ses foyers. Il invoque le témoignage des registres civils et militaires, et il conclut « qu’il y a di- « sette de maris en Angleterre, sur-tout de jeu- « nés maris. » Voulant égayer son sujet, il cite un vieux refrain, a Pour prendre mari, j'irais « jusqu'à P ondiûhéri. n H assure « qu’on le voit « se vérifier très communément en Angleterre; m qu’une fille sans fortune se fait passer dans » Tlnde, en payant de la même monnaie dont « seservait, selon la légende, sainte Marie Égyp-
« tienne ( page 279), et que la jeune expatriée « trouve un mari qui la ramène ensuite en An- « gleterre avec une grande fortune. » L’auteur cite milady Wellesley, actrice dans sa jeunesse, et aujourd’hui la belle-sœur du général Wellington. Enfin il proclame « les filles sans pu- « deur dans leurs recherches, et les J 10m mes « sans honte dans leurs liaisons. L’usage et l’ha- « bitude de se donner, d’avouer un sweet-lieart, « a dégénéré ( page 280 ) dans un dévergon- « dage, dans une effronterie dont un libertin « peut s’accommoder, mais auxquels un homme « honnête ne peut penser, sans frémir d'indi- « gnation contre la nation grossière qui n'en « rougit même pas. »
Autant d'assertions, autant d’erreurs. Combien on est à plaindre, quand on peut abuser à ce point des talents ét des lois! des talents, car l’auteur n’est pas sans mérite; et des lois, puisqu’elles autorisent la publication d’un ouvrage de vingt feuilles, sans que la police puisse s’y opposer. M. Pillet s’est grossièrement trompé, s il a pris pour du libertinage l aisance et la familiarité des demoiselles en Angleterre. S’il n avait pas été à bord d’un ponton, et qu’il eût pu fréquenter, je ne dis pas seulement la bonne société , mais même ces Marions dont il a vanté
la propreté, et sur-tout la blancheur des bas, il se serait facilement convaincu que le titre de sweet-heart ne donne aucun droit, et que les femmes qu il prétend être si dévergondées et si libertines sont bien plus difficiles à corrompre que ces prudes dont la vertu ne résisterait pas à l’absence, ou même à un simple défaut de vigilance de leurs argus. Des fugitifs, qui s’aimaient tendrement, sont restés dans la même voiture, pendant deux jours, pour se rendre à Gretna-Green se marier chez le forgeron, et n’ont eu de rapport intime qu’après la célébration du mariage. Les filles anglaises de toutes les classes ont en général plus de bon sens que dans le reste de l’Europe. La Française est tendre; l’Italienne est libertine; l'Espagnole est romanesque, et l’Allemande est bonasse. L’Anglaise calcule, et préfère le repos de sa vie au plaisir d un moment. La liberté que lui ont laissée ses parents l’a mise à même de connaître la légèreté avec laquelle presque tous les hommes parlent d’amour: il est difficile de la tromper; et, quand elle consent à braver les usages reçus, ce nest qu’après s être fait assurer par un bon contrat de quoi subsister honnêtement , elle et sa famille. Encore, dois-je l’avouer, ces cas sont très rares dans les provinces, et ne se
rencontrent qu'à Londres, où le vice et la vertu se disputent le pas, comme dans toutes les grandes villes.
Tous les observateurs s’accordent adiré que t le nombre des garçons qui naissent chaque année est à celui des Hiles comme 21 est à 20, ou comme io 4 est à 100, de sorte que, s’il naît dans un pays cent filles par an, il naît coimminémentcent quatre garçons. Mais, comme dans . l’enfance il meurt plus de garçons que de filles, le nombre des deux sexes devient à-peu-près égal vers l uge de puberté. Que M. Pillet aille consulter les registres qu’il invoque, et il verra qu’il s’est trompé en faisant naître un tiers de ** filles plus que de garçons. Les armées de terre et de mer et le commerce ne demandent que huit cent mille individus, dontlamoitiéontleur f résidence en Angleterre. La population mâle étant la moitié de la population totale, qui est de seize millions, on voit que le quart serait de >• deux millions de soldats ou de matelots, ce qui n’arrangerait point les ministres britanniques, sur-tout s’il n'en rentrait que le huitième, ou deux cent cinquante mille, et que le reste fût consommé et moissonné , suivant les expressions de l’auteur, parla guerre, les expéditions
lointaines, et les établissements anglais dans les deux Indes.
Il est faux quil y ait disette en Angleterre, ni de jeunes, ni de vieux maris; il est faux qu’il existe une coutume d’aller chercher un mari aux Indes, et il est également faux qu’un capitaine consentît à passer une telle aventurière pour jouir de ses faveurs. Ce n’est là, ni le caractère des négociants anglais, ni la spéculation des personnes qui s’adonnent au libertinage. M. Pillet a mal lu dans le livre de John Bull , et flans l ’ agenda des Vénus de Çovent-Garden et de Dniry-Lane. 11 a Voulu donner aux Anglais un ridicule dont nos armateurs de Bordeaux et de Marseille se sont corrigés depuis long- temps, et qui ne subsiste plus que chez les Génois et les Vénitiens. M. Pillet ignore sans doute que mylady Wellesley est d’origine française, et que le marquis ne consentit à l'épouser qu’à cause de sa rare beauté et des grâces de son esprit. Cette dame a été actrice dans sa jeunesse; mais sa conduite fut toujours très régulière, et aujourd’hui elle est encore dans Londres le modèle du bon ton et de la tendresse maternelle. Les torts de son époux n’ont servi qu’à accroître lintérêt que lui porte tout ce
qu'il y a de personnes distinguées dans Londres. Cette dame a surveillé elle- même I éducation de ses enfants. Qu’on demande aux sweet heartsde Westminster si les demoiselles Wellesley sont des filles sans pudeur dans leurs recherches, et s il est un gentleman, ou gentilhomme, qui ne tînt à grand honneur de recevoir leur main ?
Le frémissement d indignation , le sentiment d'horreur, et autres expressions analogues, sont si familières à l'auteur, et toujours si maladroitement placées, que je ferais un volume, si je voulais m’attacher à réfuter cette partie didactique de son ouvrage. J'insiste sur les faits quil dénature, et les usages qu’il crée, pour nous faire une Angleterre à sa guise. 11 ose nous dire (page 280) « que la plupart des serti gneurs anglais et des membres de la haute « bourgeoisie 11’épousent plus depuis long- « temps que des filles entretenues. Ce détestable « exemple a tellement démoralisé toute la classe « intermédiaire, que toute fille bourgeoise qui « a reçu une demi-éducation , ou qui se croit « de là beauté, veut être actrice, ou fille entre- « tenue. Les filles les moins perverties en An- « gleterre sont celles qui cherchent à se placer « femmes de chambre dans de grandes maisons,
« où clics espèrent trouver quelques jeunes gens « riches à séduire, ou quelques vieux libertins « à ramener de l’état de débauche à celui du « mariage. Toutes ne réussissent pas. Beaucoup « tombent , avec le temps, dans la classe la plus « abjecte de leur espèce ; mais beaucoup aussi u triomphent, par suite de leur inconduite, et « c’en est assez pour qu’un pareil exemple en- « traîne des milliers de jeunes personnes. »
Nous avons vu des enfants s’assassiner par centaines , quoiqu'ils ne volassent que des lapins. A présent ce sont les jeunes personnes qui se débauchent par milliers , parce qu’une rusée femme de chambre aura réussi à se faire épouser par son maître; comme si ce travers, qui n’inspire que du dégoût, n’était pas aussi commun aux Français qu’aux Anglais! « A Paît ris (dit l’auteur, page 281), une jeune fille « peut voir un moment avec une secrète envie « l’actrice de l’opéra traînée dans une voiture «élégante, chargée de toutes les pompes du «luxe, et brillante de toutes les richesses de « la mode; mais une réflexion la retient aussi- « tôt : elle sait, on n’a cessé de lui répéter dans « sa famille que jamais un honnête homme
« 11’osera épouser une telle femme En con-
« templant le sort de l’heureuse marchande de
« draps, de soieries; de l'honnête bourgeoise sa «voisine, qu’elle voit mère de famille, hono- «rée, chérie, et méritant de lêtre : une telle « existence devient pour la jeune Française l’ob- « jet de tous ses vœux. Elle détourne avec hor- « reur la vue d'un scandale, d un éclat dont « elle n’entend, au surplus, parler autour d élié . « qu’avec un profond mépris. C'est précisé- « ment tout le contraire en Angleterre. »
Et moi, je dis à fauteur et au public, « C'est « précisément tout de même en Angleterre. »
Les exemples de cinq à six lords n’ont pas plus {l'influence sur les mœurs anglaises que 1 inconduite de quelques seigneurs français, russes, allemands, etc., ne peut en avoir sur les mœurs de leurs nations respectives. Miss Bollon , actrice de Covent- G arden , qui a épousé lord Thurlow, a reçu la juste récompense que lui méritaient sa beauté, son talent, et la régula- ; là té de ses mœurs. Son mariage ne doit laisser aucun doute à cet égard. Pourquoi un lord aurait-il épousé une femme dont il aurait pu avoir L les faveurs, comme fille entretenue? Ayant été habituellement aux armées, j'ai peu fréquenté... les grands théâtres de Paris. Forcé de résider à Londres pendant quatre ans, j’ai cherché à eon-,.. naître tout ce qui fait le principal ornement de
■ ou»
cette grande capitale. J’ai remarqué que le public fesait justice des actrices dont la conduite était équivoque. Quand miss Sara Booth récitait des passages de vertu où l'on avait applaudi miss Bolton , un rire moqueur fesait sentir combien le peuple met de différence entre une artiste qui sait mériter son respect, et une étourdie qui n’écoute que la voix du libertinage le plits dissolu. On m'a pourtant assuré que le public était injuste envers miss Booth. La voix publique se trompe rarement ; et , sans chercher h nuire à cette actrice qui est remplie de grâces et de talents , je dois dire ce que j’ai vu, pour réfuter ce que M. Pillet na pu savoir que par des on dit. Je me réserve de parler plus tard de la famille royale d’Angleterre, du mariage du duc de Sussex, et des liaisons du duc de Clarence avec miss Jordan, actrice de Drury-Lane.
M. Pillet a bien compris qu'il défendait une mauvaise thèse, en voulant faire condamner de libertinage tout un peuple, pareeque quelques individus commettent des écarts, sur-tout deux fils du roi, les princes étant moins exposés que qui que ce soit à se voir interpellés de rendre compte de ce qui se passe dans leur lit. Cependant il n’a pas voulu terminer son article
des mariages sans nous raconter une folie qui ne méritait que le silence du mépris. « Un lord,
« que fauteur ne nomme pas (page 290), vou- « lant se marier, ordonne à son valet decham- « bre d'appeler son chapelain, et d amener une v des femmes de sa maison, la première quil « rencontrera. La femme de charge et son aide v refusèrent, croyant que c’était une plaisante terie. Le valet fut réduit à amener la femme « qui lavait la vaisselle, qui fut à 1 instant épou- ' r « sée, en recevant du chapelain la bénédiction « nuptiale, selon les rites de l’église anglicane, v. et devint m y lady sans nulle contestation. » Je déclare 11’avoir jamais entendu parler d'une pareille extravagance pendant mon séjour en Angleterre. Le fait est si bizarre , que je suis obligé d'en contester l'authenticité.. L’auteur, qui a été si exact à nous rapporter les noms des assassins, aurait aussi bien fait de garder un peu ,sa mémoire pour le nom de ce grotesque marieur, la date du mariage, et sur-tout le résultat d'une union si singulièrement contractée.
M. Pillet prétend que le valet de chambre trouvait la femmç de charge d’autant plus propre à devenir mylady, quelle était, par son emploi, h ta tête des domestiques, et en quelque sorte Ja maîtresse de la maison. Il paraît fort difficile
à croire que ces réflexions aient écliappé au maître de la maison, et qü’il ait préféré une misérable washer-woman à sa fringante housekeeper. 11 est vrai que tout ce que (lit M. Pillet ne mérite pas foi d cvangile, Assertion que chacun de ses chapitres nie met à même de prouver d'une manière claire et incontestable.
L’adultère est de tous les temps et de tous les pays. César passait pour le mari de toutes les femmes, et la femme de tous les maris. Cependant il répudia Pompéia sur un simple soupçon que lui fournit l’imprudence de Clodius entré dans sa maison sous le déguisement de femme. En Angleterre, l’adultère bien constaté est une cause légitime de divorce qui ne peut être prononcé que par la cour des doctorscommons , ou chambre ecclésiastique établie à Londres. Il en coûte des sommes énormes; ce qui borne le divorce aux familles riches.
Voilà la loi. Voici l’abus qu’ot» en fait. Un mari porte plainte en adultère, de concert avec sa femme, pour forcer le séducteur h payer une forte amende. «Sur dix plaintes, dit l'auteur « (page 293), il en est six où il devient prouvé « que la conduite de la femme l’emporte sur « celle des filles les plus déhontées; qu elle n’a « pu arriver à cet état de dégradation sans que
« son mari en ait eu connaissance. H pouvait « 1 arrêter; par conséquent il n’est pas fondé à p s’cn plaindre; et, dans le surplus, le mari a « été lui-même le complice do la séduction de « sa femme: il a été l'instigateur des mauvaises k mœurs de sou épouse; il l’a prostituée tantôt « à un protecteur pour servir ses intérêts, tan- « tôt à un homme riche pour se faire en justice « un titre à une récompense. Dans ce dernier « cas, lorsque le jury ne veut pas fouiller trop « avant dans ce gouffre de bassesse et de cupi- « dité, il réduit très sagement les dommages et p intérêts à un shelling, un franc vingt cen- « limes. » A la suite de cette sévère morale, fauteur nous parle d'un lord qui reçut quatre mille livres sterling d’un riche marchand de la cité, qui avait osé coucher avec mylady. Sa seigneurie , ne trouvant plus de marchand qui voulut spéculer avec elle, s’adressa à son cocher, qui fut condamné a payer deux pences, quatre sous.
M. Pillet observe encore la même discrétion que pour le lord qui épousa sa relaveuse de vaisselle. En France, on ne parlerait que d’un marchand qui aurait été condamné à payer quatre mille louis pour prendre ses ébats avec quelque dame du liant parage, son nom serait
dans toutes les bouches, comme ceux de Cartouche et de Mandrin. Je n’en ai jamais enten- , du parler; et, quoique le fait soit très possible, je me permets de le révoquer en doute, sur- • tout l’aventure du cocher. Au surplus, des dix plaintes annoncées par l’auteur, il n’en cite que deux sur la même personne , qu il ne juge pas à propos de nommer. Ainsi cet assemblage inoui de libertinage , de séduction , d instigation , de prostitution , de bassesse , et de cupidité , se borne à parler vaguement d’une lady qui ac- «
corde ses faveurs d'abord à un marchand, et ensuite à son cocher, sans nommer aucun de ces personnages, pas même le cocher. Ou fauteur a manqué de matériaux , ou il devient plus discret. Ce qui me ferait adopter cette dernière opinion, c’est la réserve qu’il garde sur 1 affaire du duc d’York et de madame Clarke. Il observe la même discrétion envers le prince régent et la princesse de Galles. 11 dit (page 2 <p), «Je « ne me permettrai pas d’entrer dans aucuns « détails à cet égard, malgré la publicité des « débats rapportés dans toutes les feuilles» Je « garderai le même silence sur l'entorse qu’é- « pi'ouva le prince régent on 1 8 1 1 , quoique les «journaux n’aient laissé ignorer aucun détail, «quoiqu’ils aient pour ainsi dire dévoilé tout
•n ce qui a eu lieu à cette époque dans la maison « de mvlord et mylady J' alencia. »
M. Pillet ne nous laisse pas long-temps dans l’erreur sur son compte, et il nous prouve qu’il a manqué de matériaux sur le duc d’York et le prince Tégent , puisqu'il ne balance pas à donner à entendre que le duc de Cumberland fut l’assassin de Seidlitz , son valet de chambre. Le journaliste dit « que Seidlitz , ayant « trouvé son maître couché avec sa femme , usa « des droits de mari en frappant le duc; que « celui-ci s en vengea en tuant son valet; que les « pantoufles du mort ( p. 297) n avaient point été « dérangées ni ensanglantées, tandis que celles «du prince étaient pleines de sang, les traces « mêmes de ce sang imprimées par les pantoufles «•sur le parquet, venant du lit de Seidlitz à la v chambre du prince, et non pas de la cham- « lire du prince au lit de Seidlitz.» «Je rap- « porte, dit fauteur, ce qu’a écrit un journa- « liste. Sans doute il a été un calomniateur;, « mais il est impossible que mes lecteurs ne faste sent pas cette réflexion comme moi : le peu- * « pie qui, sans frémir d J indignation , entend « diriger contre l’un de ses princes le plus près «du trône 1 accusation d’un crime aussi bas,
« doit être un peuple tombé dans tin bien pro-
«fond degré de dépravation, ou élevé à une « vertu bien sublime. Je passe au divorce du « bas peuple (page 298). « L'innocence du duc de Cumberland a été évidemment prouvée, puisque le journaliste fut condamné à être emprisonné, et à payer une forte amende. Lsi-d, en effet, probable que le duc de Cumberland se serait exposé, je dis plus, avili à une lutte avec son domestique, lorsqu'un clin-d’œil lui aurait suffi pour se débarrasser de cet homme?
Je vois que, si le général Pillet avait eu à sa disposition une collection entière du Morning Chronicle , de f Indépendent tVlug, et de Y Examiner, trois journaux de 1 opposition, il nous aurait donné plusieurs volumes sur 1 Angleterre ■, il nous aurait sur-tout fait bâiller a pleine gorge, avec sa manie de vouloir a tout propos qubn frémisse fl indignation. Dans l'hypothèse où il se déciderait a faire un si pénible travaü, je lui conseille du bien mûrir ses conclusions, et de ne pas nous présenter John Bull, pour le même objet, dune main dans l’abyme de la turpitude’, et de l’autre sur le pinacle de la vertu. J’admets que le peuple anglais ait éprouvé le même sentiment que moi au sujet de la diatribe du journaliste contre le duc de Cumberland. J'étais à Londres. Plusieurs de
mes amis me dirent que le seul parti h prendre envers un tel écrivain était de l’envoyer écrire son journal à Botanjr-Bay. Et pourquoi s’indignerait-on de la méchanceté ou de la folie d'un inconnu? La loi, qui veille au salut des citoyens, fait justice de quiconque cherche à troubler l’ordre social. Que deviendrait notre existence, si nous étions obligés de nous alarmer toutes les fois que, la nuit, ou dans nos voyages , nous entendons le hurlement d’un chien ou le croassement d’un corbeau? Le mystère gardé sur Yentorse du prince régent est une ruse de M. Pillet, qui (page 296) donne à croire que lord Valencia trouva ce prince couché avec sa femme. On devrait en conclure (pie le lord maltraita fortement le prince, puisqu’il est dit que le valet de chambre usa de plus de réserve que le noble lord. Le général Pillet est fort mal instruit. Le prince régent est reconnu l’amant de la marquise d’Hertford, et son accident du château de Oatlands, maison de plaisance du duc d’York, fut attribué par les journaux à un faux pas qu’il fit en dansant avec sa fille la princesse Charlotte. D’autres journaux ont osé dire que le prince s’était boxé avec lord Yarmouth. Un médecin , qui vint pour in acheter la Confession de Bonaparte, m’en fit la con-
fidence ; mais j’ai su depuis , à n’en pouvoir douter, cpie c était un conte fait à plaisir, comme celui pour lépouse de lord Valencia ; excepté que ce dernier cas était fait pour irriter contre le régent toute la populace, qui aurait été enchantée d’apprendre que le prince avait consenti à se boxer; usage que je trouve aussi blâmable que la vente des femmes.
Cet usage existe pourtant. Quand un mari veut divorcer, il conduit sa femme au marché avec une corde au cou , et il la vend au plus offrant. L’acquéreur est ensuite censé légitimement marié avec sa nouvelle.compagne.il faut aussi dire que ces marchés sont très rares; mais le magistrat les tolère, et la populace les protège. Le gouvernement en rit, pareeque le peuple, qui voit qu’on respecte ses anciens usages, se croit libre, et paye bien ses impôts. Je pense meme que, s’il s’écoulait trop de temps sans qu’il se vendît quelque femme, la police en ferait présenter au- marché, pour entretenir les Anglais dans 1 idée qu’ils sont le peuple le plus libre de l’univers. M. Pillet est fort embarrassé (p. 3oa) pour concilier cet usage avec la religion catholique, qui a été long-temps dominante en Angleterre. Il déclare être au bout de son latin. Il se borne à observer « qu’une coutume aussi
Die
« infâme s’est conservée sans interruption , c. quelle est mise chaque jour h exécution, et « que, si quelques magistrats informés que de « semblables marchés allaient se faire ont cher» ' « clié à les interrompre, en envoyant sur les « lieux des constables ou huissiers, la populace « les a toujours dispersés, et elle a maintenu ce v qu’elle considère comme son droit. »
On ne peut pas nier qu’un Anglais n’ait le droit de vendre sa femme; mais il faut .aussi dire que cet usage n’est pratiqué que par la» plus vile canaille, et que, bien loin qu’on s’en, serve chaque jour, il se passe des mois entiers; à Londres sans un marché de cette nature, qui* est cucore bien plus rare dans les provinces. Pourquoi dire que les magistrats envoyaient des constables pour interrompre ces marchés, après avoir fait dire (page 3oi ) que l’autorité n’avait pas le droit d’empêcher cette vente fondée sur un usage qu’il serait dangereux de détruire? La vente d’un mari par une femme dont l’auteur parle (pages 3io5 et 3o6) n’est qu’une gaieté du journaliste le Statesman. Comment une servante pourrait-elle avoir le droit de vendre son maîtrePM. Pillet a sans doute oublié qu’il avait fait de la femme anglaise un objet bien moins intéressant que la bête brute; et à
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