‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 28 sur 47 · XLIV. Clergé anglais · texte numérisé non relu

XLIV. Clergé anglais

Ce chapitre est fort court ; il u’a que cinq pages. Dans la première ( page 367 ) il est dit que Henri VIII enrichit le clergé pour faire approuver ses nombreux mariages. La reine Élisabeth suivit la même politique par un motif opposé, puisqu’elle mourut sans s’être mariée. Cette illustre princesse, dont Sixte-Quint disait « quelle a avait la cervelle d’un grand homme », comprit que l’autel était le plus solide appui du trône j elle confirma au clergé les concessions de son père, en saisissant toutes les occasions d’ajouter un nouvel éclat à la haute considération dont le haut clergé avait été investi par Henri. Le général Pillet aurait bien dû nous dire que ce fut sous ce prince qu’on cessa de payer au pape le peler-pence , ou denier de Saint-Pierre, qui, tous les ans, fournissait à Rome des sommes considérables. Un peu plus d’adresse de la part du pape aurait conservé l’Angleterre dans le giron de l’église catholique. On parut oublier que la persuasion avait été l’arme favorite des fonda-

teurs de cette religion de douceur et de charité.

L’orgueil et la cupidité des agents du pape révoltèrent le caractère altier de Henri VIII. L’intérêt calma les scrupules, et paralysa les foudres lancées du Vatican. Cette conquête de 1 indépendance religieuse d’un prince étranger a exercé une grande influence sur la* prospérité oii nous voyons aujourd’hui la Grande-Bretagne; mais analysons M. Pillet.

Dans la deuxième ( page 368) il vante les richesses de l’archevêque de Cantorberry et de l’évêque de Winchester: Il donne au premier un revenu de trois millions de francs, et à l’autre deux millions. Il aurait été plus exact en ne leur en donnant que la moitié; ce qui est encore un abus énorme. Il est vrai que ces ecclésiastiques font un si bon usage de leurs richesses, qu’on est disposé à approuver les bienfaits du roi. Le bas clergé, quoique plus mal partagé, trouve des secours abondants dans la * piété des familles riches. Les recteurs, vicaires, et desservants, jouissent tous d’une aisance honnête, et leurs familles sont fort respectées. 11 i

est faux « que leurs enfants peuplent les grandes « villes de filous, de vagabonds, et de filles de « mauvaise vie (page 3 Gq ). » L’amiral Nelson est le fils d un simple recteur de Burnham-

Thorpe , dans 4e comté de Norfolk, qui , quoiqu’il eût huit enfants, leur Ht donner à tous une fort bonne éducation. Les lils d’un prêtre sont considérés avec autant d’égards que ceux d’un lord ou d’un banquier. Comme leurs parents ont été à même de soigner particulièrement leur fnstruction et leur caractère, ils font rapidement leurchemin, par leur adresse à mériter la bienveillance de leurs supérieurs.

L'auteur nous dit : « Les obligations ou les « devoirs du clergé ne sont pas gênants. Ceux « qui sont placés à la tête des paroisses ou des « succursales font les baptêmes, les mariages, « les enterrements des personnes de leur com- « mu nion. Ils n ont guère que ces seuls points « de communication avec leurs paroissiens. Le « dimanche ils récitent le matin et le soir de- « vant le pupitre qui est au bas de la chaire des « prières qui durent une demi-heure. Ils y ajoute tent un sermon de la même longueur. Lors- « qu’un prêtre veut débiter quelque chose de tt bon, il achète ordinairement son sermon tout « fait, et il na pas comme nos prêtres la peine « d’en charger sa mémoire. L habitude de lire « les sermons dansléglise anglicane vient d’une u cause politique. Le prêtre est obligé fie repréi< sente»’ son discours religieux devant le magis-

« trat, de jurer qu’il n’a dit et ne s’est servi que «des expressions contenues dans son cahier,

« car le prêtre anglais peut être recherché dans « le cas où il serait soupçonné d’avoir répandu «une doctrine contraire aux lois établies . » Je ne vois pas que tes' prêtres français aient des devoirs plus gênants que les prêtres anglais. Les uns et les autres baptisent, marient et enterrent. l^e- dimanche, le prêtre catholique dit la messe le matin, et chante vêpres dans l’aprèsmidi. Le prêtre anglican dit la prière et fait son sermon dans la matinée, et dans l’après-midi on récite encore des prières, ce qui dure une heure ; mais le matin , en y comprenant le tem ps du sermon , la congrégation reste assemblée pendant deux heures, depuis dix heures jusqu’à midi.

Il ny a pas de classe plus instruite que celle des prêtres 5 je n’en excepte pas même les médecins, qu’on peut leurassimiler pour la science dans leurs parties respectives. C’est donc pour plaisanter, ou pour satisfaire son besoin de créer des ridicules aux Anglais, que l’auteur nous dit, « que quand ils veulent débiter qucl- « que chose de bon, les prêtres achètent ordi- « nairement leurs sermons. » Quelle preuve M. Pillet peut-il nous fournir d’un pareil bro-

cantage? Il y a donc des marchands de serinons comme des marchands de saumons ou de dindons? On croirait que l’auteur nous range avec ces derniers, parla facilité avec laquelle il nous débite, non pas des sermons de fabrique anglaise, mais des contes à dormir d’ennui. Ixîs prêtres ne lisent pas leurs sermons : ils les prêchent avec beaucoup d’onction, et ils n’ont pas cette contrainte de nos prédicateurs, 'aussi pénible pour eux que pour leurs auditeurs, quand leur mémoire est infidèle, et qu’ils ont un maladroit souffleur. L’Anglais consulte rarement soo cahier, et, quand il le fait, c’est avec l’adresse d’un homme qui paraît ne pas en avoir besoin , èt qui ne se soumet à cet usage que par respect pour le public. Tous les serments d’un prêtre qui aurait prêché contre les lois établies ne le garantiraient pas des poursuites des tribunaux compétents, si son crime était constaté par deux témoins qui auraient entendu so*n sermon. La représentation du manuscrit ne serait pas même admise comme preuve justificative, puisque le témoignage exigé par la loi détruirait, cette ressource, de la création du général Pillet.

Cependant il nous assure (page 370) que M. AN hitbread se plaignit au parlement, le 3 i

octobre 1812, de cet usage d’envoyer ainsi des discours dans lesquels on provoquait à l’assassinat. Lord Batliurst nia que ce fut par ordre du gouvernement. Après quoi M. Pillet ajoute:

« J’ai entendu moi-même un de ces sermons à « Ashburn dans le Derbyshire , et l’orateur « était à peine descendu de la chaire que deux « Français furent assassinés dans la rue par « des hommes du peuple revenant de l’église, n Nous approchons du chapitre des pontons. Il n’est pas étonnant que l’auteur nous débite encore des contes d assassinat. A l’en croire (page 371 ), « un ministre de Litchfield aurait «dit en chaire : que tuer un Français par- « tout où on le rencontrait , était une œuvre <x agréable à Dieu. La femme de ce ministre ' « est représentée trouver cette phrase trop forte,

« mais déclarer que, pour soutenir V esprit pu - « blic, il fallait exciter le peuple à battre les « prisonniers de guerre français aussitôt qu’ils « osaient se montrer. Litchfield 11’a jamais con- « tenu moins de 3 oo prisonniers de guerre; ce « qu’ils y ont éprouvé de cruautés est inoui. » J’ai déjà dit que j’avais été prisonnier de guerre pendant trois mois à Litchfield. Je n’y ai reçu que beaucoup de politesses de la part de tous les habitants. Il y a de la canaille par-tout. Voici

cependant un échantillon des cruautés inouïes de ces sauvages prétendus.

Quand on apprit à Litehfield la nouvelle de la victoire de Nelson à Ahoukir, on dressa des tables dans les rues, et tous les passants étaient invités à boire et à manger. De grands feux de charbon de terre étaient allumés sur les places et dans le milieu des plus grandes rues. Tels sont les usages pour célébrer une grande fête, comme nous allumons de grands feux le jour de la Saint-Jean. Dès qu'on voyait un prisonnier, on l'invitait d’abord poliment à boire; sur son refus, on l’engageait à se retirer, pour ne pas troubler. Un colonel voulut braver le public, et se promenait seul au milieu de la cohue, lorsqu’un homme à moitié ivre lui tira un coup de pistolet chargé à poudre près de l’oreille gauche, et lui brûla les favoris et quelques cheveux. Voilà la seule cruauté qui ait été commise pendant tout mon séjour à Litehfield; encore fautil l'attribuer à l'imprudence du colonel. M. Eburard, commissaire des prisonniers, homme très respectable, nous avait priés de ne pas nous exposer dans les rues à cause de la circonstance, pareequ il ne pouvait pas répondre que quelque malveillant ne cherchât à troubler 1 ordre public. Quant à 1 invitation du ministre pour

assassiner les Français, il faut ranger cette assertion dans la catégorie du conte des cent vieilles veuves, de la Barbe-Bleue, du Petit- Poucet, des centaines d’assassinats d enfants , du vol des quatre lapins, etc. etc.

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