‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 32 sur 47 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

LV. Projets de l’Angleterre sur les Antilles. L’Inde destinée à leur en fournir les produits. LVI. Malheureuse situation de l’Inde, devenue source de tous les genres de richesses pour l’Angleterre.

Il me semble que ces deux chapitres auraient été bien mieux énoncés par ces mots : Détails sur les Antilles et les grandes Indes , au lieu de ces périphrases qui ne servent qu a tromper et à impatienter le lecteur. Le chapitre LV, que son texte tendrait à faire croire très intéressant, n'a que deux pages; et l’on peut dir e,fumum ex fulgore. Selon M. Pillet, les Antilles doivent périr. L’Indostan est destiné à nous fournir les denrées coloniales à bien plus bas prix que les îles d’Amérique : il est certain que la main d’œuvre, dans l’Inde, n’est pas la moitié aussi chère qu’à la Jamaïque. Il y a une objection que l’auteur ne calcule pas. Les établissements des Antilles sont en pleine activité; ils sont toute la fortune d’une classe nombreuse et respectable. J admets la culture des denrées coloniales dans l’Inde , mais non pas la destruction

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tïes établissements si magnifiques et si utiles de l’Amérique. C’est encore un rêve de M. Pillet, comme l’occupation de Pétersbourg et de Constantinople par des garnisons anglaises.

Je place au même rang ce que dit l’auteur (p. 435) : « Déjà la population noire des Antilles « a , dans les infernales conceptions de l’An- « glcterre, une destination à laquelle le monde « n’échappera pas. Alliée de l’Angleterre, rece- « vant d’elle des vivres, des vaisseaux, des mu- « nitions, cette population, qui ne manque pas « de bravoure, qui est au jourd’hui dressée aux « armes, qui hait le travail, qui ne s’y livre que « lorsqu’on l'y contraint; cette population noire « formera une chaîne de pirates qui infesteront « toutes les mers d’ Amérique, et s’opposeront u sans cesse et’ de toutes parts à la prospérité « de ce continent: c’est ainsi que l’Angleterre « médite et a résolu de se venger de l’union' « américaine de cette fille révoltée, à laquelle « la Grande-Bretagne a voué une haine iinpla- « cable. » Encore un autre virement de bord ! voilà le gouvernement anglais coupable d'infernales conceptions! Mais, si on prouve à M. Pillet qu’il est lui seul l’auteur de ces bizarres conceptions , les nommera-t-il encore Infernales? Les marchands anglais vont dans

les ports de Saint-Domingue, comme dans tous les autres ports de 1 univers, pour y porter le fruit de leur industrie, et recevoir en échange les productions du sol. Il est faux que le gouvernement anglais ait fait des fournitures aux nègres ; il est meme avéré que le cabinet de Saint- James a refusé de reconnaître M. Peltier, chargé des affaires de Henri Christophe, président d'Haïti. La population noire n’est donc pas ï alliée de l'Angleterre , qui, bien loin d’organiser sa piraterie, la détruira dès qu’elle aura commencé ses ravages. Quant à se venger de l’union américaine, la puissance qui dicte des lois à l’Europe ne s abaissera pas à recourir «à des auxiliaires nègres. Quand sa politique le lui prescrira , qui l’empêchera de débarquer cent mille de ses soldats aguerris sur le continent américain, non pour se venger, mais pour se faire respecter.

M. Pillet n’a pas été plus exact dans ses rai-», sonnements sur l’Indostan. « Il transforme en « tyt'ans tous les employés, civils et militaires, « depuis le gouverneur et les directeurs de la v compagnie jusqu’au dernier caporal anglais. « Il prétend qu’ils commettent sur les Indiens « d horribles exactions; qu’ils se font payer en v or; que tout est exaction et monopole; et que

« les Indiens ne peuvent rien acheter, rien vente lire, rien débiter entre eux, sans le concours « des Anglais. M. Pillet aurait dû dire: « Dans «les possessions anglaises, qui, quoique fort « étendues, ne sont pas le quart de 1 indostan. » La législation anglaise met des bornes aux exactions. Je sais que la basse classe, dans l’Inde, n'est pas plus heureuse que celle de l'Égypte. Mais, pendant notre séjour dans la patrie des Ptoloniées , avons-nous pensé à changer la religion, les mœurs, et les usages des habitants? S’il eût été possible d’améliorer leur sort, le cœur généreux de Kléber se serait dévoué à tous les sacrifices; et nos soldats se seraient em<pressés de seconder de tous leurs efforts les conceptions du génie sublime d’un général qu’ils aimaient tous comme leur père. Les Anglais, dit M. Pillet, qui vont dans l’Inde, font tous une fortune rapide. « Le plus mince employé « (page 438 ) revient, après peu d’années, cou- « vert d'or, et reçoit du peuple anglais, par allu- « sion à ses richesses, la dénomination de Na- « bab. » Les Anglais ont, à cet égard, le même système que nos colons ; ils tâchaient de faire de bonnes affaires, afin qu’à leur retour en France on s’aperçût à leur fortune que leur voyage avait eu un tout autre but que de chan-

ger d’air. Mais, dans nos colonies comme dans celles de l’ Angleterre , la loi protège de son égide salutaire quiconque ne cherche pas à troubler l’ordre social.

M. Pillet se croit encore à bord du Brunswick. Il dit (page 4^9 ) : K Les malheureux In- « diens, depuis qu’ils sont passés sous la domi- « nation anglaise, marchent graduellement, en « raison de l’excès de leur misère , à une déport pulation effroyable-, ce que veulent leurs tjr- « rans, qui, quand ils ont cru nécessaire d’ac- « célérer cette dépopulation, voyant que le fer « et la flamme ne répondaient pas assez tôt « à leur attente } ont fini par les exposer aux « horreurs de la famine. » Je ne vois pas par quel motif les Anglais chercheraient à dépeupler l’Inde , lorsque l'habitant est reconnu pour être religieux, sobre, et industrieux. Admettons que la grande population cause des alarmes, pourquoi la faire périr, au lieu de la transporter à Botany-Bay, à Otahity, ou dans d autres points du globe où les déportés seraient utiles, en cessant de paraître dangereux? Mais ce qui est un contre-sens -pitoyable, c’est de dire que la famine lésait périr cette population plus promptement que le fer et la flamme.

Au lieu de ces mots : Ne- répondaient pas

assez loi à leur attente, il fallait mettre ceuxci : Répandaient trop d’odieux sur cette spéculation. J établis la vraisemblance violée avec «ne impudence inouie, sur-tout de la part d uil militaire, qui doit savoir combien les effets du fer et de la flamme sont plus terribles et plus prompts que les tristes effets de la famine.

A Dieu ne plaise que je cherche à jeter le voile de 1 indulgence sur les abus énormes qui ont eu lieu dans les grandes Indes! J’aurai occasion d’en parler dans d’autres ouvrages. Ici, jene suis que le censeur de M. Pillet. Je rectifie ses erreurs. Je ne puis pas réparer ses omissions. J’observe seulement qu il ne dit pas un mot sur cet infortuné Tippo-Sàib, l'ami de la France et la terreur de l’Angleterre. El fauteur nous dit avoir parlé des abus commis dans l’Inde! Ce n’est pas de lord Clive, mais de lord Morning* ton, aujourd’hui le marquis de Wellesley, dont il fallait esquisser l’administration. Les mousselines, les shalls, les perles, les diamants, et les épiceries, sont les principaux objets de commerce que l’Asie fournit à l’Europe. Il y a en outre lés thés, qu’on va chercher en Chine.

Voici ce que fauteur en pense ( p. 44 2 ) : «Et x « comme les thés semblent devenus un besoin, « bien que pourtant iis ne soient qu’une mode,

« attendu que, comme objet médical et digestif, « ils peuvent être facilement substitués dans « nos pharmacies, il peut arriver que le com- « merce de la Chine ri attire plus aucun navi- « gateur, et que les thés , venant en caravane «par la Tartarie et la Russie, suffisent aux « consommations de l’Europe. C'est cet état de « choses inévitable que les Anglais veulent pré- « venir, en portant dans l’Inde des richesses «d’une espèce nouvelle, pour que sa posses- « sion ne devienne pas nulle dans leurs mains. » Ainsi l’immense quantité de thé chinois qui se consomme en Europe arriverait 'par des cara-

pàs le? M. les-Anglais ne re-

nonceront pas au commerce lucratif qu’ils font avec les Chinois. D’où je conclus que M. Pillet ne connaît pas plus l’Asie que l’Amérique ni l’Europe. Conçoit-on qu’il ait fini de parler de l’Angleterre et des deux Indes, sans avoir fait un article séparé pour l’Irlande, sans avoir soufflé le mot du Canada, et même sans nous avoir dit que l’on construit à Calcutta des vaisseaux de ligne dont la majorité des équipages se oom-» pose d’indiens.

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