CHAPITRE XXVI
LVII. Bienfaits inséparables de l’alliance de l’Angleterre pour les nations qui y ont eu recours. Situation du Portugal. Commerce de Lisbonne' tout-à-fait enlevé aux Portugais. Vins de Porto.
~W oilq un texte pour un chapitre de cent pages; celui-ci n’en a cependant que dix, qu’on peut bien analyser dans deux. 11 Fallait dire tout simplement : Note sur les rapports entre V Angleterre et le Portugal. 11 était inutile de remonter à Louis XIV pour nous faire connaître les causes de l’alliance du Portugal avec l’Angleterre. Nous savions aussi, sans l’aide de M. Pillet, que le commerce de l’Inde avait nui considérablement aux richesses territoriales du Portugal par l’émigration dans ses colonies, et que les Anglais avaient fini par supplanter leurs alliés dans le commerce de l’Inde, et même dans celui du Brésil , par le moyen de maisons anglaises établies à Lisbonne. Il n y a pas uj» commis-marchand en Europe qui ne connaisse tous ces faits avec plus d’exactitude que l’auteur. Les Anglais Sont aussi maîtres à Lisbonne et
clans toutes les colonies portugaises , qu ils le sont à Londres et dans toutes les possessions anglaises. Je considère le Portugal comme la troisième province de la Grande-Bretagne : elle vient après l’Angleterre et l’Irlande; elle marche avant l’Écosse. Je parle des domaines européens; car l’Asie ou le Bengale, par sa population , occupe le premier rang.
On aura de la peine à croire , et c’est cependant très vrai, que M. Pillet saute, dans la même page 447? de Lisbonne à Petersbourg.
Je le laisse parler : « Sur cent bâtiments sortan t « des ports de Russie, chargés de marchandises « russes, quatre-vingt-dix sont anglais, expé-. « (liés pour le compte des maisons anglaises.
« Le mal ira toujours croissant; et les richesses « de la Russie sont destinées à aller toutes senti gloutir en Angleterre, et sa marine vouée à « la destruction , si dans peu une loi ne clé- « fend pas l’exportation des marchandises pro- « duites du sol russe sur d’autres bâtiments que « sur des bâtiments nationaux, et si, connue je «l’ai dit ailleurs de notre nation, lélablissc- « ment des maisons anglaises n’est pas décou- « rage par tous les moyens possibles . » M. Pillet donne un grand secret pour obtenir ce dernier résultat. Il dit qu’il ne faut pas admettre
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des gendres anglais : il prétend que cette introduction d'un gendre est une pierre d’attente. 11 cite la maison Bettman de Francfort sur le Mein. Sans doute mademoiselle Bettman a donné sa main et sa fortune à quelque rival de l’auteur ; voilà» la cause de sa jalousie, puisqu’il nous dit avoir vu. 11 prédit que la maisori Bettman de Francfort finira par être maison anglaise à Francfort comme à Bordeaux. Les demoiselles du continent de l’Europe ne manqueront pas d’intenter un procès criminel à M. Pillet, pour la défense qu'il leur fait d’épouser des Anglais, qui, en guerre Comme en amour, .ne se laissent faire la barbe par personne. On peut dire d eux, comme de Henri IV, qu ils ont le triple talent de boire et de battre , et d’êti'e verts galants...
- M. Pillet (page 44o) dit qu’une commission anglaise, établie à Opporto, reçoit, en vertu d’une convention passée il y a cinquante ans, une quantité de vins à un prix fixe. D’après cette convention, il est défendu aux Portugais de disposer d’une seule pipe de vin pour l’exportation en faveur d'une nation étrangère.
Comme la récolte des vins est sujette à des variations, on planta plus de vignes qu il n’en fallait pour fournir la quantité convenue; la com-
mission fit même des avances aux pîanteilrs.
Les vins récoltés étant presque doubles de ceux stipulés par la convention , on obtint l’excédant à un fort bas prix , puisque les Portugais n’avaient pas la faculté de le vendre Lors du pays. Par cet arrangement les Anglais ont à très bas prix une très grande quantité de vins de fort bonne qualité. Le. véritable porto a beaucoup d’analogie avec nos bons vins de Cahors; mais on le détériore en le mélangeant avec de l’eau-devie, au point qu’en plongeant le doigt dans le vin, et le présentant ensuite à la chandelle il prend feu sur-le-champ. 11 faut que les Anglais aient des estomacs d’airain pour pouvoir arriver à une longue v ieillesse, malgré la violence d’un tel poison.
Si nous en croyons M. Pillet ( page 4^2 ), « le mcrrain qui sert à faire les tonneaux est « apporté par les Anglais, qui, non contents du « bénéfice qu ils font sur l’importation et la « vente de ce merrain, font encore construire « pour le compte de la commission les ton- « neaux , qu’ils revendent aitx propriétaires en « déduction du vin qu’ils doivent en recevoir; « et que, comme le prix de ces tonneaux est « fixé par eux, les propriétaires qui se trouvent « de l’année dans laquelle leurs vins ne sont
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« pas marqués sont encore quelquefois rode va- ;> « blés, leurs vins livrés , d’un surplus (le prix « des tonneaux qui leur ont été fournis. » Ces détails prouvent une vérité bien connue, « que-u les Anglais, en tout pays, stipulent fort bien J « leurs intérêts. » M. Pillet néanmoins se trom-v pe grossièrement quand il veut que les proprié-: f ' taires soient redevables du prix des tonneaux. Comme ils n’ont pas pu livrer les vins sans les tonneaux, il doit suffire qu'ils aient livré les vins presque pour rien, sans être encore obli- .’ gés de payer des tonneaux qu'ils n'ont plus. Si ' , les Anglais ont suivi la même marelie pour les vins de Madère, ils ne seront plus si fâchés de ce que leur sol ne produit point de vin, puisqu’ils s’en procurent ailleurs de l’excellent et àir fort bon compte. L’auteur conclut ce chapitre par l’éloge des Portugais, qu'il dit être braves, industrieux, patients, et aimant le travail. 11 les plaint d’avoir été alliés avec 1 Angleterre, qu’il assure être cordialement détestée par tous les Portugais éclairés, comme il prétend que doivent le faire désormais tous les bons Français.
ba haine est dans sa plume, et l’estime en son cœur.