‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 35 sur 47 · LX. Végétation. Agriculture · texte numérisé non relu

LX. Végétation. Agriculture

Nous venons de voir M. Pillet donner la préférence aux aubergistes anglais. Il avait été si mal dans les pontons, quil se croyait dans un paradis lorsqu’il pouvait se dorloter tout à son aise dans ces lits si élégants qu’on rencontre dans toutes les bonnes auberges d’Angleterre. Les cultivateurs ont gagné à cette distribution de l’auteur. Si le hasard les avait mis au bout • de sa plume près du divorce , du de la rout , c’en était fait de la végétation et de l’agriculture. Nous n’aurions vu dans toute l’Angleterre que rats, serpents, taupes, chenilles, et vermine. Mais il a bien dormi, et fait un bon déjeûner à la fourchette, avec sa bouteille de Bordeaux et sa tasse de café moka. Le maître de .l’auberge lui a tenu le bras pour monter en voiture, et lui aura souhaité un heureux voyagej c’est la coutume du pays. Quelle différence de cet honnête aubergiste avec le furibond Press laud! On n’est donc point étonné que l’auteur biçti restauré , et se carrant dans une jolie

voiture traînée avec la rapidité de 1 éclair, ait trouvé très brillante la végétation de l'Angleterre. Il a été sur-tout frappé de la beauté du gazon; mais il se plaint du ciel, rpi'il appelle (page 4%) «constamment triste et brumeux.

«Jamais un beau jour dans la belle saison.»

D'où on conclut que, comme il n’y pas de beaux jours dans la mauvaise saison, il n’y a jamais de beaux jours en Angleterre. Ce rapport est faux. Je me suis promené à Hyde-Park et au jardin de Kensington par des temps superbes.

Il y a même dans I atmosphère une teinte bleuâtre qui tempère les rayons du soleil d'une manière satisfesan te pour l’esprit, et favorable pour la vue. Je ne inc rappelle avoir éprouvé une telle sensation que quand j’étais au collège d’Agen, sur les bords de la Garonne.

Peut-on dire ( page 46q ) « que jamais une « plante n’arrive à sa maturité, excepté les ra- «cines? » Tout mûrit en Angleterre, excepté le raisin. C’est le même climat que la France. Si les fermiers achètent des semences de le-tranger, c’est parceque l’expérience leur a prouvé que la récolte est toujours un tiers plus forte qu avec du grain semé dans le sol qui l’a produit. Si M. Pillet avait interrogé le paysan le plus idiot, il lui aurait appris « que les blés ne

«se récoltent pas verts ( page 47° )j c I ue « moissons sont tout aussi dorées qu’en France, « et qu’on inange en Angleterre des fruits très « mûrs, et de la salade tout aussi belle que celle « qu’on vend à Paris au mois d’août. » L’auteur, est, comme on voit, fort sujet au* variations. A présent il cherche à nous convaincre qu’il n’a plus son humeur sombre des pontons. Il s’amuse aux dépens des Anglais. Il dit Ç p. 47 1 ) : « Caraccioli disait qu il n’avait jamais trouvé « en Angleterre de fruits mûrs que les pommes « cuites^il ajoutait que la lune de Naples était « plus chaude que le soleil de Londres. Cette «plaisanterie était exagérée, mais renfermait « vérité jusqu’à un certain point. ». Si Caraccioli, qui était Napolitain, prenait le soleil de Londres pour la lune de son pays, il lui était bien facile de se retirer chez ses pénates, au lieu de rester dans un pays si mal traité de la nature, puisqu’elle lui a donné un si mauvais soleil , qu’un Napolitain en est réduit à le comparer à sa mauvaise lune. Quoique M. Pillet ait emprunté l’esprit de Caraccioli pour persifler les Anglais, il est à craindre qu’on ne lui rétorqife son argument , en le plaçant dans une caricature à coté de M. Caraccioli , sous la direction de Nicodénie dans la lune. Ce trium-

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virât vengerait John Bull des ennemis de son soleil.

Mais parlons de l’agriculture. Les instruments aratoires sont mieux soignés qu’en France. Les écuries, les étables, sont mieux construits et tenus plus proprement. ( Page 472. ) Les attelages des fermiers ne le cèdent point en beauté aux chevaux de carrosse. La culture des prairies est préférée à celle du blé, parceque cette.culture est moins dispendieuse, et qu’il est plus facile de faire venir du blé de l’étranger que des bestiaux. Il n’y a point de loups en Angleterre, à la grande satisfaction des propriétaires, et surtout des bergers. Le foin est ramassé en meule; il se conserve mieux que bottelé : on le coupe à la meule avec de larges couteaux. Les chevaux le mangent avec avidité. Nos fermiers coupent la paille qu'ils mêlent avec l’avoine, pratique très salutaire pour les chevaux. Familiarisé avec les plans les plus bizarres, M. Pillet se demande (page 476) « que deviendrait l’Angleterre s’il « se trouvait une nation assez puissante pour « parvenir à la bloquer, et à lui couper toute « communication avec le continent ? » Je lui réponds que l’Angleterre, ne récoltant que la moitié du blé nécessaire à sa consommation, si on lui coupait toute communication avec le

continent, je dis plus, avec Malte, la Sicile, l’Asie, l’Afrique, et l’Amérique, nous imiterait dans ce que nous avons fait pour les denrées coloniales. On défricherait des prairies, on arracherait des bois, on sèmerait du blé, on planterait des pommes de terre; et une population de seize millions dames, aceoutunîée à vaincre et sur terre et sur mer, serait terrible pour la défense de ses propres foyers. Cette hypothèse tle l’auteur est un effet de la lune napolitaine. Quant au blocus, tout annonce que les Anglais sont plus à même de nous le donner qu’à le recevoir de nous. M. Pillet est plus correct.dans les éloges qu il donne aux fermiers anglais (page 477 ), en disant qu’ils mettent leur gloire à bien cultiver, plutôt qu’à cultiver une grande étendue de terrain. Il conclut, en engageant nos fermiers à imiter les fermiers anglais, pour élever une plus grande quantité de bétail, et il conseille aux propriétaires qui ne cultivent pas eux-mêmes de prolonger les baux. Ces deux idées sont bien plus sages et sur-tout plus exécutables que le blocus de l’Angleterre.

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