‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 6 sur 47 · II. Londres. Costumes anglais · texte numérisé non relu

II. Londres. Costumes anglais

Le titre de ce chapitre pique la curiosité. On s’attend à trouver des détails intéressants sur la première ville du monde par son étendue, sa population, son commerce, ses richesses, et sur-tout par son influence politique sur tout l’univers. Cependant l auteur se borne à nous dire « que, si 'l’Angleterre est dans Londres, « on peut dire que Londres est aussi dans « toute V Angleterre ; que tous les objets de « consommation n’ont qu’un prix , celui de la « capitale, à cause de la facilité des communi- « cations ; que les habitants des provinces sont « habillés comme ceux de Londres ; que les «< moeurs, les habitudes et le langage sont les « mêmes ; que toutes les femmes s’appellent « lady s; quelles ont deux mains gauches; que, v depuis la couturière jusqu’à la femme du ««grand seigneur, elles sont vêtues de blanc, « la tête couverte d’un chapeau de paille, posé » sans grâce ; qu elles ont toutes 1 air d’être de «< la même famille , lorsqu’on les voit dans une

« promenade le dimanche-, qu’il règne dans les « salons un luxe bien entendu ; que les hommes « comme il faut sont costumés élégamment ; « que le peuple anglais est plus proprement, « plus richement vêtu que le peuple français , « et que la fille de basse-cour de la campagne v la plus reculée va, les jours de marché, ap- « porter son beurre et ses 'œufs aussi élégam- « ment vêtue que la fille de ses maîtres, la tête « parée d’un petit chapeau, les mains propre- « ment gantées, et la jambe couverte d’un bas « de coton toujours parfaitement blanc. »

Les Martons et les Lisettes doivent bçaucoup de reconnaissance à l’auteur pour de si jolis .compliments. Quoique je me sois fort peu mêlé de basse-cour pendant quatre ans que j’ai séjourné en Angleterre, je dois dire que cette classe du peuple est fort sale habituellement, et que les maîtres sont sans cesse obligés de surveiller leurs domestiques pour les faire tenir propres. Les dames anglaises, quoi qu'en dise l’auteur, sont d'une propreté ravissante tant dans leur costume que dans la tenue de leur ménage. Rien n’est à comparer à la beauté que présente une famille anglaise composée du père, de la mère, et de sept à huit enfants de l’âge de quatre à douze ans. J'en ai vu souvent

se promener clans Saint- James-Parc , et au jardin de Kensington. Il m’est arrivé de les suivre pendant des heures entières, à cause du plaisir que me procuraient la propreté de leur costume, leur bruyante gaieté, et un certain air de famille cjui ne m’a frappé dans aucun pays autant comme en Angleterre.

Le lecteur fera justice des autres assertions de M- Pillet; je me borne à parler de ce qu’il aurait dû mentioner. Des détails sur la population, qui est de douze cent mille âmes, des observations sur la police, qui, quoique cachée, n’en est pas moins active, et des réflexions sur les plaisirs qu’offre au voyageur cette capitale immense, auraient bien plus intéressé les Français que 1 inventaire d’une miss anglaise à qui l’auteur n’accorde (page 28) « que'deux chemises, « deux jupes de basin , deux paires de bas de «coton, deux petites robes, trois fichus, ser- « vant tour-à-tour pour la poche et pour le « cou, etc. » Je ferai des chapitres séparés pour les théâtres, les promenades publiques, les manufactures, les journaux, les banquiers, et les autres curiosités qui peuvent donner une idée exacte de la rivale de Paris. Le général Pillet a vu Londres avec ce dégoût qui s’empare d’un homme qu'on force à voyager sur mer, lorsque

ges affections lui font regretter la terre. 11 f fuit te le vaisseau sans connaître les manœuvres qui l’ont fait arriver à bon port, comme l’auteur a quitté l’Angleterre sans avoir su apprécier les qualités supérieures qui ont conduit les Anglais au degré de puissance où npus les voyons parvenus.

Je crois cependant devoir assurer l’auteur que son ouvrage aura bien fait rire les Anglais, quand ils auront lu qu’on ne distingue point de différence entre la tenue de la vicomtesse de Perceval et.sa marchande fruitière, « et que, « quand il y en a, elle consiste dans plus de « négligence de la part des femmes du haut (t parage (page 25). » J’ai assisté souvent dans les belles réunions de Londres; je me suis trouvé à Covent-Gàrden et à Drurj-Lane , où il y avait une brillante assemblée; j’ai vu les dames élégamment parées, tout comme à Paris. Si on ne remarque pas dans ces réunions les grâces de nos Parisiennes, on est frappé de la beauté des dames anglaises. Il est ridicule de dire qu’elles ont deux mains gauches.

Peut-être ce reproche serait-il mieux adressé aux Françaises, quand il s’agit de s’occuper des affaires du ménage. Il n’y a pas une Anglaise, gi riche qu elle soit , qui ne fasse apprendre à

ses demoiselles à faire ses robes et à conduire l’intérieur de la maison , sans négliger l’écriture, la littérature, le dessin, la danse et la musique. Mais j’oublie que je dois analyser et critiquer l’ouvrage de M. Pillet, et que je 11e dois parler de ses omissions que dans des articles supplémentaires. J’observerai «pion n’appelle lady que les femmes de qualité; les autres s’appellent mistress. Madame Suidons, actrice célèbre du théâtre de Covent-Garden , ne porte le titre de ladj que dans ses rôles; par-tout ailleurs elle n est connue que comme mistress Siddons.

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