‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 7 sur 47 · III. Esprit public. Orgueil national. IV. Esprit public · texte numérisé non relu

III. Esprit public. Orgueil national. IV. Esprit public

Continuation du même sujet.

Je réunis les chapitres III et IV, que l’auteur n'a séparés que parcequ’il voulait commencer ses plaintes au sujet des pontons ; ce qui prouve qu’on est rarement propre à écrire sa propre histoire. Il fallait se borner à l’esprit public des Ahglais, matière assez abondante pour remplir plusieurs chapitres , sans aller entamer un sujet fort délicat, j’en conviens, mais étranger à la question dont il s agit. L’auteur rend jus- * tice aux Anglais peut-être iftême avec trop d’engouement. Comme il tombe rarement dans cet écueil , je vais me servir de ses propres expressions. II dit (page 32 ): « Anglais, votre esprit « public, votre amour de la patrie ne peuvent- « ils donc s’allier qu’à des mœurs cruelles et fié- « roces , ainsi que je vous ai souvent entendus « vous en vanter vous-mêmes P Ne peut-on « aimer son pays sans haïr tous les autres? Ce « côté de votre caractère est affreux; et j’aime à « croire que l’esprit public, tel que je le desire

k à mes compatriotes qui n’en ont point encore,

« ne sera jamais la haine de ce qui n’est pas « soi. » Après cette apostrophe au peuple anglais, l’auteur ajoute : « Dans toutes les circon- « stances l’esprit public se montre en Angleterre « avec une promptitude et une énergie cpii de- « vraient faire rougir et trembler tous les peu- « pies, tous les gouvernements de l'Europe. »

Le général Pillet juge nos voisins trop favorablement. Il n’y a pas plus desprit public en Angleterre qu’en France, ou en Turquie. Si un Anglais appelle un Français french dog, i

un Musulman lui dit chien d'injidèle , et on répond à l'un et. à l'autre par des expressions analogues, et consacrées par l’usage dans ces • querelles , pour ainsi dire nationales , quoiqu’elles n'aient lieu le plus souvent qu’entre des individus de la lie du peuple. Les hommes qui ont reçu une bonne éducation savent dans tous

les pays allier l'esprit public avec la politesse qui fait les eharmes de la société. Je n appelle pas esprit public l’ardeur avec laquelle les capitalistes anglais s’empressent de remplir les emprunts demandés par les ministres, t est leur intérêt particulier qu’ils embrassent en soutenant le gouvernement de leur crédit et de leur fortune. L’honneur de ce dévouement appar-

tient tout entier au génie de William Pitt, qui, par l’habileté de son système sur les finances, a eu l'adresse de mettre sous la dépendance du gouvernement tous les riches propriétaires et • banquiers de la Grande-Bretagne. Il y a autant, peut-être même plus d’esprit public en France qu’en Angleterre. C’est une mine qui est à la disposition du gouvernement : il ne s’agit que de savoir l’exploiter. Le climat de la France, ses richesses territoriales, sa situation physique, et sur-tout sa population, lui donnent sur les autres peuples de l’Europe des avantages immenses , dont la supériorité n’est plus un mystère pour nous, quoiqu’elle ait cessé d’être un;\7ï,, objet de terreur pour nos rusés voisins.

H n’y a pas de pays où l’on soit plus soumis,,,,,’ au gouvernement qu’en Angleterre, non pas””” pour défendre l’honneur du nom anglais, mais pour conserver la banque. L’autèur se trompe dans ses conjectures sur la mort de M. Perceval.

Son assassin n’était qu’un fou dont la misère avait égaré la raison. Le premier ministre n’était pas nanti de son affaire , qui était du ressort du ministre de l’intérieur. Le peuple parut s’apitoyer sur le sort de Billingham, sans cependant faire aucune tentative pour favoriser son éva- . sion. Il ne convenait pas de reprocher aux rai-

nistres anglais de refuser audience ( page 35), puisqu il n'y a pas de pays où lesministres soient * plus faciles à aborder qu’en Angleterre. Je suis loin de trouver un bon esprit public dans les secours accordés à la famille d’un homme qui a osé verser le sang d’un chef de l’état. M. Pillet aurait été plus approuvé s'il avait parlé de cette circonstance comme étant le résultatde la haine que les esprits turbulents sont tou jours disposés à manifester contre l’autorité légitime.

J’approuve l'éloge de M. Howard, qui a écrit avec énergie pour améliorer le sort des prisonniers, et je partage l’avis du général Pillet, qui * .••«censure cet auteur pour avoir pris le parti d’un iord arrêté pour dettes à Paris. Quand on doit, **‘**il faut payer. A Londres, on est inexorable sur :..*:7jcel article. Sa défense de Cobbet, auteur du Political régi s ter y me paraît hasardée. Est-ce à un journaliste à aller s immiscer dans les opérations de farinée? Lesministres ont déjà beaucoup à faire pour maintenir la discipline parmi les troupes. Si quelques écrivains s’attachent à lescontrarier pour troubler l’ordre social, la punition des coupables doit être d’autant plus exemplaire, que les conséquences du délit auraient été plus désastreuses. Mais ne soyons pas les dupes de cette opposition, apparente.

Tel individu qu'on voit entre les mains de la justice n'est peut-être qu’un mannequin mis en avant par la politique pour atteindre un but important. Qu’on réfléchisse que lord Coclirane, qui a éprouvé tant de désagréments, n’en est pas moins encore membre du parlement pour lé district de Westminster.

L’affaire de M. Lovel , rédacteur du States man , remplit huit pages, de \ \ à 48. Cet écrivain avait signalé les vols qu’on faisait aux prisonniers français. Il fut mis en prison et condamné à une forte amende. Le général Pillet lui écrivit une longue lettre en date du ponton le Brunswick , rade de Chatham, le 19 mai i8i3, pour le remercier de 1 intérêt quil avait # bien voulu prendre au sort de ses camarades d infortune. Il lui dit : « Serait- il donc vrai « qu’il n’existe, plus en Angleterre de ces hom- « mes essentiellement vertueux qui se croient « obligés par devoir d’opposer une barrière au « crime, sous quelque forme qu’il se présente « saus exception de rang ou de nation ? Serait- « il vrai qu il ne s élèvera plus désormais une « seule voix en notre faveur? Votre condamna- « lion me le fait craindre. Si un seul homme de « bien , mais assez puissant , mais ayant la ferme « volonté d honorer son pays, de le laver de la

« tache d’ignominie qu’imprimera un jour sur « lui la connaissance répandue eu Europe (le « tout ce que nous souffrons , pouvait descente dre un instant parmi nous , et s y informer des « détails de nos misères pour les redresser, quel « bien il ferait à l’humanité ! quels droits il acte querraif à notre reconnaissance! »

Je sais que les prisonniers de guerre ont été très maltraités en Angleterre, sur-tout ceux qui ont été renfermés à bord des pontons. Cependant 4e gouvernement anglais paraîtra bien moins blâmable si on considère combien il était essentiel pour la tranquillité de I Angleterre de prendre les plus grandes précautions contre près de quatre-vingt mille individus qui auraient suffi pour faire la oonquète de ce pays, . s’ils avaient réussi à briser leurs chaînes et à se joindre aux mécontents. Quant aux vols commis à l’égard des prisonniers, il y avait de la faute du gouvernement français, qui aurait du avoir un agent à Londres pour recevoir les îeelamations , et en poursuivre l’effet auprès de l’autorité compétente.

«l'ignore ce qui a pu engager le général Pillet à traiter légèrement lord Coehrane(page 47 )• Je connais particulièrement ce seigneur; ii est rempli de mérite comme officier de marine, et

comme membre du parlement; il est très attaché à son pays ; il doit à son bonheur sur mer la fortune dont il jouit. Quand on a prétendu qu’il avait spéculé sur les fonds publics à l’époque où un soi-disant colonel arrivé de France se rendit à Londres avec la fausse nouvelle de • la mort de Bonaparte, on ne pensait pas qu’un gouvernement a une foule de moyens pour diriger l'opinion publique, et que lord Coclirane, qui est plein d’honneur et de loyauté, n’aurait pas voulu, pour tout l’or de la banque, ternir la bonne réputation dont il jouit, s’il n’avait pas dû se prêter aux vues du ministère pour la réussite de ses spéculations. Telle est la conduite d'un membre de l'opposition. Qu ou juge par là du dévouement des thorys!

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