BALLANCHE
gré de Taction occulte qu'il avait exercée, ne fût-ce que par son exemple, sur un mouvement dldées morales qu'il attendit, et pressentit comme une infaillible revanche.
Puisque nous signalons les courants souterrains qui finirent par mêler leurs eaux en un même lit, comment ne pas rappeler aussi Ballanche, ce Socrate lyonnais, dont ia plume rencontra plus d^une parole inspiratrice ? 11 est le premier à nous y inviter, lorsque, parlant de lui-même, il termine ainsi sa Palin^ génésie sociale : ce Les Muses ne m'élèveront pas de tombeau comme à Orphée, les prêtres des saints mystères ne feront point mon apothéose ; et pourtant mes écrits laisseront une trace quelconque, je ne sais laquelle. Car, si rien n'est perdu dans le monde matériel, rien n'est perdu dans le monde moral. Dans tous les ordres d'idées.
Le pas d'ane fourmi pèse sur l'univers. »
Ce modeste témoignage nous avertit qu'il ne désira jamais le bruit et le grand jour. U aimait plutôt à s'envelopper de nuages ; mais des éclairs y trahissaient sa présence. Timide comme un Éliacin, candide jusqu'à la naïveté, tout épris de beaux songes chrétiens et platoniciens qui ne devaient point se fixer en un corps de doctrines, voguant toujours vers des rivages auxquels il n'abordait pas, vivant comme entre ciel et terre, dans l'ignorance de luimême et de toutes les choses sensibles, il eut pour-
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tant une réputation de génie inconnu. Ne couva-t41 pas de grands projets dont on parlait dévotement, i voix basse, dans le cercle d'initiés aux yeux desquds il fut une sorte d'hiérophante ? S'il passa dans le monde à la façon d'un somnambule, si ses apocalypses furent trop inaccessibles à la foule, cependant tout n*est point illusion d'amitié dans la gloire mystérieuse quil dut à des œuvres applaudies par le cortège de M""* Récamier, sa belle compatriote, qull adora, lui aussi, à distance, comme une Laore ou une Béatrice, c'estrà^dire comme un idéal auquel se dévouait son pur enthousiasme de contemplateur désintéressé.
Doué du sens des choses divines, l'auteur d'AnU^ gane et d'Orphée nous apprend du moins par quelles affinités la métaphysique se confond avec la poé^e, dans une âme expansive où les idées se transforment en sentiments, et les dogmes en symboles. Philosophe inconscient, il nous fait entrevoir, sous l'obscurité de ses rêveries alexandrines , l'avénemeni prochain de ce spiritualisme lyrique dont les Mé' ditations de Lamartine seront la sublime explosion. (( Retournons, disait-il, retournons, il en est temps, aux idées religieuses : car les artistes et les lettrés ne peuvent rien sans elles, n Aussi sa muse pacifique s'avançait-elle tenant à la main une lyre couronnée d'olivier, pour réconcilier, par une synthèse quelquefois aventureuse, le paganisme et le christianisme, Platon et l'Évangile, Pascal et Voltaire, sainte Thérèse et Jean-Jacques Rousseau, le passé,
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ésent et l'avenir, le ciel et la terre, en un mot s les doctrines rivales ou ennemies dont les disices ou les malentendus provisoires se tournepeut-être un jour en une symphonie universelle Gaitive.