CHAPITRE IV
Picard. Les amis d'Horace. Incessante improvisation. Esprit d'^' propos. Les ridicules de l'heure présente. Tableaux de wasstf- Médiucre et rampant, vivahte esquive de la société fraoçaiie V0 le Directoire. Entrée dans le monde. Le Contrat dtvtmm, vtàf^ contre Tagiotage. La comédie bourgeoise, $^ule ressource do poM< comique sous l'Empire. La Petite Ville, chef-d'œuvre du g«ore Les Provinciaux à Paris, récidive malheureuse. Monsieur Uutard Les Marionnettes. Let Ricochets, Conclusion. Q
Nous n'avons pas besoin de longs détours poui aller d'Andrieux à Picard. Outre qu'un lien acadé mique devait un jour les unir, ils appartenaient: une famille d'heureux esprits pour lesquels Horao fut conune le Dieu du foyer. Ces prédilections di goût sont toujours le signe de certaines affinités mo raies qui rapprochent aisément les cœurs, et cimen tent des amitiés durables. Aussi, dès que les cir constances s'y prêtent, ces fidèles d'une même rdi gion vont-ils, comme par attraction naturelle, les on vers les autres, et se comprennent-ils à demi-mot, pa une sorte d'harmonie préétablie.
C'est ce qui fit qu'Andrieux, déjà célèbre, s'^ pressa de tendre la main à Picard, son jeune confrto Dès son premier signe de vocation, il se plut à lui ! ciliter l'accès du théâtre, par un dévouement désin ressé qui ne tarda guère à devenir une intimité a diale. Entre eux pourtant il y eut de notables différi ces. Picard ne fut point, en effet, une de ces imagl
ions économes qui se contiennent, se ménagent, font droitement valoir leur petit trésor, et vivent, à peu le frais, sur une renommée de salon, sans aimer à ranchir certains cercles choisis. Pour lui, la plume l'était pas un plaisir de luxe, un jeu de société, la listraction des heures disputées aux affaires. Non : « démon dramatique le posséda tout entier ; ses im- [^rieux appels ne lui permirent pas un instant de relâche, et plus de quatre-vingts pièces démontrent û fécondité d'une invention qui, toujours prompte iTà-propos, ne laissa pas chômer la curiosité du public, mais l'accapara presque sans partage. Or, dans «t immense répertoire où Ton compte presque au- ^t de succès que de productions, les motifs furent à variés, les idées si ingénieuses, et leur développement si personnel, qu'il put prodiguer sa verve sans épuiser, et n'a jamais été soupçonné d'aucun em- >ruiit.
Il ne lui suffit point de se multiplier ainsi en tous *ns; il voulut aussi remplir lui-même ses princi- KUu rôles, et n'hésita pas à monter sur la scène. ^liOuvois, à la salle Favart, ou à TOdéon, dont il >ritla direction en 1801, il fit aimer l'acteur comme '^teur ; et, s'il finit par renoncer à la profession [u'ont illustrée Shakespeare et Molière, ce fut enorepour se vouer plus exclusivement à une intarisable improvisation, qui, en dehors de la comédie, u vaudeville ou de l'opéra, s'épancha même en ûésies fugitives, ou en fictions romanesques. Durant une trentaine d'années, il demeura donc
toujours sur la brèche ; et, soit en vers, soit eii prose, il n'eut pas alors son égal pour la prestesse, le naturel, la bonne humeur, Tentrain d'une action bien conduite, et surtout ce fin coup d'œil gui saisit au ?if les ridicules de l'heure passagère. Voilà ce qui lui viot la mémoire de l'avenir. Car, si la comédie de cinotères est plus sûre de charmer tous les âges, pane qu'elle exprime les traits permanents de la nature humaine, les tableaux de mœurs ont également do prix pour la postérité, ne fût-ce qu'à titre de téauA' gnage transmis sur la vie privée des générations éteintes. Sans doute il est préférable de puiser le rire à des sources plus profondes, c'est-à-dire de doqs proposer l'image même de notre cœur. Mais, les types généraux étant peu nombreux, la satire finirait par tourner dans le même cercle, si, pour se renoave* 1er, elle ne s'attaquait encore à ces travers quotidiens que chacun de nous peut coudoyer dans la rue. Or ces esquisses légères composent comme un journal instructif où nous aimons à retrouver l'impression changeante des régimes divers essayés par une nation que son tempérament, surtout dans notre siMe, prédestinait à tant de vicissitudes.
Cet intérêt particulier, le théâtre de Picard nous Tofire aujourd'hui. C'est ainsi qu'un de ses prmers et de ses plus francs succès. Médiocre et ramptoA^ qui date de 1797, représente au vrai le pélennélede la société française surprise en pleine débâcle, dans la déroute de toutes ses traditions. On y entrevcntle désarroi des usages, des sentiments et des idées, la
ihue des audacieux, des fourbes, des parvenus inso-
Qte et des intrigants prêts à tout, un discordant
lèlange de luxe et de brutalité, je ne sais quel ver-
ige d'esclaves affranchis qui se ruent au plaisir, la
oalition des vices arborés comme des opinions par
.'émeute tapageuse des muscadins et des mirliflors,
cette plèbe dorée de laquais improvisés millionnaires,
mais embarrassés de leur métamorphose, en un mot,
tout un carnaval de Margots et de Gothons déguisées
fl& grandes dames, mais qui se dénoncent, sans le
atoir, par leur tournure, leurs manières ou leur
langage. Voilà bien Tépoque où il n'y a plus ni
centres distingués, ni bonne compagnie : les salons
«'y ouvrent au premier venu, comme un bal du Ra-
nelaghou de Tivoli. Des actrices y font vis-à-vis aux
femmes des Directeurs. M"» Lange y trône à côté de
M»* Tallien. Ces gens-là semblent vivre en plein
•ir, et au jour le jour : c'est un tourbillon dans un
dttûg. Car tout est devenu provisoire, même la
^ille, où le divorce invite à Tinfidélité conjugale,
et la légalise.
Tel est aussi le fond sur lequel se détachent deux Wtres pièces, l'Entrée dans le mondejjouée en 1799, ^ Du Bautcours ou le Contrat dunion^ qui parut •mSOl. Nous y reconnaissons le voisinage de ces wuées folles où la licence fut telle qu'il n'y avait pins de fruit défendu. C'est un milieu propice au Modale de ces fortunes soudaines qu'édifiait ou renversait, du matin au soir, la bascule de Tagiotage spéculant sur l'instabilité sociale. Le haut du pavé
324 LA COMÉDIE SOUS LEAfPlRE.
est encore disputé par ces fournisseurs et ces agents d'affaires^ dont l'impardonnable opulence insulte à la misère publique. Après avoir ouvertement affiché, sous le Directoire, leurs dilapidations impunies, ils tentent de se perpétuer sous le Consulat; et ieuriimnbreuse clientèle s'agite dans Tombre, pour paralyser par ses menées clandestines les ressorts d'une administration vigilante gui veut en finir avec les pillards et les concussionnaires. Mais ils se sentent menacés, et jouissent de leur reste : car Napoléon va fidreune guerre d'extermination à ces éhontés, qui sont la peste de l'État. Or, dans cette œuvre de châtiment, il a pour auxiliaire le poôte courageux qui devance l'action de la loi. Au risque de se voir sifflé par des coquins, Picard les démasque en effet d'une main vengeresse dans la personne d'un maître fripon, dont le sang-froid et l'hypocrite rouerie se mettent au service des banqueroutes d'autrui, parce qu'il n'a plus le moyen d'en faire pour son propre compte. Quant à la Milgarité qui aîtriste tant de vifs croquis, elle est moins imputable à l'écrivain qu'à ses modèles. Après la représentation des Trois maris^ on lui reprochait déjà de s'attarder trop en des régions équivoques. Mais comment donc aurait41 po faire autrement? La haute société n'existant plus, et ce qu'on appelle le Monde n'étant guère alors qu'un souvenir, il ne restait à l'observateur que la ressource de représenter cette grossièreté qui s'étalait partout, sans prendre même souci de sauver les apparences. C'est ce qu'attestent les prifaoes de
LA COMÉDIE SOUS L'EMPIRE. 3t5
Picard. Dans l'une d'elles, ne disait-il pas : « En 1799, les femmes galantes ou ruinées, comme M** Saint-Âllard, montaient une maison sur le ton de l'opulence, et trouvaient moyen de fournir à leurs dépenses par le produit de la bouillotte ou du trenteet-un. Des jeunes filles, comme M"' Aglaé, jouaient l'amour ou la sensibilité pour trouver un établissement; les salons de ces sortes de maisons offraient on singulier mélange, ou plutôt une étrange confusion de toutes les classes. ,0n y voyait des députés, comme M. Beaupré, qui fréquentaient les restaurants et les thé&tres, courtisaient les dames, et spéculaient à la Bourse ; de nouveaux enrichis, comme H. Dumont, bien insolents, bien grossiers, se plaignant d*étre mal servis, et oubliant qu'ils avaient
été laquais avant les assignats ; des ferrailleurs,
comme Derlange, ayant des maîtresses qu'ils appelaient leurs femmes, et se donnant ridiculement un air de bonne compagnie dans les cafés qu'ils ne quittaient que pour aller au jeu. » Ce qui nous semble cynique ou trivial n'était donc que la vérité prise sur le fait; et, si ce^^ tableaux vieillirent vite, la faute en est aux changements à vue que le va-et-vient des mœurs devait produire, du jour au lendemain, sous un régime social aussi précaire que ses institutions.
Ajoutons que les conditions de l'art vont bientôt changer avec celles du Pouvoir. Lorsque l'Empire eut imposé à tous les réfractaires la discipline du silence, il n'admit plus qu'une censure, )a sienne; et
ne toléra désormais aucun contrée susceptible d'inquiéter ses actes, ou de gêner ses ministres. On nil avec quelle rigueur fut proscrite toute allusioD, même lointaine, à ce qui touchait rétablissement di Vordre nouveau. Le zèle des serviteurs exagérant comme toujours, les volontés du maître, non-seoto* ment le Trdne, mais tout ce qui l'approchait demi donc inviolable. Le Conseil d'État ne se crat-il pat offensé, parce que Picard avait introduit deux jeoDM auditeurs dans son Lendemain de fortunel Les pliK innocentes libertés risquaient d'être dangereuses en un temps où, à propos d'un discours académique, tux voix partie des Tuileries s'écria : « Depuis quaoJ donc l'Institut se permet^il de devenir une assemblée politique? Qu'il fasse des vers, et juge les fautes de langage. Mais qu'il ne sorte pas du domaine des Muses ; ou bien, je saurai l'y faire rentrer. » Par siiitt de ces interdictions qui fermaient à la comédie l'enceinte de la vie officielle et publique, il lui fallol se rabattre sur des sujets moins périlleux, et chercher ses modèles au foyer domestique. Picard m manqua point à ce devoir de prudence. Or les mœur privées lui furent une mine d'autant plus riche qu'n» forme régulière de gouvernement venait de rendra à la famille la stabilité perdue, et que les fleuves dé bordés rentraient enfin dans leur lit. Toutes k classes reprenant des habitudes, les originaux s( fixèrent donc en des poses assez définitives poQi tenter l'observateur, et se prêter à sa curiosité. Ce genre fut inauguré par la Petite Fï/fe, qn
égayi les Parisiens aux dépens des provinciaux. Picard sut y railler agréablement leurs manies et leon préjugés, le penchant à se décider en tout par étroite prévention, la crainte du qu'en dira-t-on, le soQoi perpétuel de ce que pense le voisin, les mes* quines vanités de clocher, l'asservissement aux pré» tendues convenances qui singent les façons du grand numde, le décorum des hobereaux sots et guindés, la gaucherie des dadais empesés, les grimaces des Agnès ca quête de maris, les timidités provoquantes des Bé« lises quadragénaires, enfin ces rivalités, ces caquets, oes médisances, ces commérages ou ces tracasseries qœ La Bruyère avait déjà si joliment effleurés de son itouie. Toute cette parodie gravite autour d'un jeune homme, « mauvaise tète et bon cœur » , qui, sous l'impression d'un dépit jaloux, est allé chercher, loin de Paris, le bonheur et la vertu.
Sans raconter ses mécomptes, indiquons seulement les grotesques dont l'essaim bourdonne dans ^nid de frelons : Riflard, ce lourdaud qui papil« lonne en fol&trant, avec ses airs de Don Juan bellflp* tre;M"* de Senneville, la vieille coquette entichée ^ qualité, digne pendant de la comtesse d'Escar^ ^nas ; Vernon, le chicaneur et le bretteur, aussi poltron que fanfaron ; la sensible Nina, une ingénue ^^ trente«cinq ans, qui s'imagine que chaque diligence lui amène un époux ; enfin M°" Guibert, la iDàre enragée, qui guette une proie, je veux dire un gendre. Si dure et si glaciale pour Desroches, tant qu'elle le croit un pauvre diable, elle se jette brus-
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quement à son cou, avec une sorte d'effronterie, dès qu'elle avise ses trente mille livres de rentes. Il faut l'entendre alors reconunander à sa fille la simplicité, tout en lui mettant du rouge, et la modestie, tout en écartant son fichu, avant l'heure de l'entrevue qu'elle prépare, et voudrait bien rendre à tout prix décisive 1 Quant à sa chère Flore, que pourrionsnous en dire? C'est une poupée à ressort qui ne sait que répondre : Oui, maman; ou, si vous aimez mieux, c'est une botte à musique qui joue des romances. Telles sont les figures qui se meuvent dans cette action adroitement variée par des surprises ingénieuses^ et semée de saillies naïves qui font éclater le rire à toute volée. Picard avait touché si juste qu'il fut accusé de satire personnelle par plusieurs petites villes à la fois. Il faillit avoir des procès en diffamation 1
Mis en goût d'applaudissements, il voulut récidiver, et, dans ses Provinciaux à Paris, aborda le panorama de la Grande ville. Mais ce sujet trop vaste entrait mal en un cadre trop exigu. Nous n'essayerons donc pas l'analyse d'unetelle bouffonnerie. On pourrait se perdre dans le labyrinthe des épisodes à travers lesquels une bande de filous promène, en l'exploitant, cette famille de bons villageois, dont le cœur trop combustible ou la crédulité trop niaise ne rappelle guère les défiances du paysan ordinairement si matois et si retors. D'ailleurs^ les Parisiens devaient faire froide mine à un tableau qui ne les flattait pas, puisqu'il les représentait
comme des faiseurs de dupes. Fabre d'Églantine n'avait-il pas jadis été rudement sifflé pour un moindre délit, lorsque, dans ses Gens de lettres^ il sembla défier, au nom de la province jalouse, les coteries puissantes qui régnaient dans les académies et les salons? Picard subit donc le même sort, et sa pièce ne fut point sauvée par les détails plaisants qui demandaient grâce pour un plan défectueux.
Mais il prit sa revanche par le succès incontesté de Monsieur Musard (1803), type excellent d'un travers qui n'exclut ni l'esprit, ni la bonté, ni l'honneur, et que l'amour-propre le plus susceptible peut même avouer sans souffrance. Loin d'en rougir, quelquesuns ne vont-ils pas jusqu'à tirer vanité d'un défaut dont ils se font une sorte de décoration, parce qu'il fut toujours le privilège des indépendants et des oisifs? C'est à Paris, surtout, que pullulent ces désœuvrés qui laissent leur vie inconsciente s'écouler, sans qu'ils y pensent, comme ces eaux de la Seine que les badauds regardent passer, bouche béante, du haut des ponts. On y compterait par milliers ces flâneurs affairés qui, n'étant bons à rien^ se persuadent qu'ils eussent été propres à tout, si, au lieu de se gaspiller de caprice en caprice, ils avaient su le prix du temps.
M. Musard appartenait à une trop nombreuse confrérie pour n'être pas fêté par tous ceux qui reconnurent en lui leur voisin. Picard n'écrivit-il pas en sa préface : « Que de femmes m'ont répété : C'est
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mon mari que vous aves voulu peindre »? L'idée de ce caractère venait pourtant déplus loin; car elle semble avoir été suggérée par le Négligent^ de Du* fresny. Nous retrouvons môme ici la scène où Tama^ teur de babioles^ parmi sesinnombrablesdistractions, s'amuse à troquer des porcelaines, au momeût oùil devrait solliciter un de ses juges pour un procès qui va lui faire perdre deux cent mille livres. Mais ce qai n'était là qu'une silhouette se transforme en un portrait que rend plus expressif encore le contraste d'un personnage alerte et entreprenant, maître Lerond, qui a toujours l'œil au guet, et croque à belles dents tous les marrons tirés du feu par le malencontreux Musard, Cette antithèse, vivement poussée, fait doue valoir deux rôles auxquels on sourit comme à des visages de connaissance.
Chaque moraliste est doué d'un sens particulier qui décide de son aptitude. C'est ainsi que Picard triompha dans le diagnostic de la vani té^ de la sottise^ et des ridicules qui distinguent les parvenus. Or, il y en eut à foison dans ce monde où les jeux de la fortune étaient plus capricieux que jamais, à la luite d'une révolution qui avait mobilisé la richesse, et bouleversé tous les rangs. Fustiger d'un bon coup de férule l'impertinence d'un maître d'école subite* ment affolé par un million qui lui tombe du ciel, 6* grouper autour de cet extravagant les flatteries ou les intrigues des affamés qui prétendent avoir une p&rt du gâteau, telle est l'intention des Marionnettes^ pièce assez ingénieusement philosophique pour être
à fait digne de ce vers d'Horace, qui lui servit graphe :
Duceris ut nervis aîienis mobile signum ^
i vérité si vieille, il réussit à la rajeunir, et en fit comédie très-allègre qui enleva les suffrages des frivoles comme des plus sérieux. Mais ces bra* retentissants ne tournèrent point la tète solide homme de sens qui, dans une spirituelle prédisait de lui-même : a Ne suis-je pas aussi une ) marionneitel Eh bien, je ne saurais m'en dé- PC, et ne prétends point faire exception, » 3n, Picard n'eut rien de commun avec son ^ et sa popularité ne l'étourdit pas ; car, plus sentait porté par la faveur universelle, plus il diait à plaire aux exigeants. Voilà ce qui resde la correspondance qu'il entretenait avec le je Daru, pour lui soumettre ses scrupules, et iirer de précieux conseils. Visant à se surpasser Qème, il y réussit en ses Ricochets, satire d'un e plus élevé : car il ne s'y renferme point dans le monde bourgeois de la rue Saint-Denis; mais à des étages supérieurs qu'il va chercher ses celles girouettes qui tournent à tous les vents. n ne peut enchaîner et dénouer avec plus d'ase les fils d'une action où de petites causes, qui luisent de grands effets, concourent à démontrer ) vérité^ que a l'insolence est une médaille dont
Tu te laisses mener, comme une marionnette, par des ressorts
le revers est la bassesse. » Voilà ce que prouvent les scènes amusantes où nous voyons un jockey se coon ber devant un valet de chambre, ce valet devant son mettre, le mattre devant un colonel, et ce colonel devant une baronne dont il s'est fait le chevalier se^ vant. Puis se déroule une autre série de contre-coaps inverses, dont le branle est donné par la perte d'un épagneul, accident fortuit qui met successivement en jeu la colère de la baronne ricochant sur le colonel, celle du colonel sur l'amant, celle de l'amant sur le valet de chambre, celle du valet de chambre sur le jockey. C'est comme une suite de cascades qui dégringolent de degrés en degrés, jusqu'au moment où, grftce au serin qui remplace l'épagneuldansun cœur inconstant, tous les personnages font une fois encore volte-face, se réconcilient les uns avec les autres, et finissent par fêter un double mariage, qui est le dernier de tous ces ricochets.
Le Collatéral^ F Homme qui veut faire son chemin, la Vieille Tante, F Ami de tout le monde^ to Manie de briller y en un mot, tout un album de croquis finement crayonnés d'après nature mériterait aussi d'être étudié de près. Mais comment résumer en quelques mots l'œuvre si complexe de ce Gavarni bourgeois qui ressuscite, sous nos yeux, toute une société disparue? Une rapide analyse ne pouvant donner au lecteur que de faibles impressions, il nous suffira donc d'avoir réveillé le souvenir d'un peintre de mœurs qui contribua plus que tout autre, au lendemain de nos malheurs, à nous
rendre cette gaieté native dont le retour n'a jamais cessé d'être parmi nous le plus rassurant symptôme de convalescence, ou de santé rétablie.
Terminons en disant que Picard se fait estimer jusque dans ses échecs. Quand il osa tenter une comédie en cinq actes et en vers, il perdit la bataille ; car il était écrit que la prose seule lui serait heureuse. Mais, alors même, nous rendons justice au lettré constamment épris de son art. Aussi n'est-ce point surfaire ce talent si français par la justesse, Tesprit, Taisance et la clarté, que de voir en lui le premier de ces comiques de second ordre dont le nom se soutient, au-dessous de Molière^ mais non loin de Regnard, à côté de Uancourt, près de Lesage et de Scribe, dont il reste le devancier le plus direct.