‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 2)Chapitre 47 sur 56 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Pierre Leubln. Ses apliludcs précoces. Tout enfant, il est distiogué par le Premier Consul. Son Ode à la Grande Armée. Lyrisme sincère qui n'eut rien d'officiel. Ode au Vaisseau de PAngletem. — Relraite de Tancarville. Les inspirations de la solitude. La tragédie d* Ulysse, et Louis XVllL Ses Messéniennes. Jeanne d'Arc. Super flumina Babylonis. Le novateur prudent. Marie Stvarij 1820. La Grèce, et les chants qu'elle lui inspire. Franchise, et simplicité d'accent. MM. Lebrun et Victor Hugo. La Mort de Napolèa. Le Cid d'Andalousie, Ses fantaisies légères. Un trop sage précorseur. Conclusion.

Cette continuité d'insensibles progrès nous deviendra plus manifeste encore, si nous abordons les œuvres de M. Pierre Lebrun. Car elles pourraient être comparées à ces pays frontières oîi les langues de deux peuples voisins se pratiquent si couramment que de leur mélange résulte parfois un idiome intermédiaire, dont le vocabulaire composite a l'inconvénient d'être tout local. Puisqu'il parla d'abord celui de l'Empire, ce régime peut à bon droit revendiquer un écrivain qui pleura ses revers, conune il avait célébré ses victoires .

Né en 1785, il était dans sa douzième année lorsqu'un lettré, François de Neufchâteau, ministre de l'Intérieur, distingua l'élégante facilité de ses premiers essais, et ouvrit les portes du Prytanée à celui

qui devait le remplacer à l'Académie française. A l'Age où la plupart Ignorent les lois de la prosodie, cet enfant précoce, venu de Provins, le pays des roses, mariait déjà très-joliment la rime et la raison . On se rappelle que ses aptitudes se révélèrent avec assez d'éclat pour attirer bientôt les yeux du Premier Consul, dans une de ces visites qu'au retour d'Arcole et de Lodi il faisait à ses pépinières d'officiers. Le lycéen du Prytanée n'avait pas encore quitté les bancs, lorsque son ode à la Grande Armée parut au Monilew, presque en même temps que le bulletin d'Austerlitz. Nous avons dit précédemment un mot du malentendu qui fit attribuer ces vers et leur récompCDse à son homonyme, le chantre du Vendeur. Animé par cette méprise très-ilatteuse pour un rhélorîciea, il s'élança donc dans la carrière, sous les auspices de la reconnaissance et du patriotisme.

Aussi se gardera-t-on bien d'appeler ofScielles, comme tant d'autres, les strophes oïl tressaille avec àncérité l'enthousiasme du jeune homme qui, tout ému par le contre-coup des événements extraordinùres où il voyaitjla poésie en action, s'écria dès l'abord d'une ftme toute française :

Aigle, je m'attache â ton aile ; Emporte-moi dans l'avenir I

Si l'originalité manque rarement h l'ardeur d'une conviction, nous ne saurions confondre des hommages spontanés avec le lyrisme de ^tg/jl^^ qui fit trop souvent partie du cérémomu

iSO LES POiriES DE ntAKSITIOK.

U. Lebrun coaaat si peu les empressements adidfttenre qa'un jour sa tlMâtir ttpparente loi valut mêow im gradeux nproche : a II a de la verte n, dit Ita* peretir, qui n'oubliait pas les talents sur Iee£|tid9 >'*• tait une fois itttité son regard; « mais il se oégU^ il s'endort » .

fVou, il ne s'endormit jamais paar Ia oMtsitM dans lestînelles le sentiment national l'appelait, la) lossi, sous son cher drapeau, k un poste de eoéiM et dlonnenr. Je n'en venz p<mr pffiuve que I0 sooffle de l'ode où, dans un style tost toMû de « dassiques, et des meilleurs, il lan^ à l'A^Mon cette belHqtieuse menace i

Je tob ant plaines i» NflpWM On TUMoan brillast ée b«Mrté, Qui, dans sa superbe fortune, Vs d'un pOle S f'aatre JMrté :

De Toiles an loin ondoyante^ De banderoles écUtantas tl se couronne, dans les airs; Et seul, SOT l'hnmitle domatae, At«c orgn>ni i) >e promèse, Et dit : Je suis le roi des mers.

Il n'a pas til dans fés étoiles Les malbeors qai vont advenir; U n'Aperiprit p«9 qne sm vuiles Ne savent fJns qaeis airs tenir ; Que le ciel est devenu sombre, One des vente s'est acern U ocaobn, 0*e le mer gronde sourdement, Etque, messager de tempête, L'alcyon passe snr sa léle, Atec DU lo«g gélDisseiiMat.

pifctittE Lebrun. M

A tinê belle prophétie qui ù6 devait pas s'âcCtmi^ plir^ où aaJ dithyWafbes enflàmirife ^i accwa* {M^èrem Ift gfftQde aMée akhs sa loié fnotdpUàlé, DfflU {tfdlSfatis imOftdnt les faiitaisies m^ns ^tetiU^ sftntM tit»^eI1èS M. Lebrun ptit s'tibanâoTjafel- à \tMfi ibtsib'W fut mis U YSbfi âe là doùScrlptidrt pflr le piltronage d'un Ii«ut foDctiOniiaire, tè ctitaiê Fim^ia de Nantes, 4tii ntf toulut pas éXposCi' le tf rtâe âe l'Empif'e k itfe enlevj pa^ an btrfaltit dé tabaa, dana une dé ces batàlDes qu'il Ëb&ntiJlt si blËtf ^ anils & distance.

Ifomnié reMreur d«s droits-tétiffis, ëaiis êitê aasajetti ft tésider sn Hatre, cetitfe de son reësotl administfatif, \ë titulaire de 6ettë mbdestë Aàéetifê alla 9'élablif à TàtHiAtvmt, partni les ttilftes d'dn àùfiqte tnaôoif habite jadis pflf- les Hbnttnorti/^Ct > ^i ]ft. Sur 1«9 rives de là Seine, au miUeu A'iHi f^i6 ÏDSplratear, daiis une (tmrelle rofnàntlque, dont I^ nrtôbles mAtaes rappeldl^nf le tabyen Âge, il 4it s'éctmler « netif saisons f «divises n qui ftii pëhni^érut de se livrer tout entier au bonheur présent, il séS ^udes favorites, et à ses téves d'avenir.

C'est ce que notis diseM Se^ totîfldencês. ÉeOii- WBft*!es i « J'avais pour toute Compagnie ort beau lé^ -irtieti pobt toiïte dîStMctîon quelqtics ruches d'abeilles,-aô brait desqtldles j'allais lltê les Qéottiiqiiëi. Dn» aoe profonde et large etnbr'astire de croisée «(W4qa«s bons compàgtrWis étaient rangés stti' mes YiMettMf Hemdre,CofneiIle, Pétrarque, Montaigne^ «jorittenH^ tlodttid, Oaàsti, «t tfiéïûé Clotilde de

Surville ? Ronsard ! c'était beaucoup pour le temps. Avoir lu cent mille vers de Ronsard, en 1808, en plein Empire 1 Je goûtais déjà^ par avance^ aux sources où s'est abreuvée et plongée la Restauration. J'avais déjà découvert cette étoile delà Pléiade qu'on n'a crue retrouvée que de nos jours. Quant à Clotilde de Surville, je la savais par cœur, je Taimais, je croyais en elle. J'ai plus tard été instruit du mensonge, mais avec regret. Clotilde s'en est allée, hélas 1 avec Ossian, hélas 1 avec tant d'autres illusions de ma jeunesse 1 . . . Dans cette retraite éloignée des villes et des grandes routes, je passais donc mes jours, me préparant à de sérieux travaux, commençant de grands ouvrages, écoutant le bruit lointain de nos victoires, ou le mouvement intérieur de mon âme. Le vallon de Tancarville était ma Val Chiusa ; j'y célébrais mes bois, mes tours, ma source, mon vieil if, ma roche de Pierre-Gante. Tout ce qui m'entourait était à moi, à moi, à la manière de Rousseau ; j'en étais plus que le maître^ j'en étais le possesseur. ))

Oui certes, ce séjour lui fut heureux. Car il le dérobait à des influences débilitantes, et à la contagion du faux ; il le rendit à lui-même, il le rapprocha de la nature. Aussi la plupart des croquis esquissés sous ces ombrages ont-ils une fraîcheur de jeunet) une aisance familière, et une naïveté de sentiment qui nous étonne, si Von songe à leur date. Plusieurs seraient la digne parure d'une anthologie, par exemple les vers ingénieux qu'il adresse à Vif de Tm'

earvillej ou à ce Hêtre sur lequel il avait gravé son nom, l'élégie intitulée Retour à la solitude, le mono-* logue philosophique sur la Mer et les Bois, les Stances aux trois jeunes filles j qui agaçaient un cygne sur les bords d'un étang, et surtout cette pièce des Catacombes, qui, composée en 1812, nous montre un disciple d'Horace alliant la science du rhythme à la fermeté de Malherbe, et à la grâce de Racan :

Tout ce qui doit finir est de peu de durée. La gloire ! Ah ! 1^ plus belle et la plus assurée Est-elle plus pour nous, dans le dernier séjour, Que tous les autres biens dont Tamour nous enivre.

Et qui n'y peuvent suivre

Leur possesseur d'un jour 7

Ces travaux qui pour elle ont fatigué nos veilles, A quoi bon, si jamais du monde à nos oreilles Ne doit venir ici le sourd bourdonnement 7 Si, s'arrôtant au seuil de la sombre demeure,

Pour nous ce bruit d'une heure

Cesse éternellement 7

Que nous faut-il 7 un toit, la santé, la famille; Quelques amis, l'hiver, autour du feu qui brille ; Un esprit sain, un cœur de bienveillant conseil, Et quelque livre, aux champs, qu'on lit, loin du grand

Assis, la tête à l'ombre, [nombre.

Et les pieds au soleil.

Nous voyons là que M. Lebrun n'avait point conversé sans profit avec les maîtres d'une double antiquité, celle de Rome, et la nôtre. Si cette page que nous abrégons nous venait du xvu' siècle, on s'en souviendrait encore aujourd'hui.

Bien d'autres motifs d'un dessin aussi net et d'une

couleur aussi juste pourraient s'offrir avec conflanee aux suffrages les moins prodigues, et donner môme à des superbes plus d'une bonne leçon de goût. Hiis ces notes tempérées n'étaient pas alors en faveur, précisément à cause de leur simplicité. Pour conquérir les succès enviés, il fallait l'appareil des genres nobles, et le faste des rimes solennelles. Tous les vaillants étaient donc tenus de prétendre à des couronnes placées plus haut. Ainsi le voulaient des exigences qu'il ne faudrait point traiter légèrement; car elles eurent l'avantage d'imposer l'effort, et d'animer les cœurs.

Tout éloigné qu'il fût des coteries littéraires où s'agitaient les impatients, M. Lebrun n'oablia donc point, parmi ses badinages , l'arène ouverte aux athlètes ambitieux d'ovations. Aussi finitil par tenter, à son tour, les sujets héroïques. Hais il manqua l'heure propice. Car ce fut en 1814qu'Wy«f, sa première tragédie, fit son entrée en scène, presque en même temps que les Bourbons dans leur capitale. C'était jouer de malheur. Représentée en pleine invasion, devant des spectateurs douloureusement distraits par le bruit des armes, pendant que les chevaux des cosaques campaient dans les Tuileries et que l'Empereur gagnait l'exil, cette étude homérique affronta pourtant la concurrence du drame terrible dont la France tout entière était le thé&tre. Hais un public dispos et rassis pouvait seul goûter une imitation habile oîi s'entrevoyaient les beautés naïves et touchantes de l'Odyssée. Or, un grand deuil préoccu-

pait trop les esprits pour qa!ils fussent capables de se détacher de leur idée fixe, et des angoisses présentes* Aussi s'avisèrent^ils de reconnaître le roi Louis XYIII dans Ulysse rentrant à Ithaque, avec Tunique ressource de son arc et de ses flèches. Les uns s'éga^* rèrent en commentaires injurieux pour un poGte fidèle à ses affections, et les autres applaudirent à outrance aux malédictions de Télémaque s'écriant avec colère :

Mon héritage est las de se voir votre proie.

Ces aveugles allusions étaient de pur hasard, et M. Lebrun se garda bien de les encourager, encore plus de les exploiter. Car, s'affranchissant spontanément de tout lien politique par une démission qui le rendait indépendant, il ne songea plus qu'à demander aux lettres et à la vie privée le refuge de sa dignité, de ses regrets, ou de ses espérances. Nous devrions nous arrêter ici, sur le seuil d'une période nouvelle qui n'est plus notre sujet spécial. Mais, outre que rien ne finit ou ne commence brusquement, il convient d'achever le portrait d'un écrivain dont la physionomie nous montre par des signes firappants comment la poésie de l'Empire confine à celle qui suivit. Car c'est chez lui surtout que nous saisirons les transitions qui vont directement de l'une à l'autre.

Elles apparaissent tout d'abord en pleine lumièrOi dès Tannée 1814, dans les explosions où éclatèrent les civiques tristesses d'un cœur atteint profonde-

456 LES POETES DE TRANSITIOll.

ment par les blessures de la patrie. Deux odes en font foi : Tune dédiée à Jeanne dArc^ la patronne de toutes nos revanches, et l'autre, où le psaume Super flumina Babylonis est paraphrasé par les larmes viriles d'un peuple vaincu, mais tombé noblemeot, et sans désespérer de l'avenir.

Ces MessénienneSj qui précédèrent celles de Casimir Delavigne, retentirent comme un cri de la oonscience nationale. A partir de ce jour, M. Lebrun remplit en quelque sorte un interr^ne, durant lequel il fraye la voie aux triomphateurs qu'escorteront bientôt les fanfares de la popularité, a Aimant les nouveautés en novateur prudent » , et soucieux de concilier les droits de la raison avec ceux de l'imagination, il y réussira dans une mesure propre à satisfaire les partisans du juste-milieu. Sans doute, ses origines le rattachent à la famille des classiques; il relève surtout de Racine par la discrétion de son pinceau, par l'élégante pureté de l'expression, et la mélodie d'un style où nul mot ne détonne, où nulle aspérité ne sort de la trame. Mais ces prédilections ne l'empêchèrent pas d'éprouver plus que la plupart de ses contemporains l'impatience des entraves, ^ la curiosité de l'inconnu. En même temps qu'il clôt une époque (ce qui est toujours un rôle ingrat), il inaugure donc, mais modestement et sans fracas, la plupart des réformes appelées par les instincts de l'opinion.

C'est ainsi qu'il fut un des plus empressés à r^ nérer la tragédie par des emprunts puisés librement

aux sources étrangères. Inspirée par Schiller, jouée par Talma et M*^' Mars, sa pièce de Marie Siuart, si pathétique dans le troisième et le cinquième acte, fit couler bien des larmes en 1820; et, re* prise quarante ans plus tard, elle obtint presque la même fortune qu'au premier jour.

Après cette soirée qui réjouit les esprits dégagés de préventions, et scandalisa les autres comme un attentat contre le dogme des unités. M» Lebrun, toujours attentif aux occasions propres à solliciter la yerve, ne s'énerva point dans les délices d'un succès ; mais il s'embarqua pour la Grèce sur le Thémistocle^ vaisseau d'Hydra, fameux entre tous, et commandé par Tombasis, le glorieux navarque des Cyclades. Ce départ était un beau lendemain de victoire. Car il allait saluer une terre sacrée, sa seconde patrie, et conquérir des sympathies à cette cause libérale dont les intérêts eussent été mieux sauvegardés, si l'œuvre commencée par les poëtes n'avait pas été terminée par les diplomates. Il arrivait au bon moment, avant l'invasion des philhellènes, à la veille d'une résurrection, lorsque toute l'Europe fixait ses r^ards émus sur ce peuple qui, petit par le nombre, mais grand par les souvenirs, se réveillait enfin d'un long sommeil. Aux mouvements généreux qui trans-* portèrent alors bien des âmes, devenues depuis sceptiques par la faute de l'expérience, se mêlait encore pour l'auteur d* Ulysse l'accomplissement d'un vœu personnel. Car l'humaniste s'était promis de faire ce pèlerinage, et de contempler, aussi lui, sa chère Ithaque.

Improvisés pour la plupart sous le ciel dont ils réfléchissent la limpide sérénité, les chants que loi dicta son enthousiasme se relisent encore sans déplaisir, non loin de Chateaubriand et de lord Byroa. C'est que la vie est inséparable de la vérité. Or H. Lebrun sut voir avec ses yeux, sentir avec son cœur; et cette bonne foi suffit à rendre ses peintures expressives. D'autres nous saisiront plus sûrement pir la magnificence d'une prose éblouissante, ou ^éQ6^ gie pittoresque d'un lyrisme aussi ardent que coloré. Mais, si l'on aime la sensation discrète, on ne sen point indifférent à un album de voyage, oit se rencontrent des esquisses semblables à celle-ci :

Qui disait que la Grèce était déshéritée ? Montrez-lai, montres^lui oette voûte enchantée, Ce tranjtparent azur ouvert de toutes parts. Où si profondément j'enfonce mes regards; Ce jour si lumineux, scintillante rosée. Qui descend sur les monts, s'élève de la mer,

Redescend, remonte dans l'air,- Et pleut encore du ciel, sans cesse inépuisée. Montrez-lui de ces monts le suave contonr, Et de leurs horizons l'indicible harmonie ; Montrez-lui cette mer, sereine, bleue, unie. Belle des bords charmants qu'elle pare à son tour.

Ceux qui préfèrent des teintes plus chaudes et an dessin plus serré apprécieront au moins, dans ces descriptions, un tour naturel, et parfois un ton cnjooé qui prévient à propos toute tentation de surfaire les sentiments, ou d'exagérer les impressions par ces piperies involontaires qui dupent à la fois l'auteur et le lecteur. Ici, par exemple, nous sommes avertis

qu'il ne pousse plus de lauriers sur le Parnasse, On n'y cueille que des raisins excellents. Quant à la fontaine CastaUe, elle n'est point tarie ; mais un poète eut la honte, ô profanation I de voir un &ne s'y dé* saltérer.

C'en est fait aussi des menteuses périphrases auxqudles un témoin oculaire substitue enfin la franchise du mot propre. Car il n'est pas rare de rencontrer chez M. Lebrun des traits précis et lestes comme ce joli vers où, parlant du Klephte et de ses gaietés belliqueusesi il dit :

Dn pistolet joyeux il fait siffler la balle.

Ailleurs sourient aux yeux des images toutes vives, celle-ci, par exemple ;

Et je vois le vaisseau, sur Tonde alors glissant, Fuir, et pencher sa voile, ainsi qu'une hirondelle, Quand rasant Teau, rapide, elle y trempe son aile.

Enfin, Ton pourrait signaler maint passage remai^ quable par la souplesse d'une versification émancipée, dont les coupes hardies et l'allure dégagée justifi^ent l'accueil fait par les romantiques à Tédaireur qui était allé de l'avant, et devait un jour, par son active insistance, contribuer plus que tout autre à l'élection académique de M. Victor Hugo.

Malgré les différences profondes qui les séparent, ces deux noms se rapprochèrent même plus d'une fois, du moins par le choix des sujets. Le poème lyrique dans lequel M. Lebrun, acquittant ses dettes de gratitude (ce qu'on doit toujours honorer), pleura si

éloquemment la mort de son bienfaiteur, le prisonnier de Sainte-Hélène, n Vt-il pas annoncé tant de strophes à jamais retentissantes qui firent voler si loin la légende napoléonienne sur leurs ailes de feu? Ce voisinage redoutable ne nous rendra donc pas injustes envers celui qui sonna le premier coap de clairon, et cela, sans arrière-pensée politique, sans flatter la fibre populaire, mais par un élan de reconnaissance qui lui valut un échec à l'Académie française, et la perte de la mince pension servie jusqu'alors à l'auteur de Tode sur la Grande Armée.

Ceux qui venaient de le frapper auraient bien voulu barrer aussi le chemin au Cid cTAndahusie, revanche du candidat écojiduit pour une oraison funèbre qui fut alors un acte de courage. Mais M. de Chateaubriand sauva de cette nouvelle faute des amis maladroits. Car il couvrit de son égide une tragédie à laquelle on reprochait de prêter un vilain rôle à un personnage de race royale. Après une longue quarantaine, elle finit donc par échapper à des obstacles sans cesse renaissants, inimitiés politiques^ hostilités littéraires, ou jalousies de comédiens. Bref, malgré des avaries, le navire enfin lancé voguait librement, lorsqu'à l'heure oîi les vents lui semblaient favorables, sans cause ostensible, par un ciel en apparence pacifié, loin des passes dangereuses, il sombra tout à coup, sous voiles.

Ses ennemis avaient été les plus forts. En essayant une fois encore de réconcilier les classiques et les romantiques par de mutuelles concessions, un média-

'avait réussi qu'à tourner contre lui les deux entre lesquels il se jetait^ comme les Sabines du 3 David. Les uns l'accusèrent de rester dans re, les autres de courir vers les fondrières et dpices. Il était pourtant à égale distance de ce I excès. Mais, en pleine crise, les modérés ont rs tort ; on ne leur rend justice qu'après le passager des violents. Aussi le temps nVt-il )p entamé ce drame où l'on peut blâmer plus invraisemblance, où l'action a ses langueurs^ lont le dénoûment original est préparé par des I d'un effet puissant ou gracieux, qui profitèrent ird à l'auteur à'Hemani.

)& titres ne conviendrait-il pas d'en ajouter d'auoins sérieux, mais plus sûrs de plaire à tous les } Je veux parler de gentilles bluettes^ où lutine lalice légère que ne renierait pas la Muse de ^er. Tels sont de gais couplets sur la Répubtique nt-Marin. Us nous font penser au Roi cT Yve- 3lle est aussi l'ironique bonhomie d'une autre )ie moitié champêtre, moitié satirique, où un ophe oppose spirituellement ses ambitions à des potentats, et les pompes d'un sacre à la sédu bonheur qu'il abritait dans ce petit domaine unprosay, dont il prit possession le jour même arles X entra dans la cathédrale de Reims.

Heureux qui de son espérance N'étend pas Thorizon trop loin; Et, satisfait de peu d'aisance, De ce beau royaume de France, Possède, à l'ombre, un petit coini

M LES POÈtfe^ DE ttUNSmON.

Un 6ènM«r (nhës d€f mat Lmifè Le eoehe^ et risdiqae àa regarda Devant, la Seine le découvre; Et derHére, une porté s'ouvre Sotis tes bmhngea dé Séflafi

Pour m'agrandir^ m'irai-Je bttttrel Trois arpents sont assez pour moi.

Dans trois arf>entâ, 6n petit él'ébàttfl. Alcitiofts en avait ^otfe j Mais Alcinoûs était roii

Quant 4 moi, devenu plus sage, Et dans nitfs désifs ^taiiùûî, Pea r^dootalvle aa voiainagey Je ne demande à ce village De lot que celui qu'il m'a fait.

Contenl si tti 'assurant la vue

De la rivière et du cetean,

i'y puis seulemeiit, sur ià rué,

Jdîfidref H plaëé étroite et ttaé

Qte borne en fleura le viem si#reén;

c'est tout... ; et puis encor pént-étré Ce petit h&h pfeiif de jfazoffif, Qui se berce sous mta fenêtre.

Et semble m'attendre pour maître, Couché derrière ma maison.

Hien de plns^.. Ët^ si murmurante Dans ce Sois devenu le mien tèBfétrt à Imte UTiè eau 66rtffantér, Alonri»<.., si èe n'est quélqire* renié, Il ne me manquerait plus rien.

Il ne faudrait q[ti%û Aéftiiet fotir dé main pour communiquer à la facilité dé ces i>agate£ies une vertu de longue àntée. fkm 1 Vfieti-prè» é'vtt style trop

PIËHRE L^ttlUN. 461

ftôhe, elle!$ ont le fin sOfurife, siflôù d'Horace àTibiif , Iti tnoitïs de Chadlied à Fotitenay. Ce sdut lés dè« asâeifiieïit^ d'dïi hotâme dé goût^ qdi, Mns pOftff ocarde, se 6ontetlte d'âfoir de Tesptit, ftfgMt eomp* âiit.

NôU5 ^ùfons Aànt gré à M. LëhrM de éf'Mre âbs< MU de tout putti pria Uttéraife^ pâfmi )ed Itttes m Bdlien desquelles il lui fallut vitré. Ni theS^ ni disdplé^ I n'arbora, ni ue servit aucun drapead. Quand lès imirants menaient à bon port, il aima uiieot les nitre que de les retnonter, mais sans se mettre à la «lUM'que dé persotide. Chez lui^ nul eutètemêM dé loftrine, nul orgueil de docteur. Tantôt, dads tfês i|rttres, il a l'air, comme Ducis, dé eausér ad dolfi Itl féu. tautdt, dans ses odes, il prend if^ntier» le M dé Fôntanes. Ailleurs, ed son fbéfttré, il cddtiddé ê» Templiers, et prépare Casimir Ddavigne^ PlM l'tide fois ses élèves cétdent Lamartine, et s'ateii* ureiit aui envirous des gradds lyriques. PïMoui, m cBvérsés» tendances s'accordedt ai^medt, parcé [d'elles procèdent j éheztdi, don d'imiiâtiôn, mais rtm pencbaut naturel il se redodve^r avee iod^

desse, sans soubresaut, par le travail lUSédSlbh^ âê 'expérience et de la raison.

Cet exemple ne fut-il pas un assez bon conseil lonné par le meilleur poète de l'Empire à ces gênéétions qui allaient s'élancer dans la vie, comme des onquérants dans une place prise d'assaut ? Ne pou- 'aient-elles, comme lui, sourire à Tavenir, sans relier le passé; combattre pour la liberté de Tart,

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