FIN
Littérature religieuse et philosophique.
MoRELLET (rabbé André) [1727-1810]. Né à Lyon, étudiant de Sorbonne, précepteur en Italie, il revint à Paris en 1752. Introduit dans les salons littéraires de M™° Geoffrin et du baron d'Holbach, il y apprit le scepticisme, sans aller jamais jusqu'à l'atliéisrae. Accueilli par Franklin en Angleterre, par Voltaire en Suisse, pensionné par le roi, il remplaça l'abbé Millot à l'Académie, en 1783. La Révolution l'ayant privé de toutes ressources, il vécut de son travail, et eut l'honneur de sauver, en 1792, avec les archives de l'Académie, les manuscriLs du Dictionnaire, Membre du Corps législatif en 1807, il avait un esprit fin et railleur qui le fit surnommer par Voltaire VAbbé mords-les, W s'était engagé dans les luttes philosophiques par la publication du Manuel des inquisiteurs^ tiré du Directorium inqnisitorum^ qu'il avait eu sous sa main, à Rome. Parmi de nombreux écrits, les plus connus sont des Mélanges de littmiture et de philosophie [1814-18], et des Mémoires d'un intérêt médiocre [1821]. Joseph Chénier le caractérisait ainsi :
Enfaut de soiiante ans qui promet quelque chose.
Sênac de Meilhan (Gabriel) [1736-1803]. Né à Paris, fils d'un premier médecin de Louis XV, tour à tour maître de»
1. San» vouloir épuiser la liste des noms qui intéressent le mouvement religieux, philosophique et poétique, nous croyons pourtant devoir ajouter à notre tableau littéraire cet appendice ou figurent la plupart des écrivains qui, aujourd'hui plus ou moins oubliés, eurent on moment d'influence ou de notoriété passagère.
requêtes, intendant dAunis, de Provence et de Hainaut, puis intendant de la guerre en 1775, il émigra sous la Révolution, et devint un des confidents de la Tzarine Catherine II. Après une publication amusante, mais apocryphe, les Mémoires d*Anne de Gonzague, princesse Pda- Une [1786], il composa des Considération sur le luxe et ks richesses [1786], puis sur l'Esprit et les mœurs [1787], enfin sur le Gouvernement, les mœurs et les conditions t« France, avant la Révolution [Hambourg, 1795]. En 1813, on édita deux de ses œuvres posthumes, un roman historique, VÉmigré, et des Portraits ou caractères des personnages distingués de la fin du xviii® siècle. Son style a du trait et de la finesse. On en jugera par ces pensées :
La fierté est le sentiment de ce au'on est, sans mépris des autres.
L'orgueil est le sentiment exagéré de ce qu'on est, joint au mépris des autres.
L'amour-proprc est flatté des hommages ; Torgneil s'en passe; U vanité les publie.
On se constitue homme d'espritj sans esprit, avec un peu d'art et beaucoup de hardiesse.
Notre amour-propre cootribue plus à nous tromper que l'artifice àa autres.
Naigeon (Jacques-André) [1738-1810]. Né à Paris, ami da baron d'Holbach, et disciple de Diderot, il ne vécut qo»' d'emprunts, et laissa une réputation d*athée fanatique. Auteur du Militaire philosophe [1768], du Dictionnaire dt philosophie ancienne et moderne [1794], d'un Mélange d' pièces sur la religion et la morale [1770], et delftwoms sur Diderot, il fit paraître un Commentaire de^ Essai^i '/■ Montaigne, en 1802. Joseph Cliénier lança conln" lui cette épigramme :
Or, connaissez -vous en France Certain couple sauvageon.
Prisant peu la tolérance.
Messieurs La Harpe et Naigeon?
Partout ces deux Promélhée?, Vout former mortels nouveaux.
La Harpe fait les athées, Et Naigeon fait les dévots.
bri'its (Charles-François) [1742-1809]. Né à Tryc-Chàtcau vOise), lils d'un maître d'école, élevé au collège d'Hai^
:ourt, sous le patronage^ du duc de La Rochefoucauld, )rofesscur de rhétorique à Lisicux, puis avocat au Parlenent en 1770, il devint Tami de Lalande, prit goût à 'astronomie, et eut l'idée de ramener à cette science outes les légendes de la mythologie ; ce qui fut l'objet ïixn Mémoire sur l'origine des consieUations et Veosplicalion ie la Fable par l'astronomie [in-4, 1781]. Ce système, réfuté bientôt par Bailly, attestait un esprit original et hardi. En 1778, il avait exécuté, entre Belle ville et Bagneux, un télégraphe que devaient perfectionner plus tard les frères Chappe. Nommé professeur d'éloquence latine au Collège de France en 1787, et membre de l'Académie des inscriptions en 1788, il adopta les principes de la Révolution ; mais, député de Seine-et-Oise à la Convention, il vota pour le sursis dans le procès de Louis XVL En 1796, il entra au conseil des Cinq-Cents, et faillit être Directeur. Le Consulat le fît président du Corps législatif; ce qui ne Tempécha pas de continuer ses études scientifiques. Son plus important ouvrage est VOrigine des cultes, ou la Religion universelle [1795, 3 vol. in-4]. En 1806, il publia un Mémoire sur le zodiaque de Teniyra, et laissa, avec une traduction des discours choisis de Cicéron, plusieurs manuscrits sur les cosmogonies, ou théogonies, et les hiéroglyphes égyptiens.
Iaint-Martin (Louis-Claude de) [1743-1803]. Né à Amboise, il commença par étudier le droit ; puis, lieutenant au régiment de Foix en 1765, il fut hiitié à la curiosité philosophique par un ouvrage du protestant J. Ahbadie, l'Art de se connaitre soi-même. Il se trouvait en garnison à Bordeaux, lorsque les doctrines toutes nouvelles de quelques mystiques, Martinez Pasqualis, et Swedenborg, passionnèrent son esprit contemplatif. Dès lors, quittant le service militaire, il se voua défînitivement à la conception d'un système qu'il appelait le Spiritualisme pw*, et qui lui valut le surnom de Théosophe ou Philosophe inconnu. Il publia, sous le voile de l'anonyme, les ouvrages suivants : Des erreurs et de la vérité [1775]; Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers [1782] ; l'Homme de désir [ i 790] ; le Nouvel Homme [1 796] ; de l'Esprit des choses,
engagé dans les ordres, il remporta, en i772, un prix d'éloquence proposé par l'Académie de Montauban. Venu à Paris en 1773, il dut à un éloge du Dauphin, père de Louis XVI, le titre de vicaire-général et de prédicateur du Roi. Sous la Révolution, il combattit les décrets portés sur la constitution du clergé. Devenu évéque de Troyes, après avoir adhéré au Concordat, il donna sa démission, lors de l'arrestation de Pie VII, et adressa à l'Empereur des remontrances qui le firent incarcérer A Vincennes jusqu'en 18Ii. La Restauration en fit un archevêque de Vienne, et un pair de France. Il est connu par son panég}Tique de saint Louis, et sa polémique religieuse.
Mauby (Jean-Siffrein ; cardinal) [1746-1817]. Né à Vairéas (Comtat Venaissin) fils d'un cordonnier, venu à Paris comme abbé-précepteur, il obtint en 1772 une mention académique pour un ÉlogedeFénelon. Des sermons, et les Panégyriques de saint Louis et de saint Augustin l'ayant mis en vue, il put, grâce à ses relations avec d'Alembert et Marmontel, entrer k l'Académie en 1785. Député du clergé aux Étîits-Généraux de 81), il osa, presque seul, défendre l'Église et la Royauté contre Mirabeau. Sa parole habile était prête à tout sujet, et sa présence d'esprit lui donnait autant d'autorité que son talent. Après la clôture de l'Assemblée constituante, ayant émigré en Italie, il reçut du Pape l'évéché de Montefiascone, la barrette de cardinal, et devint ambassadeur du comte de Provence, près du Saint-Siège. Autorisé à rentrer en FVance [180i], il fut nommé par l'Empereur archevêque de Paris, malgré le Saint-Père; mais, en 1814, il dut se retirer, et alla tristement finir ses jours h Rome, où il expia sa désobéissance par quelques mois de captivité au château Saint- Ange. Orateur abondant, mais emphatique, logicien serré, rhéteur instruit, écrivain solide, il a laissé, parmi ses œuvres, un Essai sur Vèloqucnce de la chaire^ qui parut en 1810.
PoRTALis (Jean-Étienne-Marc de) [1746-1867]. Né au Reausset (Provence), avocat au parlement d'Aix à vingt et un ans, il se signala dès ra])ord par le talent qu'il déploya dans une Consultation sur la valvlité des mariages protiS-
470 APPENDICK.
iants en France, 1770. Après deux causes célèbres plaiâées contre Beaumarchais et Mirabeau, il deyini administrateur de sa province. La Révolution l'ajant forcé de cbercher un asile à Lyon, il reparut à Paris en 4793, fut arrêté, et ne recouvra la liberté qu'après Thennidor. Député de Paris au Conseil des Anciens [4795], proscrit au 48 Fructidor [4 septembre 4797], il s'enfuit en Allemagne, revint en 4800; et, nonmié conseiller d'État en 4801, prit paît k deux œuvres considérables, le Gode civil et le Concordat. Directeur des affaires ecclésiastiques [4804], puis ministre des cultes [1804], il remit en tigueur un décret contre les congrégations, passa au ministère de l'intérieur, et en 1806 fut élu à l'Académie française, îl a laissé un traité remarquable par l'esprit de tolérance, le sentiment cbrétien, Timpartialité philosophique el la clarté du style. Il a pour titre : De rusage H dt Vc^us de l'esprit philosophique durant le xvm* siècle,
SiETÈs (Emmanuel-Joseph) [4748-4836]. Né à Fréjus, (ils d'un directeur de la poste, élevé dans l'étude de Locke, de Condillac et des économistes, chanoine en Bretagne [1775], député du clergé aux États de cette province, vicaire général et chancelier de l'église de Chartres [1784], il fut le conseiller-commissaire de ce diocèse à la chambre supérieure du clergé de France , lorsque les États-Généraux furent convoqués. Il publia trois importantes brochures : Vices sur les moyens d'exécution do/ni les représentants de la France pourront disposer en 1789; — Essai sur les privilèges; — Qu'est-ce que le Tiers? Tout. Qu'a-t'il été jusqu'à présent dans Fordre politique? Bien. Que demande-t-il ? A devenir quelque chose. Ces écrits exercèrent alors une puissante influence sur l'opinion. Député de Paris, il obtint dès l'abord que le Tiers se conftituât en Assemblée nationale. Rédacteur du Serment du Jeu de paume, il imagina le mode de répartition des impôts, soutint la nécessité d'une garde nationale, insisU sur le renvoi des troupes campées entre Paris et Versailles, mais s'opposa, dans la nuit du 4 août, à l'abolition de la dlme, en disant : « Ils veulent être libres, et ne savent pas être justes. » De sa brochure sur les Biens ecdénastiqius.
data le déclin do sa popularité. Il inspira pourtant la division de la France en départements et districts. Mais^ accusé d'avoir provoqué les journées des 5 et 6 octobre, il se renferraa de plus en plus dans un silence irrité, qu'il rompit seulement pour demander l'institution d*un jury civil et criminel. Appelé à la Convention après le 10 août 1792, il fut du parti de la Plaine, vota la mort de Louis XVI, présenta sur l'instruction un projet qui fut rejeté, devint membre du comité de Salut public, renia, dit-on, ses lettres de prêtrise sous la Terreur, mais racheta de coupables faiblesses en devena4it, après Thermidor, un des chefs du parti légal et modéré. 11 prit une part active aux négociations qui amenèrent le traité do Bâle [1795], fut l'adversaire déclaré de la Constitution de Tan III, refusa un siège dans le Directoire, lors de sa création, mais entra au Conseil des Cinq-Cents où il fit une vive opposition à Camot et Barthélémy [5 septembre 1797]. Élu lui-mt*me Directeur le 16 mai 1799, il contribua plus que tout autre à la révolution de Brumaire, et devint le second des trois consuls provisoires qui prirent en main le pouvoir. Annulé par son puissant collègue, il cliercha du moins à corriger les excès d'une redoutable omnipotence par le frein d'une constitution. Mais Bonaparte ne l'accepta qu'en partie ; alors Sieyès se retirant reçut en dédommagement le titre de sénateur et la belle terre de Crosne. Il se laissa nommer comte par l'Empire, ce qui ne Tempècha pas de lui faire une sourde opposition dans le groupe des idéologues. Pair de France, dans la Chambre des Cent-Jours, il blâma l'acte additionnel, dut fuir comme régicide au retour des Bourbons, se réfugia en Hollande, et ne revint en France qu'après 1830. En 1832 il obtint un siège k l'Académie des sciences morales. Métaphysicien politique, il eut la gloire d'inaugurer les principes de 89. Plus écrivain qu'orateur, connaissant les hommes sans avoir le goût de les conduire, hardi d'esprit, mais circonspect et timide, trop absolu dans ses vues, trop nourri d'abstractions, il ne manqua ni de profondeur, ni de force, mais non sans péril d'erreur et d'utopie. Il n'en exerça pas moins une intluence considérable dans le domaine de la pensée ou de l'action.
Garât ^Dominique-Joseph, comte) [i749-1833]. NéàBayonne, il débuta jeune encore dans les lettres par des succès académiques, VÉloge de VHôpital [1778], ceux de Suger, Montausier et Fontenelle [i779, 81, 83]. Il avait de Timagination, du mouvement et de la couleur, mais était redondant et diffus. Quand V Athénée ouvrit ses cours, il y professa l'histoire avec un certain éclat. Député du Pays Basque aux États-Généraux en 4789, il y parla peu, mais rédigea pour le Journal de Paris une analyse intéressante des débats [)arlementaires. Successeur de Danton au ministère de la justice [12 octobre 1792], il eut le douloureux office d'aller lire à Louis XVI son arrêt dp mort. Ministre de l'intérieur après la chute de Roland [14 mars 1793], il fut aussi faible qu'imprévoyant. Jeté en prison, mais délivré par Thermidor, il dirigea l'instruction publique avec le titre de commissaire général, obtint une chaire de philosophie à l'École Normale, et fut élu h l'Académie des sciences politiques et morales. Ambassadeur à Naples, membre du Conseil des Anciens [17981, sénateur et comte de l'Empire, il courtisa toujours les causes victorieuses. Membre de la Chambre de^ Députés pendant les Cent-Jours, il cessa d'être un personnage sous la Restauration. Rayé de l'Académie française en 1815, il se consola par le meilleur de ses livres, ses Mémcirts sur M. Suard et le xvin° siècle [1820]. Il avait composé des Considérations sur la Révolution [1792], des Méttioiresm la Révolution [1795] des Éloges funèbres de Joubert [1795 ■, Kléber et Desaix [1802], des Notices sur Ginguené, Thomas, Mirabeau, etc. Professeur, il fut un des derniers représentants du sensualisme.
Maréchal (Pierre-Sylvain) [1750-1803]. Né à Paris, il débuta par des pastorales signées le Berger Sylvain, Sous-bibliothécaire du collège Mazarin, mais bientôt destitué pour avoir parodié le style des prophètes dans un ouvrage intitulé Livre échappé au d^/uge [1784], il publia, en 1784, un Almanach des honnêtes gens, où il s'avisa de remplacer le nom des saints par ceux des personnages célèbres en tout genre ; ce qui lui valut d'être enfermé dans une maison de correction. Il donna dans les excès révolutionnai-
PROSATEURS kVS
res ; mais, bien qu'il professât l'athéisme, il sauva pourtant plusieurs ecclésiastiques. Les ouvrages de ce sophiste justement oublié sont : Bergeries [i770]; le Pibrac moderne [i781]; Fragment d'un poème sur Dieu ou le Lucrèce moderne [i781] ; VAge d'or, recueil de contes pastoraux [i782] ; Code d'une société d'hommes sam Dieu [4797] ; Voyage de Pythagore [i799]; le Dictionnairt des athées [1800].
Lacbetëlle (Pierre-Louis, dit l'Aîné) [1751-1824]. Né à Metz, avocat au barreau de Paris en 1778, lié avec les encyclopédistes, couronné en 187,6 pour un Discours contre les peines infamantes, partisan modéré des idées nouvelles, député suppléant à l'Assemblée constituante , membre de la Législative, il vécut dans la retraite sous la Convention, entra au Corps législatif en 1801, et, en 1802, remplaça La Harpe à l'Académie. Il n'accepta rien de l'Empire, et combattit la Restauration dans le Mercure et la Minerve, Il est Tauteur des articles de Logique, Métaphysique et Morale contenus dans V Encyclopédie méthodique. Il a laissé ï Éloquence judiciaire et la philosophie législative, le Roman théâtral, deux volumes de Portraits et tableaux, des Études sur la Révolution. Il y a dans ses écrits du solide et de l'ingénieux, témoin ces pensées :
Ce n'est point par les vrais plaisirs, c'est par les faux que Thomme
se déprave.
Regagnez par des égards ceux que vos succès fatiguenU Il est des erreurs qu'il faut savoir tout aussi bien que les vérités,
afin de les détruire par elles-mêmes.
Ronald (Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de) [1753-1840]. Né près de Milhau (Aveyron), à Mouna, il émigra en 1791, et ne revint en France qu'après la proclamation de l'Empire, pour rédiger le Mercure avec Chateaubrianjl et Fiévée. Ami de Fontanes, conseiller de l'Université impériale en 1810, député de 1815 à 1822, pair de France en 1823, membre de l'Académie depuis 1816, il ne cessa pas de dévouer sa parole et sa plume à la défense du droit divin et de la théocratie. M"® de Staël appelait ce champion de l'Eglise et du pouvoir absolu le philosophe de Vantiphilosophie. Ses principales œuvres sont : la Théorie du
pouvoir politique et religieux [1796], la Léffislation primitive I i802], do» Recherches philosophiques sur les premim objets des connaissances morales [1818], des Mélanges lUtcraires, politiques et philosophiques. Voici quelques-une> de ses pensées :
L'homme est un» intelligence servie par des organet.
Le repentir est une seconde innocence.
L'ordre va avec poids et mesure; le désordre est ioujoars preoé.
Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas perdre leur temps tout seuls ^ ils sont les fléaux des gens occupés.
Le beau est toujours sévère.
Les faibles se passionnent pour les hommes, et les forts pour les choses.
Il faut croire au bien pour le pouvoir faire.
La pire des corruptions n'est pas celle qui brave les lois, mais celle qui l'en fait à elle-même.
Les grandes découvertes, dans les sciences, ne sont pas des idées complètes, mais des idées fécondes.
Maistre (Joseph-Marie, comte de) [1753-1821]. Né à Chambéry d'une famille originaire du Languedoc, fils d'un président du sénat de Savoie, il fut d'abord substitut, arocat-fiscal-général [1774], puis sénateur [1788]. Cette compagnie était alors judiciaire. Lorsque son pays eut été envahi par la France (1792), il refusa le serment, et chercha refuge î\ Lausanne où le roi Victor-Emmanuel le chargea d'une correspondance politique avec lo bureau dos affaires étrangères. On le somma de rentrer à Chambéry, sous peine de voir ses biens confisques. Il n'hésita pas à demeurer lidôle à son roi. Alors parurent ses deux premiers opuscules : Adresse de quelques ]>"• rents de militaires savoisicus à la nation française [1794 . et Jean-Claude Têtu, maire de Montaynole, distriii à( Chambéry, à ses chers concitoyens, les habitants du Moni- Blanc [179.*i]. Ce pamphlet visait à provotpier une restauration royaliste. Un an après, il prenait son rang J** publiciste, de penseur et d'écrivain, en publiant ses Cûns»* dérations sur la Révolution française [1 vol. in-8]. Rappelé en Piémont [ I797J, à la veille du jour où son roi dut abandonner ses États déterre ferme, il fut réduit bientôt à s'exiler de nouveau. Après deux ans de séjour à Veni?e, il devenait tour à tour grand chancelier de Sardaigne [1799], puis envoyé extraordinaire à Saint-Pétewbour^
[4802], poste où il demeura quinze ans, Jusqu*en 1817; il reçut îiiors le titre de ministre d'État. Il avait écrit en 1809 son £8^ sur ks principes générateurs des ûonstitutions politiques, et des autres institutions françaises (in-8, 1814). n y censurait la manie de constituer. Le Pape, [Lyon, 1819, 2 vol. in-8j obtint un succès de curiosité retentissante par des vues paradoxales. Ses autres ouvrages, composés pourtant '-aux environs de TEmpire, sont tous posthumes. UÉglise gallicane dans ses rapports avec le Souverain Pontife [Paris, 1821, in-8], prétend réfuter les doctrines de Bossuet, Pascal et Port-Hoyal. Les Soirées de Saint-Pétersbourg parurent en 1821, [Paris, 2 vol. in-8]. Ses Lettres à un gentilhomme i^sse sur Vinquisition espagnole datent de 1815. Son Roman de la Philosophie de Baeon^ oii Von traite différentes questions de philosophie rationnelle [Paris, 1836, 2 vol. in-8J est une attaque violente contre les sensualistes ou matérialistes. Ses Lettres et opuscules inédits [Paris, 18î>3, 2 vol. in-8] sont un recueil choisi dans une correspondance précieuse pour l'histoire, et aussi spirituelle qu'éloquente.
Destutt de Tracy (Antoine-Louis-Claude) [1754-1832]. Né dans le Bourbonnais, originaire d'Ecosse, colonel d'infanterie, puis maréchal de camp, et député à l'Assemblée constituante en 1789, il se monti-a partisan éclairé des libertés politiques ; ce qui ne l'empôcha pas d't^tre arrêté comme suspect sous la Terreur. Membre de l'Académie des sciences morales en 1795, puis du comité de Tinstruction publique, sénateur en 1799, il devint académicien en 1808. Le 2 avril 1814, il proposa au Sénat la déchéance de l'Empereur. Louis XVIII l'appela à la Chambre des Pairs, où il ne cessa de voter avec le parti constitutionnel. Ses principaux ouvrages furent ^Idéologie proprement dite [1801], la Grammaire générale [1803], la Logique [1805], VEssai sur le génie et les outrages de Montesquieu [1808], le Traité de la volonté [1815], le Commentaire sur l'Esprit des Lois [1819], et des Mémoires recueillis par l'Institut.
JouBERT (Joseph) [1754-18^2]. Bien que ce nom appartienne à la suite des études que nous traiterons dans un autre
volume, il est assez m Aie au mouvement philosophique et religieux pour que nous lui consacrions dès à présent quelques lignes. — Né à Montignac (Périgordj, il professa d'abord chez les Doctrinah^s de Toulouse, dut y renoncer à vingt-quatre ans par raison de santé, puis vint à Paris, où il se lia très-intimement avec Fontancs. Quand celui-ci fut nommé Grand-Maître de TUniversité impériale, il le fit inspecte ur- général , et conseiller. Durant sa vie, ce connaisseur exquis fut un oracle pour un cercle choisi. Ses conseils étaient écoutés par ceui mêmes qu'on réputait des maîtres. Il laissa des Pensées^ Maximes et Lettres recueillies par sa veuve en \%ïi.
I.AROMiGUiÈRE (Pierre) [i756-1837]. Né à Lévignac (Rouergue), membre de la congrégation enseignante de la Doetrine, il professa les humanités, puis la philosophie dans
. différents collèges de son ordre, entre autres à celui de TEsquile [Toulouse, 4784]. Venu à Paris pour assister aux leçons des Écoles normales, il eut des relations étroitef avec Garât, fut associé de Tlnstitut {sciences iiiora/«),et devint membre du Tribunat. Mais, éliminé de ce corps, il délaissa la politique pour se vouer à la philosophie dans sa chaire du Prytanée français (Louis-le-Grand) jusqu'au jour où il se vit appelé à la Sorbonne [1811-1813]. Bibliothécaire de l'Université, il laissa les œuvres que voici : Projet d'éléments de métaphysique [1793], Paradoxes de Condillac, ou Réflexions sur la langue des calculs [1805, 1 vol. in-8]. Leçons de philosophie, ou Essai sur les facultés de rame, [1815-47, 2 vol. in-8].
Cabanis (Pierre- Jean-Georges) [4757-1808]. Né à CosDat\ près de Drives, en Corrèze, envoyé à Paris pour y achever ses études, il commença par cultiver la poésie, à laquelle l'invitaient ses rapports avec Roucher; il avait même entrepris une traduction d'Homère, lorsque, pour obéir aux instances paternelles, il se consacra décidément à la médecine, où il devait se faire un grand nom. Nommé professeur d'hygiène, puis de clinique à l'Ecole de médecine, il appartenait à l'Institut depuis sa création. Voici les titres de ses écrits : Traité du degrf
ÉÊÊÊÊlÊIÊÊÊÊÊÊk
de certitude en médecine [1797] ; Conp d'œil sur les révolutions et la réforme de la médecine [iSOi] ; Lettre posthume sur les causes premières , adressée à M. Fauriel, et publiée en 1824 par M. Bérard. Mais le plus iinporiant de ses ouvrages fut le traité des rapports du physique et du moral. Dominé par un parti pris sensualiste, il attribue trop d'importance h l'action des organes, à l'influence de l'âge, du sexe, du tempérament, de la maladie et du régime. 11 serait injuste pourtant de croire que Cabanis ait nié l'existence de l'âme humaine. Bornons-nous à dire que les préoccupations du savant furent trop exclusives.
VoLNEY (Constantin-François, Chassebœif Boisoirais, comte de). [1757-1 i820]. Né à Craon (Mayenne), fils d'un avocat, il commença par étudier la médecine; mais, un goût irrésistible l'entraînant vers les recherches d'érudition,, il débuta par un Mémoire sur la chronologie d'Hérodote, Critiqué vivement par Larcher, ce travail lui valut l'attention de l'Académie, et l'amitié du baron d'Holbach, qui le présenta dans le cercle littérah'e de M"° Uelvétius. Un petit héritage qu'il recueillit en 1782 lui permit de partir pour l'Orient. Le havre-sac au dos, il resta huit mois chez les Druses, dans un couvent du Liban, j)our apprendre l'arabe, et demeura quatre ans en Egypte, ou en S^Tie. Le récit de son Voyage [1787, 2 vol.], eut un grand succès, que raviva la publication d'une brochure intitulée Considérations sur la guerre actuelle des Turcs [1788], et la vogue d'une feuille politique, la Sentinelle, dont il était le directeur. Nommé député aux États-Généraux de 1789, par le tiers-état de la sénéchaussée d'Anjou, il suscita dans l'Assemblée constituante la discussion sur les biens du clergé, et lit voter le décret en vertu duquel la France s'interdisait toute guerre de conquête. En 1791, parurent les Ruines, ou Considérations sur les révolutions des empires; l'esprit de parti lit grand bruit autour de cet ouvrage aussi froid que déclamatoire et irréligieux. Suspect de royalisme sous la Terreur, et jeté en prison, mais délivré par Thermidor, il devint professeur à l'École Normale, et, après la suppression de sa chaire en 1795, s'embarqua pour les États-Unis, où il reçut grand accueil
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de Franklin et Washington. A son retour, nommé membre de rinstitat, il farorisa le 18 Brumaire; et, tout en refusant de partager le Consulat avec Bonaparte, entra au Sénat eumme Tice^présidenL En 1814, il signa la déchéance de Napoléon, Philologue laborieux et pratique, il se proposa de simpliûer Tétude des langues orientales par un alphabet unique, en caractères eurc^>ée&s. Philosophe, il eut Tesprit étroit d'un sectaire. Il appartenait au groupe maussade, mais honnête, des idéologuts. Ses crutrts complues ont été pubUées en i83i-2^ (8 vol. iu-8). Elles comprennent la Loi naturelle ou CaUckisme du citoyen [1793/. De la simplification des langues orienta- /i>$[179o] ; Tableau du climat etdu sol des États-Unis [im]; la Chronologie d'Hérodote [1808]; Recherches nowdles m l'histoire ancienne [1814]; V Alphabet européen inique aux langues asiatiques [1819]; Discours surtétude philmphique des langues [1819]; V Hébreu simpUfU [1820].
Gl'illon de Moxtléox O'abbé Aimé) [1758-1842]. NéàLjon, théologien et controversiste, il dut son heure de célébrité à une brochure intitulée le Grand crime de Pépin le Bré'/[1800]. Il y révélait sous le voile d'un pseudonyme le projet conçu par Bonaparte de se faire nommer empereur, et sacrer par Pie MI.
GriLLON (Mario-Nioolas-Sylvestre) [1766-1847]. Né à Paris chanoine honoraire de l'église métropolitaine, profes5^ur d'éloquence sacrée à la Faculté de théologie, évoque de Maroc, il a laissé un Recueil de brefs et instructions du Saint- Siège, relatifs à la Révolution française [1799^, des Df> cours religieux [1802-I8I6J; une édition de U Fontaine comparé à ses modèles et à ses imitateurs [1803]; ^^ Ri'futation de Pabbé de Lamennais [l83o]. H réveil''^ Vétude des Pérès de TEglisc, et fut un prêtre aussi instruit que tolérant.
Saint-Simon (Claude-Henri, comte de) [n60-182S]. Ni' « Paris, petit-fils du duc de Saint-Simon, officier en Amérique, dans la guerre de Tindépendance [l''"^]. rolonel à vin|ft-trois ans, il quitta le service en 17^' pour se livrer à des projets plus ou moms chimérique?-
Partisan de la Révolution, à demi ruiné par des entreprises financières sui* la vente des biens nationaux [1790- 07], il se proposa de reconstituer Tordre social. 11 ne réussit qu'à tomber dans une misère telle qu'il prit le parti de se suicider. Mais un coup de pistolet qu'il se tira dans la tête ne fit que lui enlever un œil. Revenant alors à ses rêves, il forma une école dont les disciples comptèrent des noms éminents, (Augustin Tbierry, Auguste Comte, Olinde Rodrigues, Razard, Enfantin.) 11 voulait, par la science et 1 industrie, améliorer le sort des classes pauvres. Des paradoxes contraires à toute police morale et sociale compromirent une doctrine qui ne résista pas au ridicule, quand elle voulut passer de la tbéorie h la pratique. Ses écrits principaux furent V Introduction aux ira* vaux scientifiques du xix*' siècle [1808], une Nouvelle Encyclopédie [1810], De la réorganisation de la société européenne [1814]; puis, sous la Restaïu-ation, Vlndmtrie [1817], VOrnanisateur [1820], le Système industriel [1821], le Catéchisme des industriels [1824] et le Nouveau christianisme [1825].
RoYER-CoLLARD (Pienv-Paul) [1 703-1 84:>J. Né à Sompuis, prés de Vitry-le-Français (Marne), avocat à vingt an», au barreau de Paris, il devint secrétaire de la Conmnuney on 1792; mais, au 10 août, il se démit de ces fonctions. Député de la Marne au Conseil des Cinq-cents [1797], il y défendit les émigrés, les proscrits et les prêtres. Exclu de l'Assemblée au 18 Fructidor, il entra en relation avec Louis XVUI. Nommé sous l'Empire professeur à la Faculté des lettres et à l'École normale, en 1811, il fut, sous la première restauration, directeur de l'imprimerie et de la librairie, puis, sous la seconde, conseiller d'État et président du iioiiseil de rL-nivei*sité. Député de la Marne, royaliste libéral, chef des Doctrinaires, il diil à ses discours sur les lois d'ainesse et le sacrilège une telle popularité qu'il fut réélu par se])t collèges électoraux à la fois, en 1827. Président de la Chambre en 1828, il prévit les dangers de la situation, et voulut les conjurer, jusqu'au jour où, le couiant devenant irrésistible, il signa Vadresse des 221, sans croire qu'elle dût
180 APPliUNDlCE.
<?nti'alncr la chute de Ja Monarchie. Après J830, il dflueura silencieux sur son banc de député, et ne reprit la parole qu aux funérailles de Casimir Périer. Plus tard, il crut devoir combattre les lois de Septembre contre la presse périodique. Il faut voir on lui le maître de cet éclectisme philosophique et politique qui restaura le spiritualisme et le régime parlementaire. Il appartenait à TAcadémie depuis 4827. Il reste de lui des discours publias par M. de Barante, et des fragments philosophiques recueillis par son disciple Jouifrov. Citons quelques-unes de ses pensées :
Le ffouTernement représentatif n'a pas devancé nos ma'ur;.
Le droit divin transféré de l'Église aans l'Etat n'est qu*ane foo^et^ historique.
Les partis changent de couleurs et de discours^ de mesures et de poids, au gré des circonstances : ils brûlent^ s'il le faut, ce qu'ILi ont adoré, ils adorent ce qu'ils ont brûlé. L'hypocrisie est leur vertu, le» embûches sont leur tactique ; ils ne se déploient que quaud ils oot gagné les hauteurs. N'avous-nous pas tu les factions, à mesure qu'elles saisissaient le pouvoir, violer avec une audace inouïe les mêmes priocipes qu'elles avaient proclamés la veille avec tant de faste, et pousser l'indépendance jusqu'à insulter à la crédulité des vaincus?
Fondez la liberté de la presse, vous fondez du même coup toates les libertés.
La plus constante erreur de la Révolution, ce fut de vouloir fiirt la liberté avec la despotisme, l'égalité avec le privilège, et trop souvent la justio avec la cruauté. Il est temps de le savoir après trenU années : la liberté ne se fait qu'avec la liberté, la justice atec U justice.
Lkvis ( Pierre-Marc-(;aston, duc de) [1764-1830]. Né au château d'Ajac (Languedoc), membre de l'Assemblée constituante, émigré de 17î)2, blessé à Quiberon, il sVcupa sous TEmpij'e d'économie politique et de morale. Louis XVHI le fit pair de France et académicien. Il publia des Considérations morales sur les finances [1816], de> Souvenirs, portraits et maximes [1813], et VAngletcm tni commencement du xix" siècle [1814]. Les pensées suivante? font honneur i\ son esprit :
Tel court au danger qui n'oserait l'attendre.
Les cceurs sensibles demandent qu'on les aime, les personnes vaines veulent qu'on les préfère.
Sans les regrets, on ne saurait pas que l'on fut heureux.
On n'aime plus quand les sacrifices coûtent ; on n'aime pas quand on s'aperçoit qu'on en fait.
La plupart des peines n'arrivent si vite que parce que nous faisons la moitié du chemin.
Quand la flatterie ne réussit pas, ce n'est pas sa faute, c'est celle du flatteur. •
Ou sollicite le premier bienfait; on exige le second; et souvent le troisième est arrivé que la reconnaissance est encore en chemin.
Ne comptez pas sur la justice de ceux dont l'esprit manque de juste::t»e.
Pour remplacer la bonté qui uous manque, nous avons imagiué la politesse qui n'en a que les apparences.
Il est rare qu'on fasse un bon marché en achetant des espérances par des privations.
La critique est un impôt que l'envie perçoit sur le mérite.
Peu de gens gagnent a être vus de bas en haut.
Les succès couvrent les fautes, les revers les rappellent.
Frayssinous (Denis de) [1765-1841]. Né à Curièrcs (Aveyron), protégé par M. de Fontanes qui distingua sou talent de prédicateur, professeur îX la Faculté de théologie de Pai'is, inspecteur d'Académie et chanoine de Notre- Dame, il salua dans Napoléon l*'' un envoyé de Dieu, comme aussi dans les Bourbons des ministres de la Providence. La Restauration le fit prédicateui' de Louis XVllI, censeur royal, memhre du conseil d(^ l'instruction publique, évéque d'Hermopolis, grand maître de TUniversité [1822], académicien, comte, pair de France et ministi'c des affaires ecclésiastiques [18*24]. Il rappela les Jésuites, fut chargé de l'éducation du duc de Bordeaux ; et, après Vavoir accompagné dans l'exil, ne revint en France qu'en 1838. Bien que ses conférences aient été publiées seulement en 1825, elles datèrent de l'Empire, et furent en partie prononc^ées aux Carmes [de 1801 à 1809]. On a de lui sa Défense du chrUtianismc (ensemble de ses sermons) [1843], les Vrais principes sur les libertés de V Église yallicane [1818], les Oraisons funèbres de Coudé [1818|, du cai'dinal de Talleyrand, archevêque de Paiis [1821], et deLouisXVIlI[182i].
Necrkr I)K Saussure (M"*' Albertine-Adriennc) [1765-1841]. Née à (ienève, fille du célèbre géologue (\o Saussure, et femme de Jacques Necker, professcun* érnincnt, elle composa un ouvrage intitulé : Dv r éducation proyressive^ rlK'le du cours de la vie {^ vol. in-8) Les deux premières padies sont consacrées î\ renfancc, et la troisième à la
Tie des femmes. G*est un livre ingénieux, comme le proovent ces pensées :
L'enfance est un état plutôt qu'un âge; et Ton y retonibe tm^oon quand la Tolonté ekt désordonnée, yiolente et dépoarTue de ranoo.
La probité reconnue est le plus sÙr de tous les serments.
11 y a des gens si sensibles qu'ils nous affligent de nos propres douleurs.
L'esprit est le zéro oui ajoute aux qualités morales, mais qui «1 ne représente que le néant.
On ne fait jamais le sacrifice de son caractère, qu'on ne s'en appUodisse ensuite.
* On ne doit pas s'étonner si l'intelligence des femmes est précoce, et si les progrès des hommes sont tardifs : on ne parie aux unes que du présent, et aux autres que de l'avenir.
M. de Fontenelle disait : « De mémoire de rose on n'a point to mourir de jardinier » ; jolie leçon pour les jeunes persomies qoi oe veulent pas se soumettre aux leçons de l'expérience.
L'humeur des autres ne doit jamais nous en donner ; c'est comme si l'on se noircissait le teint, parce qu'on rencontre un nègre.
Ce qui prouve en faveur des femmes, c'est qu'elles ont tout contre elles^ et les lois et la force, et que cependant elles se laissait rutment dominer.
Maine de Biran (Marie-François-Pierre-Gonthier, chevalier) [1766-1824]. Né à Ghauteloup (Dordogne), fîls d'un médecin, élevé àPéiigueux, garde du corps sous Louis XVI, porté au Conseil des Cinq-Cents en 1797, membre do Corps législatif en i809, sous-préfet de Bergerac, qtte>teur de la Chambre sous la Restauration, conseiller d'État en 1816, député en 1818, il avait faite l'Empire une assez vive opposition, en 1814. D débuta par un Mémoire sur t influence de l'Habitude ^ couronné en 1802; puis il étudia la Décomposition de la pensée, rédigea pour la Biographie universelle Tarticle Leibnitif et composa en 1821 ses Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral. M. Cousin édita ses œuTres [1841, 4 vol.]. M. Naville, de Genève, a pubUé JTasie (i^ Biran, sa vie et ses pensées [1857, in-12; 2« édit. revue et augmentée, 1874, in-8.]
AzAïs (Pierre-Hyacinthe) [1766-1845]. Né à Sorèze, d'abord organiste comme son père, puis professeur au Prytanè* de Saint-Cyr, il fut Fauteur d'un double système philosophii{ue et physique qui fit grand bruit au début du
xix« siècle. Il consistait à expliquer par la loi des cornpefuatiom toutes les vicissitudes dejla destinée humaine, et par la loi de ïéquilibre tous les phénomènes de la nature, n n'admettait que deux forces : V expansion et la compresiiony qui, par leur action et leur réaction, produisent lluurmonte oniTerselle. C'était présenter sous une forme seayeni subtile, parfois très-ingéuieuse, la doctrine d'un métaphysicien oublié, d'Antome de Lasalle [1756-1826], mort à l'HAtel-Dieu en s'écriant : « L'amour remporte la victoire I n Caractère pacifique et cœur mystique, Azaîs fut proscrit après le 18 Fructidor. Caché dans un hospice par des sœurs de charité, il devint, à la fin de TEmpire, inspecteur de la librairie. Destitué en 1815, il se fit le collaborateur de sa fenmie, qui continuait Berquin (le Nouod And des enfants). Ce fut une compensation pour cet optimiste qui prenait son parti de toutes les épreuves. Ses œuvres sont : Des compensations dans les destinées humaines [1809]; Système universel [1810, 8 vol.]; Du âcri de l'homme dans toutes les conditions [1821, 3 vol.], et on Cours de phUosophis générale (8 vol., 1823-28].
\ïLUM (Charles-François-Dominique de) [1767-1815]. Né à Boulay, en Lorraine, devenu officier d'artillerie, il émigra pendant la Révolution, et alla se fixer à Lubeck. Il se proposa dès lors de faire connaître en France la littérature et la philosophie d'outre-Rhin. Sa partialité pour FAIlemagne, et une brochure publiée sur la prise de Lubeck par les Français indisposèrent à bon droit contre loi le gouvernement impérial, n obtint cependant une chaire à Gœttingue, après le couronnement de Jérôme Bonaparte. Il la perdit en 1814. Ses relations avec les lettrés allemands lui permirent de donner à M"^" de Staël des renseignements précieux pour son livre De VAllemaqne. Ses titres sont un Essai sur l'esprit et Vinftuence de la reformations couronné par l'Institut, en 1803, et la PhUo- Sophie de Kant [1801]. Il fut le premier à révéler ce nom à la France,
Goif8TA.Tr DB Rbbbcquk (Bepjamin) [1767-1830]. Né à Lausanne, dans une famille protestante originaire de France, il vint à Paris en 1796, après une jeunesse inquiète et
dissipée. Il se signala par un discours où il plaida victorieusement devant le Conseil des Cinq-Cents la réintégration de ses coreligionnaires, proscrits par la révocation de redit de Nantes. Appelé au Tribunat après le 18 Brumaire, il en fut éliminé bientôt, pour soo e^ril d*opposition , et dut s'exiler. Hôte assidu des cours et des universités allemandes, il épousa une parente do ministre prussien le prince de Hardenberg. Rallié à la monarchie constitutionnelle en 1814, il accepta de Napoléon, durant les Cent-Jours, le titre de conseiller d'État, et prit part à la rédaction de VActe additionnel. Banui par Louis XVIII, mais amnistié en 1816, après une apologie de ses actes récents, il fut élu député en 1819, et devint un des chefs de l'opposition. La Révolution de 1830 en fit un président du conseil d'État Malgré la distinction de son talent, et une influence considérable, il n'eut jamais le crédit que vaut la dignité du caractère. Il y avait un scepticisme secret sous l'éloquence de ce publiciste désenchanté, qui Ot de la politique libérale sans estimer les hommes, et professa la religiosité sans avoir la foi. Ses principaux écrits sont : De Vesprit et conquête, et de l'usurpation dans leur rapport aoec la cmlisation européenne [1814], ardente philippique contre Napoléon ; Cours de politique constitutionnelle [1817-1820]; des Discours de tribune; des articles publiés dans la Minerve, le Courrier français et la Renommée. On doit au philosophe un traité De la religion considérée dont m source, ses formes et ses développements [1824-30]; une étude sur le Polythéisme romain [1832]. Son chef-d'œuvre est Adolphe, dont nous parlerons ailleurs, [1815]. Il traduisit en vers Wallenstein, de Schiller.
Say (Jean-Baptiste) [1767-1832]. Né à Lyon, attaché d'abord à uno maison de banque, il se prit d'un goût très-tif pour les études économiques, rédigea le Courrier de Frfh vence publié par iMirabeau, et devint secrétaire de Clavière ministre des finances. En 1794, il publia la Décade phUotophique, littéraire et politique avec Andrieux, Chamfoil, Ginguéné, et Amaur>'-Duval. Membre du Tribunat en 17^. il prépara son principal ouvragre : Traité d'économie polUi-
que^ ou Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses [1803]. Cet écrit se distingue par la méthode, l'esprit d'observation et la clarté du style. Éliminé du Tribunat, il fonda une grande filature de coton que découragèrent en 1812 les prohibitions du blocus continental. En 1814, il édita un Abrégé des principes fondamentaux de V économie politique. Cet ouvrage fut traduit rapidement dans toutes les langues. En 1815, parut son Catéchisme d'économie politique. En même temps il vulgarisait ses doctrines à V Athénée; plus tard il se vit appelé à la chaire d'économie industrielle, fondée au Conservatoire des Arts et Métiei's [1821] ; puis, en 1830, à celle du Collège de France. Son enseignement se résume dans son Cours complet d'économie polUique [1828-301.
Ancillon (Jean-Pierre-Frédéric) [1767-1837]. Né à Beriin, petit-fils de l'historien du xvii" siècle, pasteur, professeur à l'Académie militaire de Prusse, secrétaire de l'Académie de Berlin [1803-1814], gouverneur du prince royal Guillaume IV, conseiller d'État, ministre des affaires étrangères [1831-37], il publia en 1803 un Tableau des révolutions du système politique de l'Europe, depuis la fin du XV* siècle, (4 vol. in-8). Ses Mélanges de philosophie et de littérature sont aussi fort estimés [1801, 1817, 1823.] Il appartenait à une famille chassée par la révocation de redit de Nantes.
Chateaubriand (François- Auguste-René, vicomte de) [1768- 1848]. Né le 4 septembre, à Saint-Malo, élevé aux collèges de Dol, Rennes et Dinan, sous-lieutenant au régiment de Navarre à dix-sept ans, capitaine à dix-neuf, engagé dans la société de La Harpe et Fontanes [1788-91], il débuta par une idylle l'Amour de la campagne, insérée dans VAUnanach des Muses [1790]. Parti pour l'Amérique en 1791, il revint en 1792, et prit en juillet le chemin de Coblentz. Blessé au siège de Thionville, transporté mourant à Jersey, il passe en Angleterre, y donne des leçons de français, et publie en 1797, à Londres, un Essai sur les Révolutions anciennes et modernes considérées dam leurs rapports avec la Révolution française. Rentré en
France après le 18 Brumaire, associé à la rédaction du Mereurey il insère dans ce recueil, en iSOi, AUita ou ks Amours de deux sauvages dans le désert. Pnis paraît en 4802 le Génie du christianismej applaudi par La Harpe, Pontanes, Joubert, la jeunesse et les salons, mats Tirement critiqué par Morellet, Ginguéné et M. J. Chènier. Nommé secrétaire d'ambassade à Rome [1803], et chargé d'affaires dans le Valais, il donna sa démisson après l'odieuse exécution du duc d'Enghien. En 1805, René signala sa rentrée littéraire. D partit en 1806 pour la Grèce, la Syrie, l'Egypte, Tunis et l'Espagne. Les Martyrs [1809], et VUinéraire de Paris à Jérusidem [1811] furent l'inspiration de cette Odyssée. En 1807, on artide sur le Voyage d'Espagne de M. de La Borde lui a?ait M retirer le Mercure; et, en 1811, élu parrAcadémie où il remplaçait M. J. Chénier, il ne put prononcer un discours qui déplaisait au maître. Exilé un moment i Dieppe en 1812, il attendit avec une sourde colère It chute de l'Empire. En 1814, ses ressentiments éclaterait dans sa première brochure De Buonaparie et des BouràonSi Sans le suivre dans toutes les phases de sa vie politique, rappelons qu'ambassadeur en Suède, lorsque NapoléoD revint de l'Ile d'Elbe, il suivit le roi en Belgique, fut son ministre d'État, reçut le portefeuille de l'intérieur, et fit, à ce titre, le Rapport sur Vétat de la France {Momteur de Gand.) Élevé à la pairie après les Cent-jours, il perdit son titre et sa pension de ministre d'État, pour sa brochure intitulée De la monarchie selon la Charte [nov. 1816.] Dès lors, passant au camp de l'opposition ultra-royaliste, près de MM. de Villèle et de Corbière, il fonda, en 1818, avec MM. de Lamennais et de Bonald, le journal k Conservateur, pour y combattre la Minerve et le Censeur. La mort du duc de Berry ayant mis an à cette polémique [1820], il se rapprocha de la cour, écrivit les Mémoires touchant la vie et la mort du duc de Berry y et reçut, sous le second ministère du duc de Richelieu, l'ambassade de Berlin dont il se démit en juillet 1821. M. de Villèle étant devenu chef d'un nouveau cabinet, il fut nommé ambassadeur à Londres [avril 18221, puis plénipotentiaire au congrès de Vérone, où, malgré l'Angle-
terre, il fit décider l'intervention armée de la France contre la Révolution espagnole. Enfin, ministre des affaires étrangères en décembre 1822, il se vit, dixsept mois après, disgracié brusquement, en juin 1824. Cette fois, il se fixa dans l'opposition libérale; et, rédacteur du Journal des Débats, fit aux ministres une guerre qui atteignit le trône. Ce fut alors qu'éditant ses œuvres complètes, il publia le Dernier des AbencérageSj les Natchez, son Voyage d'Amérique, et la tragédie de Motse. En 1828, M. de Martignac lui donna l'ambassade de Rome, qu'il résigna, en août 1829, à Tavénement de M. de Polignac. Quand éclatèrent les ordonnances de juillet 1830, il tenta d'inutiles efforts pour en conjurer les suites ; et, le 7 août, protesta, à la Cbambre des Pairs, contre le nouveau régime auquel il refusa son serment. Dès lors, ses loisirs lui permirent de reprendre la plume. Il édita ses Études historiques (4 vol. in-8), avec sa brochure De la Restauration et de la Monarchie élective ; plus ou moins engagé dans des menées légitimistes qui ne l'empêchaient pas d avoir des relations avec le parti républicain, il fut arrêté, puis traduit devant le jury [juin et octobre 1832]. Un an après il plaidait, à Prague, la cause de la duchesse de Berry. Mais il comprit que la retraite convenait mieux à sa dignité qu'un zèle militant. Définitivement découragé, il ne sortit de sa solitude que pour donner en 1836 un Essai sur lalUtércUure anglaise, et en 1837 une traduction littéraire en prose du Paradis perdu. En 1838 parut le Congrès de Vérone, et en 1844 la Vie de Rancé, En même temps, il continuait et révisait ses Mémoires d' Outre-Tombe, dont il aliéna la propriété, pour assurer le repos de ses dernières années. Il s'éteignit quelque temps après les journées de juin, le 4 juillet 1848.
Sknancour (Étienne-Pivert de) [1770-1846]. Né à Paris, fils d'un contrôleur des rentes, il s'enfuit de la maison paternelle pour échapper au séminaire de Saint-Sulpice, où son père voulait l'enfermer. Réfugié en Suisse à vingt ans, il y ût un mariage d'amour, malgré une difformité physique dont la tristesse assombrit son humeur. La
perte de celle qu'il venait d'épouser, Visolement de sa jeunesse, la ruine de sa foilune, et l'influence de Jean- Jacques, dont il devint le disciple exalté, furent autant de causes qui le tournèrent de plus en plus vers une mélancolie précoce. Rêvant, aussi lui, la réforme de l'ordre social et religieux, il se perdit soit dans un athéisme désespéré, soit dans un panthéisme mystique où s'évanouit la personnalité humaine. De là des écrits originaux, mais gAtés par des paradoxes. Telles sout ses Rêveries sur la nature primitive de l'homme [Pai'Ls, 1799. in-8], où il représente comme une déchéance tout ce qui n'est pas la vie primitive, patriarcale et nomade. En 1804, Oberman (2 vol. in-8) est encore une rêverie grandiose personnifiée dans un type où se combinent Werther et René, c'est-à-dire le sentiment de rinfini, le dégoût de la réalité, l'ambition sans objet, et l'inertie du génie incompris ou incomplet. Il publia bient^^t aprè5 [1805] un livre intitulé : De V Amour selon les lois primordiales et selon les convenances des sociétés modernes. GeorgCH Sand y retrouverait son bien. Ses Observatim sur le Génie du christianisme [1816] sont une critique injuste et passionnée. Ses Libres méditations d'un soliUnre inconnu stirle détachement du monde [Paris, 1819] exposent une profession de foi misanthropique. Il fut encore l'auteur d'un roman, Isabelle, publié sous forme de lettres. Il compta parmi les rédacteurs du Constitutionnti Son style est harmonieux, grave et parfois coloré, mai* souvent abstrait et monotone.
BiCHAT (Marie-François-Xavier) [1771-1802]. Né à Thoirette, ^ en Bresse, élève de Marc-Antoine Petit docteur à Lyon,
etDesauU professeur à Paris, il commença, en 1797, ces cours d'anatomie qui lui valurent une réputation européenne. Médecin de l'Hôtel-Dieu à vingt-neuf ans, il s'est fait un nom impérissable par des ouvrages spéciaux (Traité des membranes [1800], Anatomie générale, Anatomie descriptroe) entre lesquels nous devons mentionner, comme une œuvre capitale, ses Recherches phUost^ phiques sur la vie et la mort [1800], Distinguant la TJe animale de la vie organique, il y montre comment elle?
sent tour à tour sur tel et tel organe. Les doctrines avant sont exclusivement physiologiques.
lAîs (François-Joseph-Victor) [i772-i838]. Né à Saint- >, chirurgien de marine, pendant six années, puis mén aux armées de TEmpire, il fit les campagnes de ande, d'Allemagne, d'Italie et d'Espagne. Nommé en • médecin et second professeur à l'hôpital militaire ^al-de-Grâce, il y remplaça, en 1820, le haron Desîttes; enfin il obtint en 1830 la chaire de pathologie le thérapeutique générale à la Faculté de médecine, i que ses ouvrages aient un caractère spécial et techle, par exemple VHistoire des phlegmasies chroniques 8], le Traité de la physiologie appliquée à la patholo- 1822], Annales de la doctrine physiologique [iH^'^-Zi]; raité de Vitritation et de la folie [1828], nous devons ignaler ici comme un des chefs de l'école physiolole.
)0 (Marie- Joseph, baron de) [1772-1842]. Né à Lyon, e des Oratoriens, il prit les armes lors du siège de sa
natale [1793], et failht y périr. Fait prisonnier, il ida en Suisse, parcourut l'Italie, revint en France
1795, et, faute d'emploi, s'enrôla dans Tarmée de éna, au 6^ chasseurs. Tout en guerroyant, il obtenait »rix académique par un mémoire sur cette question : telle est Vinfluence des signes sur V art de penser? *> ché au ministère de l'intérieur en 1799, puis secré- I général, il accompagna Napoléon dans la campagne lie. Maître des requêtes en 1808, membre de la junte inistrative de Toscane et de la consulte des Étais ains en 1811, bientôt conseiller d'État et intendant latalogne [1812], il rentra au conseil d'État sous la nde Restauration. Professeur de di*oit administratif
Faculté de Paris en 1819, révoqué en 1822, rétabli
le ministère Mai*tignac [1828], il fut élevé à la pairie 837. Il était membre de l'Académie des inscriptions, »s sciences morales. Philosophe, il releva de Conc, comme le prouve son premier travail sur les Signes irt de penser [1800]. Il modifie pourtant, et atténue •nsualismc du maître par des aperçus originaux qui
corrigent Texcès da systôme. Sa théorie du langage devint plus précise encore dans son livre sur VBducatm des sourds-muets [1827]; une nouvelle étude sur la GênéroHùn des connaissances humaines [Berlin, 1802] serritde base à son travail le plus important, à VHistoire eomparée des systèmes de philosophie [3 vol. 1804] que complétèrent ensuite ses notes posthumes [8 vol. 1822]. Un autre ouvrage : Du perfectionnement morai [2 fol. in-8, 1824], se distingue aussi par des vues sages et une morale généreuse. Dans ce penseur il y avait un philanthrope, comme le prouvent des écriis moins scientifiques, mais dont Tintentlon pratique fit honneur à l'homme lui-même. Tels sont : le VisUeur du paui>re [1820], le Cours normal des instituteurs primaires [1832], et un traité sur la Bienfaisance publique [4 vol. in-8*, 1829-45]. U rédigea de plus des bistitiUes de droit administratif [4 vol. in-8», 1829-45].
Droz (François-Xavier-Joseph) [1793-1851]. Né à Besançon au sein d'une famille de magistrats, il s'enrôla en 1792 dans le bataillon du Doubs, oti il devint capitaine à l'élection. Après avoir servi pendant trois ans comme officier d'état-major à l'armée du Rhin, il professa les belleslettres à l'École cen^ale de Besançon, puis alla se fixer à Paris [1803] où la protection de M. Français, de Nantes, lui valut un emploi dans l'administration des Droitsréunis. En même temps, introduit dans la société d'Anteuil, l'écrivain débutait, sous le patronage de Gabanii, d'Andrieux et de Ducis, par un roman sentimental intitulé Lina. En 1806, son Essai sur l'art d'être heureia réussissait par la sérénité d'une philosophie pratique et souriante, où l'on peut voir les confidences d'une âme tempérée qui a trouvé le bonheur dans le bon sens et la modération de ses désirs. Après avoir concouru, en I8H, pour VÉloge de Montaigne, et mérité l'attention de l'Académie française^ il entreprit de concilier les divers systèmes des moralistes dans un livre qui obtint le prix Montyon : (De la philosophie morale [1823]. L'année suivante il entrait lui-même à l'Académie, et justifiait ee choix par son Histoire du régne de Louis XVI [183942,
3 Tol. in-8], ouvrage où il veut démontrer que de sages concetsions auraient pu prévenir la Révolution et en chïïùget le cours. Ses dernières années furent consaerées à des travaux que recommande l'accent convaincu d'une âme religieuse. Du déisme de Jean-Jacques il passa sans brusque secousse à une foi précise : conversion qui lui inspira les Pensées sur le christianisme ^ et les Aveux d'un philosophe chrétien. Il appartenait depuis 1832 à TAcadémie des sciences morales. Si son nom ne fit pas beaucoup de bruit dans le grand public, il vécut du moins et mourut en sage. Son optimisme a de ronction et de la bonbomie, ce qui n*empécha pas cette épigramme :
Droi a fkit an traité sur le bonheur de l'homme ; Aotiîy quand l'Institut lui décerne la pomme^ Il aocepie avec joie, et te dit : Oh I mon Dieu^ Il Cuit toiigourt layoïr se contenter de peu.
Parmi ses titres scientifiques, n^oublions pas non plus un Cours de législation générale, des Études sur le beau dans les oHs [1815]; ses Applications de la morale à la poUUque [1825]; et une Économie politique [1829].
Ballancrb (Pierre-Simon) [1776-1847]. Né à Lyon, il commença par diriger un vaste établissement de librairie et d'imprimerie, héritage de sa famille. En 1813, après plusieurs voyages en Italie, il vint se fixer à Paris où l'accueillirent d'illustres amitiés, parmi lesquelles il faut signaler M** Récamier, M"^ de Staël, Chateaubriand, et Joubert. Religieux jusqu'au mysticisme, il débuta, quelques jours avant l'apparition du Génie du christianismCy par un livre d'esthétique, Du sentiment dans ses rapports avec la hitérature, œuvre originale, mais incohérente, que Nodier compare à une ébauche de Michel-Ange [1802]. En 1808, il publia des Fragments, composés d'élégies en prose, souvenirs mélancoliques d'une jeunesse maladive et d'une passion malheureuse. En 1815, il symbolisa dans Antigone conduisant Œdipe les misères humaines, et la résignation religieuse. Son Essai sur les institutions sœiaks lui tet inspiré en 1818, par le désir de concilier l'autorité
et la liberté, l'origine divine de la société, du langage et du pouvoir avec la loi d'un perfectionnement progressif, qui affranchira Thomme de tous les maux auxquels 1^ condamne Tezpiation de la faute primitive. Le vieiUûpi et le jeune homme est un entretien sur le passé du inonde et sur son avenir [4819]. L'Homme sans nom nous repKsente sous de sombres couleurs les remords d'un régicide. Ici, le mysticisme va jusqu'au fatalisme. Dans ses E$sai< de palingénésie socùile, (renaissance du monde) il démoDtre que, si tout périt dans Tordre physique et moral, c'est pour renaître sous une forme meilleure. Orphée est le tableau des âges héroïques qui précédèrent rhKoire. I^ Vision d'Hébal évoque les temps antérieurs à la création, et pressent l'avenir de l'humanité. Dans la Ville dn expiations, il plaide par une fiction toute idéale raidition do la peine de mort. Tous ces poèmes ont pour centre l'idée fixe d'embrasser les destinées de la race humaine se réhabilitant de sa déchéance originelle par des vertus morales, à travers une série d'épreuves providentielle? Mais ce beau rêve se dégage péniblement des allégories ou des symboles qui enveloppent la pensée sociale et philosophique. Durant toute sa vie, Ballanche oscilla entre le passé et l'avenir, dans de généreuses contemplations où la science de l'érudît et la logique du métaphTsioien prennent le ton du poète et de l'hiérophante. Il entra en 1844 à l'Académie française.
Wronsky (Hoené) [1778-1833]. Né en Pologne, à Posen, naturalisé français, ofOcier d'artillerie au service de la Russie, il était lieutenant-colonel, quand il vint se fiier à Paris, pour s'y livrer à la culture des sciences, et à des recherches plus ou moins fantastiques. Il prétendait par exemple avoir découvert, un vendredi, à deux heures de l'après-midi, sur le quai de Marseille, l'identité de VObjet et du Sujet, de l'esprit et de la matière. Un négociant du Midi, nommé Arson, lui avait acheté 200,000 fr. la vérité absolue, et voulait qu'on la lui livrât. U s'en suivit un procès. Il publia Vlntroduction à la philosophie dr^ mathématiques [i8il]; la Philosophie de r»A/lnt [18ti]: la Philosophie de la technie algorithmétique [1815]; it
SphinXj journal politique qu'il combattait lui-méinc dans une autre feuille, pour accorder les contraires; le Messianisme [1831] qui prétendait réconcilier la philosophie et la religion. C'est un mystique dont la tête ne fut pas solide.
Traducteurs.
Clément (Jean-Marie-Bernard) [i742-1812]. Connu sous le nom de CUment de Dijon (lieu de sa naissance), il fut célèbre par Tacrimonie de son caractère. Il avait attaqué Voltaire dans une épitre qu'il supposait écrite par Boileau, ce qui lui valut cette riposte :
Toi^jours ami des vers, et du diable poiifoé, Au vigoureux Boileau j*écriviB Pan passé; J'igoore si mon style aura pu lui déplaire, Mai* il m'a répondu par un plat secrétaire.
En 1800, il publia une traduction abrégée de la Jérusalem délivrée. Il réduisit ses chants de vingt à seize ; et, sous prétexte de supprimer le clinquant du Tasse, changea Tor en plomb. Aussi ne réussit-il qu*à faire valoir l'œuvre d'un rival, Baour-Lormian^ qui fut du moins sensible à la grâce et à l'harmonie de son modèle.
F.VRiAU DE Sai.nt-Ange (Angc-Françoîs) [1747-1810]. Né à Blois, il débuta par une ode au roi de Danemark (1768). En 1771, ses premiers essais, des traductions d'Ovide, méritèrent les éloges de La Harpe, et le patronage de Turgot, qui lui fit donner une pension sur VAlmanach royal. Employé dans l'intendance militaire, après le 9 Thermidor, puis professeur de belles-lettres à l'École centrale de la rue Saint-Antoine, il devint académicien
en 1810, et mourut la même année. Il était fort laid, s'il faut en orolre cette épigramme :
Ovide o«a nom raconter Gomment Jupin donna le ohange Aux belles qu'il Toulait dompter , En prenant maiote forme étrange; Mais aigourd'hui Japln ae Tonge En le faisant remisoiter Sous la figure de SaintrAnge.
Il traduisit en vers les Fastes (1804), l'Art clamer (1807), et le Remède d'amovr (1814) ; les Métamorphoses (1800- 1808) furent son œuvre la plus soignée. Son vers est élégant et souple, comme on en jugera par ce fragment :
En amour, au barreau, l'éloqueooa a son prix :
Romains, à l'éloquenee eieren vos eaprilty
Nous dérendons jôar elle un coupable, et par elle
Aussi bien que Tbémis on désarme une belle.
Ménagée ce talent, et cache bien ton art ;
L'esprit doit être aisé, naturel et sans ùrà*
D'un vain déeUmaUar évite Tétalage;
Borne-toi pour ta belle aux mots du simple usage.
Un style plein d'enflure, nn langage affecté.
Fut souvent tout le tort d'un amant rebuM.
Que le tien, plein de feu, soit doux, facile et tendre :
En lisant tes billeta elle oroira t'eateodre.
Peut-être sani las lire on te les renvenra ;
Ne désespère jpaa, an jour on les lira*
Le temps du fier taureau lait on eaclave utile,
Le temps au frein qu'il mord rend le coursier docile ;
Le métal d'un anneau s'use an simple toocher :
Quoi de plus mou que l*cau. de plus dnr qu'un rocher ?
L'eau qm tombe le perce. On aime qnî nous aime;
Persiste, et ta vaineras Pénékme eUeHnéme :
Le aiéce d'ilion ae prolongea dix ans;
Mais Juon enfin fut prise avec le tempe.
Carré (Pierre-Laurent) [1758-1825]. Né à Paris, élève de Delille, professeur de belles-lettres, nommé par Fontanfls à la Faculté de Toulouse, il fut toute sa vie im lauréat ée concours académiques. La Convention* ravaii invité i composer des hymnes pour ses fêtes nationales, hùnnm admirait cette strophe de TOde sur la VieiUe$se :
Plus le chêne compte d'hivers.
Plus il déploie un vaste ombrage ; Le fleuve, en s'approchent des mers, Aeeroêt l orgueil oe son rivage;
Ton tort n'est pas moins glorieux, fity SOT la fin Je ta carrière, RiTale de l'astre des cieux, Tu te couches dans la lumière.
Il traduisit en vers, sous TEmpire, le Bouclier d'Hésiode.
DiDOT (Firmin) [1764-1 836] traduisit en vers (les BucoHques de Virgile (1806), et les JdyWes de Théocrite (1810-1836). n composa aussi une tragédie sur Armibal.
Gaston (Marie-Joseph-Hyacinthe de) [1767-1808]. Né à Rodez, proviseur du lycée de Limoges, il fit la tragédie d'Artaxerce, et traduisit VÉinêide, C*est contre lui que Lebrun lança ce trait :
De cet homme que j'ignore En Tain me suis-je mrormé; Depuis qu'on me l'a nommé, Je le connais moins encore.
Sa version est sèche ^et monotone, mais il eut la bonne volonté de reproduire son texte presque vers pour vers. Le style fit trop défaut à ce travail de patience dont on put dire avec raison :
Gaston, ce maigre traducteur.
Dont la sanlé fat si fragileu Ne présente aux yeux du lecteur Que le squelette de Virgile.
Parmi les traducteurs de ÏÉnéidey mentionnons aussi François Becquet qui publia, en 1808, les quatre premiers livres, et mérita cette épigramme :
Becquez traduisant comme un sot Fait un superbe mot-à-mot.
U acheva son œuvre en 1828.
Daeu (Pierre-Antoine-Noël-Bruno, comte ) [1767-18293. Né à Montpellier, lieutenant et commissaire des guerres de 1783 à 1789, emprisonné comme suspect sous la Terreur, nommé ordonnateur en chef de l'armée, Tan V, secrétaire général du ministère de la guerre après le 18 Brumaire, puis conseiller d'État et intendant de la maison impériale en 1805, intendant général du pays de Brunswick, en 1806, ministre plénipotentiaire, et chargé
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du portefeuille de la guerre, en 1813, M. le comte Dam fut un de ces hommes d'État qui concilient le goût des lettres avec de hautes et laborieuses fonctions. Sa traduction d'Horace est restée une des plus voisines de l'original, du moins si l'on considère l'esprit et le style. Par une cpitrc en vers, il engagea Delille à être plus juste pour la Révolution, à chanter ses pures renommées, et i revenir enfin dans sa patrie. Sa Clèopédie ou Théork des réputations, est une satire élégante et spirituelle, d'où nous détacherons ces vers :
Que n'avez- vous paru depuis quelque vingt ans ? On eût parlé de vous : c était là le bon temps. De l'abbé Fontenay la gaiette timide, Grâce à la pension encore plus aride, A peine en nuit grands jours avait pour aliment Le renvoi d'un ministre, un mot du parlement. Ou le petit orgueil d'un noble de province. Traîné pour mille écus par les chevaux du prince. Mais en revanche alors, le public et Fréron, Même en vous critiauant, vous auraient fait un nom : Le public, ennuyé d une paix étemelle, Aimait avoir au moins les auteurs en querelle; Un petit bavardin griffonné tous les jours Répandait les bons mots, les vers, les calembours; Pour ne les pas savoir il n'était pas d'excuses, Et nous Usions encore les Almanachs des Moses.
TissoT (Pierre-François) [1768-1854]. Né à Versailles, professeur de poésie latine au Collège de France, membre d<' l'Académie française en 1833 ; il traduisit en versiez Bucoliques de Virgile (1801), et publia des Études sur ce poëte (1823-1830), ainsi qu'une Histoire de la Révolution • //•anmisc (1833-1836).
AiGNAN (Etienne) [1773-1824]. Né à Bcaugency-sur-Loire, élu par l'Acadéniie en 1814, il fit une traduction d? Vlliiûiey où l'on retrouva prés de 1,200 vers plus ou moins empruntés à l'un de ses devanciers, Guillaum*" de Hochefoi-t (1731-1788), membre de l'Ac^idémie de> inscriptions. Ces larcins le firent surnommer le Cosa^f de l'Institut. Ajoutons que dans sa préface il avait î'inpi; liérenient maltraité celui qu'il dépouillait. Il traduisit aa^>' le Vicaire de Wakefieldy et composa deux tragédi<'> : '^
Mort de LouU XVI, irapriinée quelques semaines après le régicide, et Brunehaut ou les Successeurs de CloviSy 1810.
Bhuguikres de Sorsdm (Antoine-André) [1773-1823]. Né à Marseille, attaché à l'état-major du général Dessoles, il suivit à Cassel le roi Jérôme, qui le créa baron de Sorsum. Il traduisit, sous les auspices de Fontanes, Sacountala, les Poésies de Soutlicy, Macbeth, Coriolan, la Tempête, elle Songe d'une nuit d'été. En 1800, il concourut pour le prix de poésie avec Millevoye et Victorin Fabre, mais n'obtint que l'accessit. Le sujet fut la Mort de La Peyrouse. On y lit ces vers :
Non, d'un ingrat oubli nVxuse point la France ; Elle a sur l'Oc^San fait voler V Espérance, Et, (les lies de l'Inde au bout de l'univers, Interrogé pour toi les écueils et l^s mers. Deux fois, pour te chercher, les plages antarctiques Ont vu se déployer nos drapeaux pacifiques; Mais l'infidèle Écho des bords où tu gémis, Hélas ! n'a pas porté ta voix à tes amis.
Saint-Victor (Jacques-Benjamin-Maximilien Bins de) [1775- 1858]. Né à Nantes, royaliste aidiint, arrêté en Bretagne, vers la fin de 1813, et détenu jusqu'à la cbute de Napoléon, il fut en droit de légitime revanche dans les odes que lui inspirèrent ses haines politiques, et qui parurent en 1814. Mais nous prêterons à ces cris de colère sa traduction d'Anacréon. Son modèle lui a porté bonheur ; qu'on en juge par ce fragment :
Tout l'or du roi de Lydie N'a rien qui touche mon cipur :
Monarques, votre grandeur Ne me cause point d'envie.
Sur mon front toujours joyeir.
Mes doigts enlacent la rose; D'un parfum délicieux Avec volupté j'arrose Et ma barbe et mes cheveux.
Dans ma course passagère.
Le jour (jui luit a mes yeux Est le jour que je préfère; Car du lendemain les Dieux Ont voulu faire un mystère.
Tant qu'un soleil par t'éclairo,
Fête r Amour et Bacchus; Crains toujours quelque surprise.
Et qu'Alropos ne te dise :
Cesse tes jeux, ne bois plus.
Girodei illustra ces odes, qui méritaient cet honneur. A cet esprit souple et distingué nous devons aussi un Tahleau de Paris, V Espérance et le Voyage du Poite.
MoLLEVÀUT (Charles-Louis) [1777-1844], né à Nancy, fil un poëme descriptif sur les Fleurs, et traduisit en vers Catulle, Tibulle et Properce. De lui est cette pensée :
Qui ne vit que pour soi vit pour bien peu de chose.
Poésie lyrique.
Écouchard-Lebrun surnommé Lebrun Pindare (Ponce-Denis) [1729-1807]. Né à Paris, lîls d'un valet de chambre du prince de Conti, devenu secrétaire de ses commandements, pensionné par la cour, sous le ministère de M. de Galonné, il chanta successivement Louis XVI, la République et l'Empire. Son caractère ne valut donc pas montaient. Rappelons pourtant qu'il eut l'heureuse pensée de recommander à Voltaire la petite-fille de Corneille, réduite à la misère (1760)). Bien des orages troublèrent son foyer. Il ne put vivre avec sa femme, qui, après quatone années do mariage, dut se séparer de lui. i Ses aptitude* lyriques s'étaient annoncées dès Tâge de douze ans. A peine sorti du collège Mazarin, il concourut, en IT*9, pour le prix de poésie. En 1755, il fit paraître une ode sur les Tremblements de terre ; il y déplorait la mort du jeune fils de Louis Racine englouti dans le sinistre dont Lisbonne venait d être victime. Après que le Parlement eut confirmé la sentence du Ch»^telet qui brisait son mariage, Lebrun lança contre ce tribunal des ïambes intitulés: Alcée aux juges de Lesbos. Il devint ensuite le Pindare, ou le Tyrtée officiel de la Convention. Publiées par Ginguené,