POSTE». 4M
set œavr89 m composent d'Oi«a, dUlégiea, d*Épitrê8, d^Épigrammes, de Fables, des VeiUé^s du Pamassej et d'un Poème sur la Nature, Parmi ges inspiration» se distinguent surtout ses strophes à VoliairOf en faveur de M^ Corneille, ses Odes sur l'Enthousiasme, sur Buffùn, sur le Vaisseau le Vengeur, sur le Projet de descente en Angleterre, et sur l'Athéisme.
Détachons quelques vers de son ode sur Dieu i
Atome d*an instant, poussière fugitive.
Homme né pour la mort, parle : as- tu fait les ci^ux 7
As-tu dit à la mer : Brise-toi sur la rÎTet
As-tu dit au soleil : Marche et luis sous mes ysux J
Et contre TÉternel un vermisseau conspire ! Et, rampant dans un coin de ce vaste univers, L'homme chasserait Dieu du sein de son empire t Il nommerait sagesse uq délire pervers I
L'impie atteste en vain le néant, ou l'absence P*un Dieu que les remords révèlent aux forfaits ; Et moi, j'oie attester l'invisible présence D'un Dieu qu'à Tunivers révèlent ses bienfaits.
Rappelons aussi les accents qui terminent Tode sur le Vengeur:
Pins fiers d'une mort infaillible, Sans peur, sans désespoir, calmes dans leurs combats, De ces républicains Tàme n'est plus sensible
Qu'à rivresse d'un bei^u trépas.
Près de se voir réduits en poudrç, Ils défendent leurs bords enflammés et sanglants : Voyez-les défier et la vague et la foudre,
SouB des mâts rompus et brûlants.
Voyez ce drapeau tricolore Qu'élève, en périssant, leur courage indompté, ^ui le fiot oui Iw couvre, enteodex-vous encoro
Ce çri : Vive U Liberté !
Ce eril... o'est en vain quMl expire, étouffé par la mort et par les flots jaloux; Sans cesse il revivra répété par ma lyr^ 1
Siècles^ U planera sur vous \
CaonzET (Pierre) [1753-1811]. Né 4 Saint-Waast, en Picardie, professeur, puis principal au collège de Montaiga (1791),
directeur du Prytanée de Saint-Cyr, en 1801, et de l*École militaire de La Flèche, en 1808, enfin proviseur du collège Charlemagne et correspondant de Tlnstitut en 1809, il composa un poëmc sur la Liberté (1790), un Discwrs en vers sur l*llomme^ et une pièce militaire intitulée Fortunas; elle fut jouée au Prytanée, à la distribution des prix. Il y mettait en scène un héros plébéien qui, sous l'Empire, renouvela le trait du chevalier d'Assas. Il y avait là plus de patriotisme que de talent.
TiiKVENEAU (Charles-Simon) [1759-1821]. Né à Paris il se lit une sorte de célébrité pai* un poème dithyrambique : Hej'cule au mont (Eia, Dussault le prôna très-haut daiisses xS^nnales Uttùraires, Rien n'est pourtant plus commun et plus déclamatoire que cette longue cantate dont la rhétorique artificielle rappelle Circ^ de J.-B. Rousseau. Il fut parfois mieux inspiré dans une épitre sur VlUusion. Il . sujjpose que celte déesse offre au malheureux un miroir, devant lequel passent toui' à tour le joueur, rambitieux, l'usurpateur, le mourant, la coquette, le romantique et le patriote. La pièce se termine par cette comparaison:
Et de riUusioii admire le pouvoir:
Quaud au miroir magique on cessait de se voir, Dt s cerveaux ébranlés les fibres élastiques Y répétaient encor ces scènes fantastiques. Tel, quand l'airain qui sonne, au silence rendu, Dans l'air qu'il a frappé repose suspendu, Ce lidùlc élcmt;nt, d'une aile fugitive, Transmet les derniers sons à l'oreille attentive.
Ce rimeur vécut en parasite, et mourut mbérablo.
D'AvRiG.w (Charles-Joseph L'OElillard) [1760-1823]. Né à la Martinique, il mérita d'être signalé dans le rapport f*il sur les Prix décennaux (an xii). Nous y lisons : >' ^ jury a pris en considération un recueil de petits poénie5 sous le titre de Poésies nationaleSy par M. d'Avrigny, ^^ tout trois odes, l'une sur la Campagne d'Autriche^ la se conde sur la Campagne de Saxe, ou la Bataille d'iéna, U troisième sur la Campagne de Prusse. On y trouve du talent, de rimagmation, des idées heureuses, et beaucoup
de strophes très-bien écrites ; mais la verve, le mouvement, les rapprochements inattendus, et la pompe du style qu'exige le genre lyrique dans les sujets élevés ne s*y montrent pas assez souvent. » Dans son ode sur la Campagne d'Autriche^ le poëte se souvint d'Eschyle et de la scène oùAtossa apparaît à Xerxès pour lui annoncer la ruine prochaine de son armée. 11 suppose qu'après Austerlitz, le roi d'Angleterre va dans les caveaux de Westminster consulter sur ses destins Edouard ÏII, le vainqueur de Créoy. On peut citer, dans la Campagne de PrussCy les strophes que voici :
Mais déjà s'éveillant dans son palais de glace, Du fond de ses États que le vainqueur menace, L'Hiver accourt, le front ceint d'une affreuse nuit : Les frimas devant lui dévastent la campagne :
L'onrafran l'acrompagne ;
La famine le suit.
Il vole, et, déployant ses ailos orageuses, Elève en boulevards cent montagnes neigeuses ; Le fleuve dans son cours s'arrête suspendu ; La route disparaît, et l'œil au loin n embrasso
Qu'un océan de /^lace.
Sur la terre étend»!.
Sa tragédie de Jeanne d'Arc n'est pas non plus sans mérite. Elle fut jouée au Théâtre-Français, le i mai 1819.
BouGET DE L'IsLE (Joscpli) [1760-1836]. Né à Lons-le-Saulnier, officier du génie vers 1780, il tenait garnison à Strasbourg (1792), lorsque, dans le voisinage de nos frontières menacées, il composa, sous l'enthousiasme de l'heure présente, le^ paroles et la musique de l'hymne impérissable qui anima nos volontaires courant à la défense du pays : ce qui ne l'empAcha pas d'rtre bientôt incarcéré par la Terreur. On appela ce chant la Marseilluisef parce qu'il fut répété par les Marseillais, marchant le 10 août contre les Tuileries, Rouget de l'Isle combattit en Vendée, sous le général Hoche, et fut blessé à Quiberon. L'Empire et la Restauration eurent le tort de l'oublier ; grâce au patronage ,de Béranger, le gouvernement de Juillet lui
donna la croix, et une pension. Il a laissé cinquante Oda, IdylUê ou EisaiSt et une tragédie lyric^uei Macbeth.
Desorgues (Joseph-Théodore) [1764-1808]. Né à Aix, eo Provence, bossu par devant et par derrière, comme Ésope et Tyrtée, il fit à la fois des Fables et des Odes. Très-passionné dans ses affections et ses haines, il célébra la République et le Consulat, mais ne pardonna point r£mpii« à Bonaparte. On cite de lui ce jeu de mots qui eut alon grand succès. Un jour qu'au café de la Rotonde on lui présentait une glace au citron : « Non, ditril, je D^aime pas VÉcorce (les Corses). » Dénoncé pour ce propos, et coupable d'une chanson dont le refrain était:
Oui, lo grand Napoléon Est un caméléon,
il fut enfermé à Charenton où sa tète peu ftoUde achen de se déranger. On l'avait surnommé le poète Désordre, Sa gibbosité lui valut cette méchante épigramme de Lebrun :
De Taveugle fameux notre boaau diffère,
L'ignorance en vain les confond :
Le double mont portait Homère Et Desorgues sur lui porte le double monU
il riposta par un trait sanglant que nous avons cité: Oui, le fléau le plus crueL,. On a de lui : Rousseau ou f Enfance (1793); une Épitre sur l'Italie (1797), un Chcûnt funèbre sur les guerriers morts à Marengo (1800), le poème des Transtêvérines (1793), et un Hymne à l'mrt stfprèau. Cette pièce est réputée son chef-d'œuvre.
Baour-Lormian (Marie-François) [1770-1854], naquit à Toulouse, et fut reçu à TÂcadémie, en 1815. Poète lyrique, il débuta, en 1797, par un Hommage aux armées ftan^Hm^] il publia son Ossian vers 1800, chanta les campagna dlUlie, fit en 1802 une ode sur le Rétablissemeid è& e^, et en 1810, le Chant nuptial et les Fêtes deVHpi^ En 1 81 1 , il célébra la naissance du Hoi de Rome, et ^outa à des Poésies Galliques les Veillées poétiques et monks. Traducteur de la Jérusalem délivrée et de Joby il produisit aussi deux tragédies : Omasii ou Jouph en ÉgypU (IMSJi
et Mahomet II (1837), un roman historique Buranti (1828), et deux volumes de Légendes, Ballades et Fabliaux (1829). A ses épigrammes très- vives Lebrun répondit par ce trait :
Rien n*est si lent, si lourd Que monsieur Lormian- Balourd; Rien n'est si lourd, si lent Que monsieur Baour-Lormian.
En 1848, lorsque la République voulut lui enlever sa pension, M. de Lamartine défendit éloquemment Tauteur de VHymne au soleil, qui, depuis longtemps aveugle, ne pouvait plus voir l'astre chanté par sa muse.
Barjaud (Jean-Baptiste) [1785-1813]. Né à Montluçon, il fut tué à la bataille de Leipsiek. 11 remporta le grand prix dans le concours lyrique en l'honneur de VHymen et de la Naissance, par ses odes sur Marie-Louise, et le Roi de Rome, Il a laissé un acte en vers, intitulé : Matinée d'Auguste.
Lbbrun (Pierre-Antoine) [1785-1872]. Ce poète, dont nous avons esquissé la physionomie, fit représenter Ulysse, en 1814, Pallas, fils d'Évandre, en 1822, Marie Stuart^ en 1820, le Cid d'Andalousie, en 1825. Il avait partagé le prix de poésie avec M. Saintine, en 1817, pour des vers sur le Bonheur de l'Étude. Son Voyage en Grèce parut en 4828, l'année même où il fut élu académicien. Nommé, après 1830, administrateur de l'Imprimerie royale, il devint Pair de France, et Sénateur, le 8 mars 1853.
Nota. — L'Empire vit naître des opéras dignes de mémoire, en particulier : le Triomphe de Trajan , d'EsMÉNARD , V Adrien et la Mort d'Abel, d'HoFFMANN, la Vestale et le Femand Cortez, de M. Jouy.
Élégie.
Parnt de Forges, (Évariste-Désiré, chevalier de) [1753- 1814]. Né à l'Ile Bourbon, envoyé en France à neuf ans, il songea d'abord à se faire trappiste, mais finit par devenir capitaine de dragons, et accompagna comme aide de camp le gouverneur général des Indes à Pondichéry.
Rappelé par sa famille dans son pays natal, en 1773, il célébra, sous le nom d'Eléonore, une jeune créole dont il s'était épris, et qui fut TElvire de sa muse trop épicorionnc. Ruiné par la Révolution dont il avait partagé les espérances, il se vit réduil à un modeste emploi dans les bureaux de l'Instruclion publique (1795), puis dans les Droits-réunis. Dolé par Napoléon d'une pension de 3,000 francs, il était entré à l'Académie en i803. Ses œuvres sont des Êh'gies, (1778), des lettres mêlées de vers, des Chansons madccasses, ks Fleurs, la Journée champétrt. ks Scandinaves, Goddam, les Voyages de Céline, des Postes mêlées, ht Guerre des Dieux (1779), et les épopées des RosecroiXy (Visuel et Asléga, Nous ne dirons rien des écarts regrettables de son talent : ils appartiennent à l'histoire des mu'urs plus qu'à celle de la littérature, et prouvent combien, vers la fin du Directoire, la Société d'alors avait besoin d'être assainie. Oublions ces scandales pour rappeler seulement que Parny mérita le surnom de Tibulle françaiSy par des accents dont la grîlce voluptueuse a l'éloquence de la passion. Il eut du naturel et du goût, des instincts de mélodie et de simplicité, une plume délicate et fine, quand il respecta tout ce qui doit être respecté. Nourri à une époque meilleure, il eût été un élégiaque parfait. Son poëmc dlsnel et i5lf(/<i, (180tî), dont la couleur a pAli, olTrit pourtant alors avec fraîcheur et nouveauté ces teintes Ossianiques, dont l'iinilation fui mise à la mode par Raour-Lormian. Mentionnons ces vers dignes de mémoire :
Son âfre échappait à l'eiifance.
Riante comme rinnocence,
Elle avait les traits de 1* Amour ;
Quelques mois, quelques jours encore.
Dans ce cœur pur et sans détour
Le sentiment allait éclore.
Mais le ciel avait au trépas
Condamné ses jeunes appas.
Au ciel elle a rendu sa vie,
Et <louccment se."*! endormie,
Sauî» raiiiinui-er contn> ses lois ;
Ainsi le sourire s'efface ;
Ainsi meurt sans laisser de trace
Le chant d'un oiseau dans les bois.
Treneitil (Joseph) [1763-18081. N6 i\ Cahors, auteur de divers poëmes, l'Oiyheline du TemplCy la Captivité de Pie VI, le Martyre de Louis XVI, il obtint, sous l'Empire, un grand succès politique par ses Tombeaux de Saint- Denis,
Babois (Marguerite-Victoire) [1760-1830]. Née à Versailles, nièce de Lebrun, elle cultiva la poésie, sous le patronage de son oncle, de Fontanes et de Joseph Chénier. Elle .eut des notes émues d'une douce mélancolie, dans ses Élégies maternelles (1805), et ses Élégies nationales (1815).
DuFRéNOY (Adélaïde-Gillette Billet) [1765-1825]. Née à Nantes, mariée, vers l'Age de quinze ans, à un riche procureur au ChAtelet, M. Dufrénoy, ruinée par la Révolution qui réduisit son mari à vivre d'une place de greffier dans une petite ville d'Italie, elle subit courageusement cette infortune ; et, devenue veuve, elle publia un recueil d'Élégies (1807-1813), ([ue recommandent l'harmonie, le naturel, la passion et l'énergie d'un accent expressif. Quelques-uns même doutèrent qu'une femme fût l'auteur de ces poésies, et ils les attribuèrent à Fontanes. C'était une injuste méprise. Elle s'en plaignit amèrement dans ces vers, adressés à M. Laya, et où elle dit : ^
J'ijjnoraia qu'au Parnasfe une douce victoire Nous doniip moins d'éclat encor que de travers : J'ignorais que vos cœurs inconséquents et fiers. Même en nous adorant, haïssent notre gloire,
Et que l'action la plus noire Nous fait moins d'ennemis que quelques joli^ vors.
Citons encore la pièce des Souvenirs ;
Je les revois ces lieux chers à mou ca*ur,
Ce-i lieux tout pleins de l'ingrat que j'adoie,
Où s'alluma le feu qui me dévore.
Où je reçus, et donnai le bonheur.
Je les revois; seule j'occupe encore
Ce siège heureux où, dans de plus beaux jours,
A mes côtés il se plaçait toigours.
Voici l'endroit où sa voix si touctiante M'a tant de fois nommée ayec transport Et sa plus chère et sa dernière amante. C'est U qu'il fut l'arbitre de mon sort... Moments divins d'un angélique amour !
Qui me rendra vos voluptés si pures?
Qui de mon cœur fermera les blessures?
Bonheur céleste ! as- tu fui sans retour? Qu'il dura peu ! deux printemps ont à peine Embaumé l'air du doux parfum des tlears, Depuis ce temps de plaisir, de douleurs Où §• forma, se brisa notre chaîne.
Les Regrets et les Fers brisés ne sont pas d'un ton moins franc et moins ému. En 1814, rAcadémie couronna son poëme sur les Derniers moments de Bayard. Il se termine ainsi :
Atteint d'un coup mortel, sur l'arène sanglante Il tombe : tout son camp jette un cri d'épouvante; Mais lui, dans la mort même incapable d'effroi. Nomme en tombant son Dieu, sa Patrie et son Boi ! — « Je suis mort, cria-t-il ; mais gardes votre plact, L'ennemi jusau'au bout ne me verra qu'en face, n Il dit; et le héros, respirant à m(»ilié. Bous un arbre voisin avec ]3eine appuyé. De sa mourante main ressaisissant tou glaive^ Après un long effort quelque temps se relève. Du geste et du regard excite nos soldats ; Et déchiré, couvert de» ombres du trépas, Son front, que par degrés la douleur aécolore. Tourné vers l'ennemi l'épouvantait encore !
DuBOs (Constant) [1768-1844]. N6 à Massy, près de Lonjumeau, professeur de rhétorique au Lycée Impérial (aujourd'hui Louis-Ie-Grand,) de 1810 à 1820, il publia UD recueil d'élégies et d'idylles intitulé les Meurs (1809). H y a là quelques gracieux motifs.
MiLLEVOYE (Charles-Hubert) [1788-1816], Né à Abbcvillc, voué d'abord au barreau, puis, après la perte de sa fortune, au commerce de la librairie, il fut couronné par i*Académie française pour les pièces intitulées ; Xlnàépendance de l'Homme de lettres (1806), le Voyageur (1807), ïdi Mort de Rotrou (18H), Behunce ou la Peste de Marseille, la Bataille dAusterlitz, le Dévouement de Goff^ (1812). Après avoir tenté l'aventure d*Uû rèoit épiqot
dans son donte en vers sur Emma et Eginhard, puis dans la Rançon d'Egill, il risqua deux gros pôôtnes, Tun en six chants, Charlemagne à Pavie, et Tautre en quatre chants, intitulé Alfred, Mentionnons aussi le Voyage à Varennes, le Régne de la Terreur j et la Mort d0 Bruns-
Poésie didaoticpie et descriptive.
Lantier (Etienne-François de) [1734-1826]. Nd à Marseille, il servit d'abord dans la cavalerie, puis tourna des vers avec une facilité superficielle qui lui valut des succès de salon. La Harpe osa le placer après Voltaire et La Fontaine. Rien ne justifie cet excès de faveur, ni le Voyage d'Anténor, fade roman calqué sur VAnacharsis de Barthélémy, ni ses Contée en vers et en prose, [1782], ni son Recueil de poésies [1815], Un jour qu'un de ses amis l'engageait à briguer un fauteuil à l'Académie, il répondit : « J'aime mieux qu^on demande pourquoi je n*y suis pas que pourquoi j*y suis. » Sa vogue fut aussi bruyante que passagère.
DelIlle (l'abbé Jacques) [1738-1813]. Nô à Aigueperse, en Limagne, fils naturel d'un avocat au présidial de Clermont, professeur d'humanités à Amiens, et au collège de la Marche, il dut à bcs Géorgiques [1769] un fauteuil à l'Académie (1774], et une chaire de poésie latine au Collège de France. En 1784, il visita Constantinople avec M. de Choiseul-Gounier. Ruiné par la Révolution, il ne publia, durant cette période, qu'un dithyrambe sur VImmorialité de Vdme; on y lisait ces vers :
0 tous qui de l'Olympô ûsurpei le tontierrei Des ^tdfneUes lois reDvefseï les autelS|
Lâches oppresseurs de la terre,
Tremblez : vous êtes immortels.
Après la Terreur, il alla passer un an à Saint*Dié, en Lorraine, puis parcourut la Suisse, l'Allemagne et TAngUisrre. Revenu en France [1802], A p«tt prdi av«u^le,
fut aussi désintéressé que zélé pour les lettres. Ou lui doit la premic're exposition de l'induslrio [22 septembre il9S]. Sénateur sous l'Empire, il fut alors une soile de Mécène. Il a laiss*'*, parmi ses ouvrapr^'s d'histoire, d'éducation et d'agronomie, des Poésies lèyères, des Fabîea et Contes en vers, deux poèmes, !'un en quatre chants sur les Tropes, l'autre sur les Vosycs, analogue à celui d'Haller sur les Alpes, la comédie de Faméla (jui eut beaucoup de vogue, et un Dhcours sur Vart de lire les vers '. En voici un fragment ;
Arrête, sot lecteur, dont la triste manie Détruit de nos accords la savante harmonie ; Arrête, par pitié! Quel funeste travers, En dé[)it d'Apollon, te fait lire des vers? Ah ! si la voix ingrate ou languit, ou détonne, Ou trahie avec lenleur son fausset monotone; Si du (eu du génie en nos vers allumé, N'éliucfllc jamais ton a-il inanimé; Si ta lecture enfîn, dolente p.salmodie, Ne dit rien, ne peint rien à mon àme engourdie, Cesse, ou laisse-moi fuir. Ton reganl abattu Du regard de Méduse a la triste vertu. L'auditeur qu'ont glacé tes sons et ta présence. Croit Fuhir le supplice inventé par Mézence; C'est un vivant qu'on lie au cadavre d'un mort : Attentif à ta voix, Phébus même s'endort; Sa défaillante main laisse tomber sa lyre. C'est peu d'aimer les vers, il les faut savoir lire; Il faut avoir appris cet art mélodieux De parler dignement le langage des dieux ; Cet art qui, par les tons des phrases o^dencées. Donne de l'harmonie et du nombre aux pensées : Cet art de déclamer, dont le charme vainqueur Assujettit l'oreille et subjugue le cœur.
Decomberoussk (Benoit-Michel) [1734-1841]. Né à Villeurbanne, prés de Lyon, jurisconsulte, et auteur d'une tragédie aujourd'hui introuvable, la Mort de Michel Lepelletier (an V), il s'avisa de mettre eu vers tout h» Code Napoléon [1811].
1. Cet art si délicat, Nf. Legouvé nous l'enseigne aujourd'hui, par la pratique et la théorie, dans ses spirituelles conférences sur VArt de la lecture. Tous ceux qui n'ont pu les entendre ont eu le plaisir de les lire.
Castkl (Réné-Richard) [1758-1832]. Né à Vire, ppofeswnr à Louis-le-Grand, puis inspecteur génôral de l'Unitersité, il publia en 1797 un poëme en quatre chants sur les Plantes; en 180a, la Forât de Fontainebleau et une HUtoirt naturelle de Buffon, classée d^iprés le système de Lvmit Son style tempéré a de la souplesse et de la précision : témoin ces vers sur la fécondation des plantes ;
Au centre de la fleur des coloaues légères Lancent de leur !M)mmet de fécondes poussières. Ces atomes subtils sur Tovaire épandus Par de secrets canaux jusqu'au fond descendus^ De cellule en cellule à la graine engourdia Vont porter à la fois la chaleur et la yie« La corolle bientôt s'effeuille ou se flétriU Et l'œil peut déjà voir les prémices du fruit*
Il osait du moins appeler les objets par leur nom : car il proteste ainsi contre la périphrase :
Phébus ne nommait pas sans un tour reeherché ' y Le haricot grimpant a la rame attaché.
La carotte dorée et les bettes vermeilles En flattant le palais offensaient les oreilles. Ce temps n*est plus : le chou dont MUan s'appUudit, Quand sa feuille frisée en pomme s'arrondit. Sans dégrader les vers ose aujourd'hui paraître Dans les chants élégants de la muse champêtre.
Il a laissé des Lettres qui font aimer son caractère doux et bienveillant.
FoxTANEs (Louis-Marcellin de) [1761..182I]. Né à Niort, U était, pendant la Révolution, un des écrivains du Modérateur, Membre de l'Institut dès l'année 1795, il fdt proscrit comme royaliste au 18 Fructidor. Réfugié enAJi^^ terre, il revint au 18 Brumaire. L'Empire le fit tour à tour professeur au Collège des Quatre-Nations, député au Corps législatif [1804], président de cette assemblée, Grand Maître de l'Université [1808] et sénateur. LaR«tauration le nomma pair de France et ministre d'État. D a laissé la Journée des morts, imitée de Th. Gray [1796], les Tombeaux de Saint-Denis [1817], une traduction de VEssai $ur Vhomme de Pope [1783-2i], des fragments d'un poëmc épique, la Grèce délivrée, enfin la Mai»»
POETES. $il
rustique, an trois chants, d'où il détacha le Verger, en 4788. Profitons de l'occasion pour citer une Lettre inédite de Fontanes. Elle est adressée à la Princesse Elisa Bacciocchi, sœur de Napoléon, alors Souveraine de Piombino et de Lucques, depuis grande^duchesse de Toscane. Nous devons k M. Perrens la gracieuse communication de l'autographe, qu'il tient du marquis Gioachino Pepoli, ancien ambassadeur d'Italie à Vienne.
A la Princesse Bacciocchi,
Madame, j'ai été aveugle pendant on mois. Je commenoe à retrouver l'usage des yeux. Mais ce qu'ils désirent le plus de revoir est à trois cent (sic) lieues de moi. La lumière ne me parait plus si douce.
Que ne puis-je suivre M"« de la Place ! elle aura le bonheur d'ha« biter six mois près de vôtre {sic) Altesse impériale. Tous mes vceux sont contrariés : voilà ma présidence finie. J*altends aujourd'huy que l'Empereur daigne prononcer sur ma destinée future. Il ne m'en dit rien, quoi qu'il me reçoive toujours avec une excessive bienveillance. On prétend que je ne dois pas m'éloigner, et qu'il faut attendre ses ordres sans impatience.
Je suis donc forcé, malgré moi, de retarder le voyage qui riait si fort k mon imagination ! Je voulais voir les beaux monuments de ritalie,mème avant que vous y fussiez Souveraine. Aujourd'huy qu'elle possède ce gue i'honore et ce que j'aime le plus, jugez de la violence de mon désir. JI faut pourtant en faire le sacrifice, et j'en ai presque les larmes aux yeux.
Voici répogue où vous aurez plus besoin aue jamais de tous les soins de l'amitié, et je ne serai point auprès oe vous. Je me rappelle avec le plus vif attendrisiement les jours où i'étais vôtre garde-malade. Que n'ai-je encore ce doux emploi ! Je l'aimerais mieux ({ue le Duché de Massa-Carare, Au reste, faites un vigoureux héritier, et puissai-je (sic) voir son mariage!
A propos, on m'avait promis cent mille sujets de plus pour vôtre
Srincipauté, et j'apprends que vous n'en avez que quarante cinq mille, 'en désire davantage, moins pour v(»us que pour les contrées voisines de vos États. Je voudrais que tout le monde fût comme moi sous vôtre domination. Si j*en juge d'après mes sentimens, le bonheur n*esi que sous vos loix.
Les grandeurs ne vous ont point changée, et voilà nourquoi je vous aime tant! Vous avez donc songé à moi au milieu ae toutes les acclamations qui vous ont suivie depuis Lucques jusqu'à Piombino. Je vais dire comme Arzace, en changeant un peu le second vers i
Elle laisia tomber de son char de victoire
Sur mon front vieillissant un rayon de sa gloire»
Vôtre lettre et vos bontés me font oublier mes cheveux gris, et je suis toigours jeune quand je songe à vous.
Je n'ose tous demander si le nouveau ministre qu'on ▼eus eoToye est de yotre goût, si un Duc étranger dans vos États sera un agréaiie voisin : je n entre point dans le conseil des Dieux, et, quand Jupiter a parlé, je m'incline, et je me tais. Vôtre sagesse, s*il y a lieu, saura bien ramener Jupiter aux plans les plus convenables. Il vous loue arec effusion, il rend la plus haute justice à vôtre gouvernement. 11 rwoouait en vous une sœur dlgr)e de lui, et c'est tout dire. Mon cœur hit de Joye quand il fait vôtre éloge. J'ai déjà eu plusieurs fois ce plaisir.
Tandis que tout retentit de vôtre gloire, il y a, de par le moodfi, un homme bien étrange qui répand les oruits les plus absurdes, te plaint, crie à outrance, écrit à l'Empereur vingt lettres qui, comme de raison, restent sans réponse. Cet homme est M. de Montarby. II prétend avoir reçu des révélations épouvantables de sa femme. 11 est teoa chez moi. Je l'ai trouvé dans le délire. 11 m'accuse presque aujourd'hoy d'être entré dans une conjuration contre lui, dont il prétend que vous êtes l'âme. Vous savez avec quelle politesse je me suis toujours conduit pour le frère et la sœur. Je ne vous en ai jamais parlé que pour les recommander à vos bontés. Assurément ils ne sont pas reconnaissants. Tout cela peut vous paraître méprisable. Cependant les cris et la folie sont à un tel comble qu'il faut que vous leur fassiez imposer silence, si vous n'aimez mieux leur fermer la bouche avec de nouveaux bienfaits. Pardon de ce détail, mais il était nécessaire. J'ai bien peo de place pour vou9 parler de mes scntimens qui ne finiront qu avec ma vie.
Je suis avec un profond respect, madame, de vôtre Altesse Impénak le très-humble et très-obéissant sei*viteur,
FOKTANES.
27 avril 1806.
BoisJOLiN (Jacques-Marie-François vieilh de) [1763-183*2]. NV à Alençon, membre du Tribunal, il traduisit la Forêt dr Windsor, de Pope, et composa pour le premier arbiv de la Liberté les vers que voici :
Un trône sous ton ombre empoisonnait ta sève: Nous renvei-sons le trône, et ton front se relève; Enfant de la Montagne, arbre de Liberté, De climats en climats tu seras transplanté.
Citons encore celle description de la poche à la ligiif
Au retour du printemps, sous une ombre incertaine, Quand de fraîches vapeurs s'exhalent sur la plaine» Le pécheur immobile, attentif et r)eu'*.hé, Tient sa ligne tremblante, et sur 1 onde attaché. Son avide regard semble espérer sa proie Et du liège qui saute et du roseau qui ploie. Windsor offre eu ses eaux tout un peuple écaillé, L'anguille au corps glissaut et d'argent émaillé ;
De son vètemeot d*or la caroe enorgueillie, La perche àToBil ardent et ae pourpre embellie; La truite que colore un éclat enflammé. Et le tyran des eaui, le brochet affamé.
Berchoux (Joseph) [1765-1839]. Né à Sainl-Symphoriende-Lay, en Bresse, cet émule de Brillât-Savarin et de Monselet a publié les Dieux de l'opéra, le Philosophe de Charenton [1804], une satire contre Voltaire, un petit roman, intitulé : VEnfant prodigue, et V Art politique, où il raille les libéraux de son temps. Mais on a oublié toutes ces fantaisies pour ne se souvenir que de la Gastronomie [1801], poëme héroï-comique, où il célèbre spirituellement en quatre chants un art français par excellence. Écoutez ses conseils pratiques sur le choix d'un cuisinier :
En formant la maison dont vous avez besoin. Au choix d'un cuisinier, mettez tout votre soin : Voilà l'homme important, le serviteur utile Qui fera fréquenter et chérir votre asile, Et par qui vous verrez votre nom respecté Voler de bouche en bouche, à Tenvi répété. Avant qu'il soit à vous, sachez ce qu'il sait faire ; Etudiez ses mœurs, ses goûts, son caractère; Faites cas de celui qui, fier de son talent, S*estime votre égal, et, d'un air important, Auprès de son fourneau (][ue la flamme illumine, Donne avec dignité des lois dans sa cuisine, Qui dispose du sort d'un coq ou d'un dindon Avec Pair d'un sultan qui condanme au cordon.
Que les gourmands n'oublient pas non plus cette recommandation :
Je ne vous tairai rien : si parfois on vous prie A dîner sans façon et sans cérémonie, Refusez promptement ce dangereux honneur. Cette invitation cache un piège trompeur. Souvenez-vous toujours, dans le cours de la vie, Qu'un dîner sans façon est une perfidie.
Chaussard (Jean-Baptiste) [1766-1823]. Avocat, républicain tout dévoué aux idées de 89, envoyé en Belgique pour les y propager, membre du Comité de Salut public où il faillit se compromettre en sauvant des victimes de la Terreur, secrétaire général de Tinstruction publique,
514 APMHfDiCC.
théophilanthrope ardent, il fut en 1303 nommé pv Fourcroy professeur ou lycé^ de Rpue^, pai« pir Fontanes à la Faculté de Mime», fans 4tM «iftiiJAtti à la résidence. Il profita de cette sinécure pour publier une IVtiducHon d^Horace, des Poésies lyriques de BchÙler, et ope Poétique secondaire en quatre chants, oft il traite 4fs genres omis par Boileau. De lui sont ces deux rers ;
G« paurre bûcheron, ptr BoUean «ordgié, À fait dire aux neuf Sowrs « La
SuM (Constance dbTheis, princesse ps), {^767-19^]. Née à Nsgites, fille d'un malb^e des e^x et lor^t ^ compOM lui-môme un recueil de contes intitulé je S»ii{)re 4^ Lçl fimtainej elle fut mariée très-jeune à un médecin 4v P>^ M. Pipelet de Leurry ; et, cette union ayant été judiciairement rompue, elle épousa en 4803 le privée de Salm, charmé par son esprit çt sa beaiiié. W^e s'était nifiulée, dès Vêige de dix-huit ans, par dps poésii^ AfréaUes, entre autres la chanson du Bùûum de rou, q^al eut ima crande vogue, et la tragédie lyrique de Saplio, joiiée au U^éâtre Louvois. Son drame àtQamUe [i796]Alixn4W» lUNvreux. Il échoua aux Français. Ses caniatâf, «Mdithynflifces, ses discours ou épîtres en vers lui firent ufie répptadmi sons TEmpire. On la surnomma la Mu^e ie Hçt Mpi4Çfi,Q^ ^^ Boileau des femnrn- Plus tard^ alk pMbUa us fOfnaQt Vingt-quatre heures d'une femme emîgible [4i2é], at on poëme, Mes soixante ans [1833]. Voici cpielques-oj^ de ses vers :
Prie et travaille, homme yain^ femiQç ^UéV9» Riche qu'entoure un pomp^ui atti/^JI^ Que reste-t-il à notre heure demière.
Hors la prière et les fruits du traval}?
Prie et travaille, ou rs^oute le p]èWf Avec raison enfin on le redit :
Car la prière est le n^^ariiie 49 l'^^mh Et le travail, le repos de Tesprit.
CouTET, dit iUvEx (GharlesrJoseph) [I7f6.i^]^ Né 4 IÇ» drepuis (Aisne), rédaetaiNr de la BauUê, ft des archives judiciaires après I64i(, il a.|«Wié TJ
BeUevitU, et un 9»im »«r^fW W Wi*^ Auf^ «ur l'Art âedinermsàft.âl'yiaçtduoinétl^tnilUUO-m- H y donoB uu puuit«* de* coputii, 4imt ««iei Ha icilaatilloD :
A ia «oUm (Mmu *eiH-U ta auùtorirf if fnwwdMUleaif NtcM danwtfb.
D DD Tvttn, d'un fiu]uiii «nceaie le» solliiM^ Comme dei truU d'eipril Tuite isi balourdiaeii; A «e« fade» bmf moU, ^ im^iMùsq bfM Accorde pour lui pUife as imm «W"J Dé» qu'il oorre la twuche, appliudîi-ls d iTinca, a, » U M MriS pi», «drpjre iwi ^ilBMfl, M ce manège «droit le luccU est certain: Mondor M rbDKonMat fiailte bow deadR) lUii B de» pr^ugM U Toii le lait entendre, Au r«le de BaUav ai tv rrB(ai de df«taB4re, Belounie, pbiteiwt», m (M «rie prèajur, ' Atsc le» raU ««iiU|t fa>U«l M BwU Mm4w, El pour lejuri*«*li<e UMbMiUmMM, ' Htage ane diBMtt (M plÉi *t tM M|^,
MiCHÂiTD (Joseph) tl717'lS3e], fl* 4 5flW|-W-ftr»eMf royaliste ardent, T^4i/^ A «« «wbw AU )#nâsff «A du iô aofit 1792, il reprit Ufiivrae après la TeiTfBT.^iTAU à <Q)tutres en 4795 et coDdanmé à tnort, il dut la vie i'Bon compatriflte Gitpfet) et, ppjjf ^çh^ppep à la d<^portaUon, se ré- (ilj|ia d^ne l|v nipnt^ij^s 4^ Jwa. Il reparut pn 1799, et D^ rçfWft» pas i^^fn^iftuijfs pçftimtf' au» fwtes 4e \'tfPpire, fin iÇia, il eptffHt i riflstflirt, La BestauraDan le sa ««tww lie i| presse, mwBbre <Js ('Ac^déjuie fr^fiçsisa .{Wffl;jrt difpRtçîtr Se 'o Qtt^fi^fmtf- H est fOijnti pçtir
W8 Mm4n rfv çrewiK^ï [i?ff-2â, de i?'w>tf» (fa
jrïWWilSOt], 4e? CffitVWf [I8)5Î, ^a coilçfittQi, «os Htm^et rmfs * /'flJ<ÏMr« (fc jyiWJt'e [( S^fi], st s» CPTresponAince «f Orient [183S-35]; iJ publk aussi, en igps, «n poëme descriptif intitulé le tr^emps, d'un Proscrit, En
En irun air toi la reae oblier' '~' "
<hi0ar,'molbie<Ùbréè,ri
, mxtiû riÛbréè, a pour
'l/MMre'fclH«ia4*Ma ploi Aal
n (S puia Êlti» les ohampa. Ami des malhennuii
Tu portes dans les cœurs la douce rêverie; Ton éclat plaît toijjours à la mélancolie i Et le sage indien, nleurant près d'un cercueil. De tes fraîches couleurs peint ses hiJiits de deuil.
Laianne [Charles], qui publia en 1802 un poème intitulé le Potager y et en 1805 un autre sur les Oiseaux de la ferme, mérite une mention, ne fût-ce que pour avoir appelé un Chapon
Ce froid célibatait^ inhabile au plaisir. Du luxe de la table infortuné martyr,
11 le représente couvant des petits abandonnés par une poule, et célèbre ainsi ce dévouement :
Il guide sous tes veux, il couvre de son aile Ses bienfaiteurs cnéris^ sa famille nouvelle ; Et môme^ s'il le faut, courageux défenseur. Les disputant au bec de l'oiseau ravisseur, 11 retrouve, malgré sa tragique dis^rftce, Queloue étincelle encor de sa première audace. MaisDÎentôt^ oubliant qu'il fut iadis époux. Du sexe qu'il remplace il prend ce ton si doux. Cet accent maternel^ ce touchant caractère ; Avec grâce il remplit son nouveau ministère. S'évertue à glousser, efféminé sa voix.
Chênedollé (Charles Pioux de) [1769-1833]. Né à Vire, il émigra en Hollande et en Allemagne, pendant la Révolution, et rentra en France sous l'Empire. Professeur à Rouen, puis inspecteur de l'Académie de Caen [1212], il devint inspecteur général de l'Université, en 1830. Il publia r Invention, poëme dédié à Klopstock, (Hambourg 1795), le Génie de r/iowmc[1807], VEsprU de BwafoZ[1808], et des Études poétiques [1820]. 11 demanda souvent ses inspirations à Chateaubriand qui disait de lui : « D va à la maraude dans mes œuvres. »
EsMÉNABD (Joseph-Alphonse) [1770-1816], Né en Provence, à Pélissanne, élevé à Marseille, chez les Oratoriens, il fit tout jeune encore deux voyages à Saint-Domingue et aux États-Unis. Ce fut le premier éveil de sa vocation poétique. Au retour, il se vit bientôt proscrit par la Révolution (10 août 1792), ce qui lui fut une occasion de visiter
l^Angleterre, la Hollande et rAllemagne. Il revint en 1797, et entra dans la rédaction de la Quotidienne, Mais poursuivi de nouveau comme royaliste, enfermé au Temple, puis banni, il partit pour la Grèce et Constantinople. Après le 18 Brumaire 1799, voyant la cause des Bourbons perdue, il servit l'Empire , et collabora au Mercure avec La Harpe et Fontanes. Il fut nommé successivement chef du bureau des théâtres, secrétaire du gouvernement de la Martinique, consul général à l'Ile Saint-Thomas, censeur, enfin directeur du Journal des Débats. A la suite d'une satire contre l'ambassadeur de Russie, Napoléon, qui avait encore intérêt à ménager l'empereur Alexandre, enjoignit à Esménard de quitter la France. Il se retira en Italie, et, quelques mois après, on lui permit de revenir, lorsque près de Fondi, il se brisa le crâne, en se jetant hors de sa voiture entraînée sur une pente rapide vers un précipice [25 juin 1811]. Il avait composé une ode (VOracle du Janicule) pour le mariage de l'Empereur, et un opéra intitulé Trajan. Mais son œuvre principale est un poème sur la Navigation, qui parut en 1805, et fut réduit plus tard de huit chants à six, en 1806. Il y suit les progrès de cet art, depuis son origine jusqu'à nos jours. Clair et correct, son vers est froid et un peu terne. Dans une exposition assez variée se rencontrent pourtant d'heureux épisodes. Voici un passage où il représente les Hollandais conquérant leur patrie sur la mer :
Mais ayant qae ce peuple inconnu sur les eaux Du fond de ses marais fit sortir ses vaisseaux, Et forcit d'admirer sa puissante industrie, Il lui fallut aux flots disputer sa patrie : n fallut que le sol créé par ses efforts Vit le courroux des mers se briser sur ses bords. Souvent jusqu'au milieu de ses froids pâturages, L'Océan mutiné se creusait des rivages.
Le Batave enchaîna ce monstre menaçant : Des arbustes unis par un lien vivant, Joignant au fond des eaux leurs flexibles racines. Et le sable entassé qui s'élève en collines Entre l'onde agitée et le sol affermi.
Ont fermé la Hollande à son fier ennemi. Des joncs entrelacés, défiant la tempête, Repoussent l'Océan qui mugit et s'arrête.
Le voyageur frtppé de cet hardis innwt Itif la thé ilarMéé eûtend gronda iMfloti^ tandu ottf «MU Ma pledi Tait traMiiit la flètore. Fait Battra attionr delol lii fleuff «1 k ira
QàilHHùk (François-Hicolas-Viiumt) {iniAMi]. Né à U Quadeloapei nereh de Léonard^ dont \e§ idjrllê» êwent bni jiuie rtnommée, il s'aûriOnça ptr def poéiiês fiagithef , poil publia en 1809 to JT^ton d€$ chdmpt, et en (8ii VEnfani pfcdigué. Il dut à ce» titres un siège éetâèlnifiie, ea 1814; tiettimé bientôt, inipecteoi* de lUnifenité, il finit '{lAr dtre leorétaire du eabinet da roi* n trtdilisit én.Te^ Horace^et des lamente de poimee angiiis. A là mort de DaeiSf Gampenon et Mleband se dii^ tirent ton fanteoil, et firent Ton contre VwMttê cei êfigrammes :
Au fiutenii de Ouds an a porté Kiehàod. Ma foi ) pour rr placer, il faut on omi ekamL — Au fauteuil ce Ducis aapire GampoDon. A-i-il asséi d'esprit pour qu'on l'y campe T non.
épopée.
Coosm DE Grainyille (Jean-Baptiste-François-Xavier) [1746- 1805]. Né au Havre, beau-frère de Bemiirdin de Saintr Pierre, élève au séminaire de Saint-Sulpiee^ où 8iejès fut un de ses condisciples, il commenta par combattre les doctrines philosophiques dalis un discours ^(ué couronna rAcadémie de Besançon, en 1778. Bien qu'engagé dans les ordres, il fit recevoir au ThéAtre<^PnLiiçais une comédie en cinq actes et en vers, le Jugement de Péris. Quand éclata la Révolution, il reprit ses (onctions ecclésiastiques, et alla las exercer à AmienSé Tont en se soumettant à la constitution civile du clergé, il |>retesta, sous la Terreur, contre le culte de la déesse BodOfi. Décrété d'accusation etiuenacé de l'échafàud, Une se sauva qu'en contractant un mariage simulé itec une parente
POBTBB. 519
âgée. Se faisant inilitiitear, il ourrit à Amiens une école qui eût prospéré sans la réaction qui suifit le Concordat. L*opinion piÀlique eut la cruauté de ne pas lui pardonner one situation subie sous la pression de la violence. Tous ses élèves désertant, il se vit donc réduit à la misère. Ce fat alors que, prenant la plume, il écrivit en prose son poime du Dernier Homme, dont il avait conçu Tidée, dès l'âge de seize ans. Pour le faire imprimer, il eut recours à Bernardin de Saint-Pierre qui avait épousé sa sœur. L'auteur de Paul et Virginie trouva un libraire, mabi non un public. A peine quatre ou cinq exemplaires sortirent dtt magasin. Cette oublieuse indifférence fut pour le malheureux un coup de grâce. Poussé par le désespoir, il quitta sa cbétive maison, dans la nuit du 1"' février 1805, et alla se jeter dans le canal de la Somme. Peu après, un compatriote de Milton, le chevalier Groft, chercheur infatigable de curiosités littéraires, qui avait lu le Dernier Homme par hasard, révéla le premier à la France un poème qui, bien qu'à l'état d'ébauche, reste une des plus grandioses conceptions de la Muse épique. Ce ne serait pas exagérer que d'en comparer l'effet saisissant aux plus belles scènes du Paradis perdu et de la JffSfiad«. En 1811, Charles Nodier en publia une édition qui eut grande vogue ; et Creuzé de Lesser, croyant réaliser le vœu de Grainville, mit ce poème en vers : intention qui eût été excellente si l'exécuteur testamentaire avait été l'auteur de la Chute d'un Ange,
Pabsival di GaANDMAisoN (Frauçois-Auguste) [1759-1814]. Né à Paris, membre de l'Académie en 1811, il publia en 1804 un poème héroïque, les Amours épiques. Il y suppose que, dans les Champs Élysées, Homère, le Tasse, l'Arioste, Milton, Virgile et Camoëns viennent tour à tour chanter devant les bienheureux les amours d'Andromaque et d'Hector, d'Armide et de Renaud, de Médor et d'Angélique, d'Adam et d'Eve, de Didon et d'Énée, des Lusitains et des Néréides. Il y igoute l'épisode dlnès de Castro. C'est donc une suite de tableaux détachés, où se rencontrent des descriptions inspirées par l'école de Delille. Son poème sur PhUippe-Auguitef où il
n'a pas le soutien d*un modèle antique, est encore plus dénué de poésie. Au lieu de versifier, Parseyal eut mieox fait de continuer à cultiver la peinture sous la direction de son premier maître, Suvée, auquel nous devons le portrait d'André Chénier.
Màsson (Gharles-François-Philibert) [4762-1807]. Né à Blamont, d'abord horloger à Neufchâtel, puis précepteur en Prusse, il devint major au service de la Russie, et secrétaire du grand-duc Alexandre. Disgracié sous Paul I*', il rentra en France, où, pour se venger, il publia des Mémoires secrets sur la Russie [1800-1802]. Ses aptitudes littéraires s'étaient annoncées déjà dans un roman, (a Nouvelle Astrée, et un conte moral, Elmine, ou la Fkur qui ne se flétrit jamais, composé en 1790, pour la princesse Wilhelmine de Courlande. Mais ses œuvres les plus connues furent une ode sur la Fondation de la BépnbUque, couronnée par l'Institut, le 7 octobre 1801, et une épopée en dix chants, intitulée les Helvétiens. Il j chantait U lutte des Suisses contre Charles le Téméraire. En 1810, elle fut distinguée dans le concours des prix décennaux. Mais l'auteur était mort en 1807, quelques jours après avoir publié son poème du Voyageur, Vun des cinquante' deux poèmes flétris par M. Suard,
LucK DE Lancival (Jean-Charles-JuUen) [1766-1810]. Né à Saint-Gobin, en Picardie, élève de Louis-le-Grand, lauréat de concours, célèbre par des vers latins, il était à vingt-deux ans professeur de rhétorique au collège de Navarre, lorsque, délaissant l'Université pour l'Église, il devint grand vicaire de Mgr de Noé, évêque de Lescar. Ses sermons firent même un certain bruit, de 1787 à 1790. Mais, deux ans après, il s'aperçut qu'il était plus fait pour le théâtre que pour la vie ecclésiastique, et il composa des tragédies qui ne valurent pas ses homélies :lft/dus Scévola [1793], Hormisdas, Arckibaldy Fernandez [1797], Périandre [1798], enûn Hector [1809] qui reçut bon accueil, grâce à Homère, en dépit d'une imitation artificielle et d'anachronismes maJadroits. Après l'institution de l'Université Impériale, il était remonté
dans sa chaire de rhétorique. Une de ses ambitions fut de donner une épopée à la France. Il crut, avec beaucoup d'autres, y avoir réussi dans son poëme d'Achille à Scyros [1805]. Le jeune héros y parle ainsi de son maître Chiron :
Ghiron qui daigne aussi cultiver ma mémoire;^ Aux talents d'un soldat ne borne point ma gloire : n m'explique le monde et les ressorts divers Par qui tout est^ se meut, agit dans l'univers. Des peuples avec lui déroulant les annales, J'y vois leurs mœurs, leurs lois, leurs discordes fatales. Leurs succès, leurs revers et leurs chutes; j'apprends, Mais pour les détester, les noms de leurs tyrans.
Par ces vers on peut juger du reste : c'est une inconsciente parodie de TanÙque. Mais, au lieu d'exhumer une œuvre morte, disons que, chez Luce de Lancival, le professeur racheta les torts du poète. Il fut le maître de M. Villemain, et eut l'honneur d'être suppléé par lui, lorsqu'au lendemain d'un banquet universitaire terminé tristement par une chute dont les suites furent mortelles, Luce de Lancival vit approcher sa fin. Avant de rendre le dernier soupir, il reçut une médaille d'or pour un Discours latin dont l'occasion avait été le mariage de Napoléon avec Marie-Louise.
DoRiON (Claude-Auguste) [1770-1829]. Né à Nantes, il composa deux épopées, Palmyre conquise, et la Bataille d'Hastings [1806].
Creuzé de Lesser (Auguste-François, baron) [1771-18391. Né à Paris, devenu préfet de la Charente et de l'Hérault, il fut un des infatigables littérateurs de l'époque impériale, et s'exerça sur les sujets les plus variés. Il publia un recueil de pièces lyriques intitulées Odéides sur Héloise, la Terreur, une imitation du Romancero espagnol, plusieurs romans, entre autres les Annales d'une famille pendant diayhuit cents ans, une paraphrase en vers du Dernier Homme de Grainville, un poème inédit sur la Mythologie ancienne, de nombreuses études critiques, et de jolies fables traduites en provençal par Hyacinthe Morel. Il se fit aussi un nom au théâtre par deux opéras-comiques, Monsieur Deschalumeaux, et le
Nouveau Seignmr du village^ qne Boiildimi mit ta wvh tiqua. Il composa encore dos comèdiet dont 1m ^vs mgréablefl sont la ManU de Vùidépêndanoe^ et UJktr^d» ménagé^ où nous vojons un mari «nnu/é, qai| m le point de délaisser sa femme, M"^* d'Orbeoil, pour une cousine, M""* d'Ercourt, est ramené A Mes àetàttÉ mr un manège de coquetterie fort ingénieuse.. Lé fitr* le plus considérable de Técrivain est encore son grand poème de cinquante mille rers sur la Chevaietie, h le dhise en trois parties : AmadU^ Roland et les CheoaHers de ta TaUe Ronde. Il y mélange atec esprit le plaisant au séiiiax ; et, tout en essayant d*y peindre les mœurs d'autrefois, fl remet en honneur les légendes de notre antiquité aitionale. Son ters preste 6t leste ie souviemt de Voltiin. On y Tondrait seulement une ironie moins cftralidré, il vat expression plus relevée.
Lbhskciib (Népomucéne-Louis) [i77î»lM0]« Né à Pvis, il tai reçu à rAcadémie en 1820. Banion«*nè8s à èmu^ rer ses principales œuvres : au théAtrOi Açiemênimn [1717], Ophis [179SL la Démence de Charki VI [i9JÊ0),ttéiêgeide etRrunehaut [1821], hule et Orw4seyCharkmagne;)mcomédies de Pinto [1800], Plante, CMitoj^ Colamk [1809], et la Journée des Dupes reprise en 1835. Dans Tépopée, il compte VAtlantiade ou la Théogonie neuftonniemii^ eu six chants, la Mérovéide, Moise, Homère 6t Aleseanàn, en quatre chants, les Trois Fanatiques, les Quatre Métamorphoses, les Ages français et la Panhypocrisiade [1817]. 0 Ût aussi paraître, dans la même année, un CowrsM^ tique de littérature, en 3 vol. in-8.
Bonaparte (Lucien), prince ds Canino [1775«1840]. Né à Ajaccio, frère de Napoléon I'', d*abord attaché à Tmtendance militaire, puis membre du conseil des Cmq- Cents en 1795, il le présidait au 18 Brumaire ; ety par le sang-froid d'une parole éloquente, il contribua pins que personne au succès de ce coup d*£tat. Ministre de Tint^ rieur [1799], mais disgracié pour ses saillies d'iadiptndance, il fut envoyé comme ambassadeur en EspâgnCt où il rétablit l'influence française. Marié contre li gr^
P0ETB6. 528
àt son frère à la veuve d'un agent de change, M^* Joubertliont il dut se retirer à Ronie, près du pape Plê Vil, dont il s'était concilié l'amitié dans les affaires du Coneor^t. Après s'être fixé près de Viterbe dans sa terre de Canino érigée en principauté par le Saint-^Pèrei il s'embarqua pour l'Amérique en 1810, mais fut pris par les Anglais qui le retinrent prisonnier jusqu'en 1814. Durant les GentJours, il présida le Sénat, et fut un des premiers à proposer l'abdicaiion de l'Empereur en faveur du Roi de Rome. Après la chute de la dynastie, il retourna en Italie où il vécut dans une condition privée. Parmi les frères de Napoléon, il est le seul qui ne se soit pas assis sur un trône. La Restauration l'exclut de l'Académie, où il était entré en 1803. Il laissa un roman, Stellina [1799], deux épopées, la Cyméide ou la Corse sauvée [1819], et Charlemagne ou VÉglise délivrée. Dans ce poème correct, mais très-firoid, il avait préféré à l'usage continu de l'alexandrin des stances de dix vers terminées par un octosyllabe. Son principal titre au souvenir de la postérité ail d'ATOir été le protecteur de Béranger^ dont il devina le génie, et auquel il abandonna sa pension de l'Institut.
VicMiftT (lean-Pons-Guillaumê) [1777-1868]. Né à Bôziérs, lieutenant d'oHillerle de marine en 1790, pris par les Anglais qui le gardèrent huit mois sur les pontons de Plymônth, il fit, sous l'Empire, la campagne de Saxe [iSlt], fut décoré de la main de l'Empereur à Lutzen; et, de nouveau prisonnier à Leipsick, il ne revint en France qu'avec les Bourbons. Pendant les Cent-Jours, il leur resta fidèle, et refusa de voter l'acte additionnel aux constitutions de l'Empire. Nous ne le suivrons pas au-delà de cette date, dans une carrière fort longue. Ce fut surtout pendant la Restauration, et après 1830, que sa verve narquoise, voltairienne et classique prit ses ébats en tons sens, aveo une ardeur qui lui venait sans doute, de sa profession première autant que du tempérament. Mais l'Empbre eut pourtant les prémices de sa plume intarissable. 0 parait qu'il dut alors la vie au manuscrit d'Ar6ogagU qui arrêta une balle au passage, dans une de ses batailles où il payait bravement de sa personne. Cette
tragédie ne soutint pas aussi heureusement le feu de la rampe. Car elle et une autre, CUms, succombèrent dès le premier jour, ce qui n'empêcha pas Tauteur malheareux, mais intrépide, de récidiver avec Alexandre, Achilk, Sigismond de Bourgogne, et les Péruviens. Du reste, ses ambitions se tournèrent surtout vers i*épopée. Sans parler de la Franciade qui ne parut qu'en 1863, il publia, en 1808, VAusterlidey et un poème sur Marengo, D composait en môme temps le Siège de Damas^ et la Philippide^ poëme héroï-comique, en vingt-six chants, commencé en 1803. Il y embrasse la lutte de la France et de l'Angleterre sous Philippe- Auguste, l'interdit provoqué par son mariage avec Agnès de Méranie, la croisade des Albigeois, et \^ guerres civiles qui précédèrent la grande charte octrojèe par le roi Jean. Il mène son récit jusqu'à la bataille de Bouvines. Il y a là des courants de gaieté gauloise qui dérident la gravité de l'histoire.
Denne-Baron (Pierre-Jacques-René) [1780-1854.] Né à Paris, humaniste très-versé dans les lettres grecques et latines, il débuta, en 1706, par un poème en quatre chants sur
' Héro et Léandre, Dans ce sujet, traité au quatrième siècle de notre ère par Musée le grammairien, Û altère la simplicité de la légende, abuse des dialogues, et s'égare eo digressions ; mais sa plume a de l'élégance, et quelques heureux motifs. Citons ces vers qui terminent l'œuvre :
L'Aurore qui parut sous des nuages sombres Ne semble qu à regret éclairer ces horreurs ; Quand Éole eut des vents apaisé les fureurs, Du sommet de la tour, Héro, p&le, éperdue. Sur la plaine des mers porte sa triste vue. A Neptune ses cris demandent son amant : Il le rendit, bêlas! mais déchiré, sanglant. Lentement par la vague apporté sur 1 arène.
A cette épopée nous préférons sa traduction de JHperce\ il mit aussi en vers le Corsaire de Byron, et pressentit l'École romantique.
Roux DE Rochelle fit paraître, en 1816, un poëme en>ii chants, intitulé les Trois Ages. 11 y représente la civilisa-
lion grecque par les jeux olympiques, celle des Romains par les combats du cirque, celle des temps modernes par les tournois et la chevalerie.
D'Arlincourt (Victor, vicomte) [1789-1856]. Né au château de Mérautres (Seine-et-Oise), il obtint, sous la Restauration, une renommée très-retentissante par des romans d'un style ampoulé jusqu'au ridicule. Les plus connus furent Ipsiboé, le Renégat et surtout le Solitaire, qui fut traduit en plusieurs langues. Il est vrai qu'il faisait, dit-on, exécuter ces versions à ses frais. Les Êcorcheurs, et le Brasseur^oiy d'une date plus récente [1833-35] ont eu leur moment de célébrité. Il tenta aussi la fortune du théâtre; le Siège de Paris [1827] fut un de ses échecs. Il avait la manie de parsemer ses alexandrins de calembours. En voici quelques-uns :
Oo m'appelle à régner.
J'habite la montagne, et j'aime à la vallée. Mon père, en ma prison, seul à manger m'apporte.
Ses débuts datèrent de l'Empire. Car si sa Caroléide parut seulement en 1818, elle fut composée en 1806, comme nous l'apprend sa préface, et comme le confirment de nombreuses allusions faites à l'Empereur. Cette épopée en vingt-quatre chants ne se distinguo ni par l'invention, ni par la facture. Sous ses fausses couleurs il y eut un certain mouvement turbulent qui simule la verve ; quelques situations romanesques ont une apparence d'originalité.
Chanson.
Laujon (Pierre) [1727-1811]. Né à Paris, il débuta par une pastorale : Daphnis et Chloé, imitée de Longus, et fut se-
^ crétaire du comte de Clermont, puis du prince de Condé. La Révolution le réduisit à l'indigence, sans lui ravir sa
ffaietA. Chansonnier et vaudevilliste^ il fui admis ,4a 1807 à r Académie, et publia sçs (Jfuorefi choisies, en IS09. Désaugiers lui a dédié ses chansons. La Harpe le Jogt ainsi : « Il pa^?» toute s^ yie à çQmpose.r de petites fiH« pour de grands princes, et à f^ire 4^ petits y^p 4|nsl^
ff^es occasions. » H in^pirfi ce (pi^inMn :
Il véput probe et sans ei|Vie, Ciontent des nuses et da Mft ; Il fit chanter pmd«|it ta vie, l\ fait plçufer ipr^ H m^rtr
Pus (Afttoine-Pierrç-A^^gustin pi) [17^5-«3?3. »é h Pw, cb4^nnier et auteur df «matiquui, fpnd^i^ui' du yfUiàByille [1792], et d*MAe ?0fiw&té littéraire, k P^rftqw, 0^ «dI menibre de l'Institut n'était adn^, il n^ c^ss^ piu 4« frapper inutilement à la porte de l'Académie française. Il avait fait jouer un trés-girai^d nombre de pièces. D pablia en 1788 un poéiE^e ^ VUqnfWm imiMm ^ J^ langue francisa. C^a«i^isAnt 1m 4iff6rMitee lotiras, il j disait :
A J'ittpecl dv Très^HAut, WtAt <|||'A<iw Wrif» Ce px\ a^p»f emmea^ l'A .<)u'il artiçi^
Ses OBuvref choi^m comprennent (|u^ire voIub^m fû piarurent en 181 i. Secrétaire généfal de la préffcCan de police de 1800 à 1815, il écrivit des Mémoirts ^ ,sont reslés inédits.
Ségur (Alexandre, vicomte de) [1756-1805]. Frère du cilèbre historien Louis-Philippe comte de Ségur, il » publié , avec les Mémoires de Besenval , des chansons agréables, dont voici un échantillon :
A voyager passant m vîe.
Certain vieillard nommé le Temps, P;èB4'n^ flenvç arriyç, e|l s'ipnf ; Ayez pitié de mes vienx ajo^^ Héf f{im ! êureea bords •■ m'eiiMie, Moim CMapto touiteitsiUiitsI Mçn bpns m»f iti HMM ^npplM»
venez, venez passer le Temps.
De i'tstre eMé, sur U pUc®,
fi leulait Aïdçr spo Pfff^Agf ur un baUMu qu'Amour ^((Uit; Mais une d'elles, bien plus sage, Leur fépétaii cm bmC|i ptud^U :
AJ|! iWT^nt PU n fait n^afr^fe jtn Qli9rchaat à fo^ma le Temps,
L'Amour galmeQt pousse an H^i^ge :
n A&iAt tout près du Temps,
il toi pnopope m voTage.
J«^|m]blirqD«, et s'aba^d(Hine aux \'v^.
Agitant les raines lé^res^
)I dit et redit dans ses chants :
Vous <70fai biea, jiMoee bergères,
Qm Vlmtmr fut pasuer k Ttemp*»
ja^iê tp9t i OQop l'Anaour se lasp# :
Ce fbt totyouiy la son défaut.
Le TemjM prend la rame à sa place, Bt loi dit : <]ia<»ii eéder ef tôt!
PMVjre MftkBtl jQiMUe est U ^i^lffiM I 79 dorsy i^t Je wnte k moQ Wu^ Çç Tieux refrain de la Sagesse :
Ak! ie Temps ftdt passer l'Araeiir.
MftAtJ«fnL8 (Marc-Antwne-Madeleine) [i77S-lMt7]. #Cé à PréjiM, file d'un eompositeiir qai, ami de Gluek et de Sacchini, se fit connaître par d^s opérettes, ((es JurMmiœ de Bergame, les Deux Sylphes, Florine, etc.)> il eut pour maître le critique Geoffiroy. On le desiini^ à l'Église ; mais sa vocation alla vers )e théâtre. H .«'était e3sa7é déjà sur la scène, lorsque, soigis I/9l Terreur, il quitta la France avec sa sœur qui venait d'épouser un eolop de Saint- Domingue. C'était tomber d'tine révolution dans une autre ; car il débarq^ vers ^époq^e oti éclatait la révolte des noirs. Obligé de la combattre, fait prisonnier, et condamné à mprt^ il allait être fusillé qu^nd les insurgés eurent un aeeès de pitié qui iiii sauva la vie. Ils se contentèrent de TemprisoBner ; mais s'évadent il réussite prendre passage sur un navire an^^Iais qui partait pour les États-Unis. Durant lu traversée^ 4m ]ê crut atteint de la fièvre jaune, et la etpiiaioe, par crmiaie de ia contagion, le déposa plus mort que vif à New- York, où il se trouva
sans autre ressource que la compassion d'une dame charitable qui voulut bien le recueillir. Parmi tant d*épreuves, sa gaieté ne l'abandonna pas ; et, de retour à Paris, en 1797, i! revint joyeusement à sa muse légère. Ralliant tout un groupe d'épicuriens et de bons vivants, hommes d'esprit, il fonda le Caveau moderne, où figura bientôt Béranger. En 1815, il fut nommé directeur do Vaudeville. Il avait improvisé plus de cent petites pièces de théâtre, dont plusieurs eurent une vogue prodigieuse. Il fit jouer, entre autres, aux Françab, V Heureuse Gageure, VHôtel garni, les Deux Voisines, et aux Variétés, If. Lagobe ou un Tour de camaoal, M. Vautour, Jocrisse aux enfers. Je fais mes farces, le Jeune Werther, et la Petites Danaides, Gentil avait été l'un de ses collaborateurs. Il mourut des suites d'une maladie qu'il chansonna, lorsqu'il eut perdu tout espoir de guérison. Bachiques, grivoises, anecdotiques et satiriques, ses chansons se distinguent par des descriptions spirituelles et la peinture des mœurs ou des ridicules particuliers à chaque catégorie sociale. Plusieurs de ces fantaisies vivent encore dans la mémoire populaire. On n'a point oublié Monsieur et Madame Denis, les Pots-pourris de Cadet Buteux, FÉpicurien. Ma Fortune est faite, le Portrait de Margot, et la parodie de la Vestale, Citons ce motif philosophique sur Jean qui pleure et Jean qui rit :
11 est deux Jean dans ce bas monde, Différents d'humeur et de goût; L'un toigours pleure, fronde, gronde, L'autre rit partout et de tout.
Or, mes amis, en moins d'une heure, Pour peu que l'on ait de l'esprit.
On conçoit bien que Jean qui pleure N'est pas si gai que Jean qui rit !
Jean-Jacques gronde et se démène Contre les hommes et leurs mœurs; La galté de Jean La Fontaine Épure et pénètre les cœurs :
L un avec ses grands mots nous leurre, De l'autre un rat nous convertit :
Nargue^ morbleu ! du Jean qui pleure^ Vive à jamais le Jean qui rit !
POETKS. 329
Auprès d'uu vieux millionnaire, Qui va dicter son testament, Le Jean qui rit est en arrière, Le Jean qui pleure est en avant.
Jusqu'à ce que le vieillard meure, 11 reste au chevet de son lit :
Est-il mort? adieu Jean qui pleure; On ne voit plus que Jean qui rit.
Voici encore une assez vive esquisse du Paris d'autrefois :
Hôtels brillants, places immenses,
Soartiers obscurs et mal pavés ; isère, excessives dépenses.
Enfants perdus, enfants trouvés, Force hôpitaux, force spectacles, Belles promesses sans effets.
Grands projets,
Grands échecs.
Grands succès^ Des platitudes, des miracles, Des bals, des jeux, des pleurs, des cris.
Voilà Paris.
GocFFÉ (Armand) [1775-1845]. Né à Paris, sous-chef au ministère des finances, il fui un des fondateurs du Caveau moderne. Il publia Ballon d'essai [1802], Ballons perdus. Encore un ballon, le Dernier Ballon (1812), VOphicléide (1827). Il a de la gaieté, même dans sa chanson du Corbillard, dont voici deux couplets :
Que j'aime à voir un corbillard!
Ce début vous étonne :
Mais il faut partir tôt ou tard;
I^ sort ainsi l'ordonne.
Et, loin de craindre l'avenir.
Moi, dans cette aventure.
Je n'aperçois que le plaisir
De partir en voiture.
Le riche en mourant perd sou bien :
Moi^ Je vois tout en rose ; Je n'ai rien, je ne perdrai rien :
C'est toujours quelque chose.
Je me dirai : D'un parvenu
Je n'ai pas la tournure; Pourtant a pied je suis venu.
Et je pars en voiture.
C'est lui qui a donné des ailes au refrain si connu : Phis on est de fous, plus on rU. Béranger (Pierre- Jean de) [1780-1857]. Sans résumer ici la biographie d'un poète qui appartient à une autre période, indiquons pourtant se» débuts, car ils datèrent de l'Empire. Vers la fin de 1803, après s'être essayé daus l'idylle, la comédie, le dithyrambe, la tragédie et même le poème épique {Clovis), il dut ses premières ressources au patronage de Lucien Bonaparte qui lui abandonna sa pension de l'Institut. On sait aussi que l'appui de M. Arnault lui valut une place de coDunis expéditionnaire dans les bureaux de l'Université, où il resta douze ans. Une fob casé, la chanson le gagna peu à peu. Les Gueux et les Infidélités de Lisette, petits chefs-d'œuvre de rhythme el de verve, sont de 1812. Reçu au Caveau en 1813, et condamné à sa part d'écot, il publia vers ce temps la Bacchante, la Grande Orgie, le Sénateur, le Boi d'Yvetot, Roger Bontemps et le Vieux Célibataire. Lies Réflexions morales et politiques d'un marchand d'habits de la capitale lui furent inspirées, en 1814, par la première Restauration. Nous y lisons ces hardiesses :
De m'enrichir j'ai l'atsuraoce; L'on fêtera toujours en France, En ville, au théâtre, à la cour,
L'habit du jour.
Gens vêtus d'or et d'écarlaie, Pendant un mois chacun vous flatte; Puis à vos portes nous allons.
Vieux habits ! vieux galons !
Détachons aussi un couplet de la chanson qui signala son entrée au Caveau :
Au Caveau je n'osais frapper; Des méchants m'avaient sa tromper :
C'est presque un cercle académique^ Me disait maint esprit caustique :
Mais que vo's-je? de bons amis^ Que rassemble un couvert bien mis.
Asseyez-vous, me dit la compagnie; Non, ce n'est point comme à l'Académie, Ce n'est point comme k l'Académie.
Knfin, n'oublions pas l'immense applaudissement qui
accueillit, en 1815, /(? Dieu des bonnes gens, dont voici une strophe :
Uû conquérant dans sa fortune altière Se fit un jeu des sceptres^ et des lois, Et de ses pieds on peut Toir la poussière Empreinte encor sur le bandeau des rois* Vous rampiez tous, à rois qu'on déifie ! Moi, pour Draver des maîtres exigeants, Leyerre en main, §r&lnientj6 me confie Au Dieu des bonnes gens.
Ce jour-là, le poète était déjà un maître. Brazier (Nicolas) [1783-i838]. Né à Paris, fils d'un instituteur, membre du Caveau, collaborateur de Carmouche, Dartois, Dumersan, Mélesville, Merle, Ourry, Désaugiers, Rougeraont et Théaulon, il composa une centaine de Vaudevilles dont les plus gais sont le Ci-devant jeune homme, le Coin de rue, Pr&ville et Taconnet, la Carte à payer, le Savetier et le Financier, la Croix d'or. Il a laissé des chansons. Souvenirs de dix ans, recueil qui contient une pièce inspirée par la naissance du duc de Bordeaux ; or tous les refrains avaient déjà servi à célébrer celle du Hoi de Rome. Louis XVIII prit la chose en riant, et nomma l'auteur Bibliothécaire du Château.
Le CaveaO fut un nom porté par plusieurs sociétés gastronomiques et littéraires de Paris. La première, fondée dans le xvin* siècle par Piron, Collé, Crébillon fils et Gallet, compta parmi ses membres Fuzelier, Saurin, Salle, Duclos, Labruère, Gentil-Bernard, Moncrif , Helvétius, Lanoue, le peintre Boucher, le musicien Rameau, etc. Elle sp réunissait à l'établissement du Caveau, chez Landelle, au carrefour Buci, et dura de 1729 à 1739. — Dans la deuxième confrérie figurèrent Marmontel, Boissy, Suard et Laujon. Elle eut pour amphitryon, depuis 1759, le fermier général Pelletier. — La troisième , qui institua les Dîners du Vaudeville en 1796, comprit Barré, Radet, Desfontaines, Piis, les deux Ségur, Dupaty, Deschamps, Laujon, Philippon de la Madeleine, Goulard et Gouffé. De ces réunions closes le 2 nivôse an X, sortirent 9 petits volumest dont un choix fut publié eu 2 vol. iii-i8. — La quatrième aeeociation [1806-1817] se recruta des noms
532 Al>PRNDiGE.
suivants : A. Gouifé, Capelle, Dupaty, Piis, Ségur aiiié, Philippon de la Madeleine , Brazler, Ducray-Duminiif CadetrGassicouri, Grimod de La Reynière, Désaugiers, Laujon, Béranger, Jouy, Salverie, Théaulon. Elle s'adjoignit des musiciens, Duvemoy, Mozin, Doche, Piccini, Lafont et Romagnesi, pour composer les airs de sei> couplets chantés au Rocher de CanccUe, rue Montorgueil. Son recueil forme un ensemble de 11 vol. in-18. En 1813, une succursale du Caveau, sous le nom de Soupers de Momus, fut instituée par Dusaulchoy, Fréd. de Courcy, Dartois, Jouslin de La Salle, Gensoul, Martainville et Carmouche. Elle ne se ferma qu'en 1828, et produisit lo vol. in- 18.
Fable.
GuiCHARD (Jean-François) [1731-1811]. Né à Chartrette, prè5 Melun^ émule de Piron, il publia, en 1802, huit livres de fables, qui justifient ces vers où il disait de La Fontaine :
Dans la fable et le conte, il n'eut point de rivaux ; Il peignit la nature, et garda ses pinceaux.
De ce recueil citons pourtant cet échantillon :
Un babillard d'épi sec, allonué, »ans grain, Voisin d'un bien touffu, lui disait : « Camarade, Dieux! comme vous penchez ! seriez-yous donc malade?
— Malade, moi ? non^ c'est que je suis plein. » Avec le sens commun amsi toujours en guerre Le sot, vide, léger, porte sa tête au vent :
Tandis que le savant, Rempli, baisse la sienne, et regarde la terre.
On a retenu celte épigramme qu'il lança contre lac teur Clairval, ancien perruquier :
Cet acteur minaudier^ et ce chanteur sans voix Écorche les auteurs qu'il rasait autrefois.
HoisARD (Jean-Jacques-François-Marie) [1743-1831]. Né à Caen, secrétaire du comte de Provence avant la Révo-
lut ion, il fut peintre et fabulisle. Voici un de ses Mille et un Apologues, Il est intitulé le Chêne et le Vent :
De mes rameaux brisés la vallée est couverte, Disait au vent du Nord le chêne du coteau. Dans ton courroux, barbare, as-tu juré ma perte, Tandis gue je te vois caresser le roseau? — J'ai juré, dit le vent, d'abattre le superbe^
Qui me résiste, ainsi mie toi :
Et je laisse en paix le brin d'nerbe,
Qui se prosterne devant moi.
Tâche de désarmer ma haine.
Ou j'achève à l'instant de te déraciner.
— Je puis tomber, reprit le chêne :
Je ne saurais me prosterner.
DcTRAMBLAY (Antolne-PieiTe) [1 745-1818]. Né à Paris, directeur général de la caisse d'amortissement, il laissa un volume de fables, dont ou jugera par celle-ci :
Contre sa pauvre chèvre une vieille mégère Elxhalait ainsi son courroux :
« Ton lait hier était si doux !
Aujourd'hui, maudite laitière, D'où lui peut venir tant d'aigreur ?
— Prenez- vous-en, dit-elle^ à votre humeur : Pour mon chevreau j'ai craint votre colère,
J'en tremble encore en ce moment :
Une menace à son enfant
Trouble tout le sang d'une mère. »
GiNGi-ENÉ (Pierre-Louis) [1748-1815]. Né k Rennes, membre de rïnstitut en 1795, de l'Académie en 1803, érudit et métaphysicien, rédacteur de la Décade philosophique, auteur d'une Histoire littéraire de l'Italie . et d'un poëme intitulé : Confession de Zulmé, il publia, en 1810, un recueil de fables, qui parurent assez hardies pour le temps. Dans une de ces pièces, intitulée la Machine hydraulique et VeaUy il plaida poiulant la cause du pouvoir absolu.
OLIVEAU DE Segrais (Marie-Madeleine) [1756-1830]. Femmepoëte, née k Bar-sur-Aube, elle composa le poëme de Suzanne, et des Fables en 1802. En voici une dont le titre est V Aigle et le Ver :
L'aigle disait au ver, sur un arbre attrapé : « Pour t'élever si haut, qu'as-tu fait? — J'ai
rampé.
Le Bailly (Antoine-François) [1756-1832]. Né à Caen, auteur de quelques opéras, il se fit surtout connaître par un recueil de fables [1784-i8i3] auquel nous empnuiton5 celle-ci, la Rose et le Buision :
Une rose croissait à Tombre d'un buisson;
Et cette rose un peu coquette^ Ne s'accommodait point à son bui&ble retraite ; C'était même, à l'entendre, une horrible prison. Son gardien lui disait : « Patience^ ma chère; Profite de mon ombre : elle t'est salutaire. C'est peu que du midi je t'épargne les fsux ;
Grâce à mes dards épineux, Des animaux rongeurs tu ne crains nui outrage : Je te défends encor des Tents et de l'orage.
Chéris donc ton asile obscur;
11 n'est pas beau, mais il est sûr. a — La rose est indignée, elle ne veut rien croire.
« Vivre ainsi, c'est vieillir sans gloire. » Un bûcheron parait : « Accours, dit-elle« ami I Sois mon libérateur; fais tomber sous la hache
Ce vilam buisson qui me cache. »
Le manant empressé n'en fait p&s à demi ; Il abat le buisson : partant plus de tutelle.
La rose de s*en ré^jouir :
Elle va donc s'épanouir, ^ Charmer tous les regards, attirer autour d'elle
Le folAtre essaim des zéphyrs :
Rose, on va l'appeler des roses la plus belle ; 0 fortuné destin! à comble de plaisirs!
Tandis que la jeune orgueilleuse Rêve ainsi le bonheur, et vit d'enchantement^
Voilà qu^une chenille affreuse A découvert sa tige, v grimpe lentement. Puis sur son bouton frais se traîne insolemment.
Un escargot, plus vil encore,
Vient souiller ses appas naissants.
Le soleil, à son tour, de ses rayons ardents
La frappe i elle se décolore.
Dans le chagrin qui la dévore.
Elle songe au buisson ; mais, regrets superflus!
Ce doux abri n'existe plus.
Qu'arrive-t-il enfin? La rose Se fane, tombe, meurt, hélas! à peine éclose!
Arnault (Antoine-Vincent) [1766-4834]. Né ft Paris, secrétaire perpétuel de l'Académie, où il entra en 1799, exclu eu 1816, réintégré en 1829, il avait été sous l'Empire gouverneur des Iles Ioniennes, puis secrétaire-géDéral et
conseiller de TUniversité. Ses pièces de théâtre furent Marins à Mintumes [1791], Lucrèce [1792], Phrosine et Mêlidor [1793], Oscar, fis d'Ossian [1796], les Vénitiens [1797], et Germanicus, Outre un drame. Don Pédreou le Roi et le Laboureur, des Opéras, une Vie de Napoléon [1822], et les Souvenirs d*un sexagénaire [1833], il composa des Fabks [1812-1816J, dont la verve satirique est remarquable. En voici quelques-unes :
Les Bulles de saYon.
Tous les iours on voit des marmoU Avec un peu de vent gonfler un peu d'écume.
Tous les jours avec de graaas mots, Pour l'heureux du moment, maint sot fait maint volume.
Mes amis, retenez-le bien :
Le pouvoir de l'homme est immense :
Faire quelc[ue chose de rien
Est plus aisé que Ton ne pense.
L'Oors, le Sansonnet et le Singe.
Naguère un ours encor sauvage, Ours sans esprit et sans usage, Mais non pas sans ambition, Disait à ses amis : a A la cour du lion Apprenez-moi comment on entre. »
Le sioge dit : « C'est en sautant; »
Le sansonnet : « C'est en chantant ;
— Ou bien^ dit le serpent^ en marchant sur le ventre. »
Les Dés.
Cet dés, qui, chassés d'un cornet.
Pour être agités dans un autre,
Par un canne ou par un sonnet *,
Règlent ma fortune et la vôtre, Ces dés tout écornés n'en retracent que mieux Le sort d'un pauvre peuple aux mains de factieux. Par l'intérêt des chefs tiré de l'inertie, Ballotté non sans bruit, au gré de leurs (tireurs. Il s'écharpe^ il s'échine : et pourquoi? je voua prie.
— Pour(]uoi? pour varier les coups d'une partie
Qui ne profite qu'aux joueurs.
1. Le carme est un coup de dés où Ton amène les deux quatre; te somtet est le coup du double-six.
Jauffret (Fr.-Louis) [1770-1840]. Frère d'un aumônier d^^ Napoléon, d*un évêque de Metz , il a publié des fables distinguées [1814] dont quelques-unes se soutiemient dans le voisinage de Florian. Il continue ainsi le Savetier de La Fontaine :
Jaloux de retrouyer ses chansons et son somme, L'honuéte savetier dont parie le bonhomme Venait de reporter au financier Mondor Se? maudits cent écu?, trop dan;rereux trésor.
Il retournait à son ouvrage
Libre de soins et de chagrin,
Et déjà chantait en chemin
Quelque refrain de son jeune &ge. L'uu de ses vieux amis, savetier comme lui. Vint Tattendre à sa porte, et lui dit : « Cher confère.
Aide-moi, ma femme aujourd'hui
De deux jumeaux m'a rendu père :
Une pistole ou deux feraient bien mon affaire : On m'a dit qu'un trésor... — Va, félicite-toi.
Ce trésor-là n*est plus chez moi :
Je viens de le rendre à son maître :
Mais il me reste, dieu merci,
Deux bons gros écus ; les voici :
Hier, mon cœur plus endurci
Te les eût refusés peut-être »
Satires, Épigrammes.
ViGÉE (Louis-Jean-Baptiste-Étienne) [1758-1810]. Né à Pari*, frère de Madame Vigée-Lebrun peintre célèbre, directeur de VAlmanach des Muses depuis 1794, U tenta les succès de théâtre. Deux comédies, Ma Journée et rEjdrevue, ne lui valurent que des épigrammes, entre autres celle-ci :
Vigée écrit qu'il est un sot :
Pense-t-il qu'on le contredise?
Non : l'épitnète est si précise Que tout Paris le prend au mot.
Il frappa vainement à la porte de rAcadémie, et se vengea de ses échecs par des traits amers qui lui atti-
rèrent de vertes ripostes, par exemple co distique de Lel)run :
Vigée est- il un aigle? un cygne? Oh ! non ; Ce n'est qu'un paon greffé sur un oison.
Il ne manqua pourtant pas d'esprit : il y en a dans ses satii'es {Ma Journée, Mes Visites, Discours sur l'Intérêt), Ses ép lires à Ducis et Legouvé ont une élégante facilité. Il savait esquisser un croquis de mœurs. Sachons-lui gré surtout d'avoir contribué par son talent de déclamation à former une grande tragédienne, M'^" Duchesnois.
Chknier (Joseph-Marie de) [1764-18H). Né à Constantin oplc, fils d'un consul de France, membre de l'Institut en 1795, de l'Académie française en 1803, il composa pour la scène Azémire, Charles IX (1789), Henri VlÙei la Mort de Calas (1791), Tibérius Gracchus (1792), Fênelon (1793), Titnoléon (1794), Philippe IL Brutus et Cassius, Cyrus (1804) et Tibère. Il traduisit aussi CEdipe-Roi, (Edipe à Colone et une partie d'Electre. Inspecteur général de l'instruction publique [1792-1802], il se vit destituer sous l'Empire, pour quelques saillies d'opposition plus amère que redoutable. Désarmé bientôt par des bienfaits intéressés, il fut chargé par l'Académie de rédiger son Tableau de la littérature française, depuis 1789. — Ses tragédies sont trop souvent des plaidoyers politiques. Ses Odes (Chant du départ. Veillons au salut de l'Empire, imitations d'Ossian, Hymnes républicains) n'ont qu'un lyrisme artificiel. — Signalons ses Épitres à Voltaire, k belUle^ son Essai sur la satire, le Concile de Constance, les Nouveaux Saints, le Docteur Pancrace, le Public et l'anonyme, enfin quelques discours en vers, (r Erreur, la Calomnie, les Poéfnes descriptifs, les Entraves littéraires, rintérét personnel, et la Raison), Voici quelques vers éloquents où il nous montre la Calomnie s'attaquant, sous la Terreur, aux plus nobles victimes :
Nos champs furent déserts, mais peuplés d'échafauds ; On vit les mnocents jugés par les bourreaux : La cruelle livrait aux fureurs pojpulaires Du sage Lamoignon les vertus séculaires.
Elle égorgeait Thouret, BamaTe, Chapelier* L'ingénieux Bailly, le savant Lavoisier.
Vergniaud dont la tribune a gardé la mémoire, Et Custine qu*en vain protégeait la Victoire. Çondorcet, plus heureux, libre daos sa prison, Échappait au supplice en buvant le poison. O temps d'ignominie! où, rois sans diadème, Des brigands parvenus à l'empire suprême. Souillant la Lioerté d'éloges imposteurs, Immolaient en son nom ses premiers fondateurs. Allons, plats écoliers, maîtres dans l'art de nuire. Divisant pour régner, ii^lant pour détruire, Suivez encor d'Hébert les sanglantes leçons : Sur les bancs du sénat placez les noirs soupçons ; Qu'au milieu des journaux la loi naisse flétrie, Dans les pouvoirs du peuple insultez la patrie ; Qu'un débat scandaleux s élève à votre voix Entre le créateur et Torgane des lois ; Empoisonnez de fiel la coupe domestique, Étouffez les accents de la fa'anchise antique.
Dans son éUg'ie de la Promenade, [1806], il y a des notes d'un tout autre accent, et qui font honneur à la souplesse de son talent.
Dbspazes (Joseph) [1768-1817]. Né à Bordeaux, il s'essaya d'abord dans le panégyrique, et chanta les louanges du Directoire, en 1796 {Les Puissants tels qu'ils sont,) PuLs après avoir porté ses flatteries à Bonaparte, il se touma vers la Satire, qui lui réussit mieux. B débuta par une Épitre à Midas sur le bonheur des sots. C'est un paradoxe assez bien mené. En 1800, parurent ses Quatre satins sur les Arts, les Lettres, les Mœurs et les Partis, Elles eurent un vif succès, et furent suivies d*une cinquième satire dédiée à l'abbé Sicard. Voici quelques traits laneè< contre des célébrités d'alors :
Garât, toujours rempli de fï'aveur et d'espoir. A toigours le secret de dire blanc et noir : S'exprimer franchement lui semble par trop béte ; Rn sauvant son pays il veut sauver sa tète. Porte-t-il à Louis l'arrêt de son trépas? Il admire en secret, et ne s'en défend pas, D'une part l'équité, de l'autre la constance; Il pleure la victime, et bénit la sentence. Charles Hesse succède à Clotz-Anacharsis; Du fond de son grenier sur $on grabat assis.
11 iuHiirge en espoir Berlin, Madrid et Rome; Aux esclaves de Paul > il Ut les Droits de r Homme, Visite les Lapons, et dans son noble essor Plante sur leurs traîneaux l'étendard tricolor. En tète d'un bouquin qui n'est pas même impie, Daubermesnil écrit : Tnéophiianthropie, Maréchal qui sourit de ses transactions Avec cet être vain, effroi des nations, Jusqu'en ses fondements ébranle la morale, De l'athéisme impur affiche le scandale, Et, le voyant déjà prospérer en tout lieu. Rédige un règlement pour let homme$ sans Dieu.
Nota. Parmi les poètes satiriques de TEmpire, ii*unettons pas deux noms dont nous parlons ailleurs : Baour-Lormun et Viennet. L'un avait écrit les Satires Toulousaines, où il se moquait de ses compatriotes et de eui^ prétentions poétiques. Ses Trois mots adressés à )espazes [1801] offrent des détails curieux pour THis- «ire littéraire ; car il y passe en revue la plupart de ses confrères. Quant à Viennet, il composa sous TEmpire plusieurs épitres satiriques; une des meilleures est celle ju'il adresse à Napoléon [1804] sur les généalogies que ies courtisans s'ingéniaient à lui faire. Nous y lisons :
Tu ne dois pas souffrir, plus grand dans ta fierté, Qu*on mêle à ta couronne un tleuron emprunté; En croyant t'enricbir, on dérobe à taglouv; Plus le but était loin, plus belle est la victoire : Mesure la carrière, et sur le trône assis, Contemple avec orgueil le point d*où tu partis ; C'est aux murs de Toulon que ta race commence.
3ans son épître à Fontanes [1810], le classique à ourance censure vivement les écarts de ceux qui ne res- )ectaient plus la tradition :
Tout se confond... les genres et les styles: La sensibilité gagne les vaudevilles; Euterpe nous redit les minères des cours; Tbalie en madrigaux nous redit ses amours, Prend des airs de grandeur, et lourde, embarrassée. En vers entortillés exprime sa pensée.
L'histoire est précieuse, et cherchant l'ornement Ne peut plus sans ramper être simple un moment.
i. L'Empereur de Russie.
Usurpant rbuphémUme et ronomAtopée, La gazette se guindé au ton de l'épopée ; Et le drame si cher aux sensibles bourgeois. Pour qui de nos laquais plaident toutes les yoix. Si près de son berceau, le drame dégénère : Il prend chez le Vandale une face étrangère : Et nous enrichissant des chefs-d'œuTre des Goths, Fait du cintre au parterre éclater les sanglots. Au nez de Poquehn, sans voiler sa statue, L'Odéon retentit des cris de Kotzebue.
I/ÉpiGRAMME étant un genre éminemment fraoça recueillons ici quelques-unes de celles qui eurent le moment de célébrité sous TEmpire.
Contre Chénier.
Tout (ait bâiller Joseph-Marie :
Nous ayons beau nous trayailler.
Monsieur to^jours b&ille et s'ennnie ; Rien ne saurait le réyeiiler.
Laissons bAiller Joseph-Marie ; S'il bAille auUnt qu'il fit bâiller.
Il bâillera toute sa vie.
( Perius. )
Auprès de Jupiter, Prométhée en disgrâce Se Yit en proie au bec d'un vautour inhumain. Qui lui rongeait le cœur et le rongeait sans fin. Supposez Chénier à sa place : Le vautour serait mort de faim.
( Vigée,)
Les grands et les petits Yolenrt.
De grand malin, chez un banquier fameux. Certains voleurs avaient su s'introduire: Quel coup pour eux ! Besoin n'est de déduire Combien d avance ils s'estimaient heureux. Au coffre-fort vole toute la bande ; Mais le banquier les avait prévenus.
Et la nuit même, avec tous ses écus.
Le drôle était parti pour la Hollande.
{Andnevx.)
Le maître du genre fut sui*tout Lebrun-Pmdare, comme m en jugera par ces citations :
Sur le Dictionnaire de rAcadémie.
On fait, défait, refait ce beau dictioQDaire,
Qui, toujours très-bien fait, sera toujours à faire.
Sur Dorât.
Dorati qui yeut tout essajrer, tout feindre, Trompe à la fois et la gloire et l*amour : II est si bien le poète du jour Qu'au lendemain il ne saurait atteindre.
Sur nn méchant anteor*
En prose, eu vers, Lubin compose ; Mais je ne sais par quel travers.
Il met trop de vers aaus sa prose, Et trop de prose dans ses vers.
Snr nne dame poète.
Églé, belle et poète, a deux petits travers : Elle fait son visage, et ne fait pas ses vers.
Dialogne entre nn panvre poète et Tantenr.
On 'Vient de me voler : — Que je plains ton malheur!
— Tous mes vers manuscrits. — Que je plains le voleur !
Défente de La Harpe.
Non, La Harpe au serpent n'a jamais ressemblé ; Le serpent sifHe, et La Harpe est sifQé.
La Harpe, profestenr de poésie.
Oh! La Harpe est vraiment un professeur unique! Il vous parle si bien de vers, de poétique Qu'instruit par ses leçons, on ne peut aésormais Lire un seul des vers qu'il a faits.
Moyen de parrenir»
Un chêne étfit, sur la cime hautaine Du mont Ida^ roi des monts d'alentour : Un aiffle était sur la cime du chêne : Près de l'Olympe il y tenait sa cour.
542 ÂPPENDfCt:.
A l'improfUie appariili. uu beau jour, Maître escargot, fier d être au milieu d'elle. Des courtisans Tcpil ue se croit fidèle. L'un d'eux lui dit : « Me senûs-je trompé : Insecte vil, toi qui jamais n*eas d*aile, Comment vius -tu jusqu'ici? — J^ai rampé. »
Tragédie et drame.
La Harpk (Jean-François de) [i7'30-I.S03]. Né à Paris, fils naturel d'un gentilhomme du pays de Vaud, orphplin à neuf ans, recueilli au collège d'Harcourt, où il remporta deux ans de suite le prix d*honneiir, enfermé plusieurs mois à Bicêtre pour de« couplet^ contre ses professeurs, il débuta dans le monde des lettres par un volume ^Eirmdes, et une tragédie, TWiru/c* (1763). D'autres suivirent: Timolcon (1764), Pharamond (i765), Gustave Wom (*:66., les Barmécides (1778), Jeanne de Naples («781), PhUoctët (17S3), /es Brames (1783), Coriolan (1784), et Firyiwe(1786l 11 fit aussi des drames, Menzikoffj MéUmie (iT70), eiBm^ velt. Lauréat couronné pour ses Éloges de Fénelon (\Tt{\ RarAne (1772), et Catinat (1775), il avait forcé les portes de l'Académie, en dépit des ennemis que lui avaient sascités ses articles rogues et hautains du Mercure {r'M- Il quitta ce journal en n86, pour entreprendre au Lycée (depuis V Athénée) des conférences qu'il continua pendant douze ans, et qui devinrent son Cours de Uttératurt' La srtreté de ses jugements qui eurent alors beaucoup de crédit lui valut le surnom de Quintilien /hmc^û- Partisan très-exalté de la Révolution, il n'en fut p*5 moins arr^'té comme suspect, en 1794, et ne sortit de prison qu'après le 9 Thermidor. Cette captivité métamorphosa le libre-penseur et le républicain eu catholique et royaliste ardent, mais sans amender sou caractère irritable. Il ne fit dès lors que changer d'ennemis. Proscrit au 1 8 Fructidor, et réduit à se cacher pour échapper M ia déportation, il reparut, après Brumaire, dans sa
chaire du Lycée. Sa Correspondance littéraire avec» le grand-duc de Russie (Paul I«% 1799-1803), arma contre lui bien des haines. Mentionnons encore, parmi ses œuvres, des Épltres, de» Odes, des Discours, des Contes, entre autres Tangu et Félime^ des traductions de Suétone, Camoèns, Lucain et le Tasse, enfin, avec un Abrégé de VHistaire des voyages, des Commentaires sur Racine et Voltaire,
Fknocillot de Falbaire (Charles-Georges) [1727- î 800]. Né à Salins, il fit jouer un opéra-comique, les Deux Aveugles (rausique de Grétry), et deux drames, le Fabricant de Londres (1772), puis V Honnête criminel, en vers (1787), pièce dont le héros est un jeune calviniste de Nîmes, qui prit aux galères la place de son père.
Docîs (Jean-François) [1733-1816]. Né à Versailles, d'une famille pauvre, originaire de Savoie, constamment étranger aux passions des partis politiques, bien que fidèle aux principes républicains, nommé en 1778 à TAcadémie française, où il remplaça Voltaire, il fut un des maîtres de la scène française, de 1800 à 1812. Voici Ténumération de ses œuvres dramatiques: Hawî/ef (1769), Roméo et Juliette (1772), Œdipe chez Adméte {MIS), le Roi Lear (1783), Macbeth {n%^), Jean-Sans-Terre (1791), Othello (4792), Abufdr, ou la Famille arabe (1795), Fédor et Waldamir, ou la Famille de Sibérie (1803). Ses poésies diverses et sa correspondance ne le recommandent pas moins que son théâtre.
MsRCiKa (Loui^ébastien) [1740-1814]. Né à Paris, il débuta par des Héroides, des pièces de théâtre, et un Essai sur fcui dramatique ; il semblait y pressentir les principales réformes du Romantisme. En 1771, il publiait aussi un ouvrage étrange, VAn 2440, ou Rêve s'il en fut jamais. 11 prétendait depuis y avoir tout prédit, depuis les crimes de la Révolution jusqu'à l'adoption des chapeaux ronds. En 1781 parut son Tableau de Paris, qui Teût fait enfermer à la Bastille, s'il ne s'était réfugié en Suisse. Durant la Révolution, il rédigea les Annales patriotiques, devint député À la Convention, membre du conseil des Cinq- Cents, puis de l'Institut, et professeur d'histoire à TÉcoIe
344 APPKNDiCE.
Centrale. Très- fécond en aperçus nouveaux, il eut le travers de trop aimer les paradoxes, comme le proute entre autres son ouvrage sur V Impossibilité du systémét Copernic et de Newton, C'est lui qui, sous TEmpire, répéta souvent : « Je veux voir comment cela finira ; je ne rta plus que par curiosité. » Ses principaux drames sont .YfltaliCy le Faux ami (1772), le Juge(illi) la Brouette du vmaigrier (1775), Jenneval (1781), Vlndigent (i782), le Déserteur (1782). Il avait écrit plus de cinquante pièces. Il réoissit dans le pathétique ; mais son style est sans valeur.
KoTZEBUR (Auguste-Frédéric-Ferdinand de) [1761-1819 . Né à Weiraar, secrétaire d'un général russe à vingt ans, rpcoramandé par lui à Catherine II, qui le fit gouvemeur civil de la province de Revel, puis directeur du théâtrp devienne (1795), il revint en Russie vers 1800, subit uu an d'exil en Sibérie pour, un pamphlet contre Paul I*» dirigea le théâtre allemand de Saint-Pétersbourg, ot retourna bientôt à Weimar d'où ses querelles avec G<ethe le forcèrent de partir. Après des voyages en Italie et en France, il alla rédiger à Berlin un journal hostile à notre pays, et, de 1811 à 1814, fut secrétaire d'Alexandre I"'. Il mit la main à ses manifestes, proclamations et notes diplomatiques. Après la paix, dévenu consul gén^ rai de Russie à Kœnigsberg, il retourna en Allemagne ver? 1817. Là, ses écrits peu sympathiques aux idées libérale? lui aliénèrent les étudiants, et l'un d'eux, Sand, le poignarda k Manheim. Ses œuvres dramatiques, traduites en français par Weiss etL. J. Jauffreten 1793, comprennent plus de trois cents pièces, dont les principales sont : Misanthropie et Repentir^ la Réconciliation ou les Deitx frères, (jU$tave Wasa, les Hussites, Hugo Grotius, Octavie et hf^U^- On a traduit aussi les ouvrages suivants : les Malhf^^ de la famille d'Ortemberg (1801), les Aven^ure,< de i»^ père (1799), V Année lapins remarquable de ma ri>(l^02). les Bijoux dangereux (1802), Souvenirs de ma rie(18(H), Voyage en Livonie, à Rome et à Naples (1806), les Prewwrs siècles de la Prtisse (1808), VEmpire germanique (1814). H a du feu, du pathétique, et une remarquable entente de la scène.
DE Valuvon, connue sous le nom de Julib Molé> Qsionnairede Tancienno Comédie-Française, sut accom- )der adroitement au goût français le drame de Kotzee, Misanthropie et Repentir, Le succès fut éclatant. ins une] petite comédie du temps, intitulée Comment ire ? on représente un mari dont la femme s'évanouit à drame. Il s'écrie :
Comme elle est pâle et blême !
ors le garçon de théâtre qui la ramène lui répond :
Ne TOUS alarmez pas :
Madame est la vmgtième
Aujourd'hui dans ce cas. Mais comme cela gagne, à la fîn, mot je tremblo
Qu'un jour acteurs et spectateurs, Auteurs, moucheun*, ouvreurs, souffleurs,
Ne se pâment ensemble.
■»« de Vallivon avait fait aussi plusieurs comédies, l'Orteil puniy et le Sultan de vingt-quatre heures.
(Jean-Louis) [1761-1833). Né à Paris, originaire d'Es-
a^ne, il fit représenter, en 1 789, les Dangers de l'opinion,
.me en vers qui mérita des applaudissements, et en
3 VAmi des lois, joué quelques jours avant le supplice
Louis XVI. Cette protestation contre un régicide va-
au poëte l'honneur d't^tre jeté dans une prison d'où
sortit qu'après Thermidor. Sous l'Empire, il devint
esseur au lycée Napoléon, puis à la Faculté des let-
II composa aussi d'autres drames, les Deux Stuarts,
Calas, Une Journée de Néron, et Falkland.
k^D (François-Juste-Marie) [1761-1836]. Né à Bri- ^s (Var), avocat à Draguignan pendant quinze ans, ant à l'Assemblée Législative en 1791, il devint cô- )ar sa tragédie des Templiers (1805), qui le condui- Académic française, en 1807. Lea États de Blois, ">és on iSOt, et représentés le 22 juin ISIO, à Saintdevant l'Empereur, ne furent joués publiquement is la Restauration. Quant à sa troisième tragédie, de Bavière, elle est absolument oubliée. Nommé nibre 1813 parle Corps Législatif membre de
la commission qui devait prononcer sur les négociations entamées avec les puissances, il rédigea le rapport que prononça Laine ; cette adresse précipita la chute de l'Empire. Membre de la Chambre des députés eo 1814, il devint en 1817 secrétaire perpétuel de l'Académie. Érudit et philologue, Hajnouard était moins fait pour le théâtre que pour les recherches historiques. Un Lexique roman (1838), un Choix de poésies originales dt$ troubadours, ses études sur les Templiers (1813), et le Droit municipal en France (1823), font honneur au savant Ajoutons toutefois qu'il se trompa, lorsqu'il supposa l'existence d'une langue romane primitive, tvpe des idiomes néo-latins. L'homme se fît estimer, en dépit don caractère peu avenant. On raconte que, chargé de défendre une cause dont le gain lui assurait cent cinquante mille francs, il ne voulut recevoir que soixante-dem francs cinquante centitnes pour frais de vacation et de timbre.
Caigniez (Louis-Charles) [1762-1842]. Né à Paris, auteur dramatique, surnommé le Racine des boulevards, il fut, dans le mélodrame, un des émules de Pixerecourt. L'une de ces pièces, la Pie voleuse, qui fournit un libretto à la Gazza ladra de Rossini,fut longtemps applaudie en 1815.
DnvAL (Alexandre) [1762-18'f21. Né à Rennes, il fut buraliste, marin, soldat volontaire en Amérique, ingénieur, acteur, directeur de TOdéon (1807), et bibliothécaire à l'Arsenal. Académicien en 1812, il composa plus de cinquante pièces de théâtre, qui réussirent souvent et à bon droit. Ses principaux drames et ses comédies furent la Jeunesse du duc de Richelieu ou le Lovclace fron^ (1796), les Héritiers (1796), les Projets de mariage (\M Edouard en Ecosse ou la Nuit d*un proscrit (1802), Strutîtsée ou le Ministre d'État (1802), Guillaume le Conqu^rmi (I803j, Shakespeare anwureux ou la Pièce à Vctude (18lH). le Menuisier de Livonie ou les Illustres Voyageurs (\^^)' les Hussites ou le Siège de Naumbourg (1804), la Jeim^^ d'Henri V (1805), le Tyran domestique (1806), la rupi^îne (1808), /(( Princesse des Ursins ou les Courtisans (1820K lu Manie des grandeurs {iSilU enfin la FHk d^houRtu'
(I8<8). On lui doit aussi bon nombre d'opéras-comiques, entre autres le Prisonnier, le Trente-et- quarante, Beniowski, Maiso7i à vendre,
juiLLY (Jean-Nicolas) [17G3- 1842]. Né à Tours, avocat en i789, plus tard mcml)re de la commission qui organisa les écoles primaires, il finit par se consacrer exclusivement à des œuvres de littérature morale : Contes à ma fille. Conseils à ma fille, les Jeunes Femmes, Mes rccapUulations, sorte de mémoires où il raconte sa vie. Parmi ses pièces de théâtre, mentionnons l'opéra de Pierre le Grand (WdO), une comédip, Madame de Sévigm}, des opéras-comiques, les Deux Journées, Une Folie, Fanchon la Vielleuse, et surtout son drame VAbbé de l'Épée, qui unit l'intérêt de l'action à l'accent d'une sensibilité souvent dramatique.
UY (Joseph-Elicnno, dit) [176i-i8'i6]. M à Jouy (Seîne-et- Oise), il eut une jeunesse trés-romanesque. Sous-lieutenant h treize ans, il avait déjà fait un voyajj^e en Amérique lorstju'il revint achever ses études à V(;rsailles. Officier d'artillerie, il partit pour les Indes, où un Irait d'audace lui valut un collier donné par Tippo-Saib. Mêlé au;c premières campiip:nos de lallévolulion, il sauva d'nn grand péril M™" Adélaïde, so'ur du duc de Chartres, menacée d'être prise sous les nnn*s de Tournay. Devenu commandant de ])ljice, il prit sa retraite en iTOI, pour se vouer aux lettres. Ses (lél)uls furent des vaudevilles trésapplaudis {Comment faire ? 1798; /es Sabines 1799). Puis, Topera de la Vestale, mis en musique par Sponlini, lui mérita le prix déeennal de poésie lyrique (1810). 11 composa le liluolto de Fernand Cortez (1807), des Bayadérvs (I810\ de:< A^eMcv/vvifycs (Chérubini, < 8 1 '2) , de 3f oise (1827), et deGiullaume Te// (1829). Ambitieux d'une gloire plus persoiuielle, il lit jouer au Théâtre-Français, en 1813, la tragédie di^ Tippo-Saib, insi»irée par un souvenir de ses voyages. Outre que la mort du héios est fortuite, et ne se lie guère à raetion, cette pièce est plus lyrique que dramatique, mais oilVe un sérieux exemple de couleur locale. Il soutint ce succès par la tragédie de Sylla (1822), qui réussit bruyamment, grâce à Talma. Il fut moins heu.
548 appendice:
reux dans Bélisaire (1 825) , et Julien (1 827). Son talent flexible amusa le public par des esquisses de mœurs qui furent populaires sous ce titre : l'Ermite de la Chaussée^AntàiL Mais il épuisa cette veine, lorsqu'il voulut transporter son Ermite en Province y à la Guyane et en Prison. Libéral et voltairien, rédacteur du Constitutionnel et de la Minerve^ il fit une guerre très-vive à la Restauration, et fat nommé bibliothécaire du Louvre, en 1830. Il était académicien depuis 1815. M. Empis lui succéda.
GuiLBERT DE pixERECouRT (Rcné-Charles) [i 773-1 844]. Né à Nancy, il suivit son père dans Témigration (1791), et revint à Paris sous la Terreur, avec l'intention de travailler pour le théâtre. Il attendit, durant cinq ans, une première représentation qui eut lieu en 1 797. Ce succès lui ouvrit toutes les scènes secondaires, sur lesquelles il fit jouer, pendant trente années, plus de cent vingt pièces, surtout des mélodrames, dont le dénomment est très- moral. Les principaux sont les Mystères d^Udolpk (1798), Cœlina on VEnfant du mystère (1800), le Pèlerai blanc (1801), V Homme à trois visages (1801), /a Femme à deux maris (1802), les Mines de Pologne, Tdéki {\SO:i)J'i 'Forteresse du Danube (1805), les Ruines d^ Babylone {iM), le Chien de Montargis({S\^), etc. Les journalistes l'appelèrent, non sans ironie, le Shakespeare, le Corneille, le Crébillon du boulevard. Une habile construction et une mise en scène pittoresque s'associent dans ses œu>Tes à un style ronilant, dont l'cnllure paraissait alors de l'éloquence. Il avait traduit, en 1 804, les Souvenirs de Fcris de Kotzebue. J. Janin le juge ainsi :
11 avait une façon d'arranger son banc de gazon^ de disposer » forêt de vieux chênes, do préparer son kiosque, qui faisait que, bon grê, mal ^rrr, d«'S que la t«»ilc était levée, on regardait, on s'inquiétait, on était attentif. 11 avait de petites rest^ources sans nombre qo il dit^poiiait à morveille : le tietac du moulin, un rayon de la lune, une amorce mal brûlée, un pont qui «roulait à propos, un cri inalleodo» un gémissement du vent, des riens, des misères... Mais ces riens reinplissai<Mit la scène d'un frisson inattendu. Je sais très-bien qoe tout cela nV'St pas de la poésie, qu'un bon vers, parti de l'âme, nul cent millions de fois mieux que toutes ces surprises : mais je sais au^ (^u'à défaut de poésie on est encore trop heureux ae trouver ces cnrieux arraugemeats d'une imagination qui n'est jamais en dé£iat.
Bripaut (Charles) [1781-1857]. Né à Dijon, il se fit d'abord connaître par un poëme épique en trois chants et en vers de dix syllabes sur les aventures de Rosamonde, maîtresse de Henri II, roi d'Angleterre, et tuée d'un coup de poignard par la reine Éléonore. Voici comment s'annonce ce dénoûment tragique :
C'est ton arrêt : frappons; ma voix réveille.
— Quel bruit soudain a frappé mon oreille?
— Moi. — Qu'ètes-vous, étrangère ? et quel sort Vous mène ici? qu'y cherchez-vous? — Ta mort.
— Ciel ! un poignard ! — Retiens tes cris, écoute : Me connais-tu ? — Je frémis ! — Réponds-moi. -7- Je suis perdue ! ah ! c'est elle, sans doute, Éléonore. — Oui, c'est la reine. Eh quoi!
Tu sais commettre un forfait, et tu trembles ! Lâche ! — Un forfait, moi ! — Plaire à mon époQX^ M'ôter son cœur, c'est le premier de tous.
n fut plus heureux dans ses tentatives dramatiques. Si Jeanne Grey se vit interdite par l'Empire, et ne put être jouée qu'en 1815, si Charles de Navarre n'obtint qu'un succès d'estime , son Ninus lî réussit bruyamment en 1813. La censure avait obligé le héros, d'abord Espagnol, à se métamorphoser en roi d'AssjTie. Ce déménagement se fit sans difficulté, dans un temps où les héros tragiques n'avaient pas de patrie. M. Brifaut dut au souvenir de cette journée un fauteuil académique, en 1826. Causeur très-spirituel, il a laissé des mémoires qui ont de l'agrément, et représentent au vif sa physionomie mondaine. (Voir une étude sur ses œuvres, dans Réalistes et Fantaisistes j par Gustave Merlet.)
Sadcehotte Raucodrt (M"« Françoise -Marie -Antoinette), [1736-1815]. Née à Nancy, fille du comédien Saucerotte, elle débuta en 1773, au Théâtre-Français, dans le rôle de Didon, au milieu d'un enthousiasme que justifiait la pureté de son jeu. Mais, l'envie s'ôveillant, elle dut, pour se dérober aux cabales, s'enfuir en Russie [1776], et ne rentra aux Français qu'en 1779. Dès lors, on ne lui contesta plus sa supériorité. Si les notes sensibles n'étaient pas son triomphe, elle excellait par la noblesse, l'ironie, la ▼éhémence et la passion. Ses créations furent Cléopâtre^
Comélie^ Agrippiney Athalie, Médée^ Sémiramit. Emprisonnée sou» la Terreur, elle rallia plus tard à l'Odéon l'élite des comédiens, vit fermer son théâtre transporté dans la salle Louvois, rentra rue Richelieu en 1799, et, protégée par Napoléon, reçut de lui le privilège de la direction des théâtres français en Italie.
Talma (François-Joseph) [1760-1826]. Né à Paris, fils d'un dentiste, il vécut d'ahord en Flandre, puis en Anglcteire, et revint, à neuf ans, faire ses études en France. Attiré ver? la scène par une vocation qui s'essaya d'ahord dans les salons, il pratiqua durant dix-huit mois la profession paternelle avant de se vouer au théâtre. Les leçons de Mole, Dugazon et Fleury le préparèrent à ses débuts qui se produisirent à la Comédie-Française, en 4789, par le rôle de 8é/V/c, dans Mahomet. Devenu sociétaire, deux ans après, instruit par l'étude de l'histoire, il médita la réforme du costume, déjà tentée par Le Kain, M"* Clairon, et M"® Saint-Ihihprti. En 1789, jouant le personnage de P)'0C7ilns dans la tragédie de Brntus^ il se montra sous la toge romaine, avec une rigueur d'exactitude qui triompha définitivement de la routine traditionnelle. La Révolution le compta parmi ses adeptes les plus ardents. Sons l'influence dos idées nouvelles, il sut communicpier la vie à des oeuvres où plaidait la passion politique. Sa première création fut le rôle de Chai^lcs IX. Tempérant peu à peu sa fougue première, il atteignit la perfection dans le Manlius de Lafosse, V Achille d'Iphigcnic cji Aulidc. (E/Hf^, Ncro7i, Othello j Hamlct, Ahufar, dans le Sylhi de Jouy, et le Rrguliis de Lucien Arnault. I^a comédie qu'il joua jusqu'en 1796 lui réussit moins; pourtant, vers la fin de sa carrière, il sut tenir avec supériorité le rôle de Daaiville dans r École dea VîV«7/anis de Casimir Delavigne.Avet* le drame il fut également heureux ; mais la tragédie antique était le vrai cadre de son génie. Napoléon l'admit dans sa familiarité. Talma laissa un ouvrage intitulé: Héflexiom sur Le Kain et Vart théâtral [1825].
DucHESNOis (Catherine-Joséphine Rafin, M"«), [1777-1835j. Née à Saint-Saulve, près do Valencicnnes, fille d'un domestique de maquignon, élevée dans les travaux les plos
)ssiers, elle avait huit ans lorsque, appelée à Paris par sœur aînée qui était en service dans la maison de •nsieur (depuis Louis XVIII), elle fut mise en pension r ses soins. La vue de M"® Raucourt, dansMédée, éveilla instincts de son art ; et, placée dans une maison de mmerce à Valenciennes, elle s*en échappa pour courir Paris, où, grâce aux leçons de Legouvé, elle put ivre son penchant. En 1802, le patronage de Ghaptal, jiistre de Tintérieur, et de M*^^ Bonaparte lui permit débuter aux Français dans le rôle de Phèdre, Son exise sensibilité la fit surnommer Vactrice de Racine, Elle Sta au drame moderne Tappui de son nom, et créa les les de Jeanne d'Arc et de Marie Stuart. Mais la mort de Ima et Tinvasion du romantisme finirent par la découler : peut-être aussi son jeu trahissait-il une décadence 'elle sut prévenir à temps. Elle se retira en 4820. Généjse et charitable, elle recueillit chez elle la mère de Valette ; elle eût sauvé Labédoyère, s'il y eût consenti. If ER (Marguerite - Georges) , connue sous le nom de '• Georges [1786-1868]. Née à Amiens, fille d'un chef )rchestre, remarquée par M"" Haucourt, placée par e au Conservatoire, elle dut à la protection de M™* Boparte (plus tarcf la reine Hortense) d'obtenir un ordre début à la Comédie-Française (27 novembre 1802), sa beauté majestueuse lui valut l'honneur de jouer ftemnestre, Didon et Sémiramis. Bientôt, elle osa dister les rôles de princesse à M*^' Duchesnois, ce qui nna lieu à de bruyantes rivalités. Elle allait paraître ns la tragédie d'Artaxercés (Delrieu) [1807], lors- 'elle quitta brusquement Paris pour l'Allemagne et la issie. En 1812, à Dresde et Erfurt, elle figura devant .poléon et Alexandre. Autorisée à rentrer au Théâtreançais, en 1813, elle s'esquiva de nouveau en 1816. as tard, à l'Odéon, elle créa des rôles dans Jeanne ire [1825], la Maréchale d'Ancre, Christine à Fontainemu, et Une Fête de Néron [1830], Le Théâtre Saintirtin la vit ensuite soutenir le drame romantique. 1 l'applaudit dans Lucrèce Borgia, Marie Tudor, la ur de Nesle, et Perrinet Leclerc,
Comédie.
Carmontel [1717-1806]. Né à Paris, lecteur da dac de Chartres, ordonnateur de ses fêtes, il imagina les petites pièces de salon connues sous le titre de Proverbes. 11 y peint avec esprit le valet, la commère, le paysan, le marchand, le chirurgien de village. Ce genre fut repris avec bonheur par Théodore Leclercq [1777-1851].
Rochon de Chabannes, mort en 1800, ancien diplomate, fut un homme d'esprit qui mérita la faveur du public par une petite pièce intitulée : Heureusement [1762], et des comédies, dont les mieux venues sont : la Manie des arts [1763], le Jaloux [1784], /es Amants généreux [1774], et les Prétendus [1789], œuvres qui restèrent dans Je répertoire du Théâtre Impérial.
Patrat, mort en 1801, composa un grand nombre de fantaisies comiques, parmi lesquelles un souvenir est dû aux Amants Protées [1798], à l'Heureuse erreur [1783], aux Deux Frères (drame imité de Kotzebue 1799), au Com/rfrf inutile [1799], au Fou raisonnable [1781], et aux Méprises par ressemblance [1786]. De 1800 à 1815, il eut un regain de faveur.
Cailhava de l*Estandodx (Jean-François) [1731-1813]. Né à l'Estandoux (Haut-Languedoc), il devint membre de l'Académie française. Auteur d'un livre sur VArt de la Comédie, il prouva dans ses pièces qu'il l'entendait assez peiL Les moins faibles sont le Tuteur dupé [1765], VEgoime [1777] et les Ménechmes grecs [1791]. Il portait au chaton de sa bague une dent de Molière, ce qui donna prétexte à cette malice de FajoUe :
Mons TEstandoux est tout fier aujourd'hui : Il porte au doi^t une dent de Molière : Convenez-en : c'est dupe bien prossière Que L'Estandoux : la uent est contre lui.
DoRviGNY [1733-1812], Pendant une trentaine d'années, à partir de 1774, il ne cessa pas d'inonder les théâtres secondaires d'un déluge de comédies, parades, farces.
folies ou vaudevilles dont plusieurs, entre autres, les Valets payent Vamende, lea Fausses Consolations, et le Désespoir de Jocrisse, eurent une prodigieuse vogue. Mais ses œuvres sentaient trop le cabaret.
BouTET DE MoNVEL (Jacqucs^Maric) [1745-1811]. Né à Lunéville, acteur et auteur, père de M"® Mars, membre de rinstitut, il composa des drames : Clémentine et Des Ormes [1780], les Victimes cloîtrées [1791], Mathilde [1799], puis des opéras-comiques : Julie, Biaise et Babet, Philippe et Georgette, AmbroisCj Sargines, Raoul de Créquy, enfin des comédies, dont la meilleure est V Amant bourru [1797].
Choudard-Desforges (Jean-Baptiste) [1746-1806]. Né à Paris, il fut Fauteur d'un opéra-bouffe VEpreuve villageoise (musique de Grétry 1783); de comédies agréables, la Femme jalouse [1783], Tom Jones et FeWamar [1787], et d*une farce excellente, le Sourd ou V Auberge pleine [1790]. Il était acteur très-populaire.
Guillemain (Jacob) [f 730- 1800]. Né à Paris, il produisit pour les théâtres de foire et de boulevards trois cent soixante pièces, parmi lesquelles on peut citer : Annette et Basile [1793], Us Bonnes Gens [1793], le Bouquet de famille, les Cent écus [1784], la Rose et VÉpine, le Nouveau Parvenu et le Mensonge excusable. Comique do bas étage, il avait du sel gaulois.
Marsollier des Viveti ères (Benoit-Joseph) [1730-1817]. Né d'une famille de magistrats, il annonça de bonne heure un goût décidé pour le théâtre, mais fut, dit-on, refusé vingt-trois fois, avant de pouvoir se faire jouer. Il donna en 1774 au Théâtre-Italien un opéra-comique, suivi de comédies en prose qui finirent par lui valoir un nom. Ses principaux opéras-comiques sont : Nina ou la Folle par amour [1786], les Deux Petits Savoyards [1789] CO" mille ou le Souterrain [1701], la Maison isolée [1797], Gulnareou V Esclave persane [il ii^]^ Adolphe et C/ara [1799], rirato [1801 ], Edmond et Caroline [1819], Ces pièces furent mises en musique par Méhul, Gaveaux et Dalayrac. Il a de l'esprit et de la grâce. U composa cinquante ouvrages dramatiques.
La Ghabbaussiêre [i752-i8201. Une de ses pièces se conserva longtemps au répertoire de la comédie française; ce fut une bluette agréable, intitulée les Maris comgé$[in\].
Faur (Louis-François), se fit remarquer par quatre comédies, la Prévention vaincue, la Veuve anglaise, l'Amour à Vépreuve, et le Confident par hasard [1801].
DuuANiANT [1734-1818]. Né à Clermont en Auvergne, acteur et auteur, il composa une quarantaine de comédies, jouées pour la plupart au théâtre des Variétés. Voici les principales: Guerre ouverte ou Ruse contre ruse [1786], la ytnt aux aventwes ou les Deux Morts vivants [1787], les Intrigants ou Assauts de fourberies [1787], Ricco [1789], Iti Ruses déjouées [1797], le Secret découvert [1797], FEspiégle et le Dormeur [1806], VHonnéte Menteur [1809], le Mariage impossible [1809], la Femme de vingt ans [1811], Est-ce une fille ou un garçon? [1812] On peut reprocher trop d'imbroglio k la conduite de ses pièces.
Aude (Joseph). Né en 1755 à Apt, secrétaire du ministre Caraccioli à Naplcs, puis de Buifon, il est le père de Cadet Rousself et a le premier mis ce type à la mode. Sa triviaUté populaire ne manque pas de sentiment et de finesse.
Collin-d'Harleville (Jean-François) [1755-1806]. Né à Maintenon (Euro-et-Loir), il composa Vlnconstant, [1784], d'abord en prose, puis en vers, VOptimiste [1788], lefi Châteaux en Espagne [1789], Monsieur de Crac dans son petit castel [1791], le Vieux Célibataire [\192] y puis, sous l'Empire, Malice pour malice [1803], et les Querelles des deux frères, jouées après sa mort [1806]. Membre de l'Institut en 1795, il fut académicien en 1803.
Andriedx (François-Guillaume-Jean-Stanislas) [1759-1833'. Né à Strasbourg, d'abord avocat, puis chef du bureau de la liquidation, juge au tribunal de cassation [1796], membre du conseil des Cinq-Cents [1798], du Tribunat [1800], éliminé par le Premier-Consul [1802], professeur de belles-lettres à l'École polytechnique [1804-18161,
enfin de littérature au Coll«''g'e de France [1814-1833], il fut admis à l'Institut en 1797, et nommé secrétaire perpétuel de l'Académie française, en 1829. Ses œuvres sont Amiximandre [1782], les Étourdis [1788], Helvt'tius [1802], la Suite du Menteur [1803J, le Trésor [1803], la Soirée d'Auteuil [1804], le Vieux Fat [1810], laComédienne [1816], le Manteau [1826], et une tragédie, Junius Brutus [1828]. Ses principaux contes furent le Souper des six sages, le Procès du sénat de Capoue^ Socrate et Qlaucon, le Meunier Sans-Souci, V Alchimiste et ses enfants, le Charlatan et les trompettes, la Mystification de Poinsinet, et le Doyen de Badajoz, C'est une de ses plus jolies fantaisies. Il suppose que le doyen va chez le docteur don Mcndrito pour apprendre la magie. Après s'ôlre bien fait prier, celui-ci commence ses leçons, non sans avoir dit à sa cuisinière Inès de « mettre à la broche deux perdrix, pour le souper de M. l'abbé ». Alors s'ouvre au doyen le monde dos visions fantastiques : il croit monter k toutes les dignités de l'Église; et, à chaque degré de l'ascension, don Mcndrito lui présente une supplique, toujours poliment repoussée. Enfin voici le doyen devenu pape! alors nouvelle requête, à laquelle il répond ainsi :
«t Notre cher fils, nous sommes informés Que tous les jours seul vous vous enfermez Pour pratiquer d'horribles sortilèges, Qui sont, mon fiU, autant do sacrilèges; Vous vous damnez, nous en sommes fâchés : Nous devrions, pour de si grands péchés, Vous imposer très-rude pénitence.
Komerciez notre extrême indulgence.
Qui, pour tout ordre et pour tout châtiment, D'auprès de nous vous bannit seulement.
Nous vous mandons sans délai ni remise De quitter Rome et l'État de l'Eglise : Faute de quoi, comme hérétique ou juif, Nous vous faisons dans trois jours brûler vif. » Sans sourciller, sans lui faire un reproche^ Don Mendrito cria cette fois-ci :
« Inès, ôtez les perdrix de la broche, Monsieur l'abbé ne soupe pas ici. »
A ces seuls mots, le malheureux élève.
Frappé soudain, s'éveille d'un beau rôve,
Et se retrouve où? dans l'étroit réduit
Où le sorcier l'a d'abord introduit.
Même au cadran d'une vieille pendu.e
Il voit qu'un tour est à peine achevé.
Tandis qu'il a si doucement rêvé.
Saus déserter la magique cellule,
En moinit d'une heure, il fut deux foii mitre.
Prélat, légat et cardinal et pape :
Et tout cela dans un clin d'œil s'échappe !
Tout est magie et prestige, sinon
Qu'il reste dupe encor plus que fripon,
Dix fois ingrat et cent rois ridicule.
Muet, confus, il sort de la maison.
Près de la porte il trouve encor sa mule
Toute sellée, et monte sur son dos.
Comme il montait, Lucifer en personne
Lui saute en croupe, et prononce ces mots
D'un ton de voix dont le doyen frissonne :
« Comme tu vins, retourne à Badi^joz :
Et souviens- toi que, même aux yeux du diable.
L'ingratitude est un vice effroyable. »
Pons (Robert) [i759-iR19].Néà Verdun, il publia des poésies diverses sous ce titre : Mes Loisirs. C*est un conteur alerte, témoin les bagatelles suivantes :
Je te tiens donc enfin, fripon huppé.
Depuis six mois et plus que tu. m'évites; Rends-moi l'argent que tu m'a? attrapé.
Ou ce bâton, comme tu le mérites
— Pardon, monsieur, d'affaires occupé, Je ne suis pas à ce que vous me dites.
Champagne un beau matin reçut cent coups de gaule Que depuis plus d'un an lui promettait Lafleur : 0 Dieu soit loué, dit-il, eu se frottant l'épaule. Me voilà guéri de la peur. »
Demoustier (Charles-Albert) [1760-1.^01]. Descendant de Racine par son pèro, et de La Fontaine par sa mère, avocat distingué, écrivain célèbre par ses Lettres à EmQit sur la mythologie [1786-1798], il publia des poèmes précieux et fades : le Siège de Cyihère, la Liberté des cloitns [1790], et fit jouer des opéras : le Divorce, r Amour fiUol, Agnès et Félix; des comédies doucereuses : le Conciliateur ou VHomme aimable [1790], les Femmes [1791], /«" Tolérant, et Akeste à la campagne [1796]. Emprantûos à
une des Lettres à Emilie cette description du Printemps :
Sur un nua^e de rosée
Doré des rayons du soleil, 11 parcourt nos guérets, et presse le réveil
De la nature reposée,
Qui, de mille feux embrasée.
Sort des bras du sommeil.
Le sein couvert des fleurs qui parent la prairie.
Une légère draperie,
Pareille à l'écharpe d'Iris, Couvre le sein du Dieu. Son aimable souris.
Qu'un tendre regard accompagne.
Ranime les vallons flétris.
Et fait sourire la campagne.
A l'aspect des coteaux qu'il vient de rajeunir,
Le jeune amant de la nature
Rougit, comme une vierge pure.
De modestie et de plaisir.
Son front est couronné de l'herbe des prairies
Pour prouver que de la beauté Le premier ornement est la simplicité.
DiEULAFOY (Joseph-Maric-Armand-Micliel) [1762-1823]. Né à Toulouse, il échappa, comme Désaugiors, aux massacres de Saint-Domingue, et se distingua par plusieurs comédies spirituelles, entre autnîs : Dcfiance et Malice [1801], et le Portrait de Michel Cervantes [1802],
GuERLE (Jean-Marie-Nicolas de) [1766-1821]. Originaire d'Irlande, professeur d'éloquence à la Sorbonne, traducteur de VÉnéide, auteur d'un Éloge historique des perruques, d'une Apoloqie de la satire , et do Recherches sceptiques sur Pétrone, il tourna d'assez jolis contes, entre autres les Cygnes, Stratonice et son peintre, la Malvoisie, et surtout Pradon à la comédie ou les Sifflets,
LoNGCHAMPs (Charles de), naquit à l'Ile Bourbon, en 4768 ; conduit en France par la curiosité, durant la Révolution, il fut arrêté comme suspect en 1703. Après sept mois de captivité, nommé adjoint de Tadjudant-gônéral Jouy, il s'essaya dans le vaudeville et ropéra-bouife. Ma Tante Aurore (1803) fit les délices du théâtre Feydeau. De 1803 à 1805, il donna aux Français h' Séducteur amoureux, le Garçon malade, et /// Fausse Honte, Ce sont des pièces spirituelles et vivement menées.
HoFPMàN (François-Benoit) [1768-1828]. Né à Nancy, critique littéraire du Journal des Débats, il fit représenter à l'Opéra- Comique le Secret ei les Rendez-vous bourgeois [1807]. avec un vif succès. Ses œuvres dramatiques furent nombreuses; mais il n'en est resté que VOriginal [1797], elle Roman d'une heure (1803). Le style en est franc et animé de verve. Sur la fin de sa vie, devenu misanthrope, il se retira à Passy, pour y fuir la foule; mais il se tenait toute la journée à la fenêtre, espérant qu'on tiendrait le visiter.
Picard (Louis-Benoit) [1769-1828]. Né à Paris, fils d'un avocat, il songea d'abord au barreau, puis se voua définitivement à la scèno , où il se produisit sous les auspices d'Andrieux. Auteur, acteur, et directeur de divers tliéiUres, Louvois^ YOpéra-Buffa, YOpi^a-Français^ VOiim, il quitta la profession de comédien en 1807, pour entrera TAcadémie française. II composa prés de quatre-vingts pièces, comédies, vaudovilles ou opéras-comiques. Les plus remarquables furent : le Conteur ou les Ikux Postis [1793], le Cousin de tout le mojule [1793], Médiocre etRo^ pant [1797], le Voyage Interrompu [1798', le Colintéral [1790], l'Entrée dans le monde [1799], la Pîtit? Ville [1801], Duhautrours ou le Contrat d'union 'mVJ' Mari ambitieux ou C Homme i/uiveut faire son chemin [18<H. la Grande V?://(" 18021, M. Musard [1.^031, les Tr(ica!4(ries ou M. rf .V»" Tatillon [18041, les Marionnettes [i^], la Manie de briller [180(1', les Ricochets [18071, rAlmUd> Molorido [18091, les Deux Réputations j 181 (il, les Ikui Philibert [18161, le Capitaine Belronde [18171, V€Uylas [1817^. Il cxrclle dans la comédie bourgeoise, parle naturel et la gaieté, la vive pointure dcï^ mo'Ui's et la prestesse de l'action. Mais il y a quelque inonotouie daB5 ses moyens, cl son style n'a pas assez do reli(»f.
RiBOUTTK (François-Louis) [1770-1834]. Né ù ï.yon, il fut an de ceux ([ui dét\;ndirent cetttî ville contre la Convention. Après le OTherniidor, il lit bonne guerre aux Terroristes. Agent de cbange et auteur dramatique, il comptîsa If Ministre anglais [1812], la Réconciliation par ruse J818, VAmour et l'Ainbition [1822], le Spéculateur ou CÉcoU^
la jeunesse [i826], et V Assemblée de famille [1808], qui eut trente-neuf représentations. On lui décocha cette épigramme :
Biboutlé dans ce monde a plus d'une ressource^ 11 spécule au théâtre, et compose à la Bourse.
Mercier DuPATY (Louis-Emmanuel-Félicitô) [1775-1851]. Fils du président Dupaty, Fauteur des Lettres sur Vltcdie^ il naquit à Bordeaux. Simple soldat en 1702, puis aspirant de marine, il se signala par son courage à bord du FatriotCf dans le combat naval illustré par l'héroïsme du Vengeur, Blessé grièvement, il faillit y périr. Chargé d'une mission comme ingénieur hydrographe sur les côtes de France et d'Espagne, puis ruiné par le désastre de Saint-Domingue, il demanda des ressources à sa plume. La plupart de ses ouvrages dramatiques appartiennent à l'époque impériale. Les plus connus sont la Jeune Prude, Ninon chez M^^ de Scviyné, l'Intrifjue aux fenêtres^ k Jaloux maladvy la Jeune Mère, la Leçon de botanique, Picaros et Diiyo, les Voitures versées, qui firent la vogue du Vaudeville et de l'Opéra-i^omique. Il produisit en cinq actes et en vei's une comédie d'intrigue bien menée: la Prison militaire. Après 181.'), la politiijue lui inspira une satire intitulée les Délateurs, Rédacteur de la Minerve et du Miroir, membre des sociétés du Caveau et des Enfants d* Apollon, il entra à l'Académie en 183,*), et fut nommé en 18i2 administrateur de la bibliothèque de l'Ai'senal. Son style n'était pas de la meilleure source. Vn jour que, pour une élection acfidc'niique, Nodier lui demandait sa voix, en le faisant souvenir qu'il lui avait donné la sienne, Dupaty répondit : « Jp n'avais pas besoin que tu me le rappelas » — asses, ré[>liqua seidement Nodier. On lit là-dessus cette épigrammu :
De ton mauvais français nos oreilles sont lasses, Dupaty : auaiid l'aspect du fauteuil faisait fuir, Fallait-il donc encor que lu nous rappelasses Qu'il réunit souvent le velours et le cuir?
Dupaty disait lui-même : « Je suis entré à l'Aradéniie avec du billon. »
RoGEB (Jean-François) [1776-1842]. Né à Langres, fils (Ton receveur des dimcs, Û devint en 1807 député au Corps Législatif, en 1 809 conseiller de IX-niversité, sous la Restaaration secrétaire général des postes. Collaborateur de Jouy et de Creuzé de Lesser, il fit avec Tun r Amant et k Mari^ avec l'autre le Billet de loterie [1811], le Magicien sans magie et la Revanche [18071. Après r Épreuve ddicatèf et la Dupe de lui-même, il eut un franc succès dans V Avocat, comédie en trois actes et en vers, imitée de Goldoni [1806], Le 30 novembre 1817, il entrait à l'Académie. Le jour de sa présentation, Louis XVIII lui dit: « Monsieur, votre cause a été plaidée par un bon aicocat. »
ETIENNE (Charles-Guillaume) [1778-1845]. Né à Chamouilly (Haute-Marne), secrétaire du ministre Maret, chef de la division littéraire au ministère de la police [1810], censeur des journaux, académicien en i8il, destitué par les Bourbons en 1814, rédacteur du Constitutionnel et de h Minerve, où il dirigea les Lettres sur Paris, député de la Meuse en 1820, il fut en 1830 un des rédacteurs de l'adresse des 221, et, après la Révolution, entra à la Chambre des pairs. Ses comédies sont les Maris en bonne fortune [1803], Brueys et Palaprat [1807], les Deux Gendres [1810], et Vlntrigante [1813]. Il composa aussi plusieurs opéras-comiques, Gulistan [18051, Ccndrillon [1810], Joconde [1814], Jeannot et Colin [1814], h: Rossignol [1817], Aladin (ni la Lampe merveilleuse [1822], Auteur de jolis vaudevilles, il écrivit une Histoire du Thédtn- Français depuis la Révolution,
Planard (François-Eugène de) [1783-1835]. Né à Milhaa (Aveyron), fils d'émigré, incarcéré pendant la Terreur, commis-greffier au conseil d'État en 1806, il donna au théâtre Louvois, à rOdéon, et aux Français le Curieux [1807], le Paravent .^ISOTl, rÈpouscur de vieilles fenm$ [1808], le Portrait de famille [18081, //.' Faux Paysan [\S[{\ les Pères créanciers [1811], la Nièce supposée [1813], h Deux Seiipieurs [1816], ci T Heureuse Rencontre [1821]. Il fit aussi le libretto du Pré aux Clercs, immortalisé par la musique d'Hérold.
Babré (Yves), Radet et Desfontâines, collaborèrent à un grand nombre de pièces comiques ; une des plus connues fut la Chaste Suzanne, qui les fit incarcérer sous la Terreur. Dans ces paroles applaudies par le public : u Vous êtes ses accusateurs, vous ne pouvez être ses juges », on avait vu une allusion au procès de Louis XVI.
Dans le voisinage de Pain, de Piis, Chazet et Ourry, noms populaires alors sur la scène des boulevards, distinguons Gentil et Désaugiers dont le répertoire fut inépuisable. Nous signalerons seulement l'Entresol [1802], C'est ma femme [1H04], les Trois Étages [1808], Cadet Roussel esturgeon [1813], le Diner de Madelon [1813], Jocrisse aux enfers. Je fais mes farces, et les Grandes Passions,
Mars (M"« Anne-Françoise-Hippolyte) [1778-1847]. Fille de l'acteur Monvel, et d'une actrice nommée Mars, née à Paris, elle débuta, à treize ans, sur le théâtre Montansier : beauté, intelligence, talent, tous les dons, elle les posséda portés à la perfection par les conseils de M"« Contât. Après avoir fait les délices de Feydeau, elle figura parmi les artistes qui reconstituèrent le Théâtre- Français. Dans les rôles d'ingénue et d'amoureuse, on admira sa grâce piquante, la finesse de son jeu, son naturel, je ne sais quoi d'enchanteur qui captiva les plus sévères. Ne Tavait-on pas surnommée Vlnimitable, le Diamant? Ce fut vers 1812 que son art souverain inaugura le personnage des grandes coquettes, et nous rendit toutes les séductions des Célimène et des Araminte. Molière et Marivaux n'eurent pas de plus expressif interprète. Ses créations contemporaines furent les rôles de Betty dans la Jeunesse d* Henri V , d'Emma dans la Fille d'honneur, de lady Athol dans Edouard en Ecosse, de M™" d'Orbeuil dans le Secret du ménage, de Valérie et Hortense dans V École des Vieillards, et de M"« de Belle-Isle. Le timbre de sa voix ne perdit jamais sa fraîcheur et sa jeunesse. Elle quitta la scène en 1841.
BouRGoiNG (Marie-Thérèse-Étiennette) [1781-1833. Elle tint l'emploi de jeune première dans la tragédie et la comédie, de 1801 à 1829. Elle fut aussi célèbre par sa beauté
562 APPENDIGB.
qoe par ses bons mots et la distinction de son jeu. Geoffroy disait d'elle : « Thalie pouvait être jalouse de Melpomène; M"' Bourgoing a réconcilié les deux sœurs. »
Nota. — Mentionnons quelques-unes des comédies qui attirèrent encore l'attention sous l'Empire : la Leçon conjth gale ou Avis aux Ifom, par Chazkt et Sbwrin ; la Ft^ Maison de Thalie, les Descendants du Menteur, h y(ïfigeur fataliste, par Charlkmagnk ; les Caqtuts, par Antoine RiccoBONi; Une Heure d'absence, par Michel Lohaux; {e Jeiav Savant, par Rougbmont ; Céleste et Paldoni ou les AntatU de Lyon, par Augustin Hapdé ; le Tartufe de mœurt^ par Ghéron ; les Suites d'un bal masqué, par M"** de Baui ; la Belle Fermière, par M^^* Gandeille; le Jaloux sans atmr, par Imbert ; les Deux Figaro ou le Sujet de comédie^ par Martblli ; Minuit, par Désaudrâis.
FIN DE l'appendice.
pRéFACE.
INTRODUCTION. — La Révolution et les Lettres, la Politique et TArt. — La Tebreub, menaces de barbarie; naufrage de toutes les élégances. — Le Directoire et sa liceoce anarcbique. Essais de littérature républicaine. L'Institut, les Écoles normales. — L'esprit public; appels à une dictature. Le 18 Brumaire. Le Consolât et ses espérances. — L'EupiRE et ses coups de théâtre. Littérature d'antichainbre et d'Athénée. Symptômes de renaissance 1