XII PRÉFACE
esprits. Quant aux groupes où la vie s'était réfugiée, ils ne se formèrent qu'à grand'peine sous le regard d'un Pouvoir inquisiteur ; et, partis de camps opposés, ceux qui les traversèrent ne s'entendirent, le plus souvent, qu'à condition de ne pas s'expliquer. Leur alliance momentanée fut moins une sympathie de principes qu'une coalition d'intérêts et de haines. Au fond, chacun réserva ses regrets ou ses espérances.
C'est que le jour approche oiî, sous l'influence
1 d'une Révolution qui avait renversé toutes les barrières, la plupart des intelligences se feront libre-
I ment leur voie, sans se soucier de qui les précède ou les suit. Dès lors, l'affranchissement ira jusqu'à la dispersion. Aux entraves des règles se substitueront de proche en proche les aventures de la fantaisie personnelle; et si, parmi les idées qui vont affluer de tous les coins de l'horizon, quelquesunes s'organisent en foyers de propagande, ces tentatives de recrutement seront plus bruyantes qu'effectives; car les professions de foi qui battront le rappel en faveur d'une croyance ou d'une poétique deviendront de plus en plus le calcul des indépendants ou des habiles qui veulent justifier leurs caprices par des théories inventées après coup. Mélange et bigarrure, péripéties imprévues et rapides,