‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 17 sur 68 · DESTUTT DE TRACY · texte numérisé non relu

DESTUTT DE TRACY

original d'un mattre qu'il fit presque oublier, il conduisit à ses dernières conséquences un système qui devait disparaître avec lui. Car il en avait comme épuisé la sève, et ne laissa plus guère à ses admirateurs mêmes que Talternative ou de marcher sur ses pas, ou de l'abandonner pour tenter l'inconnu.

Ce mouvement rénovateur se produisit en effet au sein même de l'école dont il avait été le chef par l'autorité d'an caractère auquel M""' de Staël rendit cet honunage : <c Vous me dites, Monsieur, que vous ne me suivez pas dans le ciel, ni dans les tombeaux. D me semble qu'un esprit aussi supérieur que le vAtre, et détaché de tout ce qui est matériel par la oature de ses travaux, doit se plaire dans les idées religieuses. Car elles complètent tout ce qui est grand, elles apaisent tout ce qui est sensible; et, sans cet espoir, il me prendrait je ne sais quelle invincible terreur de la vie et de la mort. » Ce vœu, d'autres Taccomplirent ; et leur raison, en suivant sa pente, les conduisit tout doucement hors des voies étroites où s'étaient égarés beaucoup d'honnêtes gens qui valurent mieux par leurs actes que par leurs livres.

Parmi ces précurseurs du spiritualisme, convient de distinguer deux noms qui nous rappelleront, je ne dis pas une influence dont l'action souverûne change brusquement le cours des esprits, mais

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une de ces déviations insensibles qui préparent san» secousse les progrès décisifs. Il s*agit de MM. Laromiguière et Maine de Biran. Nous les saluerons comme les messagers de la bonne nouvelle attendue par cette élite à laquelle ne pouvait sufBre une philosophie énervante qui, tout en dégradant lliomme, Tenivra d'orgueilleuses ambitions, et prétendit vainement concilier la justice absolue avec le culte de la matière, le progrès avec la négation de la Providence, la philanthropie avec l'égoîsme.

Ami de Garât, membre de llnslitut, pnife-si^ur au Prytanée, puis à la Faculté des lettres, M. Laromiguière donna le premier signal d'une réforme désirée. En revendiquant les droits de cette activité libre qui constitue la personne morale, il réveilla des instincts assoupis qui ne demandaient qu'à se transformer en convictions vaillantes. ProDoncf^es de* vant un petit nombre de jeunes gens qu'avaient épar* .i:nés les rigueurs de la conscription, ses leçons de 4811 et 1812 réussirent à se faire entendre, malgré le bruit do> combat-^; et, à la veilla des désastre* qui (levaient soumi'ttre tant de consciences à de périlleuses épreuves, il invoqua, non sans un à-propi>s bienfaisant, ces vérités éternelles dont la lumière e^t si précieuse en ces heures sombres où s'éteint splendeur du Ju>te. Au lieu de s^mlever d'irritantes contmverses, il >e plut à prendre pied sur un terrain pacifique où se rencontrent toutes les ftmes de btmne volonté. Interprète d'immuables principes, il savait du moins faire pas>er dans les cœurs rémotiun

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