‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 19 sur 68 · MAINE DE BIRAN · texte numérisé non relu

MAINE DE BIRAN

contre l'erreur. Au contraire, chez Maine de Biran, Ton ne soupçonnait aucun parti pris, aucun calcul politique. Nul ne put donc refuser sa confiance à cet homme de bonne foi qui, s'écoutant et se regardant vivre, semblait s'être retiré si profondément en lui-même qu'il n'avait plus le goût d'en sortir.

En effet, ses écrits paraissent s'adresser bien moins au public qu'à sa conscience, et au Dieu caché qu'il découvrit en elle. Métaphysicien du moi, il nota les I^énomènes les plus fugitifs du monde intérieur avec cette inquiétude d'attention que mettent certains malades à interroger les moindres symptômes de leurs mystérieuses souffrances. Les incertitudes mêmes de ^a recherche donnaient plus de crédit à ses affirmations. En lisant les pages du Journal intime qui fut le confident quotidien d'un observateur tourmenté par le besoin de connaître et d'aimer les vérités capables de guérir, de fortifier ou de consoler, on entend comme le monologue d^un pur esprit qui raconte le drame de sa vie contemplative. Plongé ' tout entier dans ses méditations, prompt à fixer les nuances les plus ténues, toujours en éveil et sur le qui-vive, (( il s'amusait, dit-il, à voir couler les diverses fluctuations de son &me » . C'étaient comme les tres- ^Uements de cette curiosité candide qu'éprouvent tout ensemble le savant et l'enfant. Ce qui passe inaperçu pour le vulgaire lui devenait un sujet de surprise émerveillée. Lors même qu'il ne résout pas toutes les énigmes, il nous émeut encore par des angoisses oîi Pascal eût presque reconnu son cœur. A plus forte

raison est-il radieux quand il se fait une éclaircie dans ses brumes. On dirait alors un sourd qui perçoit subitement un son, ou un aveugle que réjouit la lumière retrouvée.

A force de chercher T&me, il trouve Dieu dans ce> profondeurs où il s'enfonce, et où le fini touche à Tinfini. Tout voisin de Tablme^et voulant le sonder au^^^i d'un coup d'œil furtif, il ressent alors réhloui->^ ment du vertige. Mais ses impuissances sont euci>r^ un signe d'élection. Car il est visible qu*il eût prî^ rangparmi les princes de la science transcendante par excellence, si, tout frissonnant d'un effroi qui n%>^ s'aventurer, il ne s'arrêtait au seuil du sanctuaire^ et ne baissait les yeux devant l'éclat que des rp^av-il^ plus fermes affronteraient sans trembler. Il ne lui manqua donc qu'une certaine décision ; et voilà pour* quoi il erre, comme une Ame en peine, autour d«s questions qui ne livrent leur secret qu*aux audacieux.

Du reste, cet air de souffrance ne lui sied p^mal ; car ses perplexités deviennent un princii^^ d'éloquence, et il se trouve alors écrivain malgré* lui, par échappées, en dépit d'un tempérament plus a!!«^* mand que français, ou d*un vocabulaire qui effrajt^ rait Ilégel lui-même. Des barbarismes gothique éloignent en effet les profanes du trésor qu'ils gardent comme des dragons fabuleux Mais si, bravant ces abords,on franchit la passe difBciIe,onen estdédom* mage par le vif intérêt d'une doctrine qui ti toujours, sinon se fixant, du moins s'épurant sansce^?^« jusqu*à l'heure délicieuse où ce stoïcien humble et

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