‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 21 sur 68 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

tV« in(1uf»iicet jiiMju'alurti iM)lt^s avai#>nt he«nin d'un rrnlre. L^ Pou\oir lui-iuAine allait «'a^iWM'ier à une RenaiiiMiice «(•.ntiu u*. — Lelin» lie rKm|»«»reur au niini«lre de l'Inl/rifur. — K»;tnt «; pn-»i<ie a rin«tiiuiion i\e l'UniverAité. — M. RoYEV-ColXiKD. > • onK>»6!»y pri'ililet li«>uii jans^Miittei, Son rùle Mtu^ U ltf%kijL (MiUtiAnt fl apn» U Tern-ur. — 11 «IfVïriil roy<i!:«te p^r r*-* Sa corre>p«»n<iAîH"e avec Ldui» XVI II. — Son attitud** •«>•»• l». ptrc La phil< «opine ei^t le fvfu>n* <)e non iu<l('p«>uiUii<-r. — A;-,' • à une oini e «1»' Ntrboiiue, il <1A Un* la fnierre au ••n»u%!.«ni^. >« in<^U|)ti\<>M|ue Yi»e à la mrtrale, et à la p«>litiqHe. L'Eoile frt'Mi^a ^, La pniimre l»*v'U du m.iilr»*, mot de iKnipereur. — It pr*^fa'* umu\»ni>-ut lilH-ral de U Restauration. ^ E»prit de m inei.% •:'■ L bomroe. L'«*<cnvaio. Le politique dan» le pnife»#car. Ln:t< .< »a vie.

Nous venons d'indiquer les signes avanUcoureurs d*une phUosophie qui, opposant les traditions si fran* çaiscs de Descartes à des systèmes importés d'Angleterre, allait remettre en crédit Tautorité do $en^ commun, et afGrmer, au nom de la raison, les vériti-^ sur le>quelles repose toute société. Mais ce ne ><>nt encore que dos pn^sa^^os, des tâtonnements isol* -, des essais mêlés d'indécision. Aussi l*influenoe de ces tentatives ne rayonna-t-elle guère au delà d*certains groupes. Elle n'atteignit que par ha^n* les éléments réfractairos, ou môme ce milieu flottan'. sur lequel pesait une léthargie agtrra\ée par un n^> gime dont les contraintes paralysèrent toute facu!% d'initiative personnelle. Déçus par les espérano^ qui avaient (ait battre tant de cœurs, les esprits lan»

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guissaient donc dans une sorte de torpeur. Quelle idéCi quel sentiment eût résisté à l'épreuve des mé* comptes dont se composait, depuis vingt ans, Thistoire contemporaine? Si la liberté avait démenti ses pnnnesses, la gloire, elle aussi, commençait à ne plus faire de dupes. La politique ne paraissait à la plupart que le jeu sanglant ou perfide de la force ou de la ruse. La morale se réduisait à la pratique des vertus utiles ; elle n'était plus qu'une condition d ordre. La religion même se voyait traitée comme QDe garantie de police sociale. Protégée par un patronage défiant qu'elle achetait bien cher, elle avait dû renoncer au droit de controverse et de prosélytisme. Il eût semblé aussi superflu de la discuter qu'inconvenant de la défendre. Depuis que les épicuriens du Directoire s'étaient plies de bonne grftce à toutes les formes de la servilité, la conscience publique n'avait donc pas cessé de se dépraver de proche en proche ; et le Pouvoir même, alarmé par l'intensité d'un mal dont pourtant il profitait, finit par désirer qu'une philosophie généreuse vînt enfin communiquer aux caractères la dignité de ses principes.

Nous ne ferons pas, en effet, à Napoléon l'injure de supposer qu'il ait eu l'idée fixe de conspirer contre le sens moral de son peuple, dans l'intérêt de sa puissance. Outre que les hommes de son ordre ont des élans de pensée qui leur entr'ouvrent la sphère des hautes vérités, plus d'un acte digne de mémoire témoigne que l'Empereur ne lîit point insensible ou étranger à une renaissance spiritualiste dont l'éclat

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devait rejaillir sur son règne, comme celui de la tauratioD religieuse qui avait inauguré le Constulat. Sans doute l'autocrate dut avoir des retours de r^ flexion qui Tavertirent qu'on n*élève pas les intelligences sans les afh-ancbir. Mais ses vues d'avenir étaient aussi trop étendues pour qu*il ne>e dit point qu'une nation appelée à de ^Tandes destinées a besoin d'âmes viriles, et ne saurait se passer de convictions. Je me garderai donc de prêter les calculs misérables d'un machiavélisme corrupteur à celui qui écrivit un jour à son ministre de Tlntérieur la lettre que voici : « C'est avec un sentiment de douleur que j'apprends qu'un membre de l'Institut, célèbre par ses connaissances, mais tombé aujourd'hui en en- (ance, n'a pas la sa^^esse de se taire, et cherche à bire parier de lui, tantôt par des annonces inditme^ de son ancienne réputation et du (k)rps auquel il ap* particDt, tantôt en prores>ant hautement l'athéisme, principe destructeur de toute organisation st^iale : car il été k l'homme toutes ses consolations <>t s^ espérances. Mon intention est qxie vous appeliei prè> de vous les présidents et secrétaires de l'Institut, et que vous les chargiez de faire connaître à ce (lorf»^ illustre, auquel je ro*honore d'appartenir, qu'il ait à mander M. de Lalaiule, et à lui enjoindre, au nom du CoriH, de ne pas ol>scurnr, dans ses vieux jours, ce qu*ii a fait dans sis y>un de force pour obtenir l'otime des savants. SI ces incitations fraternelle^ étaient insufiisantes, je serais obli^'é de me rappeler aussi que mon premier devoir est (tempêcAer ^ie

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ton empoisonne la morale de mon peuple. Car Tathéisme est destracteur de toute morale, ttnon dans les individus, du moins dans les nations. »

Celui qui parlait en cette circonstance un langage auquel iKms reprocherons même l'excès d'un zèle inn pirieux jusqu'à l'intolérance, comprit mieux encore sa n^nsabilité souveraine, quand il créa TUniver* site qui devait, par la force de ses doctrines, con-^ tribuer autant aux éveils d'une libre curiosité qu'au maintien de la discii^ine, et des traditions conservatrices. Ne cherchons donc pas de petites raisons à de grandes choses ; et, sans absoudre les abus du pou* voir personne, n'envions point à l'Empereur la part qui doit l^itim^nent lui revenir dans l'œuvre de bien public que le haut enseignement allait accomplir par la parole de M. Royer^bilard.

Avant de suivre dans le vieux collège du Plessis le professeur illustre avec lequel le spiritualisme eartéeieD, cette antique nouveauté, rentra officiellement en France, après une disgrftee qui avait duré plus d'un siècle, il est nécessaire de raviver es traits d'une physionomie trop oubliée. Résumons donc les or^ines d'un personnage qu'on peut appeler le maître de nos maîtres*

Né en 1763, à Sampuis, en Champagne, dans une de œs familles rustiques où la rigidité d^un christianisme patriarcal s*alliait si bien aux traditions du travail et de l'honneur, Pierre>Paul Royer n'eut sons les yeux, dès son enfance, que l'exemple des justes, âevé par une mère janséniste, mais plus

fidèle aux vertus qu'aux dogmes de ses austère> directeurSi il apprit de bonne heure à connaître et aimer les mœurs simples, la gravité, le respect, et une indépendance docile à la règle. De ce foyer sévère il passa chez les Oratoriens, les doctrmairts, comme ils s'appelaient alors, sans se douter qa*un jour ce mot transporté par leur disciple dans la langue politique prendrait une acception tout k lait différente. Puis, sa jeunesse s*écoula dans le studieux recueillement d'une vie provinciale. Curieux surtout de logique, de géométrie et de morale, il lut avidement Clairaut, d*Alembert, Euler et legrands docteurs de Port-Royal dont il adopta, non les passions qui sentaient la secte, mais les princip^*^ qui fondèrent une École. Nous le retrouvons ensuite à Paris, s'initiant à la science du droit, et mêlé par ses relations à cette bourgeoisie qu'avaient {>éuétnv les lumières du siècle. Avocat ob>cur, en 1787, il plaidait à la Grand'Chambre, sous la tutelle de Gerbier, digne parrain de ses débuts, quand écSata la Révolution, dont l'aurore souriait à ses eepè^ rances.

Le 17 juillet i 789, quelques jours après la prise dr la Bastille, il siégeait à rUAtel de ville, comme secrétaire du Conseil de la municipalité. Car, à la suite d'une vive improvisation, il venait d'être porté en triomphe par les électeurs de l'Ile Saint^Louis qu. l'acclamèrent représentant de leur section. U lui fallu: donc subir des rapports quotidiens a\ec plus d'iir fanatique, entre autres Danton, son compatriote.

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