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dont il se souvint lorsque, sous le Directoire, devant les Cinq-Cents, il terminait un discours par ces mots : tt Aux cris féroces de la démagogie invoquant raodace, et puis l'audace, et encore l'audace, vous répondrez enfin par ce cri consolateur qui retentira daps toute la France : La justice, et puis la justice, et encore la justice. » Cette devise fut en effet la sienne dans les épreuves qui firent réfléchir tristement sa conscience politique. Membre de la Commune, il était près de Bailly, le maire de Paris, dans la journée sinistre où la royauté fit son premier pas vers Téchafaud. Aussi éloigné des Jacobins par son indignation que des Girondins par son bon sens, qui ne leur pardonnait pas un rôle non moins ambitieux qu'impuissant, il ne tarda guère à passer *dans le camp des vaincus, et bientôt des victimes. Réduit en effet à prendre la fuite, il s'abrita dans son village natal; et, s'il ne figura pas sur la liste des suspects, il le dut à la vénération qu'inspirait sa mère. La Terreur s'arrêta sur le seuil de cette maison où la fenune forte de l'Écriture osait conserver encore I image du Christ, sous les regards des inquisiteurs qne fit reculer son courage. On raconte que, revêtu de la blouse du laboureur, son fils poussait les bœufs devant lui, tout en lisant un tome de Platon, de Descartes ou de Bossuet placé sur le manche de sa chîrrue. Toujours est-il que tant de tragiques leçons ne furent point perdues pour un témoin de 89, et de 93. n sut entendre ce double enseignement. S'il détesta les excès où se jette un peuple sans croyances
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et une liberté tans frein, il comprit le spectacle d*uoe nation unie dans une pensée d affranchissement ; et sa raison, étrangère à toute passion, condamnera les attentats, sans en foire porter la peine à des idées dont il va demeurer Tinflexible défenseur.
liais Theure de la modération n'était pas encore venue. Pourtant, lorsqu'un long cri de jde antiooça la chute de Robespierre, il fut un des premiers à Tœuvre parmi ces bons citoyens que leur patriotisme appelait au poste du devoir et du péril. Député au conseil des Cinq«Cents par le département dm la Marne, dont les collèges lui resteront fidèles josqa a sa mort, il éleva la voix^ quatre ans avant le GÂiie au christkmiamiy pour demander le rappel des prêtres bannis. Mais l'éloquent avocat du culte perse^ outé ne réussit qu'à se désigner lui même aux persécuteurs. S*il ne fut pas déporté par les vainqueurs du 1 8 Fructidor, ib cassèrent du moins son élection : ce qui était plus facile que de réfuter ses discoure. Exclu comme royaliste, il ne Tétait pourtant pas encore, mais allait le devenir. Jusqu'alors il avait con^rvé pour la dynastie proscrite la piété d*un m>u-> venir, sans estimer toutefois que la monarchie f6l U seule condition de salut. Mais, après tant de cDup< d*État, un patriote^ ennemi de Tanarchie se prit à désirer, moins par sympathique élan que par raisim* le retour d'un principe qui pût opposer aux caprie<^ de la fi)ule la permanence du droit, et consacrer p^r un caractère iu\iolabIe un contrat conclu entre ck>< traditions et nos libertés. Ce fut alors qu*il entra en
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correspondance avec Louis XYIII, dont il devint le coDsdUer intime, tout en^ répudiant une solidarité compromettante avec le parti des émigrés, c'està-dire les meneurs d'une coalition étrangère.
11 était aussi trop sage pour devancer les temps que préparait sa prévoyance; et, Tavénement de TEmpire ayant coupé court à des démarches prématurées qui du reste n'eurent rien de commun avec l'esprit de conspiration, il se soumit sans murmurer à nœ nécessité qui offrait à ses regrets le dédommagement de la gloire. Si ses instincts libéraux fdrent blessés, il fut heureux d'applaudir aux conquêtes civiles opérées parle génie d'un homme aussi extraordinaire que sa fortune. Pourtant, quelque chose résistait en lui. Dès l'abord, il regarda comme provisoire une autorité qui, intronisée par l'épée, devait périr par l'épée. Ni l'acclamation du suffrage uni- Ttfsel, ni la bénédiction du Saint Père ne rassura ses craintes; et son expérience jugea que la vie pobliqoe ne lui réservait aucun rôle sur une scène silencieuse à laquelle il voulut rester étranger plutôt qu'hostile.
Dès lors, se réfugiant dans la science qui lui rendait l'indépendance, il tourna toute son activité yers un monde philosophique dont la réforme devait être moins périUeuse que celle de nos institutions. Car le despotisme de Condillac était le seul qu'on pût alors attaquer impunément. L'occasion lui ea fut offerte bientôt par le Maître qui, dans les idéalogtiesj voyait avec ombrage les sur-
vivants refrbgnés du r^ime républicain. Assez généreux, ou assez habile pour ne point garder rtn» cune k un personnage qui se tenait à l'écart, et avait toujours refusé de lui être présenté, TEmpereur fut aise de lui donner une marque d'estime; et, lorsqu'en 1811 M. de Pastoret, promu à la dignité de sénateur, laissa vacante la chaire où il enseignait k la Faculté des lettres l'histoire de la philosophie, aucune objection ne fut opposée au choix que M. de Fontanes soumit alors à l'agrément du Souverain. M. Royer-CoUard , qui ne se refusait jamais à un devoir, ne déclina pas non plus un honneur qui, sans inquiéter sa responsabilité, l'invitait à une salutaire influence.
On a raconté que la lecture d'un exemplaire de Thomas Reid rencontré par hasard lui rév<^la sa méthode, et sa doctrine. Sans nier l'action exercée sur une intelligence disponible par l'étude attentive du psychologue prudent qui restaura l'autorité do 8eo< commun, nous n'admettrons pourtant pas que M. Royer-Collard ait en quelque sorte improvisé sa foi philosophique. Non ; elle était armée de tontes pièces, lorsqu'il monta dans cette chaire à laquelle le prédestinait une éminente aptitude. Habitué à la spéculation, rompu aux sciences exactes, nourri de Descartes et.de Leibnitz, il n'eut qu'à se lais^r porter poursuivre le courant qui ramenait m>tn» >iècle vers des traditions conformes à ses besoins. I^r premier germe de ses con\ictions n'était-41 pasd aiU leurs une haine vigoureuse C4)ntre ce sceptici»n>e