‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 25 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

I. Revue des morts ; les principaux genres. Tendances prédominantes. Des milliers de poètes sans poésie. L'âge des bouts rimes. Les romaoces cbevaleresques^ les bagatelles d'album. La versification est un talent de société. — La légion des traduciturs. Avant d'innover, on se remet à l'école de l'antiquité. -^ La manie mythologique, la poésie toute faite. — IL Vogue de l'Epopée. Les Rhapsodes de Lycée et d'Athénée. Les grands écoliers. Triomphe de la rhétiriqûe. LucE DE Lancival, et l'Enfance (t Achille. Gampeno?(, et tEnfatii prodigue, PiKRRE DU Mësnil, et Oreste. Denne-Baron, Héro et Léandre. — Sujets tirés de l'antiquité nationale. Tardieu DK S.UNT-MARCEL, et la France délivrée. Le vicomte d'ArlincoiRT, et la Caroléide. DoRiON, et la Bataille d*Hastings. Philibert Masson, et les Helvétiens, Parny, et les Hose<roix, MiLLEvoTB, et Charleniagne à Pavie. Crbuzé de Lesser, et les romans ik chevalerie. Réhabilitation du moyen âge. Un grain de sel gaalois. La Philippéide de M. Vjennet. — La poé^ùe fugitive. LcfiOCvÉ. — Goût du solennel. Le décorum et l'I^Impire. — in. La poésie didactique, signe de décadence. Pastorales, Bucoliques, Géorgiques de salon. L'école descriptive. Les lieux communs anonymes. Apprentissage de la forme. — Les épigrammes. Monde de critiques et de régents.

Ce qui nous a frappés tout d'abord, c'est la multi* tude des urnes funèbres qui peuplent les Catacombes de la poésie impériale. Les insectes qu'un jour voyait naître et mourir sur les bords de THypanis ne furent pas, en effet, plus innombrables que les essaims de versificateurs qui voltigeaient alors dans l'air. Ce ne sont partout que dixains, sixtains, quatrains, chansons, ariettes, couplets, boutades, épigrammes, ma-

!•)« LA POÉSIE sors L EMPIKF.

drigauXy charades, lofrogrîphes, énipmC'î, coiilroénigmes, allégories, inscriptions, impromptus, devises, moralités, pensées, complimenls, bouquet-, épitaphes, piécines, piécettes, badinages, stant »> régulières ou îrrégulières, bluettes de société- sa* vantes, de Jeux Floraux ou de soupers anacréontiques, en un mot, mille riens cadencés, qui foisonnent à Tenvi dans tous les recueils lyriques éclc»> en foule à chaque retour de printemps , sous ce> titres engageants : LAlmanach des J/wsrv, les Saisons du Parnasse j F Abeille franraisey les hmirs de Polymnie et d'Euterpe^ les Ètrennes des Ihime^y fAthénre des boudoirs j le Chansonnier des Grfhes, Les moindres babioles semblaient avoir du prix p<Hir un public longtemps sevré de ces menues friandiso^ qu'on se passait de main en main, comme des dra* gécs dans une bonbonnière. Si vous ne craignez pad'ouvrir ces répertoires d*où s*exhalent des bouflee^ de musc qui donnent la nausée, vous renconiren*/ à chaque paj^e des fadeurs comiue celles-ci : /^* .Ailes fCAdoniy ou les Dangers de fanupur^ le Phn>ir et le Bonhettr^ le Ti^'itamvnt de CupHonj Kpltrr *' tktmisy la Jeune ThaUy le Retour du bien^^ûmr^ li Rose H la Violette^ Adieux sous le saule pleureur^ ir Baiser justifie^ Aux Mthiei de mon épottse^ le Sou* venir du ménestrel ^ le Troubadour^

Ce dernier mol burtout semble avoir eu pour no» p^res un singulier prestige ; car on le rencontre à toutes les pages des anthologies. Un des plus sérieux rédacteur!» du Mercure nVKTiv.nt-il pas « qu ou

saurait prononcer ce doux nom sans émotion, parce qu'il rappelle les jeux innocents de l'amour et de llionneur » ? Les ermites aussi sont fort en faveur, mais non ces austères anachorètes dont M. de Montalembert sera Thistorien. Ceux qu'on aimait alors ressemblent plutôt à des paladins d'opéra : ils n'ont endossé le froc que par désespoir de cœur ; ou bien, ce sont d'aventureux Don Juan dont la robe de bure cache une cuirasse armoriée, et le rosaire un poignard. Leur barbe postiche est prête à disparaître en un clin d'œil, et ils sont toujours alertes pour les équipées galantes. En un mot, c'est le beau temps des romances chevaleresques et langoureuses. On en roucoule dans tous les salons; tous les pasteurs d'Arcadie, et tous les bergers du Lignon se sont donné rendez-vous sur les rives de la Seine. On dirait qu'après tant d'années orageuses, dans le voisinage des champs de bataille, toutes les Ames éprouvent le besoin de s'attendrir, et que toutes les imaginations soupirent après un idéal d'oubli voluptueux, ou de félicité sentimentale dont elles cherchent la vision dans je ne sais quelle évocation complai-> santé d'un moyen Age tout parfumé de lis, fleur symbolique d'une dynastie vaguement regrettée.

Cette mélancolie, pleine d'une confuse attente et comme de vœux secrets, nous explique la vogue de ceâ petites élégies dont plusieurs firent leur tour de France, de chAteaux en chAteaux, sur l'aile de mélodies touchantes qui enchantèrent nos bisaïeules. Ici du moins, la musique sauva les paroles. Nous en

IGO LA POKSIK sors L'EMPIRK.

conviendrons m6me : ces timides appels faits k une Restauration désirée sans qu'on se Tavouftt ont encorf retenu le charme indéfini^sable des espérances que le malaise d'une affection fidèle mêlait aux banalité^ du motif lyrique.

Mais en dehors de ce genre qui eut une s-irto d'à-propos, parce que sa naïve inconscience répondait à des instincts royalistes et romantiques, on ne voit alors que bagatelles d'album qui encombrent jusqu'aux plus graves Revues, et y suppléent à la politique. Leur profusion égale leur insignifiance, et témoi^Mie que, dans le vide pnxluit par le ^ilenc«* universel , la poésie dépourvue d aliment devint de plus en plus un petit talent de société. On s'arou^it à ce délassement, comme on jouait du clavecin ou de la harpe. On changea de plume ainsi que d*ai* guille, pour broder indifféremment de la prose ou des vers, comme on eût tait de la tapisserie ou de la dentelle. Le sens du goût s'était tellement obliterr qu'il ne subsistait plus aucune notion de l'art, et d«* .ses difficultés. Si encore cette ignorance avait eu li candeur de l'inexpérience qui n'a rien appris I Slalgrtr la gaucherie de ses tûlonuement^, elle aurait peuiêtre rencontré quelques bonnes fortunes. Mais die se crut savante, et, voulant le paraître, elle oe h* rappela que trop les leçons des régents qui maniaient la férule a\ant 89.

Pour être réputé poète, ne suffisait-il pas de cud* naître des recettes de rhétorique, et des éléments de pritNHlie? L'i pralique dvs huiihuiiu'^ t;tant p!u> «p.e

jamais une exception rare, on sortait facilement de pair lorsqu'on avait jadis fréquenté les collèges; et, la manie de versifier passant pour être l'emploi le plus délicat des loisirs, tous ceux qui visaient au bel air payèrent tribut à ce caprice de vanité. I/es historiens et les philosophes s'en mêlaient donc, aussi bien que les mathématiciens ; et l'épidémie s'étendit à tous les échelons de la hiérarchie administrative, depuis les auditeurs au Conseil d'État jusqu'aux commissaires de police, depuis les préfets jusqu'aux juges de paix, depuis les colonels jusqu'aux chirurgiens-majors et aux vétérinaires.

Faute de mieux, la plupart (et ce furent les sages) firent comme ces fonctionnaires en retraite qui, pour se rajeunir et tuer le temps, se mettent à dérouiller leur latin^ à lire et relire leurs classiques. Aussi, de tous côtés, s'empressa*t-on de revenir aux anciens. Ce fut à qui traduirait en vers Ovide, Tibulle, Horace, Vii^e^ Lucrèce, Homère ou Anacréon ; et ces interprètes infidèles se persuadèrent qu'ils embellissaient leurs modèles, en les défigurant par des maladresses dont l'ingénuité nous désarme. Oui, loin de nous en moquer^ nous serions tentés plutôt d'éprouver une sorte de compassion sympathique pour cette société convalescente dont la mémoire, affaiblie par une fièvre cérébrale, essayait bravement de raviver à force de travail ses souvenirs disparus. H. Jourdain n'écouta pas avec plus de zèle ses maîtres de grammaire ou de philosophie. Mais ne souriez point de cette bonne volonté. Car, après les catas-

iroidies qui avaient brutalement supprimé les principaux centres d'études libérales, retrouver était plu» utile qu'inventer, et apprendre valait mieux qu'imaginer.

Il arriva que plusieurs rencontrèrent ainsi, par accident, ce qui manquait surtout alorsj la francbise de Texpression directe ; un conuneroe fortifiant leur fit donc oublier de temps en temps les mensonger d'une rhétorique sénile. Parmi les hésitations de Tà-peu-près, et à travers maintes langueurs, bien des mouvements souples, certains traits heureux, et des façons de dire plus vivantes triomphèrent eofln, par hasard, de ces défaillances natives qu'aggrataieot les infirmités de l'École. Tout en éludant, abr^^etot, allongeant, et altérant leurs textes, quelques-un^ s'échauflèrent à la flamme étrangère; et, môme sao5 être victorieux, ils s'aguerrissaient dans la lutte. Oo pourrait citer, entre autres, Denne-Baron que se» prédilections avaient conduit vers Properce, dont il sut rendre parfois la grâce wloptueuse, avec un bonheur qui rappelle tout ensemble les accent» d'André Chénier, et le pinceau de Prud'hon.

C'est que les plus vaÛIantb se sentirent peu »ûrs d'eux-mêmes , et n'usèrent se risquer loin des regards d'un mettre. Un ciel libre eût effrafé leorv ailes dépaysées. Du reste, l'exemple venait de loin, et de haut. Car le chef du chœur avait été Delille,

llu Ptndr bgtmtiiT channant, Uui joint le »\n» au diamant, Et brillante l'or de Vinnl«-

La Harpe, aussi lui, ne s'empressa*t-ii pas d'enjoUver, ou d*épurer la Jérusalem délivrée par une paraphrase qui lui valut cette malice d'Ândrieux :

Rassurez-Tons; mon Armide est de glace, Disait La Harpe à son cher directeur; Qorinde est plaie, Herminie est sans grftce; Mes vers dévots ont quelque pesanteur : Un saint ennui du plaisir prend la place. Car ce n'est point par un orgueil d*auteur. C'est en chrétien qne je traduis Le Tasse, Pour mes péchés, et pour ceux du lecteur.

Parmi les noms qui surnagent tant bien que mal, entre deux eaux, il faut mentionner encore Baour* Lormian, ne fût-ce que pour ce quatrain spirituel qui lui servit d^épitaphe :

Ci-dessous glt Baour, le Tasse de Toulouse, Qui mourut in-qnaito, qui remoarut in-douze, Et qui, ressuscité par un effort nouveau. Pour la troisième fois mourut in-octavo.

<Mnt aux émules qui, marchant sur leurs traces, se vouèrent à la version latine, les passer en revue ^rait faire un inventaire après décès. Bornons-nous donc à leur appliquer ce trait satirique lancé contre ^'on d'eux par un contemporain :

On dit que c'est un pauvre sire, Mais je n'ose le répéter; Pour s'en convaincre, il faut le lire.

Et j'aime encor mieux en douter.

Nous conclurons en disant que, propagé par les théories de Lessing, de Winckelmann, et de Itophaël

164 U POÉSIE SOUS LËMPIRE.

MengS| le goût de l'antique répondit alors k un engouement universel qui se manifestait aussi dan> U peinture. Tandis que David opposait k TafTéterie d*un art dégénéré raustérité d'une religion classique dont le culte superstitieux s'accorda bien avec le soutenir récent des fêtes instituées en l'honneur de la Jeunesse, de la Vieillesse, de la Reconnaissance, de l'Hymen, de la Raison, de la Liberté, de l'Être Su* préme, il était naturel qu'un mouvement analogue se produisit dans l'ordre littéraire. Mais, d'un côté comme de l'autre, cette fantaisie ne suscita que de> œuvres artificielles et inanimées. Car la sève intérieure manquait trop à ces cerveaux arides pour que la simplicité des grands modèles ne se toumAt iia> en vaine déclamation.

De là ce retour de la mode vers les Grecs ci les Romains. De là toutes les fictions empnmtéed à une mythologie fastidieuse, et accueillies avec auLar.t de faveur que l'archaïsme académique des Haracr^y du Bruius, ou des Sabines. De là ces lieux commun> aussi surannés que les tailles courtes et les turban? de nos arrière-grand'mères, mais qui eurent a]or> l'avantage d'être une poésie toute faite pour do c>prits réduits à improviser ces plaisirs littéraire^ dunt la France se passerait moins facilement que d«l»ain quotidien. On en éprouvait un impérieux L«c^ boin, après une si longue disette; et, par suite d-* leur ab^liueuce forcée, ces affamé» trouvèrent de !a baveur au plus mince ré^al. Une renaissance paleont d*associait bien d^ailleurs à celle du césarismei «ill^

LA POÉSIE SOUS L'ElfPIRE, 105

qu'aux émotions patriotiques d*un peuple qui avait eu la joie d'assister à ces triomphes où le conquérant de l'Italie reparut dans sa capitale, escorté par les dépouilles de Venise, de Milan, de Florence et de Rome. La yue de ces statues captives dut ramener la cariûsité vers les arts d'une cité républicaine à laquelle le Consulat, tout en préméditant l'Empire, avait emprunté les costumes o£BcieIs et les titres de ses principales magistratures. On comprendra donc qu'en présence de ces trophées, précieux butin de la victoire, la langue poétique ait été aussi hospitalière que nos musées pour ces dieux et déesses, dont la bienvenue fut si fièrement célébrée dans ces vers de Victorin Fabre :

Ces illustres bannis qne le droit de la gaerre A deux fois réservés aux vainqueurs de la terre, Ont trouvé dans nos murs, pour fixer leurs destins, Etl'oUvier d'Athène, etTaigle des Romains. Le Capitole même, ob n*est plus la victoire, A vu passer comme eux du parti de la gloire Ses Héros, ses grands Dieux, ses Pénates mortels. Sans changer de patrie, ils ont changé d'autels. La Rome des Césars n'est plus aux bords du Tibre: Rome de Léon X, et Florence encore libre. Des chefs-d'œuvre d'un siècle ennobli par les arts Ont payé nos succès, enrichi nos remparts.

Malgré Tindigence qu'attestaient de monotones réminiscences, plus d'un aveugle se crut un Homère et eut rimprudence d'affronter les voies périlleuses

que le génie seul a le droit de fréquenter. Parmi le> départemeuts entre lesquels se partageait VEmpirt des AluseSj comme on disait alors, FÉpopèe fut de beaucoup le plus hanté par les rhapsodes. Il est vrai qu'ils n'avaient guère souci de se mettre en frai> d'invention. Ils se portèrent en foule vers les routes battues et rebattues, si bien que leurs perpétuelles redites ont l'air de travaux de collège proposés à dts rhétoriciens qui se disputent des prix. On se bornait k faire jouer le lourd appareil des invocations, des songes, des récits, des descriptions, des allé^;:ories, des dénombrements, des rencontres, des descente> aux enfers, en un mot, les ressorts d'une machine usée par un service dix fois séculaire. Il y a là toute une légion de grands écoliers, à la tête des4]u*>l> Qgurent des professeurs émérites qui, faute de mieui, découvrent une éi)0[)ée dans tel sujet dont la matière suffirait à peine à un madrigal, ou à une anecdote.

C'est ainsi que Luce de Lancival ne bAtit pa^ moinsdesix chants sur le spirituel épisode dWrhi;.trahissant le mensonge de son déguisement par 1^ choix de Tépée quX'lysse mêle à ses joujoux. Un^ autre plume universitaire, Campenon, délaye eu deux mille vers les trente lignes où l'Évangile raconte la parabole de ï Enfant prodùjue. Que dire »îf Pierre du Mesnil consacrant aux malheurs d'OriMi» quinze mille aloxaiidrins, que rin>titut se crut olil.\.>» de lire? Car l'auteur du rap|M)rt sur les prix di^viinaux « s'étonne d'y rencontrer quelques rime> in* suffisantes, ou tout à fait fau>ses », jugement qui

prooTO qu'alon la critique ?a]ot parfois la poésie. C'est encore on ancien qui inspire à Denne-Baron âesquatre chants sur Héro et Léandre, qu'il noya définitivement dans une amplification dont les tirades ac^rifiqnes nous gfttent cette fine épigranune de Martial, si gentiment traduite par Voltaire :

Léandre eondaît par rAmonr En nageant disait anx orages :

Laissez-moi gagner les rivages.

Ne me noyez qn'à mon retonr.

QudquesMins cherchent fortune en pays moins explorés ; mais ils travestissent leurs personnages sous des costumes si étranges que nous admirons seulement ici la patience d'un jury condamné, par devoir, à choisir son lauréat dans ce néant. Ceux-ci pourtant ont du moins l'originalité d'un titre, comme Tardieu de Saint*Marcel qui, dans la France délivrée^ empruntant à nos annales un motif digne de roeiUeurs vers, écrase une dernière fois les Sarrasins, avec Charles Martel, dans les plaines de Tours. Mais ne lui demandons point le sens historique ; il ne s'en doute pas plus que le vicomte d'Arlincourt, dont la Caroléide^ avec ses vingUquatre chants, n'a guère Wssé d'autre souvenir que ce trait :

L'amour, qu*est-U7.«« Un orage cruel, Entrecoupé de Tarc-en-ciel.

Notre antiquité nationale n'a donc point alors porté bonheur à ceux qui voulurent y cueillir le

rameau d'or. C'est ce qu'atteste encore la Baunllf dBasHngSy qu'un narrateur prosaïque et diflod, nommé Doriou, perdit obscurément, à l'époque même où Napoléon songeait à envahir « la per/ide Alhion ». Si Voltaire osa dire du chantre de niiade :

Plein de beaotés et de défaoU, Le vieil Homère a mon estime.

Il est, comme tons ses héros, Babillard outr^, mais sublime :

qu'eût-il pensé de cet improvisateur qui remplit de ses interminables harangues cinq chants sur dit? Aussi ne troublons pas le repos de la tombe où il repose, à côté de Philibert Masson, l'auteur des Belvitiens signalés pourtant k l'attention de l'Empereur, en séance académique, le 15 nivôse, an VIII. Les infortunes guerrières de Charles le Téméraire leur avaient seules valu cette distinction. Car je soupçonne que la fureur épique fut encouragée par le goût d'un s»ouverain qui, dans les conceptbns de l'art, devait naturellement aimer l'image des oombate.

Mais le désir de lui plaire ne conférait point une vocation, et des esprits bien doués le prouvèrent plus d'une fois, k leurs risques et périls : témoin Pamy, ce demi-TibuUe, qui, au lieu d'écrire « nullement »

Des Ters inspirés par les Grâces.

Kt diclM par le sentiment.

se prit, aussi lui, dans un pi^, lorsqu'il composa ses Kose-^Toix, sorte de lanterne magique où sa spirituelle souplesse ne lui servit pas à dissimuler les ioDguairs d'une fable dépourvue d'unité, d'action et d'iniërêt. La même méprise égara Millevoye qui, dans sa languissante ébauche de Charlemagne à Pavie, s'époumona vainement, et dut aggraver sa I^thisie par les efforts qu'il fit pour enfler sa trompette. Le grand homme qui releva l'empire romain en Occident ne pouvait manquer d'être en faveur sous l'aventureux capitaine qui prétendit renouveler ses destinées grandioses. Aussi des profanateurs nombreux osèrent-ils attenter alors aux gestes carlovingiens. Mais ils ne méritent qu'une mention posthume dans un catalogue.

Entre ces pftles fantômes, nous ne distinguerons qu'un nom, très-oublié pourtant, celui de Creuzé de Lesser, intarissable trouvère qui a droit à quelque bienveillance, pour avoir un des premiers sauvé de la poussière nos romans de chevalerie, et les cantilènes populaires de la vieille France. Ce chaos, il tenta de l'organiser en un cycle qui ne comprend pas moins de cinquante mille vers. Il en résume dnsi les principales phases :

rai retiré des anciennes archives Li Table ronde^ et ses scènes naives.

Aux Trais Gaulois plus tard j'ai présenté Leor Âmadis, et sa fidélité; El Galaor, preox an pen moins fidèle, A fait one ombre à ce brillant modèle.

!10 LA POBSIR SOUS L'mpIRE.

Mail aQJoard*boi, par nioo ardeur lancé, Et pour flnir comme J*ai commenci^, Fiers paladins, amour, chevalerie, Je TOQS iiiToque, et toi surtout, Roland, Toi, dont la gloire est à jamais cbéria, Toi, le patrun de tout Français vaillant.

Cette justice rendue à notre littérature primitive lui assure, du moins, une place parmi les vulgariMteurs qui réhabilitèrent le moyen ftge trop roécoonii par les préjugés dédaigneux des philosophes, ou h morgue des pédants. Il faut aussi lui savoir cr^ d'avoir déridé par quelque enjouement le <^rieui glacial de la muse héroïque. Car il a des paees dont e naturel nous délasse de cette fausse noblesm qui était le ton habituel de ses confrères. Nous cit«ion$, par exemple, ce fragment du sixième chant A*Amodis. On en goûtera l'aisance, et le tour familier :

Du temps présent je disais pis que pendre: Voilà que Diea, de mes plaintes lassé.

Me transporta soudain au tem|H pav^é, Qu'avec chaleur il m'entendait drtendre.

Faut-il vous peindre, h«'*la<î ce que je \i*? De tontes parts, cliAteaux-fort«. pont«-leTi«: De toutes parts, régnait la violence :

Pour les hameaux point de tranquillité.

Point de rei¥>s, peu de v infinité; Chaque donjon élait une puissance.

Force M»iffneurs, d'ail l(»ur« peu drhcat^, Tonctiaient leur bien sur les routes pul>lique<, Exerçant U, de leurs mains héroïques, Un Wau métier que je ne dirai pis, Pui« disputant et de ruse et de rrimee, KntrVux san« ce^5(e iN allaient «V*ffonreaat. Rentrée rhet eux, ils demeuraient TeiUanl, Ou. s'ih donnaient, rêvaient à dee ablneeu

Dans ces ehâteaax, la terrear des tyrans Vengeait nn peu le malheur des victimes. En vain pour moi, parmi tant de foreurs, Je recherchais les arts consolateurs ; Je regrettais tant de plaisirs tranquilles. Du temps passé le charme s'effaçait, Et las bientôt d'un spectacle effroyable. Je dis à Dieu : « Rendez-moi, s'il vous plaît. Le temps présent qui ne vaut pas le diable. »

que trop l&chei le style de ces vers n'a-t-il pas quelque affinité lointaine avec le badinage de Voltaire, ou plutôt deGresset? Il nous ramène à des traditions effacéeS| à cette ironie malicieuse qui nous réussira toujours mieux que les grands airs^ où la voix se force pour monter au sublime.

Il en fut ainsi de M. Yiennet', et de sa Philip^ pidey œuvre qui date de la même époque, et dont plusieurs passages se font lire encore, non sans un certain plaisir, parce qu'un esprit gaulois s'y débat sous le poids des 16,000 vers qui le tiennent enseveli tout vivant, comme Encelade dans sa prison de l'Etna. Jugez-en par la boutade que voici :

Quel triste amas de superstitions

A tourmenté ce monde sublunaire !

Sar ces fléaux de nos religions

Le ssi^e en vain nous prêche, et nons éclaire.

L*homme toujours aura des visions, »

Et les plus fins feront les bons apôtres,

1. Ne coofoDdons pas dans la foule un poète qui eut souvent, et km^liemps, rorigtaalité d'un bon sens très-acéré. Il composa, sous le pfemier Empira, des ÊpUres « distinguées, mais qui se sentent de la enotniote du temps. Ce sont des belles fleurs venues en serre chaude » , dît M. CoviUier-Fleury, dans un spirituel article sur Arbogaste.

Ponr exploiter la sottise des antres.

Une béate en ses raves pieux

Croit voir un spectre ; une antre s'imagine

Qu'une statue a remué les yeux»

Et va le dire à sa bonne voisine.

Le bruit circule, et s'aocrolt en marehanL

Tout le quartier l'atteste en frémissant.

Un mage alors s'empare du miracle.

Il fait un conte, il y joiut un oracle ;

La foule accourt, et porte son argent ;

Les charlatans arrivent à la ûle :

En moins d'un siècloi on les compte par mille.

Bien qu'irrévérente et uo peu vulgaire, la venre de ce passage ou de tel autre nous fait regretter qne d'agréables talentSi 8e fourvoyant àla poursuite d'une gloire chimérique^ aient alors lAché la proie pour l'ombre* Ces imprudents ressemblent à cet original qui| parti pour la chasse au lion, revint tout aiâe d'avoir attrapé une cigale.

Bien en prit donc à ceux qui restèrent fidètea à leur aptitude, et au génie d'une race narquoise ; car on pourrait composer une anthologie fort amuMote avec de simples pièces fugitives qui ont plus de dn^u à notre souvenir que tous les triomphat».*urs des ccn* cours décennaux. Oui de nous, par exemple, ne prv* férera pas à la Rosamonde de M. Brifaut, bmnn:<» d'esprit pourtant, et du plus fin, celte bluette do Legouvé :

Une LaW perdit l'amant le pins fldMe.

On la di^it en pleurs ; un ami court chez elle ;

Il la trouve riant en face d'un miroir :

« Vous me surprenez fort, dit-il à la donzelle « Je vous croyais au désespoir. »

« — Ah ! lui répond soudain la belle, « Cest hier qu'il fallait me voir I

Oui ne donnerait la Maliéide^ la Davidéidcy ou la Mérovéide^ pour celte fantaisie de Lebrun :

Philis n'a point d'esprit, mais sa bouche est si belle

Qn'à celle de Vénos elle peut s'égaler ;

Je ne l'écoute point quand je suis auprès d'elle,

Mais je la regarde parler.

Cette yeine si française^ on n'osa pourtant TexpkMter qu'à la dérobée. Car le solennel prévalut ; il s'accordait mieux avec le décorum d'une cour où Ton aima trop cette pompe artificielle qui éblouit les yeux. D'ailleurs la poésie légère eut à faire pénitence de ses péchés récents, qui étaient devenus scandale. Vers la fin du DirectoirCi un de ceux qui contribuèrent le plus à propager le fiLcheux exemple de la licence ne iiitril pas réduit à rougir de ses imitateurs, qui lui faisaient injure par un libertinage éhonté? Oui, Pamy lui-même disait alors, en reniant ses disciples :

Qael est ton nom, divin enfant? — L'Amour.

~ Toi ! rAmourI — Oui, c'est ainsi qu'on m'appelle.

^ Qui t'a donné cette forme nouvelle?

— Le temps, la mode, et la ville, et la cour.

— Quel front cynique ! et quel air d'impudence ! Maisqu'aperçoi»-je? un masque dans la mainl Des pieds de chèvre, et le poil d'nn Satyre I Quel changement I . . .

Reconnaissons-le donc : l'Ëinpire, au lendemain d une orgie, eut la sagesse de comprendre que la

m LA POESIE SOUS L'EMPIRE.

littérature avait besoin d'être assainie par une .^\erite réparatrice. S'il ne réussit pas à guérir les \ ictd*une société trop relftchée pour devenir capable* do ces œuvres viriles qui méritent la^'loire, il lui im{Mt-a du moins certaine bienséance extérieure, et ct^ui^a court à la contagion. Voilà ce qu'il faut ne pas tn»p oublier en face des efforts tentés pour encourager le goût des lettres sérieuses. Les Muses se convertirei.t même si bien que leur gravité nous fait mourir d'en* nui. Ce fut un autre excès ; mais la conscience publique cessa d*ètre offensée par des outragea qui déshonorent la plume. Si l'épopée concourut i ce résultat, il est donc juste d'en tenir compte à sa médiocrité présomptueuse.

Ce défaut, nous allons le retromer encore, mai» sous des formes plus tolérablcs, dans la poé>ie didae* tique, dont la stérile abondance fut la suite d*UDe impuUion qui datait de TAge précédent* ^lu^ d*une cause explique le long rèf:ne de ce genre (|ui fleurit à toutes les époques d*épuisenient et de déc«-Mience. Hes^urce commode pour qui manque d*in\euUoo, ne de\ ait-il pas se dé\elopper de plus eu plus khis rinflueuce d'une philosopliie qui banni^sait Ditni do la nature, et ne vit dans notre intelligence quun ser^iie écho du monde extérieur? la sét*heres«e de re>prit critique tendait au>si à substituer ranal\>ede* phénomènes sensibles k l'étude ducŒur humain, et la mémoire à cette inspiration supérieure qui ^*ali•

mente de sentiments et de pensées. Ajoutons que la coriosité fui vivement sollicitée par les progrès de la science^ et invita les lettrés à s'engager dans une voie qai menait aux succès iaciles. Se rapprochant de la prose, pour se faire accepter plus sûrement par des indiSérents, le vers se mit donc à enseigner et à disserter, sans renoncer toutefois au désir de plaire. De là tant de poëmes descriptife éclos vers la seconde moitié du xvm* siècle.

Venues de l'étranger avec Gessner et Thompson, les Pastorales et les Bucoliques s'acclimatèreùt sans peine, en un tempsoù les imaginations blasées s'amu^ $aient volontiers à des rêves d'innocence primitive, et oii les économistes prirent l'homme des champs sous le patronage de leurs doléances. Le talent ne fit point défaut à cette école ; car il y en a dans les Smsùtis de Saint-Lambert, comme dans les Jardins de Rosset, et les Mais de Roucher. Mais ces beaux esprits ne furent que des citadins habitués à deman-dër aux livres Fétude de la nature, et non à vivre près d'elle dans une intimité quotidienne. Aussi n'ementrils ni l'exactitude lumineuse de l'exprèssioD, ni la candeur d'un accent personnel^ ni la naïveté de la rêverie, ni la franchise de l'observation. Ces hommes de salon prétendent nous faire aimer ce qu'ils n*aiment pas eux-mêmes ; et, dominées par un parti pris littéraire, leurs peintures ne sont trop souvent que les jeux d'une fantaisie mondaine. Car ils n'entrevoient les objets qu'à distance, à travers des souvenirs classiques; ou, s'ils se risquent à les

176 LA POESJË SOlb LEMPIRi'^

regarder en face, ils sont trop prudes pour oe pas les affadir par des gentillesses de boudoir. Taoi6t ils ont l'air de puiser en des cahiers d'ezpresbioos des images toutes faites ; tantôt iU s^ingénient en rafiKnements précieux, ou en minauderies grimaçantes. Vagues et maniérés, tous leurs paysages m^ ressemblent donc par des couleurs convenues dont l'à-peu-près ne rappelle rien de distinct^ ni de précU. Ce ne sont guère que les lieux commuas d'un pinceau routinier qui s*étudie laborieusement au\ coquetteries d'une grâce fardée. Dans ces tableaux mensongers se rencontre à chaque page soit uoe emphase sentimentale qui agace les nerfis, soit une timidité qui, n'osant appeler les choses par leur nom, dédaigne, condamne, élimine, ou dérobe comme vulgaire tout détail expressif et Camiliar.

Les travers qu'avaient mis en vogue des nom* applaudis ne pouvaient que s'exagérer en passant des maîtres aux disciples; et la dictature d'un brillaot esprit que ses contemporains appelèrent trop fa»« tueusemeot le Virgile français ne ramena point le goût vers rintelligence du simple, du grand, ou du vrai. Delille, en effet, comme toutes les renommée* populaires, eut son cortège d'imitateurs. Mais, en k parodiant à leur insu par des pastiches, ils ne rèu>sirent qu'à discréditer ses procédés ; et celte émulation indiscrète transforma ses qualités mêmes en abus dont le ridicule saute aux yeux. L'excès du m^. étant toi^ours voisin du remède, ils nous rendirent du moins, à la longue, un service dont ils ne ae dou-

taieot guère ; et, par l'ennui qu'ils inspiraient, ils contribuèrent indirectement à la fortune des talents qui bientôt les firent oublier.

Si ce mérite involontaire n'est point de ceux qui nous obligent à la reconnaissance^ ne refusons pas cependant tout à-propos à un mouvement qui eut son utilité relative. Après une crise sociale qui avait dispersé dans l'eiil ou dans les camps toute une génération dont les premières études ne purent s'achever, il n'était pas mauvais, ce me semble, que la langue française se remît à des exercices dont l'unique visée fût l'adresse de l'exécution. Avant de prendre un essor indépendant, n'avait-elle pas besoin de s'assouplir, de s'initier aux ruses de la facture, d'essayer les ressources du vocabulaire, de s'enhardir sous la discipline de la difficulté vaincue, et de faire ainsi cette année de rhétorique dont les meilleurs ne sauraient se passer ?

Tel est, à mon sens, le profit des efforts tentés par des plumes qui luttèrent, parfois victorieusement, contre des sujets où la forme était le principal. Le vers français devint donc un apprentissage analogue à la pratique du vers latin. Tous ces motifs de développement, où l'idée ne fut qu'un prétexte à l'industrie du détail^ ne ressemblent-ils pas un peu à ces modestes devoirs où l'écolier commence à se faire la main? Grâce h cette gymnastique, certains poètes finirent par se dégourdir, et réussirent même à manier leur outil avec une dextérité remarquable. Aussi n'aurait-on que Tembarras du choix, si l'on

voulait en offrir de jolis échantillons aa\quel^ &'a|>pliqueraient assez bien, comme un éloge mêle de blAme, ces vers où Campenon représente les fleur> artificielles :

Oui, loin dos chain()s, il est une autre Flon*.

Qoe l'art fait naître, et que Paris adore ;

Vous ne verrez, dans ses temple;) trom|M!ur>,

Oue fe>toii:< S0C5, que guirlandi* inodore .

Là, quand Tliivor nous livre à ses rigueur*,

Vn fanx pr intempe» se reproduit sans ceas^r ;

Et, sous les dui^tt de la jeune pntn^sv

Qui par Min art o*»e iiiiit«*r Io«» fleur*,

Le lin docile en p^'tale se p!is>e,

$>e frise en feuille, on s(> courbe en ealice.

Sur C4's U>uquet>, ma:unnU6 d*-^ uphirs^

Va pinn^au sûr adroitement d^^'i^ose

L*or du penAt, le carmin de la n»*e.

Ou de l'iris nuance les sMipliirs,

Pui^ oQ les voit, dans nos folU^ orjits^

Au >4Mn de> hais, loin di^n ftMix (lu M)U*il.

S't'imnouir aux rayons «1»»^ bouiries,

L*(Hil applaudit à leur éclat vermeil;

Mai« >ur c«*î« Ih'Urs, c*nfauts d nue autre Flore,

Je cheivhe en ^aiu hs pt*urs d'un* 'ttttn .iufrr.

(«ampeuon aurait pu dislii){;ucr sur ces fleurjusqu'à ces gouttes de rosée qu'il n ose nommer qi.c par périphrase; car elles s*imiteut, elles au>:>i. MaN ce que nous cliercberions en \ain^ soit en ^a J/"*son des champs^ sciit eu d'autres œuvres aualot:ue>, c'est Tàme, le seulimeii', la vérité, la vie, à *avvir le t^ecret de cet art souverain qui e.<i la pot*»ie m<>me '.

•|4**** JUiT^'i-eu |Mr rrtte tJc*«Ti(iti«ia ilu k^artit'tmnrrrt : l»«i\î» '-••(1 «eut, 1* (» rui* , el r«»u>n • iiO»m ,

Sans dénier toute estime à un genre protégé par le iiouvenir de Delille, de Fontanes et de Chénedollé, permettons^nous donc de préférer à la monotonie du style descriptif telle ou telle épigramme dont la pointe réveillait alors des lecteurs assoupis.

Ici du moins, la langue française reprit sa franchise, et sa verdeur. Oui, quand on vient de subir les mignardises de ces agronomes « qui ornent de fleurs le soc de Triptolème PyOn est prêt à faire bon accueil même à des méchancetés trop brutales qui décochent la flèche sans Tenjoliver, par exemple à celle-ci :

il m'appelle petit autear :

Eh bien I c'est un petit malheur.

En attendant que l'on me dise

De quelle taille est mon censeur.

Je le mesure à sa sottise,

Et suis frappé de sa grandeur.

Tel est encore ce coup de boutoir administré à

Et de nos toits tout à coup s'approchaut. Semble y porter Teffrayant météore.

N'avez- vous pas la tlèche de Franklin, Qui^ vers les cieox s ouvrant un sur chemin, Dresse sa tige, atteint la foudre errante. Et de ses feux aussitôt «'emparant, Du liaut du fer où leur flamme serpente. Guide à vos pieds leur courroux expirant; Taudis qu'au loin les cloches du village, Que font mouvoir l'ignorance et la peur. Vont dans les airs tous noircis de vapeur, De leur vain bruit irriter le nuage.

Nous nen persistons pas moins à dire que l'accent passionné fit ir'.tp défaut à tant de redites pastorales. Ces versificateurs oublièrent r^ il en est de la campagne comme de l'amour; pour la bien chanter,

C'est peu d'être poëte, il faut être amoureux.

ISO LA POESIE SOUS L KMPinE.

Luce de Laucival par le môme écrivain, Fabit^n Pilleti qui se trouvait du reste eu cas de légitime défense :

J'ai lu leâ vers dont il m'assomme, Mais je Ws ai las sans hamcor.

Si tous st^^s madi'igaux sont d'un mi^ctiant auteur. Son épigramuie est d'un l>on homme.

On avait la libre Tort chatouilleuse dans ce moude de critiques et de régents, où se coudoyaient tant de vanités rivales et jalouses. £n voici un nouveau témoignage qui, pour être anonyme, n'en sera |>a> moins le bienvenu*

Du Dieu des arts olxours persécuteur», Je ris, i)/*dants, de vos compioU hirbare^: Jo ne crains point vo^ plat> inquisiteurs, Vos affré^rs, ni vos soU en si marre.

Je dompterai tous vos grim.iudH Ijtin^; Nouveau Samson, j'en aurai «eu! la doire. La change sonne; avancez, IMiiliMins:

Et toi, Dorval, pnHo-moi ta maclioire !

Parmi ces duels d'amour*prt>pre figurèrent p;*.!d'une fois des acteurs en vue, notamment Haïuir- Lormiau et Lebrun, dont les épées s'ulaienl in ■- ^ces dans cette attaque, et cette ripo^tc :

l.rl>;iin <l«' pinire ^c n miiit ; Au'^si. \it\c/ ciMiiiiu* il niaiLTit!

-^ SuthH4» nitretn-nt I «MnlN)n{Mimt ; Au -«1 iUitur uv niaient |H>iut.

Pui>que répi^'iaiume &et vit alors d a^riic au\ ^'...«

d'esprit, profitons-en pour sauver aussi de Toubli cette bagatelle â*Andrieu\ :

Que de coqains dans notre ville, Monsieur Horpin, sans vons compter I

— Morbleu I cessez de plaisanter, Un railleur m'échauffe la bile !

— Hé bien ! soit : je change de style ; Déridez ce front mécontent.

Que de coquins en notre ville^ Monsieur Hcrpin, en vous comptant !

Cette correction malicieuse n'est-elle pas d'un tour fin et spirituel? Mais j'aime mieux encore la gaieté philosophique de l'impromptu suivant qu'inspirait à la plume d'Andrieux une promenade aux Catacombes :

De ces demeures redoutables Les froids et mornes habitants Sont devenus fort bonnes gens :

Point ennemis de leurs semblables, Point serviles, point arrogants.

Point envieux, point irrital)Ies, Point menteurs, et point médisants, Et point bavards insupportables.

Ma foi ! quand je songe aux vivants.

Je trouve les morts fort aimables.

On le voit donc : l'arme de Tironic ne se rouilla jamais en terre gauloise. Mais César ne lui permettait pas de se jouer ailleurs que dans les querelles littéraires, ou contre les travers généraux qu'on peut fustiger sans irriter les puissants. Aussi est-ce à titre de rareté que nous terminerons notre esquisse par ces deux traits qui eurent la chance d'échapper h

l'œil vigilant de la censure. L un est un jeu de niDt^ assez inolTensif :

Du grand Napol(*on je suis radiniratriir; S'il me croit son sujet, je suii^ »<m serviteur,

L*aulre, intitulé Dialof/ue de Bertrand et de Bonaparte^ cache un cri de colère contre lo^ hécitombc; des champs de bataille. Le voici :

Sire, il ne reMe plu5 un ^»ul homme i!.«* nôtn*«. — Ami, f«ii<-toi tuer; j«» vain en rh»»rolier d'autn-^.

Cette épipranime perdue dans le \ferntre pourrait être la moralité de notre étude ; cir elle expliqu*» mieux que toutes les raison^' liltéraire> l'inanité dt» la poésie impériale.

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