‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 27 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

C'.j îti#ions. — Le style faui. — Les puérilités de rharmonie imi- Uti\e. Les recettes d'onomatopées. La rage de la périphrase. La rtnitine dps expresàicos toutes faites. — La poésie mécanique et imnersonnelle. — La langue morte. La fausse noblesse. Les hyj>«cri>ies de la parole. Les classiques de collège. Regain chélif <:ime terre épuisée. Radotage d'une poésie sénile. Nécessité d'une ll^Yolutiott littéraire.

Du résumé rapide qui précède on conclura que la Poésie de l'Empire, celle du moins dont nous avons tracé l'esquisse, fut aussi stérile qu'orgueilleuse en ses prétentions. Non-seulement l'air lui fit défaut dans la prison oîi elle étouffait; mais, lors« qu'elle voulut en sortir, elle prit une impasse pour le grand chemin, et substitua des règles factices ou étroites à ces lois naturelles et simples, qui seules se concilient avec l'indépendance des génies créateurs. Il y eut alors des échos, mais peu de voix ; de pâles reflets, mais, pas de centres lumineux ; des ouvriers, mais point d'artistes.

Sans doute on connut assez bien le mécanisme de la versification ; mais cette science n'alla guère au delà des minuties qui intéressent le doigté, l'oreille, la mesure, la cadence, en un mot le métier. Ce fut le règne de cette mesquine industrie dont les forts H les habiles peuvent se passer. On ne vit dono

i9i LA POESIE sots L'EMPIRE.

fleurir que la médiocrité studieuse à laquelle sufC^nt des audaces de grammairiea, des minauderies de ieille coquette, ou des finesses de pédant qui wdi faire Taimable.

C'était, par exemple, le temps où un homme d*e^prit et de goût, Fontanes, se félicitait d'avoir ^u rendre un charmant effet d'harmonie imitative dans ces vers qu'il mit vingt fois sur l'eoclume :

L'endos oh la serpette arrondit le pommier.

Où la treille en grimpant rit aux >eux du fermier.

Par le redoublement de ces r, il s*imaf:inaii communiquer k son lecteur Timpression d*un si>urire I II ne rot^arda pas non plus conmie perdue toute une matinée qu'il crut devoir employer à induire ainsi cet hexamètre de Virgile :

Mltï.i in apricf 4 coqnitor vindemia mxîi . Sur U*s cotoaux Toisins cuit la grappe amollie.

En rapprochant les deux terminaisons eo t\ il <« flattait d avuir enflii rencontré, parmi bien uo tA« tonuoments, l'heureux équivalent < de cette âen-'ition de maturité que le latin exprime par les ôt ?t* nencod eu û».

Os questions avaient alors une importance capitale, aiusi que l'atteste un poOme en quatre part.o où Tun des chansonniers de Tère impériale, Auxu^^ tin de Pii», enseigna par le précepte et l'exemple a>i;>meot la combinaison des syllabes peai repiuluire

LA POËSIE SOUS L'EMPIRE. m

tons les bruits de la Dature, depuis les éclats de la fondre jusqu'au bourdonuement d'un insecte.

Essayant ce qu'il appelait Vanalyse de falphabet, fl continua donc les leçons de philosophie données au Bourgeois gentilhomme. Pour nous apprendre la ïalear musicale de chaque lettre, ne s'ingénia-t-il pas i fabriquer ces bouts rimes :

Ici TM à son tour sur ses trois pieds chemine, Bt l'N A ses côtés sur deux pieds se dandine; L^ à mugir s'amuse, et meurt en s'enfermant, L'N au fond de mon nez s'enfuit en résonnant. L M aime à murmurer, l'N à nier s'obstine, L^ est propre à narguer; TM est souvent mutine : f .v *° °^^«" ^^ mots marche avec majesté, L N unit la noblesse à la nécessité.

Benouvelé du ^, l'X excitant la rixe Uifise derrière lui l'Y grec jugé prolixe; p mis, malgré son zèle, au même numéro, Le Z usé par l'S est réduit à zéro.

Ces puérilités, les régents de la prosodie les prenaient pourtant au sérieux, et il y eut des admirateors prêts à s'extasier devant cette cacophonie burlesque:

Dieux! Quel charivari! les castagnettes claquent! La guimbarde frémit entre les dents qui craquent; tX, tout près du triangle à contre-temps frappé, La vielle, en grinçant, flatte un peuple dupé.

Oui, Ton obtenait une minute de célébrité par I onomatopée que voici :

étendant dans l'Etna retenUr les marteaux, Dont il tente en trois tempe d'attendrir les métaux.

de la discorde, l'astre des jours, les fleurons d*iine couronne, le sceptre de la poésie ». Hais il faudrait tout un lexique pour ce catalo^'ue enrichi depuis p ir H. Prudhomme. Chez ces écrivains, Vénus e<t toujours, invariablement, la Mère des Grâces^ C^rè» la Déesse des guérets, Bacchus le Dieu de la treille ; l'Amour, Zéphyre et Flore forment une sorte d*in<f parable trinilé. Virgile ne cesse pas d'être le /x/^ teur de Mantouej Bussuet ou Féneloa tavjle de Meaxix ou le cygne de Cambrai.

La prose elle-même se barbouilla de ce \emi> qu'on croyait poétique, veni l'an 1811 ; jugoz-i'n par cet échantillon : « Les Jeux et les Ris aiment h voltiger sous les lambris dorés. Cloris, Vertumno et Pomone se disputent l'avantage de parer le^ banquets du riche de leurs plu:^ beauv dons, et c\>^t sur sa paupière que Morphée se platt à cfTeuIli^'r ses plus doux pavots. » Elle e>t anonyme ci*ttr> phrase que je rencontre au Moniteur^ dans un rumpliment dédié à la Reine Hortense ; mais elle ne Te^t pas plus que bien d'autres recommandées alors \ xr des noms connus.

Cest ainsi qu'une littérature sénile tendait à d**^ venirde plus en plus impersonnelle. Voilà son carao* tore propre. Le style cessa d'^/r^ FHonvne; il fut une livrée banale qu'endossait le premier ?enu. Oi:i« toutes les œuvres furent taillées sur le m^me pa^n-^, dans la même étoffe, comme les uniformes d'un n'.r> ment. Tous les vers »emblère!it |)étris de la mAnit* pâte, ou fondus dans le même creu.set, ainsi que le

LA POÉSIE SOUS L'EMPIRE. m

remarquait déjà un critique de ce temps, Auger, dans un extrait oh je lis cet aveu*: <( On est vraiment effrayé du nombre de gens qui, aujourd'hui, savent rimer élégamment des idées rebattues, et des images surannées. Tous les mots de la langue se présentent à la mémoire, escortés de leur épithète obligée ; on a fait provision d'hémistiches sur tous . les sujets, et le premier soin des po6tes est maintenant non pas de rendre sa pensée, mais d'éviter la rencontre des formes sous lesquelles cette pensée a été rendue cent fois avant lui. p Même en abordant les sujets contemporains, ces plumes de perroquet trouvaient le moyen de les affadir par d'insipides redites, ce qui n'empêchait pas un académicien de louer officiellement un vrai talent dans ces vers tirés d'un poëme sur la campagne d'Autriche :

Le faible laboureur, quittant ses humbles toits, Prête son bras rustique à la cause des rois; Et la faux des moissons en son champ délaissée Par le glaive guerrier est par lui remplacée. Le savant, à regret fuyant ses doux travaux, S'étonne de marcher dans les rangs des héros ; Et l'babUe artisan, abandonnant la hache, Voit son paisible front ombragé d'un panache. Ici le fer, le bronze, amollis par les feux. Se transforment soudain en glaives belliqueux. Le salpêtre arraché dans les flancs de la terre. Dans des tubes d'airain va lancer le tonnerre.

Ces symptômes d'appauvrissement progressif n'alarmaient donc point les arbitres du goût. Au contraire, ils voyaient là des miracles opérés

SOa LA POÉSIE SDUS L'eaiPIRE,

par la grâce d*une infaillible orthodoxie. Us croyaient faire Télope de leurs contemporains, en écrivant ce qui suit : « Si on examine aujourd hiii les produits de notre littérature, un con\icndra qu*' jamais on ne sut mieux arranger les mots, mi^ui cadencor la phrase, mieux choisir se-? e\pre^-i»»ns. Aux }eux d'un étrangor, tous nosécrivai ns j»arai>scnt avoir le môme st}le.» Ilôlas! oui; ol cette éj»igramme involontaire condamnait, sans le sa\uir, rindigcnce incurable de ces versificateurs qui uc parlaient plus qu'une langue morte.

Ce mal, ne Taltribuons pas seulement à la cornpre-sion asphyxiante qui pesa sur les int(»llii:e:î«*i»>. D'autres causes avaient préparé la décadence que nous constatons. Les g(»rmes en sont \i>ibles dos le xvni' siècle, jusque dans ces jolis povlt^s dont h» >i}io si soigné, si méticuleux, si scrupuleu>emont cnunraatical, nV^ffre sans doute aucun pri>e à la criii<|uo, mais nous inquiète déjà par je ne sais quoi de fré!»* et de fugitif (jui échappe à l'anah se, et preMpieàlà perception. Oui, il y a de rinsaisis>able dansait:»' élégance inanimée dont Taccent ne vient pas du ro i:r et n'y \a point, dans cet agK'able murmure n:') caresse Toi cille, mais ne fiit qucfllcurer IV^^prii. Soufflai >ur c«*> pii:(*<, et il ne vous en nvt«Ta rien, ou pres^jue riuK C'e>t connn* raiU- d*nn p.i;»il.'»n fn»is>é : fait.'^ \ulor la pnu^-^iére diapn'fqni la ri-Ii-n.\ et vous u*anriv. pins entre les di>i;:l> qu'une {wi]* membrane, le rrnfm irsfi/is de Pétrone.

Ou'ad\icndra-t-il donc lorsque, l'Ame légère qii'

animait encore ce vocabulaire exténué venant à s'évaporer et à disparaître, cette gaze fragile ne sera plus brodée que par des phraseurs qui croiront avoir le monopole du beau-langage, ou par des éplucheurs de syllabes qui veilleront en tremblant à la garde de leurs rites sacro-saints? Dès lors, on traitera d'inconvenant et de maussade tout ce qui donne à une languesa physionomie vivante et sa vertu expressive, les archaïsmes, les idiotismes, les vocables propres, les locutions indigènes qui furent la végétation naturelle de notre sol, tous ces gallicismes dont la saveur est distincte, mille tours vifs et clairs, en un mot, tant de formes ingénues, énergiques ou originales qui naquirent d'elles-mêmes sur les lèvres de nos aïeux.

Aussi, plus de franc parler. On déclare suspecte celte éloquence robuste et souple qui sait allier la verve à la grâce. On proscrit la candeur, la familiarité, les libres saillies, tout entrain, toute hardiesse, tout caprice. Or, cette diète débilita le tempérament d'une race généreuse, et y tarit jusqu'aux sources de la vie. Car l'hypocrisie de la parole décourage peu à peu la pensée même ; et, la contagion gagnant de proche en proche, le goût du petit, du faux, ou de 1 affecté finit par supprimer celui du simple ou du vrai. On en vint à ne plus comprendre des maîtres encore acceptés par habitude, mais qu'on ne pouvait plus aborder de front, et sans l'aide d'un glossaire.

En revanche, on se rabattit sur les classiques de second ou de troisième ordre, c'est-à-dire, sur ces

ternes imitateurs dont le style effacé n'a pins de marque, et ressemble à ces mauvaises épreuves qui sortent d'une planche fatiguée par de nombreux tirac-^, usée par le jeu de la presse. A force d*étre mise et remise dans les mêmes plis, la trame des idrt^ s'était limée, ou coupée. Fané par un long usA:;e, Irf» vocabulaire de la poésie rappela ces costumes d^ théâtre dont l'éclat s'est tellement flétri sous le fru de la rampe, que, de la noble scène où ils figuraient avec honneur, ils sont descendus, de chute en chute, jusqu'aux acteurs les plus obscurs auxquels ils servent indifféremment, dans n'importe quel rôle. Par eux-mêmes, les mots cessèrent alors d'avoir un^ signification propre. Il ne leur resta plus qu'une valeur fictive, comme à ces vieilles médailles, frus*«^ et démonétisées , qui , n'ayant ni exergue, n: légende, ni titre, ni revers, n'attendent plus que le balancier et le coin.

Si la prose eut meilleure fortune, elle le dut k ;i philosophie et k la politique, c'est-à-dire aux lutî'S dont elle futTarme nécessaire. Grâce àMontesqui^î. k Voltaire, k Diderot, à Rousseau, k Mirabeau, il ^ forma un ^tyle agissant, valide, plein de éhas^. qii ne s'apprit ni dans les livres, ni sur les bancs, <;*:! n'appartenait ni k la cour, ni aux salons, ni aux Andémies. D est rare, en effet, qu'une révolution o;. . rée dans les idée^t ne contribue pas au renou^e. «^ ment d*une langue. L*italien n'était qu'un ba^-Ltttn gothique, lorsque le Dante se leva sur les ruiner f .mantes des guerres ci>iles. Shakespeare eut |tour Nr-

LA POÉ5TC >OrS LTMraE. SB

cean les dramatique? discordes qui sohFirrat le schi^ me de Henri VIII. )liltoD ar&lt m le pandœntonium du Parlement, et le sacriâ«?e sansrimt de^liite-Hall. Les snblimes bouffonneries de Rabelais naquirent en pleine réforme religieoie. La Fronde elle-même, cette misérable léToIte de couplets et de barricades, ne fht pas étrangère à la sagacité pénétrante du cardinal de Retz, à la profonde misanthropie de La Rochefoucauld, et an scepticisme acrimonienx de Hézeray. De même aussi, la forte trempe des pas* sioDs populaires rendit comme l'alacrité d'une se* conde jeunesse à un idiome qu'avait trop raffiné l'esprit de société. Sans absoudre ni réhabiliter la barbarie d'un temps où il y eut beaucoup de déclama* tien, nous ne saurions cependant contester que cette rudesse même des mœurs publiques fut une réaction opportune contre les énervantes délicatesses d'un langage cérémonieux jusqu'au mensonge, ou coquet jusqu'à l'afféterie. On se trouva du moins forcé de changer de ton, ne fût-ce qu'afin d'être entendu malgré Torage; et, si l'agrément se perdit pour un jour, on retrouva la virilité qui valait mieux. C'est que l'acte d'accusation lancé contre une monarchie dont les racines étaient si antiques ne pouvait plus entrer dans le moule d'un panégyrique, ou d'un discours de réception.

Mais, tandis que le volcan faisait éruption, les poètes continuèrent à tirer leurs feux d'artifice. J'entends par là qu'au lieu de se mêler à la vie publique, ils se tinrent à distance du foniu), et ne

Î04 LA pofes!f: sors LTMPIIiE.

soDL'èrent plus qu'à remuer des cendres éuint»-. De là toute une littérature auj^si ét^ang^^e à la nat! • qu'à l'intelligence de Tart, et qui ne fut plus qu'u bruit cadencé, qu'un valu et monotone Inairdonnrmont. Si parfois on flatta roreillt»,on ne sut rien d r. à Tàme. (Juant aux yeux, ils durent se ci»nton*»'r d'ima,i:«s douteuses, dénut''es de relief ou de mu'» î:r, de métaphores incoliérentes et fuisses, de ct^ i.— quisses dont le vau'ue de>>in n'«»se arouw^r d»»> f .-• mes di>liiirtes. Car, dans ces \ers «iniorés et a iriî. d'irrrméjJi.iMe pn^-aï-nie, jamais rii!»-e ne >ur^ l d'un i^*'u\ j t, avec hardiesse et lt)::itiue, arm«r j- :.: aiii>i dire d(» j^i^^d en cap. Elle tAtcmne, ellr 1m ,^ i}- , elle ne parle qui» de mémoire : tout srnt l'itu ! , l'acquit et r«'mi>runt. Faite depitV^s iapiM»rli''S, i • totite cou-ue de reprises maladroites, celte lan-;e n'est qu'un jargon in>ipide où le néoliui<me mr:ii'\ si parfiiis il ose s'y ^'li>ser, de\ient une impn»pri» w prtt'n tienne et maniérée.

Il n'y eut dnuc pas là flonoMm ou renai-^a'ir , mais n»L'ain cliétif d'une terre épui>ée qui ne p'du'^it sa maiizre moi-^^n qu'à force de lih»ur. h : d'autre*? termes, la plupart de c»*s [x»rîes éjM !t'r> '. raî;>lKi!M»t de la première enfance; ce ne N»:.t q .•• de^ éi'iiljir-, et ils ne ^*l•l^»\^r^'nt même pi-^ à I. diLiiil»' d'une Kmle. v II e\i>te, di^iil M. Vi«* r IIu;:odan> >a pnt'.nv d» ^ (hhs d IUtii'h!»<^ cerîiii.- * cau\ qui, >i \ous y p!onL'»z nue H ur, un fn;.î, un oiseau, m» vou-* les rendent, au IhuiI de qui*!-;:;» temp>, que ^e\étu^ d'une ép:is>e ct»uche de pii-r:^ ,

SOUS laquelle on devine encore, il est vrai, leurs formes primitives ; mais le parfum, la saveur, et la vie ont disparu. Les pédantesques enseignements et les préjugés scolastiques opèrent le même effet. Si vous y ensevelissez vos facultés natives, ïotre imagination et votre pensée, elles u'en sortiront pas. Ce que vous en retirerez conservera bien peut être quelque apparence d'esprit ou de talent ; mais ce sera pétri&é. » Cette comparaison est la coDctusioD littéraire et morale de notre élude. Car elle dit, mieux que nous n'avons fait, que le sentiment et la pensée sont tout en poésie. Voilà pourquoi celle de l'Empire fut une fin, et non un commencement. Cependant certaines lueurs annoucent que le jour reviendra. C'est ce que nous allons proufer, en distinguant ce qui fut digne de ne pas èlre tout à fait oublié.

208 LA TKACiEDIK SOIS L*EMPIRE.

Sur ce champ de bataille, les opinions \inrent >e toiser d'un rei:ard inenaraiit ; mais entre elles la lutte n'était pas éi^ali». Car il eût été dani:en*u\ i!«» siffler des platitudes, ou drs infamies. Le Câialiracchus de Marie-Joseph Chénier ne lut-il i taccusé dVMre un moiîéré? Oui, ce cri du trihuu : « Des luisj et non du sany! n excita riiniiirii.ili •.. d enerfrumènes qui le dénoncèrent au G^niiit* il»' Salul public. En nvanche, des ovation^ etaiiul résenéesàces parodies où l'on chantait la j:rdn»:'messe a\ec tout Ta] [Kireil >acerdnlal, à dt»s Att.»llaiu'> honteuses connue lu Jat/cmeni dernitr des rui> jur S}l\ain Maréchal, ou au iriossier répertoire des pii— ces incendiaires qui ^e donnaient pour des kM;un^ li»civisme.

La liberté des spiulacles >enait delre dècnt». lorsqu'un membre de la Omxeiition, le cituveu <iini^ïîieu\, înrriiiiiiia d ms Mrm/tv le scandale d'ui.e Reine en deuil (Miirant la |HTte du iii»i d>»nt el e étiiil rép4)u>e, La \cu\e de (lre>pb<»nte fut do;«proKTite pour avoir o.-e rappeler à des re;;iiide* ij rovaU itriMiiuiIèi-edu Teniiije. (Juellrs iMmvai»Mil c:re les franilii-e> du talent, au lendemain de> mos^cre* de Septembre? « Le> llebeit et les Chaumel.e^ t:.: un conteuiporain, n'empltiient pas les ci>eaui; :^ font us.iLe du laret. » .Nt>s f:rands cla^^îque^ euxmêmes ne M^rliienl pas >aiii> et >auf> de c^-î!' épreuve. Le Cil hit, il e>t vrai, tt«leie, mai^à o»uô.* lion que le lloi l>(>:i i ertiand, |M)urtaut m dtU n* naire, devint une sorte de Sanlrrre, uu ^^éneral de .

garde nationale au service d'une Espagne républi caine. On interdit Cinna^ parce qu'au monologue d'Auguste un sans-culotte s'était écrié : « A la lanterne, l'auteur ! » Dans k Menteur , Cliton ne put dire impunément :

Elle loge à la Place, et se nomme Lucrèce. — Quelle place?... — Royale,^.

Ace mot malsonnant fut substituée la Place des Piques ; la prosodie s'y refusait, mais les clubs l'exigèrent. Racine dut se résigner aussi à des épurations. Tandis qjïlphtfféme était condamnée, «comme on monument de l'antique superstition qui faisait agenouiller le peuple devant la femme Capeii^^ on arrêtait au passage ces deux vers :

Détestables flatteurs, présent le plus funeste Que puisse faire aux rots la colère céleste.

Un correcteur ingénieux remplaça le texte par cette leçon nouvelle : que puisse faire j hélas ! Si Ton consentit à autoriser Tartufe^ ce fut sous la réserve d'un dénûment dans lequel ce vers :

Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude^

serait tourné de la façon suivante :

Us sont passés les jours consacrés à la fraude.

Un patriote se chargea de remanier le Misanthrope» Il en supprima les petits marquis, et le vicomte ; il bannit le roi fleuri de la chanson, et accommoda tous

Sl« LA TRAOÊDIE SOUS L'EMPIRE.

les détails du style aux impérieux caprices du « •#• cabulaire plébéien i • Quant à Voltaire, qui oomplâit pourtant bien des amis, il ne put échapper à ce conseil de révision; et la Mort de César ne fut admise qu'après avoir comparu devant un président du tri* bunal révolutionnaire, le sieur Gohieri qui retoucha le discours d'Antoine.

On peut juger par là des excès inspirés aux oour-^ tisans de la populace par cette fureur de basse flat-» terie. Sauf deux ou trois noms qui se respectèrent, ce Alt vraiment une irruption de barbares. EUe parut si méprisable à ceux mêmes qui l'avaient d'abord encouragée que le Moniieur finit par y voir « une conspiration de Pitt et de Cobourg » , organisée dans le dessein d'avilir la scène française. Nous ne parle* rons point ici de ces rêveries malsaines qu'enlanta le délire d'une ivresse. On ne voyait plus guère, même dans la maison de Molière, qu'étalage d aveo« tures sanglantes, ou de crimes invraisemblables donnés en pfttureà des foules blasées par les émotkms quotidiennes delà guillotine. Le cœur humain n*eut plus aucun rôle dans cette exhibition de monstre» ; et, si un jour le public s'étonna de se sentir tourbe par des accents assez pathétiques pour lui arracher des larmes, l'honneur en revint à un étranger, à Kotxebue qui offrit à l'hospitalité de la France Misanthropie ei Repentir.

En donnant quelque relâche aux passions, le Di* ractoire ne rendit pas la santé à des imaginatiooa malades; et pourtant, jamais telle aflhienoa m ae

LA THAOÉDIB SOUS L'EMMRB. 211

porta vers les jeux de la scène. Mais ce n'était qu'une eohae d'agioteurs et de pai^venus, dont la plupart distinguaient à peine les vers de la prose. Aussi ces rassemblements d'yeux et d'oreilles ne saVaient-lls ni voir, ni eatendre.

Des causes toutes llttétaires contribuent d'ailleurs ) expliquer cette inévitable décadence. Je veux dire qae l'École classique avait touché ce terme au-délft dnqud toutes les choses humaines conmiencent & dédiner. Elle était assurément susceptible encolle de penser avec justesse, et d'écrire avec coi^rection ; mais, tous les sujets et toutes les formes ayant été comme épuisés par deux siècles d'invention origi^^ iiale, la pire des littératures, celle des réminis"» cences, végétait seule, sur un sol appauvri.

On ne créait plus, parce que l'on ne sentait plus« Pour ces yersificateurs asservis à des règles mal comprises, la construction d'une intrigue dra^ matique n'était qu'un problème de mécanique^ consistant à combiner des redites déclamées par des fiintômes dont le langage ne fut que l'imitation, non des maKres, mais de leurs p&Ies imitateurs. Dès lors, nul souffle venu de l'âme ne circula dans ces fictions abstraites d'où la peinture des caractères avait disparu, pour faire place à de creuses tirades. Les triomphateurs du jour furent ceux qui, sans^ égard pour les situations, les temps, les lieux, ou les personnes, surent le mieux enchâsser dans leurs hémistiches bruyants quelque maxime ronflante dont IVpropos philosophique ressemblait de loin à une

114 U TRAGÉOIB 8008 L'KMPIRK.

lait jadis la pompe réglée des anabaaes oq dea par»» keses» U ftit le premier que Tod entendit parier et crier» au lieo de s'assujettir à la mélopée d'an tatif solfeunellement monotone. Produisant les lions les plus puissantes par les moyens les plus sim* pieS| il ressuscita véritablement TAme de ces héfoc qui n'étaient que des ombres inanimées, avant de s'incarner en lui. Dans sa manière s'annoocèrem déjà les instincts d'une réforme qui, en attendanl ses poètes, eut alors son acteur. Ne lui arrifa*t41 paa souvent de jouer Racine, comme un interprlle de Shakespeare? Son expression créatrice transfigurait jusqu'aux rMes médiocres qu'elle fit seule valoir par l'illusion d'une fugitive métamorphose. Tous les succès de ce ten^ furent donc les siens. Parmi bien d'autres preuveSi croyone-en ce mot de Bay* nouard qui, après la mort de Talma, se refusant à le fspise des Temptiên^ dit avec esprit ; « Non, aoo, je ne suis pu si sot; je ne veux pas qu'on ne étHàK a

1. Talma n'éUil plut te trairMi^o d« Chariêf /X, ia^fal «t m^ noIûM, fatiguant l'omlie d'una toik fniUurala qor W tmvatl *a«a4 potoi encore domptée. Soo orfnne maniant H •»mor^ fuit mk.Xr* > iDttlea lat ioOattmift, depui* lu plut doacvt Buan^ea jaiqa' onita qui te «iiAolulD^Dt c«>mme IVrUir et U foutlre. Il fiai premier à reproiluire U •tncte li<)fltlé du n^tume antique, à ^^ la couleur Ineaie dan* l'habit, le d«^r, H l'aœi^Mifv. II doQC la tran«fu«ioa du drame daoa la trm|réiii«. Lea onnIamparaiM et Lekaio dffeudin'Qi tamemeni Irt aQactin>f)i»me« dauirvt^*, la ma- JwU da la marche, et U mu«ique da la d^iiraattoci trailiitAiMKUK La vic'oifT du Doiatrur fût d«HM»iTa. Elia finit par ouTtir laa ymn «at plu* arruirlet, et l'oo ^wut dirv qu(« cr irr&od artitta flt le^'inat d« public. Il remlit ainai po«Mbl« uih» réf«>rme dr%mat>qiK.

LA TRAGÉDIE SODS L'EMPIRE. tll

Ces eonsidérations nous conduisent directement à l'Empire, sur lequel ne doit pas peser toute la responsabilité de Tennui que représente un groupe de rimeurs pleins de zèle, très-appliqués, sachant scan» der leurs alexandrins, possédant même la recette des liorrenrs oonyenables et des catastrophes décentes, mais trop dénués d'initiative, et trop Mdayes de préjugés scolaires pour bire autre chose que des amplis fiâtions de collège.

Débile postérité des Pradon, des Crébillon et des La Harpe, ils n'inventèrent pas la fausse tragédie; car die n'existait que trop avant eux : ils eurent ssolement le tort d'en prolonger le mensonge. Mais la bute en est bien aussi aux bravos qui saluèrent ses exercices de rhétorique. Lorsque la République eut sombré, on ne fut point en effet délivré de ces Grecs et de ces Romains dont elle avait tant abusé. Si les rois purent revenir de l'exil, si les costumes changèrent, si le personnel des héros parut se modifier, la poétique persista. J'entends par là que les œuvres du lendemain continuèrent k être anonymes, et que toute Idée de patrie Unit par leur devenir indifférente. Avant de se déguiser en roi d'Assyrie, le Ninus II de M. Brifaut Q'avait-il pas été d'abord un compatriote du Cid7 Or, pour opérer ce travestissement, il avait k peu près suffi de changer, des noms propres. Car le vocabulaire tragique réalisait la chimère d'une langue oniferselle. Tous les hommes de tous les temps, chez tons les peuples^ s'y exprimaient de lu même bçon.

Nous ajouterons que ravénenaent d'un régime où l'air libre allait manquer aux imaginations ne fot point fait pour enhardir des essais indépendants. N*avait-on pas à craindre les irritables défiances qui cherchaient partout des arrière^pensées politiques, vraies ou supposées? Oui, en un temps où les pas* sions dressaient l'oreille, les mots n'étaient plus lai^ ses à leur innocence première. Ce fut ainsi que le drame A' Edouard en Ecosse dut être sacrifié à des raisons d'État. Ayant vu dans l'héritier d'une race proscrite des allusions à la Maison de France, les royalistes accueillirent par des applaudissements frénétiques ces paroles du prince répondant au ookioel Cope, qui venait de porter un toast à la mort des Stuarts : a Non, je ne bois à la mort de personne, b Aussi, dès la seconde représentation, Foucbé ordonnait-il que le mot fût effacé. On obéit; mai> Facteur protesta par une pantomime dont l'effet dramatique fut plus puissant encore que le trait supprimé. Au lieu de relever le défi qu'on lui lançait, Edouard jeta son verre, et le brisa d'un geste indi* gné. Or, ce jeu de scène souleva des tranqnrts tds que Chaptal crut devoir interdire la pièce. Une antre fois, ce furent les républicains qui se portèrent en foule à la tragédie du Labaure%tr et du J|ot\ pour y flMer dans la personne de Don Pèdre le q>eetacle d'une couronne avilie. 11 lallut donc que la Censure interrtnt de nouveau.

Sortant alors de l'ombre où die se ditsimitlait^ elle n'hésita pas à instituer ouvertement on ni*

banal qui ne cessa plus de tenir les partis en respect Cette intimidation n'eût profité qu'à la coneorde publique, si l'intérêt dynastique n'avait trop souvent exagéré des rigueurs d'abord discrètes, ou même justifiées. Reconnaissons toutefois que le Pouvoir fit de sérieux efforts pour rendre de l'éclat aux pures traditions de l'art. Car, dès l'année 1801, des ordres précis imposèrent à la Comédie-Française la reprise trop négligée de notre ancien répertoire, qui retrouva ses honneurs perdus. Mais nul décret n'eut la puissance de lui improviser des émules, et d'inspirer de véritables créations à la timidité d'un goût assez pusillanime pour traiter encore Ducis iianglomane et d! extravagant.

Page 1