‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 40 sur 68 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Là fin d'uoe école; poétei intermédiaires. Écouchard Lebron, le Pindart fronçais. 11 eotreTit de loin un nouvel Olympe. Son originalité pioTUoire. L'hiérophante de la Révolution, h Tyrtée Jacobin. L mfirm'té du caractère porte malheur au talent. Habile artisan de mots, il sut défendre les prérogatives de la langue lyrique. 11 eut la passion de son art. L'ode du Vengeur,

Étant impersonnelles par nature, les œuvres de la scène intéressent Thistoire des mœurs plutôt que celle de l'Art proprement dit. Aussi convient-il d'étudier ailleurs les modes littéraires qui furent en vogue à une époque où la poésie n'était pas le culte solitaire de quelques rêveurs perdus parmi des indifférents, mais un plaisir d'habitude, familier à un grand nombre d'intelligences, ou, si l'on veut, une distraction élégante, presque aussi répandue que l'est aujourd'hui la pratique du piano. Dans un chapitre préliminaire, nous avons indiqué déjà les symptômes généraux qui^ sous l'Empire, signalèrent les tendances du goût, et les entreprises de l'imagination.

Mais ce tableau sera plus fidèle si nous isolons taines figures que distingue la célébrité de leur Dom, ou Tautorité de leur influence. Groupons donc, comme dans une salie d'honneur, les talents qui doivent être mis en vue, pour avoir les uns illustré d'un dernier éclat le déclin des traditions classique^, les autres enrichi notre langue, assoupli notre prvtsodie, et même soupçonné, par accident, les voles uù s'élanceront bientôt les véritables maîtres du siècle présent.

Aux approches d'une Renaissance se rencontrent d'ordinaire des esprits agités, à leur insu, d'une inquiétude pour ainsi dire prophétique. Mais, chei eui c'est moins une force qu'une faiblesse. Car œs iu^ tincts, que rien n'encourage dans le milieu cunlemporain, s'ignorent trop eux-mêmes pour s'affranchir des servitudes qui les paralysent. S'ils es^a}entdt> s'épanouir, en dépit de l'air glacial qui les tient tngourdis, ces germes, aventurée avant l'heure prioUnière, sont surpris par les vents, les pluies cm k^ gelées, et se dessèchent, ou ne produisent qu'à grand* peine des frtiits malingres auxquels la rigueur dj ciel refuse une pleine maturité. Aussi, maigre leur sève native, n'ont*ils qu'une amère saveur, oo mteH* tombent-ils en poussière sous la main qui voudrait les cueillir.

Tel est aujourdliui le sort d'Ëcoucbard Lel>niii« qui subit plus que tout autre rinclémence d'une ^re saison. Il doit compter pourtant parmi le» précurseurs qui entrevirent de loin les cimes d un

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vel Olympe. D donna du moins l'exemple d'accents fiers et superbes qui ne manquent pas d'une originalité provisoire^ en un siècle de raisonnement et de bel esprit| dans le voisinage des fades pastorales, ou des petits vers musqués dont la mièvrerie faisait les délices des salons et des boudoirs.

Au lieu de courtiser le caprice de la faveur mondaine, il se montra vraiment épris d'une gloire austère ; car, animé, par accès, d'une flamme intérieure, il eut l'ambition d*ëtre une de ces voix harmonieuses qui vibrent à l'unisson des foules. Bien qu'il se soit souvent exalté de propos délibéré, sans que son délire trop rassis rappelle l'enthousiasme de l'ode primitive, il y aurait donc une certaine ingratitude à railler cruellement ce surnom de Pindare français^ qui lui fîit décerné par une génération trop étrangère au sentiment de l'antique. Dans cette méprise voyons plutôt un hommage aveugle rendu par l'illusion reconnaissante de nos pères à la bonne volonté d'une Muse qui, pour la première fois, s'associait enfin à l'allégresse de nos victoires, aux pompes de nos fêtes civiques, ou au deuil des grandes funérailles, c'està-dire aux émotions qui faisaient tressaillir tout un peuple.

Quoique ces visées aient été compromises par de f&cheuses défaillances, elles témoignent pourtant de facultés qui n'étaient pas vulgaires ; et, sans être dupes de la rhétorique artificielle qui déconcerte des élans dignes d'une meilleure fortune, nous avouerons que sous ces erreurs mêmes se manifeste la

vaillance entrepreatnte aveo laquelle Lebnio di^;; un jour :

Ceux dont la présent est Tidole

Ne laissent point de souvenir.

Dttts an snecès vtin M frivole

Ils ont osé leur avenir.

Amants des roses passagères,

Ils ont les grâces mensongères,

Et le sort des rapides fleurs :

Lear plus long i^ne eet d'une aororir.

Mais le Temps rajeunit encore

L*anUque laurier des Neuf Sœurs.

Oui, il y eut un véritable courage à concevoir airiM, parmi les inconstances d'un monde ai dissi|H>y l'i !•« d'une vocation recueilllci ci à parler de long a\ei.':r, en face des insouciants qu'emportaient à la d^ri\i tous les souffles de la fantaisie passagère.

Toutefois, nous avons le regret d'igouter q .• l'estime à laquelle le pofite a droit ne va pa< ju^qti /: panégyriste orCcieli dont la complaisance fut ^. prompte à saluer de ses dithyrambes toute< le^ eau- ^ victorieuses, ou à lancer contre les vaincus d'uutrA* géantes imprécations. Ancien secrétaire du prie ^ de G>nti, prutégé par Louis XVI qui rbon<ri li SOS bienfaits, Lebrun ne devint-il pas niién>phai'*de la Révolution; et, après avoir tté radul::* * de Robes>pierre, n'a-t-il pas vendu S4>o enren^ à r£mpire, comme à la Terreur? Cette ineicu^i: versatilité justifia presque ce trait sanglant :

Oui, le fléau le plu^ funeste D*une l}re banale ohtieudtaît le« ^ccoixIa.

Si la Proie avait des trésor*.

LebroB it'rail loudaio le obantrv éf U Fa»t^.

LEBRUN. m

Le discrédit qui pèse sur sa mémoire ne tient donc pas seulement à des raisons littéraires. S*il sied d'être indulgent pour des faiblesses atténuées par les blessures d*une âme ombrageuse qu'avaient aigrie ses chagrins domestiques, on ne saurait oublier deux taches ineffaçables : d'abord les invectives du Tyrtéé jacobin qui) par une Ode £anatique| h&ta la violation des tombes royales; ensuite|Uueépigramme odieuse contre Carnot, dont le seul tort avait été de rester debout, parmi tant de ren^ts courbés jusqu'à terre devant un maître qu'ils détestaient, tout en a«cep* tant ses laveurs.

Du reste, ces infirmités morales ne fiirent point impunies, si Ton en juge par les intermittences d'une verve rebelle dont les inégalités confirment cet arrêt :

Le vers se sent toujoius des baftftftniHW da cœar.

Poète hargneux, atrabilaire et vindicatif, flatteur des grands et du peuple, chantre de palinodies éhontécF, U ne fut jamab capable que de soubresauts, et de jets vite épuisés. S'il tendit au sublime, il n'atteignit le plus souvent qult Temphase. Une flore ingrate dénonce che2 lui l'aridité d'un sol chétif fertilité laborieusement, à force de culture* 11 a parfois de vigoureux coups d*aile, mais qui fléchissent soudain^ conune s'il volait dans le vide. Quand il monte, OD sent l'efiort : il faut qu'il se guindé, et s'évertue. Inspirées par sa mémoire, et apprises plutôt que

spontanées, ses hardiesses ont rarement l'aiMu.c d'un essor involontaire.

C'est qu'un sophiste indifférent à l'idée comme ai. sentiment se cache sous les mensonges d'un lTri>mt' plein de calcul et de ruse, où tout est pour U montre et TeOet. A défaut de naïveté, d'ardeur soutenue, et de libre invention, nous devons di>ur nous contenter ici d'une facture savante, de mûu\»ments adroitement combinés, de vers sonore? <'ù puissants, qui tantôt s'exhalent comme des parfur^^ tantôt semblent sculptés dans le marbre, ou fimdu* en airain. Telle est, par exemple, cette fln de stn^i ! • dont l'énergie a tant de relief :

Vivant, nou*» ble>>on» le («rand Il«»niiii4*: Mort, nouâ tombons t\ ses genoux.

On nuiiue que la gloire aUrntr; 1^ mémoire e»t n*connai>sante, Les yeux sont ingi-al5 et jaloux.

Nou> lui saurons gi-é surtout d a\uir défendu '^ prérogatives de la langue lyrique ct)ntre la timi*' d'une (Vole qui prétendait réduire la poésie à ' prose, tt Lebrun est un po^te de mots », di>ait de ' Fonlanes. -— « Hais ce n'e^t pas déjà si peu », ^' pondit Joubert; et nous serons tous de son a^i». ^^^' la science de ^expre^sion eut alors plus que j«u: * son à-pro]K>s, parmi tant de pusillanime^ qi-- parlaient plus que le vocabulaire des rémini^ce: ^ et des lieux communs. Aussi serions-nou» tf" * de tourner en éloge ce {la^tiche satirique iiuu> i»-. •

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Baour-Lormian censurait des témérités dont Tau-^ dace lui sembla ridicule :

De l'immortel Lebran mesurez la hauteur.

Voyez-le déployant son vol dominateur.

Ceint de foudres, d'éclairs, traverser rEmp3Tée,

Et s*ouvrir dans le vide une route ignorée.

On connaît dans Paris son pouvoir souverain ;

Les vers qu'il martela sont plus durs que l'airain.

A des insectes-rois il déclare la guerre ;

Il fait rire son arc, enivre son tonnerre,

Boule un bleuâtre éclat en des yeux menaçants,

Ne craint pas de mourir, ûer de sortir du tentps,

Fait au front d'un monarque expirer la couronne, .

De la postérité fièrement s'environne,

Dénonce à Flore, aux lis l'insolence des vents,

Jusqu'au sein des Enfers porte ses pas vivants.

Peint de gloire et d*orgueil les âmes effrénées

Se plongeant à sa voix au fond des destinées ;

Et, fuyant d'un essor subit, inattendu,

A travers le péril, et Vobstacle éperdu.

Jeune de verve, il vole en des plaines arides,

Pour imposer silence aux hautes P}Tamides^

Tente le vaste Olympe; et, libre d'ennemis.

S'assied, en conquérant, sur les siècles soumis.

Nou, certes, tout n'est point bizarrerie dans ces alliances imprévues ; quelques-unes même nous paraissent fort heureuses, en dépit de la parodie qui les défigure. Elles furent comme la refonte d'une monnaie trop usée par la circulation. Ce que nous reprocherons plutôt à Lebrun, c'est d'avoir trop préféré le dessin h la couleur. Il a le contour net et ferme; mais son pinceau est froid, ou se joue sur nn fond gris&tre. Roides et nues, ses images n'ont pas de charme et de suavité. Elles sont bien contem-

iSê LES POETES DE TRANSITION

poninêê du style intuguré par le peintre David, vers Tépoque où nos temples probnés s'oufrtieot I li déesse Raison. Plus païen que lei Rooiains et !ts Grecs, il abusa des fictions allégoriques» tt ne ^ut point, comnaa André Cbénier» vivifier eette myth» logie abstraite par I*enebantement des Grftces décentes ou voluptueuses.

Ces défauts, dont il ne porte pas tootê la re:»pui)sabilité, ne nous rendront point ix^ustes pour une plume iAdttstrieuse qui sut polir sa matière. Oo p^ ut sourira du personnage théâtral qui singaail avae Uut de morgue AnacréoUi ou Plndare. On doit flétrir TApolloQ vénal qui se donnait effrontéwaot au dt rnier enchérisseur. Mais ne faisons pas fi d*an écri* vain qui eut la passion du bien dire. SI nulle auire religion ne féconda sas ouvres, ealla da TArt Wfut du moins une oonscieoce, et presque une vertu. Car, sans racheter tous ses torts» elle lui dicta fi^d'une page réparatrice, antre autres» Toda qui va^ it à la nièce de Corneille le pationage de Voltaire. Tx jour<4à, de beaux vers ftirent une belle action.

U f eut aussi da réloquenee dans les anathêoM* dont il foudroya las détracteurs de Bullbo. Sa ciCte oeoasion, tt égala presoue la majesté du génie doot il disait, à propos des Épofue$ de h nature :

Aa MtQ de TinOni ton Ame «'est laacée. Ta peuplas ses déserts de ta raste pensée s ta Natora aveo loi lit aept pas éelataola, Kif de son règne imnease eiahraesaat toal l

Ton immortelle audace A po«é sept f1im!»<»aai sur la nmte da Temps

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