‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 52 sur 68 · BA0UR-L0RM1AN · texte numérisé non relu

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biblique et dantesque dont la vogue contemporaine ou voisine de Werther, d'Obermann et de René répondait à l'appel secret des imaginations •

Venue d'Angleterre, où elle ne tarda pas à s'évaporer, cette brume s'étendit rapidement sur tous les continents littéraires. En Allemagne, Klopstock avait ressenti ses atteintes. Elle assombrit un instant le ciel d'Italie ; et, parmi nous, ce brouillard enveloppa si bien tout le domaine de l'Art que la musique et la peinture, comme la poésie, faillirent en être submergées. Outre que l'ennui de la mythologie païenne favorisait cette contagion, l'exemple de cet engouement partit de haut. Propagé par le goût personnel du maître dont le caprice faisait déjà loi, ce genre, si contraire pourtant à notre tempérament, eut bientôt un puissant prestige^ grftce au génie qui le prenait sous le patronage de son admiration . Arnault nous raconte en effet que les vastes pensées de Napoléon se complurent aux mirages de ces fictions héroïques où retentissait le bruit des «armes, parmi les lointaines perspectives d'une apothéose. Dans le barde écossais qui divinisait la valeur guerrière, uu nouvel Alexandre salua le Rapsode qu'il rêvait peut-être pour ses fabuleuses aventures. Revenant d'Egypte, il se faisait lire un jour je ne sais quel chant d'Homère, quand, impatienté des sublimes lenteurs qu'il osait appeler crun bavardage »,il prit brusquement un exemplaire d'Ossian, et se mit à déclamer avec enthousiasme un de ses belliqueux dithyrambes.

Un tel suffrage devait avoir une infaillible auto-

rite, surtout à cette époque où l'emphase était dans les paroles, et le romanesque dans les actes. Sou» l'impression récente d'une expédition dont les mer» veilles avaient comme un air de légende, cette Iliade qui ouvrait un autre Olympe aux victimes des ba« tailles devait donc tourner aisément toutes les tSies. Un peintre n'eut-il pas l'idée de représenter alors les cuirassiers de la garde reçus dans le palais de Fingal par les vierges d*Osstan, embrassant le» Walkyries dans les nuages, et, le sabre en main, décorés chacun d'une étoile qui étinoelait au dmier de leur casque, chevauchant en bottes à récujère parmi les vapeurs bleuâtres de l'Empyrée? La cri* tique n'eut cependant que des éloges pour cette singulière conception que nous appellerions une ca« ricature, si elle n'était signée d'un grand nom.

Nous hésitons nous-mêmes à en sourire • Car les meilleurs esprits encouragèrent cet entratoenieot universel. Conquise elle aussi, H** de Staël s'ae* corda, cette fois, avec le grand homme que partout ailleurs elle combattait sans relâche. Comme le glanerai Bonaparte, elle mit Fmgal au-dessus d'Achille, et s'ingénia même à justifier par une théorie de^ prédilections dont elle voulut faire une doctrine. Érigeant en principe cette fantaisie de la mode, elle déclara donc qu'une poésie née sous les frimas du Nord était seule assez puissante pour exalter le» eaurs, asses virile pour convenir aux instincts de notre âge philosophique, assez fiera pour développer ou stimuler en nous le sentiment de l'iDdépendancr.

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