‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 53 sur 68 · BAOUR-LORMIAN. W · texte numérisé non relu

BAOUR-LORMIAN. W

Intéressant à ses préfôrences les plus nobles mobiles de la vie humaine, le culte de la raison et l'amour de la liberté, elle alla chercher aux environs du pâle le foyer du stoïcisme qu'elle voulait opposer aux mollesses de cette Muse méridionale a dont les douceurs énervent les ftmes, et les précipitent vers la servitude ». Bien que de nombreuses objections s'élèvent contre ce parti pris géographique et psychologique, il est juste pourtant de voir dans l'Ossiam'sme autre chose qu'un travers dont s'amuse l'ironie; et l'on ne se tromperait guère en l'appelant le romantisme de l'Empire.

Or, pour exercer une influence épidémique, ces éléments qui étaient comme en suspens dans l'atmosphère avaient besoin d'être condensés par un de ces habiles qui, faute de mieux, s'entendent à épier les dispositions morales du public, et h saisir au vol l'occasion d'un succès, où il entrera surtout du savoir-faire et de l'à-propos. Toutes les fois que se produisent ces embryons d'École qui surprennent un jour de renommée bruyante, on est sûr d'y trouver la main d'un opérateur adroit à exploiter la curiosité, j'allais dire à jeter de la poudre aux yeux des simples, ou môme des clairvoyants. Tel fut le rAle d'un écrivain qui eut son heure, de Baour- Lormian. Doué de facultés moyennes, il put se passer des aptitudes supérieures, parce qu'il posséda l'ardeur, l'aplomb^ la dextérité, le coup d'œil, l'éveil et la résolution, en un mot, l'art de prévoir la direction des vents, et d'en profiter pour mener sûrement

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sa barque. Ce fut ainsi que, par une safre éoooomîf de ses minces ressources, et grAce à des placement^ intelligents, il réussit à tirer bon parti d'un food> modeste, qui finit par lui rapporter un asseï beau revenu de célébrité viagère.

Né en 1770, en Gascogne, parmi les livres, (car i! était fils d'un imprimeur), François Baoor ^étx: déjà paré du nom plus harmonieux de Lormian, lorsque, tout jeune encore, il vint à Paris cherrbfr la gloire que Qémence Isaure promettait à :»oq lauréat, couronné plusieurs fois au Capitole de Tt-u* louse. En ce temps-là, on allait loin avec une épopée, ou tout au moins une traduction en ver^ Paraphrai^er la Jérusalem délivrée par une imitatît>r assez infidèle pour avoir un faux air d*origioai:>, abréger, « corriger ou embellir » les descriptions pa* lantes et les grâces mythologiques du Tasse, ra%i%f r le lustre de ce que Boileau appelait trop dédaûnieQsèment du cUnquanij se mettre ainsi sous le pain^ nage d*une gloire consacrée, comme avait bit Del:, t pour les Géorgiques de Virgile, voilà ee qui parut uc coup de maître à un débutant qui voulait deren-r célèbre le plus tôt possible, sans s'exposer aui chances aléatoires, ou aux lenteurs de l'inventi- :. personnelle. Mais ce travail trop bàtif trompa de présomptueuses espérances : au lieu de mooler aui astres, il rasa le sol, et y fut criblé d'épigramme».

D'autres auraient perdu confiance ; mais on faucon ne se tient jamais pour battu; et, profitant de *. leçon, Baour remit allègrement son ébaocbe $ur 'f

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métier. Bien lui en prit ; car ce courage fut récompensé par la faveur qui accueillit bientôt une seconde édition « d'oîi il avait, dit-il, enlevé tous les bons vers, pour ne laisser que les excellents » . L'échec de la veille lui pesait cependant sur le cœur ; et, par un accès dliumeur vindicative, il s'improvisa brusquement satirique.

Cette métamorphose pouvait bien être aussi le calcul d'un joueur avisé se disant, et avec raison, qu'un peu de tapage aide à l'avancement rapide d'une réputation. Toujours est-il que, s'élançant au plus fort de la mêlée littéraire, il décocha tout à coup, à droite et à gauche, une grêle de flèches, parfois assez fines, qui égratignèrent petits et grands, non sans péril de nombreuses ripostes dont il essuya le choc en ferrailleur impassible et intrépide, qui plus tard montrera gaillardement les cicatrices de ses blessures, conune un vétéran les chevrons de ses campagnes. D'abord inoffensifs, ces duels faillirent pourtant tourner au tragique, lorsque Lebrun-Pindare entra en jeu; car, n'ayant pas l'habitude des armes courtoises, il se crut en droit de s'attaquer aux misères de la vie privée. Or, c'était faire la partie belle à un adversaire qui en abusa.

Mais si l'homme de goût ne sortit point sain et sauf d'une bagarre où il y eut scandale, l'homme de lettres s'en inquiéta peu. Disons plus : il s'en félicita conmie d'une bonne fortune. Tout Paris ne s'était-il p&s égayé des mots plaisants dont il était

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l'auteur, ou la victime? Retenu par laa mémoirea les plua rebelles, son nom s'était fait jour, et n'avait plus à craindre d'Atre estropié. D écha^iMit donc décidément à l'obscurité. Le pas difBdle se trouvait enfin franchi I Dès lors, sûr d'avoir un pulilie, il ne songea plus qu'à flier l'attention par le cboh d'une spécialité distincte dont il pût fidre son domaine propre, sans avoir à redouter la eoocar» rence des genres connus, et des renommées établies.

Pour un esprit aussi entreprenant que prompt à flairer d'heureuses pistes, la recherche ne fut pas longue. Dans le monde Scandinave récemment découvert par Letoumeur, il vit une sorte d'Atlmtida vers laquelle se portaient volontiers les rqgards; et, sur-le-champ, il résolut de s'embarquer pour «Ils terre vierge, où il y avait « une mine d'or a, oaoms l'avoue ingénument sa prélace. Faisant violeneeà sa gaieté naturelle, il se mit donc à soupirer ao dair de lune, à errer la chevelure au vent près des vifnM» gémissantes, à fréquenter la lyre en main les torrents qui rougissent, à se noyer dans les broniOanfe^ enfin, à courir les nuages peuplés par les héros de Morven.

Si, pour acclimater en Angleterre une (leur ssih vage éclose dans les landes de TÉcosse, Uscphenoo avait dû mitiger l'Apre saveur de ses parfums, à pli» forte raison ne pouvait-on, sans recourir à bien de» artifices, l'accommoder à un milieu français, et mrtout parisien. Ce fut le talent d'un arrai^eor qai pratiquait avec industrie toutes les ruses de Véo^k

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